‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 48 sur 51 · DE L'ART ET DE L ARTISTE · texte numérisé non relu

DE L'ART ET DE L ARTISTE

danii l'antiquité et à la rciial8Haiice<

DIEU NE SE nÉPÈTE JAMAIS.

« L'honneur d'une statue était à Athènes, dans ce temps-là, ce qu'est aujourd'hui un litre stérile ou une croix sur la poitrine : récompenses frivoles imaginées par nos princes, pour payer à peu de frais des services réels. »

WiNKELMANN.

Le verbe et le chant , la sculpture et l'architecture , la peinture et la parole écrite, sont les moyens dont Dieu a pourvu l'homme pour réfléchir la pensée. Ce sont les divers modes de l'art, et ils prennent leur rang d'importance du degré d'avancement intellectuel des peuples.

De même que les autres animaux, l'homme sut pourvoir à sa subsistance dés l'instant qu'il parut sur la terre; mais Vart seul l'a mis au rang des dieux. L'art éleva le Capitole et le temple de Minerve, inspira Orphée et Numa,

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sculpta en bronze les (ra vaux (I'IKmcuIc et la louve noiu'iiec des deux loiMlateurs de Rome, créa le Jupiter Olympien, et peignit dans le Portique Platée et INIarathon.

Les peuples primitifs, loin de refuser l'àme aux animaux, virent une manifestation de laOj de Jehovah, ([' Âdoiiaï, àe. Zeus, partout où leurs sens leur révéUiient ki vie ou le mouvement. Les idées de ces peuples étant encore très circonscrites, ils durent reconnaître l'intelligenec de plusieurs animaux supérieure à la leur dans une foule de circonstances : c'est pourquoi, quand les pensées de Dieu se coordonnèrent en culte, ils placèrent dans les temples qu'ils élevèrent les animaux dont la puissance individuelle surpassait la leur dans certaines choses. Ainsi l'éléphant, le serpent, le crocodile, le bœuf, le chien, etc., furent les divinités de ces peuples, au même litre que l'ours, le castor, etc., etc., sont dans les légendes des Indiens de l'Amérique du nord.

Plusieurs vénérations s'écoulèrent avant que riiomme eût conscience de sa supériorité universelle sur tous les animaux, et ses facul-

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<('s iiir('IUM(ii(H(s ('taieiU pnrvcnncs ;» un .jjiaïul (Ijvji'c de tlévc'IoppL'meiit l()is<iiic celle siipérioiilé fut pour lui un fait incontestable. Alors commença l'empire de l'anthiopomorphisnie; l'homme, ne voyant rien de supérieur à lui sur la lerre , prêta à Dicn son image el remplit les temples de figures humaines. Toutefois, certains animaux continuèrent longtemps encore à èlre consacrés an culte; l'accroissement des connaissances en diminua successivement le nombre, mais sans jamais les expulser totalement des temples : le serpent s'y maintint par son pouvoir de fascination, les oiseaux par la faculté de découvrir leur route dans l'espace, et, plus tard, les animaux y figurèrent aussi avec d'autres objets de la création, comme signes sjmoolif/uesj dont les prêtres seuls avaient l'intelligence.

Lorsque l'homme fut assez avancé pour abstraire, il personnifia ses abstractions ; et c'est en procédant ainsi que les artistes, les poètes, les philosophes, créèrent celte splendide mythologie grec(|ue. La force protectrice, l'inspiration poétique, le génie civilisateiu,

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prirent place dans les temples; rimniortalile se révéla à l'homme, et il devint Dieu en espérance. Si nous suivons le développement religieux, nous voyons toujours l'homme mettre au rang des divinités les agents, les moteurs dont il n'aperçoit pas l'origine, dont il ne peut s'expliquer les actes, et c'est ainsi qu'il en vint à diviniser les passions. Bientôt la nature n'eut point de manifestation de sa puissance, ni l'âme d'affection, ni le corps de désir, qui n'eussent, sous fopmes humaines, des autels dans les temples.

