‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 18 sur 51 · I.KS TIUBlIf,.\TIO\S Dl' r.iriiE · texte numérisé non relu

I.KS TIUBlIf,.\TIO\S Dl' r.iriiE

lui payassent rançon. Il avait ainsi passé joyeuse vie, mais tout s'use, tout s'épuise, et l'homme débauché plus vite que tout autre. En 1826, quoique Castelli eût à peine trente-huit ans, son talent comme écrivain ou critique avait perdu sa sève et son cachet d'originalité; le public s'ennuyait de ses articles, ils étaient devenus longs, diffus, et répétaient sans cesse, avec de légères variantes, les plaisanteries sur lesquelles il vivait depuis quinze ans; enfin, les propriétaires éditeurs, avertis, par la diminution de la recette, de la chute du rédacteur, le congédièrent. — Précisément à cette époque, le marquis de Torepa vint s'établir en France, — Les frères du marquis avaient des vues secrètes , en l'envoyant tenir maison à Paris; et, comme ils se méfiaient un peu de sa légèreté , ils jugèrent prudent de mettre une de leurs créatures auprès de lui, afin de se faire rendre un compte exact de tout ce que leur frère ne pourrait ou ne saurait pas voir. — 11 fut donc convenu que Michel de Castelli accompagnerait le jeune seigneur de Torepa, à titre de secrétaire.

Cet liommc déplaisait au marquis : ses manières triviales, ses goiits communs, sa grosse gaîté, se manifestaient par des images obscènes, des expressions sales ; son esprit fécond en calembours, expert à faire ressortir l'équivoque, était sans cesse alimenté par une de ces mémoires qui retiennent le mot et laissent échapper l'idée; tout en Castelli était antipathique avec les manières élégantes et nobles du mar- (piis, avec ses délicatesses infinies, la décence de sa pensée et cette vague mélancolie qui parfois le portait à réfléchir. — Quelque riche que soit encore dans la maison des Médicis l'apanage des cadets, celui du marquis était bien loin de suffire à ses goûts de magnificence. Ses frères possédaient une immense fortune, exerçaient de hautes fonctions largement rétribuées, et lui faisaient, à de certaines conditions, la presque totalité de la rente splendide dont il jouissait. Le marquis, étant dans la dépendance de ses frères , fut donc forcé de subir le secrétaire qu'ils lui imposaient.

— Monsieur le marquis m'a fait demander, dit Castelli en entrant ; — hem! si c'est pour

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ôciirctles leUrcs un peu importantes, ou iWnv des vers à quelques belles, je crains que mademoiselle ma muse ne me fasse faux-bond, car j'ai bien dîné, oh! ce qui s'appelle bien dîiK'.

— Et chez qui?

— Chez le curé de Saint-Z

Ce digne curé était là, pensa le marquis, en bonne société.

— Il n'est pas de comédienne, monsieur, dit-il avec impatience, qui vaille la peine que le cerveau d'un Médicis se fatigue un instant à chercher une rime ; ce n'est donc pas pour écrire ni en vers ni en prose que je vous ai fait appeler; il s'agit tout simplement de savoir le nom, rage et la profession d'un homme qui demeure rue Laffitte, au coin de la rue de Provence; cet homme est grand, pale et vêtu tout de noir; il est allé ce matin rue de l'Arcade.

— Assez, assez, monsieur le marquis, — un dépisteur tel que moi n'a pas besoin de tant de détails ; je comprends de reste, — et je gage qu'il y a là-dessous quelques amourettes ,

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car monsieur le marquis se croit encore trop jeune pour se mêler de politique.

— Je vous dirai plus tard pourquoi je tiens à connaître cet homme.

— Ha ! Je ne questionne pas monsieur le marquis, — seulement je souhaite de tout mon cœur qu'il survienne quelques petits événements dans sa maison; elle est depuis quelque temps d'une monotonie qui laisse mes talents dans l'inaction.

— Cependant votre correspondance avec mes frères est toujours très suivie et fort étendue?

— Oui, mais j'en suis accablé; — il faut écrire des volumes pour leur rendre compte de bêtises , de riens insignifiants. — Peste ! quand un homme de ma sorte se résout à écouter les autres, à sténographier leurs paroles , il voudrait au moins avoir de grandes et terribles choses à raconter.

— Décidément^ Castelli, vous faites donc le métier d'espion à Paris ?

— Espion ! Diable ! comme vous y allez ! —

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