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idéal; — à l'aide de eettc idole l'antastique, elle avait repoussé sans peine tous les hommes qui s'étaient présentés à elle; ils lui paraissaient si petits en comparaison du héros dont son imagination lui offrait sans cesse l'image, qu'elle dédaignait même de laisser tomber un regard de pitié sur eux. — Mais lorsque Méphis, le prolétaire^ lui apparut,et, déroulant le tableau de ses nombreuses infortunes, lui montra la puissance de son ame dans toute son étendue, le héros que Maréquita avait rêvé pâlit devant cette grande et magnifique réalité ; — alors il y eut dans son cœur une lutte terrible ; avec sa nature ardente et passionnée , — aimer un homme comme Méphis et en être aimée, c'était réaliser la suprême félicité que, jusque là, elle croyait n'exister que dans le ciel! c'était respirer sur la terre la volupté et le bonheur des anges! — Mais tout à coup surgissaient à ses yeux deux monstres menaçants, le vil d'Hazcal et la femme de Méphis; — à cette apparition funeste, tout épouvantée, Maréquita se voyait dans Tenfer du monde , en proie à l'infamie, jugée, condamnée, harcelée
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sans relâche par les préjugés et les ^ iees de la société.
Quant au marquis de Toiepa, il n'aimait pas Maréquita, il désirait sa possession, précisément parce qu'elle l'avait humilié et qu'il se sentait petit à côté d'elle. — Ce désir implanté dans son cerveau y avait pris la ténacité de l'idée fixe; à cette monomanie se joignait une haine implacable contre Méphis, qui l'avait insulté, et dont il était jaloux. — Italien et grand seigneur, il lui fallait une vengeance éclatante !
Méphis ne respirait plus qu'auprès de Maréquita; — il négligeait tout, abandonnait ses affaires, semblait enfin n'avoir qu'une pensée. — Loin d'elle, les heures étaient des siècles d'attentes douloureuses; — le charme de se voir et de s'entendre suffit à leurs premiers tête-à-tète; mais, lorsque la curiosité impatiente qu'ils éprouvaient de connaître mutuellement leur histoire fut satisfaite , leurs cœurs, enivrés l'un de l'autre , n'auraient pu supporter un entretien dont ils n'eussent pas été l'objet. L'amour, passion exclusive, absorbante, vint
hieiitôl, avec son intolérable tyrannie, s'imposer à eux eonnne nne nécessité impérieuse.
Méphis, iiabitiié à dompter ses désirs, résista d'abord à rinilucnce magnétique de cette jeune femme, dont la beauté recevait un nouvel as-cendant de l'amour (pii animait ses yeux. — Ce combat moral ne pouvait durer longtemps ; quelque enq^ire que sa volonté exeiràt sur lui, elle devait clianceler devant la voix de la nature qui l'appelait au bonheur, et le sollicitait à vivre de la vie que Dieu a donnée à; toute la création.
L'amour! mais l'amour tout-puissant, intelligence surhumaine, qui lie deux existences l'une à l'autre avec tant de force, et les identifie tellement , qu'il faut les biiser toutes deux pour les séparer; cette irrésistible attraction de nos âmes les porte aussi à se dégager elles-mêmes de leur enveloppe, lorsqu'elles ne peuvent être unies dans ce monde. Un tel amour est si rare, les conditions qui le font naître et se développer si exceptionnelles, que la plupart des hommes meurent sans l'avoir connu. — Pour aimer ainsi, il faut être fort^
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avoir fai( de la vie une appiécialioii assez juste pour ne jamais redouter de la perdre, comprendre que nous ne saurions en bien remplir le but si notre ame ne s'barmonise avec une autre ame; cette union animique est non moins nécessaire que l'autre pour compléter notre individualit(''. C'est lorsque Tintelligence se développe entièrement que ce besoin se fait sentir; alors nos inspirations se modifient ou se confirment par leurs rapports avec des inspirations amies; notre volonté manque souvent de force, lorsqu'elle n'a que son témoignage ; — le jeune bomme de vingt ans et la jeune fille de seize ne peuvent que difficilement comprendre ces grands mystères.
Maréquita avait cru aimer Olivera, tandis que cette passion n'était qu'un caprice de l'imagination, une séduction des formes extérieures; hommes et femmes, nous nous y trompons, puis nous reconnaissons souvent que notre ame n'était pour rien dans ce que nous avions pris pour de l'amour; malheureusement cette connaissance arrive presque toujours
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(lop lard, cl ne sci I (ju à riiipoisoiiiKi- le rcsti- (le noliv oxistt'ncc.