Ce culte analytique de la création faisait méconnaître les aspirations de Tâme, et, bien que résumé sous la forme humaine, voilait l'unité de Dieu. Lorsque Socrate parut en Grèce, et, plus tard, Jésus-Christ en Judée, l'influence de leurs doctrines discrédita graduellement le polythéisme, ramena l'homme à l'abstraction, et spiritualisa sa pensée. Pendant les premiers siècles du christianisme , des figures symboliques, telles que la croix, le triangle, le chandelier à sept branches, etc., lurent seules placées dans les cryptes, comme

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Us lii('i()(;lyi)hc's dans les Icmplcs d É(;y|)tc, rappelant aux fidèles les parolesdes Écritures, aux iniûés les vérités dont elles étaient les emblèmes; néanmoins, devenu religion impériale, le christianisme sentit le besoin de se populariser dans les campagnes et les provinces éloignées, où Ton adhérait encore au culte de la forme. 11 enleva au paganisme ses temples, mais il en conserva les pompes, les idoles, en les adaptant, par des changements de dénomination, au nouveau culte; et le christianisme, qui avait alors des annales et un martyrologe considérable, eut bientôt autant de saints et de saintes dans ses églises, (pie les temples païens avaient jamais ru de dieux et de déesses.

' Les nations de Tantiquité ne connaissaient pas l'imprimerie ; parmi elles , l'élite des citoyens seulement savait lire ; la peinture et la sculpture vinrent donc en aide à la parole orale et écrite. Les peintres et les sculpteurs représentaient, dans les temples, les dieux et leur histoire, peignaient les victoires sur les porli([ues, e( élevaient des statues en

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places publiques; c'est par eux seuls que le héros pouvait, jouir de toute sa gloire : car les écrivains ne faisaient connaître ses actions qu'à un petit nombre de lecteurs, tandis que les artistes appelaient vers lui les hommages de la foule , et, donnant à ses traits la durée du marbre et de l'airain, associaient la figure de César à l'immortalité de son nom.

Aussi, quelle que soit l'époque de l'antiquité dont on parcoure l'histoire, on y voit un enthousiasme religieux pour l'art, on y voit l'artiste poétiser les mœurs publiques , et leur donner un grandiose dont l'éclat rayonne encore sur nous, sur nous qui en sommes séparés par cette longue nuit du moyen âge peuplée d'ombres fantastiques , de spectres hideux, et de toutes les sataniques apparitions de l'enfer chrétien.

Rome a sans doute attaché une haute importance aux vertus guerrières : sa mission était de conquérir le monde; mais on reconnaît toujours que Tait , par ses chaleureuses inspirations, ses pompeuses récompenses, est le moteur de ce peuple héroïque. C'est pour

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l'uiM , l'i SCS |)()(''(i(jii('s prcsfi'jcs , (jii'il (rioniplic; nous n\'ii voulons poiii- [xouvc que les fiuincnses débris dont , après dix-iniit siècles, la terre est encore jonchée.

Les colonies grecques importèrent l'art en Italie; les Romains empruntèrent leurs institutions à la Grèce, et, saut' le courage el l'amour de la liberté qu'ils tenaient de leur celtique origine, tout à Rome, culte, législation , poésie , était hellénique : c'est donc parmi les Grecs qu'il convient de constater Tinfluence de l'art dans l'antiquité , par la puissance et la haute considération dont y jouissait l'artiste.

Les Grecs de l'antiquité eurent une existence si intimement liée à l'art, qu'on ne peut écrire l'histoire des républiques grecques sans faire en même temps celle de l'art. La pompe et le luxe des nombreuses fêtes du polythéisme , la splendeur des spectacles , la solennité des jeux publics, où l'on accourait de toutes parts , la richesse artistique des temples, la foule des gloires à immortaliser dans cette multitude de villes indépendantes , tout

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convergeait vers l'ail. On voil , dans les auteurs grecs , qujl était l'âme des sociétés , comme l'artisteen était leprètre, le législateur, l'historien y le don de Dieu , l'objet de l'enthousiasme public et des rivalités nationales. Les philosophes étudiaient Voit simultanément avec les hautes sciences ; Platon, Aristote, en agirent ainsi , et Socrate plaçait les artistes au premier rang de la hiérarc hie intellectuelle.

