‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 14 sur 51 · I N MÉPRIS · texte numérisé non relu

I N MÉPRIS

dans le salon tic Zëlia, sans s'apercevoir qiïe la nuit est venue; — la femme de cliamhre est an supplice! elle sait que sa maîtresse ne doit ])as rentrer.

Enfin le marquis sort de son cauchemar, l'obscurité l'étonné , il s'assure à sa montre du temps qui s'est écoulé depuis son arrivée , et se rappelle qu'il altend Zélia depuis trois heures ; il sonne.

La pauvre Julie n'osait pas lui apporter de la lumière, elle pensait qu'il dormait; elle entre tenant une lampe à la main, et malgré sa longue expérience de pareils contre-temps, elle n'est pas sans inquiétude.

— Julie , vous m'avez trompé, — votre maîtresse n'est pas à la répétition.

— Je jure à monsieur le marquis que mademoiselle m'a dit qu'elle allait à la ré. . .

— Ce n'est pas vrai , — corbleu ! vous mentez comme votre maîtresse , vous êtes aussi coquine qu'elle ; si vous ne me dites pas la vérité à l'instant , je vous brise les os : où est Zélia ?

— Ah! monsieur le marquis, je vous jure,

LES TRIBULATIONS nV RICHE. llÔ

reprend la pauvre fille en faisant mine de pleurer....

— Ecoutez , Julie , par ma fortune , mon rang, j'ai beaucoup d'influence! — je puis vous protéger ou vous perdre ! — Eh bien! choisissez, dites-moi où est Zélia , et avec qui elle est en partie fine; je vous promets de vous faire donner une place d'ouvreuse de loge, et jusque là vous serez à mes gages ; — tenez , voici dix louis d'avance.

La conscience de Julie, semblable à celle de bien des gens , était, hélas ! comme l'éloge du journaliste , comme le patriotisme de certains députés, au plus offrant.

— Mon Dieu, monsieur le marquis, puisque vous l'exigez impérieusement , — d'ailleurs je ne suis qu'une pauvre fille, et je dois obéir à ceux qui ont puissance.

— Allons au fait.

— Eh bien ! mademoiselle est partie ce matin pour aller à Montmorency , et elle ne doit revenir que demain.

— Avec qui?

— Mais, avec M. Alfred.

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— Vous me dites eela, imbéciile, comme si je savais ce que c'est que ce M. Alfred.

— Monsieur ignore donc. . .

— Belle demande! sans doute puisque je vous paie pour m' instruire.

— Monsieur, pardonnez-moi, si je vous dis la chose toute crue, mais c'est vous qui me le commandez : M. Alfred est Vamniit de mademoiselle Zélia.

— Très bien! très bien! et moi, qui suis-je

donc?...

Julie fit semblant de laisser tomber une pièce d'or, afin de cacher le rire qui s'emparait d'elle.

Le marquis réfléchit un moment s'il ne devait pas casser les glaces, les vases et la pendule; il avait eu l'honneur d'acheter tout le mobilier de la belle Zélia, et de lui fournir un trousseau digne de ses grâces. — Cependant, avant de mettre les glaces en poussière et les robes en loques, il jugea prudent de pousser plus loin ses investigations.

— Eh! quel homme est-ce que cet heureux amant de mademoiselle Zélia?

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— Ah! par cxtMuplc, clil Julie, c'est un jeune Iiommc qui a beaucoup de talent! il écrit dans cinq journaux; c'est lui qui, à force de répéter cinq fois par jour que mademoiselle avait du talent, l'a fait réussir à l'Opéra. — Puis c'est un beau brun, il a vingt-six ans; — il chante avec mademoiselle, fait des romances, des vaudevilles et joue très bien la comédie.

— C'est assez , Julie; — vous direz à Zélia que je venais lui dire qu'elle ne doit plus compter sur moi; — je veux maintenant avoir une chanteuse, et ce matin j'ai envoyé ma voiture à mademoiselle Irma. — Gardez les dix louis, — restez chez votre maitresse et une autre fois ne la trahissez plus.

Eh quoi! pensait le marquisensortant de chez la danseuse,, il est donc vrai que, pour l'homme liche , il n'existe aucune jouissance qui ne soit empoisonnée. Ah! cette superbe Maréquita a raison de dire que je dois être bien malheureux ; oui , ah ! oui ! et je ne l'ai jamais senti comme aujourd'hui.

L'heure à laquelle les fashionables ont coutume de dîner était venue ; le marquis entra

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au café Anglais; — nombreuse et brillante compagnie s'y trouvait déjà.

— Ob! le voilà donc enfin revenu parmi nous, ce cher marquis! s'écrièrent deux ou trois jeunes bommes, dont la figure était belle de régularité, et la mise somptueuse autant qu'élégante.

— Que devenez-vous donc, voilà trois jours qu'on ne vous a vu nulle part?

— Messieurs, j'ai été très occupé.

