‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 39 sur 51 · L ANXIETE · texte numérisé non relu

L ANXIETE

Quand vous voyez un homme conduit en prison ou au supplice , ne vous pressez pas de dire : Celui-là est un homme méchant qui a commis un crime (jonlre les hommes :

Car peut-être est-ce un homme de bien qui a voulu servir les hommes et qui en est puni par leurs oppresseurs.

(M. DE LA MeiNnais, poToles d'un croyant. )

Méphis est libre ! — l'or de Maréquita a rompu ses chaînes; il a quitté l'habit de galérien et endossé un habit semblable à celui que portent les propriétaires de campagne pour chasser dans l'hiver. — Il s'est rasé, a coupé ses cheveux , et n'est plus reconnaissable ; — il monte un superbe cheval alezan, Albert marche à côté de lui ; Wilderness , en livrée de domestique, les suit. — A cent pas derrière vient une chaise dans laquelle est Maréquita.

Le soleil commence abaisser; le froid redouble d'intensité : — les chevaux s'abattent

•254 Miii'ius.

à clia({nc instant; Maréquita osl au supplice!

— Méphis est plein de confiance ! il est aimé , il est heureux ; — encore deux heures de marche , et ils auront passé la frontière; l'avenir se dessine en beau devant lui. — Il est muni d'un passeport; l'or a aplani tous obstacles.

— Cependant Albert garde un morne silence , son inquiétude augmente à iiiesure qu'ils s'approchent du moment où ils seront à l'abri de tout danger.

— Je suis inquiet de Maréquita , dit Méphis; je crains que nous ne soyons trop en avance sur elle, et s'il lui arrivait quelque accident, nous ne lui serions d'aucun secours.

— Hé bien, dit Albert, que Wilderness retourne auprès d'elle; il viendra nous dire comment elle se trouve; — son cheval est bon, et dans deux ou trois temps de galop il nous aura rejoints.

Wilderness part. Mais il n'a pas fait deux cents pas, qu'il rencontre un postillon courant à t<j)ute bride.

— Etes-vous, lui demanda celui-ci , le domestique des deux chasseurs qui sont devant ?

i/anxikté. 255

— Oui.

— Eh bien, voici une liilic pour eux; la (lame qui vient derrière la leur envoie.

Wilderness décachette la lettre; elle contient ces mots :

«« Nous sommes découverts; — vous ne pouvez plus vous sauver que par la rapidité de votre fuite. Ne perdez pas un instant. Envoyez^moi Wilderness. »

— Vite ! portez celte lettre aux deux chasseurs. Vous aurez une bonne récompense.

Le postillon part, et cinq minutes après , Wilderness rencontre la chaise de Maréquita.

— Ah ! nous sommes perdus ! s'écrie-t-elle ; quelqu'un nous a trahis! ! !

L'or n'est pas épargné ; — le postillon vole comme l'oiseau. — La chaise va peut-être se briser ; les secousses , les cahots la feront tomber en éclats ; — n'importe ! les gendarmes sont derrière ; c'est le plus grand danger.

Maréquita a rejoint Méphis. Albert s'approche de la voiture , encourage la pauvre femme.

2âG MÉPHis.

— Courage, chère amie, lui dit-il ; regardez, voilà la frontière.

Au même instant , le sifflement d'une balle se fait entendre; elle pénètre dans le cou du cheval d'Albert ; l'animal fait un bond de côté, jette son cavalier à âh. pas de lui , et court dans la campagne ; — la neige est rougie au loin de son sang.

Le bruit des armes à feu , l'odeur de la poudre , effraient les chevaux de la voiture ; ils se cabrent; le postillon ne peut plus les maintenir, et la chaise de poste se brise sur des tas de pierre qui bordent la route. Maréquita ne sait pas si elle est blessée... Elle fait descendre Wilderness de son cheval , — saute dessus, et court vers Méphis. — Dieu la protège; • — son cheval vole; — encore vingt pas, et elle va le toucher , elle lui fera un rempart de son corps, et la balle homicide le traversera avant d'atteindre celui de son amant; — des gendarmes courent à toute bride après eux, — ils leur crient d'arrêter , d'arrêter au nom de la loi.

i.'-WMi.Ti':. .2r)7

Oh! douleur! les balles sifflent a ses oreilles,

et Maiéquita n'en est pas effleurée;— Méphis

(oinhe de son cheval.

Deux balles lui on( fiaversé la poitrine.

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