La construction et l'orne ment des temples et des théâtres , les statues des dieux ou celles que la patrie élevait aux citoyens, tous ces travaux, dans les villes grecques, étaient mis au concours. Les suffrages du peuple désignaient l'artiste à qui l'exécution était confiée; et, aux concours d'Athènes, de Delphes et de Corinthe, l'éclat de la solennité appelait à jouter d'excellence les plus habiles artistes de la Grèce et de l'Ionie. Il existait, en outre, dans plusieurs villes de la Grèce, des prix de peinture, telles qu'à Delphes, à C orinthe , à Samos , etc.

L'histoire des villes grecques se trouvait

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repJ'ésciiU'i' .«>ur les loniples ri |K)i'(i<|m'S ; leurs places publiques éluieiu pi-iiplccs (Je statues ; on reuconlrait la slatue du nièmc individu au lieu de son Irioniphe, et dans la ville où il était né ; et les Grecs élevaient des statues non-seulement au courage guerrier, mais encore à l'orateur, au poète, à l'artiste, au vainqueur des jeux Olympiques.

Les maisons grecques , construites comme l'ont été depuis nos monastères, étaient très vastes, et tous les développements de l'art concouraient à les décorer. La passion pour les galeries était universelle; la petitesse des habitations n'y faisait point obstacle comme parmi nous , et il n'existait pas un citoyen aisé qui n'eût chez lui des tableaux et des statues. Le goût public portait sur les objets d'ai^t, le luxe des riches, dont la vanité se trouvait satisfaite par les chefs-d'œuvre qu'ils possédaient, lors même qu'ils étaient hors d'état d'en sentir le mérite.

Les Grecs avaient un sentiment trop exquis des beautés de l'art , pour que la mé-

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(Jioci'ilr |)iU se soutenir. Aussi on reneonhe à peine, dans les restes de Tantiquité, un bas-relief, une statue ou une fresque, que désavoueraient nos meilleurs artistes. Comnne un beau tableau ou une belle statue faisait, ebez les Grecs, la fortune du peintre ou du statuaire, il passait des années à produire ce cbef-d'œuvre ; au lieu que de nos jours on veut du bon niarcbé, et les productions artistiques se font vite.

Les artistes grecs devenaient généralement très liches. L'état récompensait non-seulement ceux qui travaillaient pour la république , mais encore ceux qui formaient des élèves. L'opulence qu'atteignirent quelques artistes leur permit d'offrir gratuitement leurs œuvres en dons patriotiques. Polygnote, qui avait peint le Pœcile j ïameux portique d Athènes, ne voulut recevoir aucun salaire, pas plus que pour la Prise de Troie, qu'il peignit sur le temple de Delpbes.

Zeuxis avait amassé de telles richesses, qu'il faisait présent de ses tableaux aux temples et

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aux lieux publics, parce que personne, disait-il, n'était en é(at de payer la valcni" de ses ouvrages.

EupompeetPamphile, fondateurs de 1 école de Sicyone , faisaient payer cinq mille quatre cents francs (un talent; pour entrer dans leurs ateliers, et, moyennant ce prix, ils s'engageaient à donner dix années de leçons de leur art, entremêlées d'études littéraires et philosophiques.

Les Éléens avaient une si haute admira (ion pour le Jupiter Olympien , et leur reconnaissance envers Phidias, le génie créateur de ce fameux chef-d'œuvre de l'antiquité , alla si loin, qu'ils ne cessèrent de répandre leurs bienfaits sur ses descendants, et les chargèrent de Tentretien de la statue de Jupiter dans le temple d'Olympie.

Le même Phidias, attaqué par cette envie active et implacable qui, en tout temps, poursuit sans relâche les liantes supériorités , alla chez les Mégariens se mettre à l'abri de ses ennemis. Dans sa jalousie , Athènes interdit

alors aux habitants de Mégare l'entrée du Pin. 22

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réc et (les ports de ses alliés. Ah ! quel hommage h l'artiste que ce décret de l'einieuse colère d'Athènes! La guerre de Corinthe, qui eu fut la suite, amena celle hien plus désastreuse du Péloponése. A ce sujet, Aristophane disait cjue la paix avait fui avec Phidias, et la Grèce entière répétait que Phidias était nécessaire à la paix.