— Vraiment, et à quoi donc.^

— Des affaires sérieuses. , . .

— Etes-vous fou, marquis, de vous occuper d'affaires sérieuses ; — avec votre teint frais, vos beaux cbeveux blonds; vous aurez l'avantage d'avoir longtemps encore vingtquatre ans, laissez donc les affaires pour le temps où vous porterez perruque et fausses dents. — A votre âge on ne doit s'occuper que de chevaux , de musique et de danseuses ; — au diable tout le reste.

— Amen! répéta en chorus la joyeuse assemblée.

Pour la première fois, les rires et les plai-

LUS TRIItULVTIONS DU IWCHE. 1 10

santcrics de ses (•onipa(jn()iis de plaisir rais(nuièrent faux à l'oreille du n«ai(|iiis; — malgré les efforts (lu'il faisait pour dissimuler la tourmente intérieure dont il était torturé, il resta froid; les autres s'en aperçurent e' l'en raillèrent.

— Vous paraissez bien préoecupé ? lui dit l'un d'eux.

— Décidément, marquis, allez-vous être nommé ambassadeur?

— Vous n'y êtes pas, messieurs, dit un autre; je gage que le seigneur de Torepa a été trahi par sa Sylphide.

— Tant mieux, ajoute un troisième, il sera dispensé de lui faire un cadeau pour s'en débarrasser.

— Quoi qu'il en soit , marquis , je vous trouve mélancolique, — votre figure n'est plus la même ; — ne trouvez-vous pas , messieurs , que don Giulio est pâle? il a les yeux cernés.

— Ah! j'y suis, je devine, — monsieur de Torepa a le cœur pris par une grande passion.

— Ahî monsieur le comte, reprend le premier, vous poussez trop loin Tarcusation ; —

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un descendant des Médicis coupable d'une passion !

— Mon cher , répond le comte , c'est un malheur pour le marquis, mais je tiens qu'il a du sang allemand dans- les veines, et vous le savez, en Allemagne les plus grands seigneurs deviennent réellement amoureux ; — là il n'y a pas de ridicule, — ce sont les mœurs du pays.

— Messieurs , dit le marquis, je ne m'étonne pas que vous me trouviez la figure fatiguée , j'ai beaucoup travaillé depuis trois jours.

— Vous le voyez, s'écria le comte triomphant, il a travaillé! — encore une manie allemande.

Ces jeunes aristocrates continuèrent la conversation sur le même ton ; ce soir-là, elle paraissait iiïsignifiante au marquis; pour la première fois il se sentait mal à son aise avec ses amis, et fut heureux de se rappeler qu'il devait aller chez la belle Irma pour s'assurer d'elle , afin de prouver à Zélia que c'était bien lui (jui la (piitlait. — 11 laissa donc sans

LUS rUlULLATlUNS lit lUCIIE. 12 t

icgrcls CCS jeunes Tous rire cl boire, et se retira.

Pour se rendre à la cité Bergère, il se trouvait contraint, une troisième fois, à prendre une voiture de place.

Mademoiselle Irma n'était que depuis peu de temps attachée à l'Opéra; — elle avait éprouvé de grands malheurs, — ce qui l'obligeait provisoirement à loger au quatrième.

Le marquis dit son nom, — la soubrette émerveillée prie monsieur d'attendre un instant, parce que mademoiselle est occupée.

— -Ah! je sais, pensa le marquis, — Vamnnt est là, — on lui paie ses lignes laudatives dans les journaux, avec des caresses véritables, de l'amour réellement senti, et toutes les douceurs de l'intimité; — tandis qu'à nous autres, pauvres riches, ces dames ne se croient tenues à nous donner que des caresses feintes, des semblants d'amour et des réceptions cérémonieuses. — Ah ! mon Dieu, mon Dieu, Maréquita aurait - elle dit vrai ? le sort des grands seigneiu's ne

MEPHIS.

serai L-il pas au dessous de celui des artistes ?

Le marquis attendait dans un salon assez mesquinement meublé ; — mademoiselle Irma parut, et il vit bien qu'elle avait fait une toilette à la hâte pour le recevoir.

Elle n'était nullement jolie, ses grands traits avaient une expression dure; de vilaines mains, de gros pieds ne rendaient pas sa personne attrayante; en somme, elle déplut au marquis. — elle faisait beaucoup d'effet au théâtre, elle ne manquait pas de talents ; les journaux surtout la prônaient, il n'en fallait pas davantage au jeune élégant.

Le marquis ne lui adressa pas une parole de galanterie, il n'essaya pas de lui faire croire qu'il était amoureux d'elle ; — ses manières, son ton et ses regards dénotaient le contraire; il lui dit simplement qu'il venait s'offrir comme son protecteur, et l'engager à prendre un bel appartement rue de la Paix, — où chaque jour sa voiture viendrait la chercher pour la conduire à la répétition; il lui piomit de la voir dans sa loge aussi souvent

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