. Le mariage de Méj)his et eelui de Maré(|uila u'.ivaienl pas été les suites d'une seinl)l;d)le eireiir, qnoi([ue ces deux êtres eussent épiouvien amour de cruelles déceptions, et, lors(pi'ils se rencontrèi-enl, ils lecoruuuent mieux que jamais combien leurs premières atleclions s'étaient trompées d'objet.
Une fois en piésence de l'honnne qu'elle aimait réellement, Maré([uita ressentit la puissance de l'attraction; elle ne lui permettait plus de repousser Méj)his conmie elle en avait repoussé tant d'autres. Ali! dés cet instant elle comprit que l'amour n'était pas seulement un rêve, une chimère ([ue les poètes poursuivent et n'atteignent jamais î
Élevée dans les maximes de la religion romaine, aux consolations de laquelle souvent elle avait eu recours pour se soustraire au désespoir, Mai'équila , à limitation du prêlre elu'é(ien , anatbématisait la chair. Mais conune elle était bonne, et ({u'à son insu ses goûts ar- Itsliques ravaienl métamorphosée en philoso-
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phe, elle était remplie d'indulgence pour la conduite d'autrui; — néanmoins elle aurait cru commettre un crime irrémissible si, pour elle-même, elle s'était départie de la sévérité des principes qui faisaient la base de sa croyance ! — A ses yeux la femme pouvait, sans cesser d'être vertueuse, avoir un amant qu'elle aimât d'ame; mais, si elle se donnait à lui, elle perdait sa propre estime et celle de son amant. Maréquita n'admettait l'amour physique que dans le mariage, et elle ne donnait qu'au mari le droit d'être père. Pour elle, la femme n'avait aucune position possible hors de ce cercle.
C'est, hélas î le catholicisme qui l'a tracé : à l'époque où le Christ apparut, l'amour spirituel entre les deux sexes ne pouvait guère exister;— partout alors subsistait l'esclavage; et partout, excepté parmi les peuples celtes , la femme, née libre, était effectivement esclave des usages et des lois : un double joug pesait sur elle! — L'homme riche remplissait sa maison de belles esclaves, sans que la femme légitime eût le droit de s'en plaindre ; il la répudiait
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lorsqu'elle le fatiguait, qu'elle était devenue laide ou vieille, stérile ou infirme, et fréquemment il l'exposait ainsi à la mendicité. — Les maximes du Christ relativement à la femme adoucirent sans nul doute son esclavage, mais ne l'affranchirent pas entièrement.
Le style figuré et parabolique des Évangiles se prête à une foule d'interprétations diverses, et, pour asseoir tel ou tel système religieux, on a donné le sens le plus forcé aux paroles les plus simples. — Ainsi le catholicisme a motivé l'indissolubilité du mariage sur ce précepte : — « Ne séparez pas ce que Dieu a joint. )) — Cependant n'est-il pas évident , pour toutes les intelligences, que le Christ parle là de l'union des âmes et ne peut parler d'autre chose? — 11 prêchait pour toutes les nations, et toutes ne consacraient pas le mariage par les mêmes cérémonies et les mêmes formalités; de plus, le Christ reconnaît, avec ceux qui l'interrogent , que sa doctrine n'est pas d'accord, à cet égard, avec la loi de JMoïse. — Il reproche aux Juifs la dureté de leur cœur et prêche, en toutes
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circonstances, une entière réciprocité entre les deux sexes.
Le précepte de ne pas séparer ce que Dieu a joint implique nécessairement celui — «de ne })as joindre ce que Dieu a séparé. » — Ce sont deux formules du même précepte, dont l'une ne peut être violée sans que l'autre le soit aussi; — il est donc bien certain qu'en forçant l'être (homme ou femme) à demeurer lié à l'être qu'il déteste, on le sépare de celui qu'il aime et l'on enfreint le précepte de l'Évangile. — Voir dans les paroles du Christ des actes légaux, des cérémonies religieuses, qui n'existaient pas à cette époque , c'est le comble de l'absurde. — Le Christ ne fait pas allusion à l'union charnelle, forcée ou volontaire, que les hommes ont faite, mais bien à l'union des âmes, qui vient de Dieu. — Ne pas voir la volonté divine dans les affections de nos cœurs, — c'est nier que Dieu fait croître les plantes... Certains docteurs sont admirables lorsque , dans leur humilité chrétienne , substituant l'homme à Dieu, ils attribuent à celle faible créature le