La maison et l'atelier de Phidias furent religieusement conservés à Elis. Au milieu de cet atelier , ohjet d'une vénération universelle , s'élevait un autel consacré à toutes les divinités; le grand statuaire avait représenté presque toutes celles du premier ordre. Six cents ans après la mort de Phidias, la maison et l'atelier subsistaient encore.

De nos jours, nous sommes trop préoccvq)és des intérêts matériels pour pouvoir concevoir cette haute importance de l'art dans l'antiquité; et, afin qu'on y puisse croire, il est nécessaire d'en rapporter une foule de preuves= Nous allons donc encore citer quelques faits de nature à convaincre les plus incrédules, que les marchands des villes grecques ou de Rome

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ne devaient pas penser, à cet ('(^ard , comme ceux de la rue Saint-Denis ou Fleet-Street. Les historiens nous font connaître l'intime familiarité qui régna entre ApcUes et Alexandre. Le héros possédait une esclave, la helle Campaspe, dont il était amoureux; il en fit cadeau à l'artiste, qui n'avait pu la peindre sans l'aimer.

Les Athéniens élevèrent, dans le Céramique, une statue au peintre Calladès ^ et un tombeau, au milieu de ceux des plus grands hommes de la république , au peintre Nicias. L'image du sculpteur Alcaméne fut placée dans un bas-relief an sommet du temple d'Eleusis .

A la suite de différends survenus entre le 'gouvernement de Sicyone et les artistes de la ville, deux statuaires, Dipène et Scj/lis, quittèrent le pays , qui , au bout de quelque temps, fut affligé d'une grande disette. L'oracle, consulté, répondit que le fléau ne cesserait que lorsque les deux artistes seraient rappelés. On n'épargna ni prières , ni présents , pour les fléchir et les engager à revenir.

'Mo uK l'art

La statue de Glaucias ayant été juridiquement condamnée pour meurtre sur la personne du mutilateur qu'elle avait écrasé de sa chute, fut jetée à la mer par les Thrasiens. Une famine suivit de prés cet événement ; l'oracle de Delphes ordonna qu'on recherchât la statue de Glaucias et qu'on la remît en place. Elle fut en effet repêchée et rétahlie dans VAltis. Dans ces deux circonstances, on ne peut guère douter que les réponses de l'oracle ne fussent conformes aux préjugés religieux et aux vœux populaires.

Aux grandes solennités des jeux Pythiques, il existait un portique appelé Lesché, pour l'exposition des tahleaux.

Thespies, saccagée par Alexandre, se releva de ses ruines par la foule qu'attirait dans ses murs la statue de l'Amour, de Praxitèle.

Pline disait que de toutes les extrémités de la terre on naviguait vers l'île de Gnide, pour admirer la Vénus du même artiste; et Nicomède offrit aux Gnidiens d'acquitter toutes leurs dettes en échange de cette Vénus. — Il fut refusé!

Démélrius PolyorcètL', assiëgeaiil lUiodcs, aima mieux renoncer à l'attaque d'un faubourg de la ville , que de s'exposer à brùleile fameux Jalyssus, de Protogéne. Ce tableau sauva Rbodcs; et, pendant le siège, Protogéne habitait tranquillement une petite maison située au milieu des lignes des assiégeants.

Socrate disait que les étrangers n'allaient en Macédoine que pour voir les ouvrages de Zeuxis , dans le palais du roi Archélaùs. Après la mort de l'artiste et du prince, ces ouvrages se vendirent à des prix exorbitants.

Parrhasius étalait un faste royal, portait une couronne d'or et un manteau de pourpre en public, sans que la jalousie des Athéniens s'en effarouchât.

A une époque où la quan'ûié d'or et d'argent en circulation était moindre qu'actuellement, les sommes que l'antiquité donnait pour les productions de l'art étonneront les pour-^ voyeurs de la liste civile.

Les tableaux de Pausias garantirent les dettes de Sicyone, sa patrie. Un seul à'jéristide, deThébes, futpayé (1 00 mines) 9,000 fr,,

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par Miiason , lyiuii d'Elatée; et Attale, roi de Pergame, paya (6,000 grands sesterces) 1,093,800 fr. un tableau du même artiste. Un tyran de Grèce fit faire à Asclépiodore les douze dieux, et lui paya 300 mines pour chaque figure ; en sorte que le tableau entier coûta 325,000 fr.

Le Diadumène, statue de Polyclète, fut vendu 100 talents nobles, c'est-à-dire 540,000 fr.

L'orateur Hortensius acheta (1 50,000 petits sesterces) 10,935 fr. un tableau de Cydias.

Le Trait qu'Apclles dessina chez un de ses amis, pour y laisser la trace de sa visite, eut les honneurs extraordinaires d'une translation triomphale à Rome, dans le palais des Césars.

Oh ! ce temps-là fut l'âge d'or des artistes ! On les voit toujours sur le premier plan de la scène antique , et quelquefois revêtus de hautes fonctions ; plusieurs commandèrent des armées, réglèrent les différends entre les nations, ou siégèrent dans leurs sénats. Ils distribuaient la gloire, et, dans des républiques où le peuple nommait à tous les enq^lois, on

KT DE L vnilSTli.

conçoit l'ascenclant qu'ils devaient exercer sur les premiers ciloyens. Ils jouissaient, par leur fortune et leur position sociale, d'uni" complète indépendance; ils avaient souvent des sujets de commande à traiter; mais les temples des dieux, les autels domesticpies, étaient toujours accessibles à leur géni'e, et ils pouvaient en toute liberté se laisser aller à de saintes inspirations. — Les artistes avaient à satisfaire aux besoins religieux de peuples à l'imagination ardente; si l'œuvre était grande, le pieux enthousiasme public leur accoidait de magnifiques récompenses, et le nombre des dieux du polythéisme leur offrait un chanq) sans limite pour capter la dévotion individuelle.

, Le christianisme renversa et les idoles et l'ordre d'idées qui les avait fait élever; et, bien qu'il s'entourât de pompes somptueuses lorsqu'il devint religion de l'État, son esprit était essentiellement opposé au culte des statues et des images. A diverses reprises, les iconoclastes les détruisirent dans les églises d'Orient; cettesecte fut repoussée de Piome. Néan-

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moins le catholicisme, dans sa marche, écrasa l'homme sous l'immensité de Dieu; les peuples, à genoux devant les reliquaires ou d'inl'oimes simulacres, invoquaient des saints, adoraient Jésus sur la croix, ou l'hostie dans l'ostensoir; la foi consacrait ces ohjets à leurs yeux, et les sens n'étaient pour rien dans la vénération qu'ils inspiraient. La chair était analhématisée, et dés le moment où l'unité de Dieu, prêchée par le Christ, eut généralement prévalu, l'art éleva des temples dont la sublime expression religieuse avait été inconnue au polythéisme.

Lorsque dans une cathédrale gothique on se trouve au milieu d'avenues de colonnes de toutes grosseurs, que les regards s'égarent parmi ces milliers de voûtes en ogive , à divers degrés d'élévation; que ça et là rayonnent des jets de lumière que semblent colorer des Teuillages d'arbres ; que Tâme, absorbée dans le sentiment de l'infini, oublie le corps qu'elle

conduit , quel effet pourrait produire sur nous l'Apollon du Belvéder, ou la Vénus de Médiois ? Oji se seii( si petit dans des temples si

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grands, (|ue les formes humaines y perdenf. la puissance d'émouvoir.

L'art résume tous les progrès intellectuels ; le fétichisme fut son herccau. Durant le polythéisme, il égala la nature et idéalisa la forme. Dans le moyen-âge, il se voila dans le mysticisme chrétien, en projeta les grandes omhres sur d'immenses popvilations harhares, excita , avec Pierre l'ermite et saint Bernard , l'enthousiasme des croisades , ou soumit les rois et les puissants de la terre aux macérations conventuelles, aux corrections pontificales.

Pendant le moyen-âge , le sacerdoce comj)rit en lui toute la puissance intellectuelle de l'époque; il dompta la force des Césars, et anéantit, dans sa croisade contre les Albip-eois, les premiers efforts de la pensée européenne vers l'émancipation. 11 fallait , pour conserver cet empire suprême, renfermer en soi tous les progrés ; c'est ainsi que le pensèrent les Jules II, les Léon X. Mais il n'était pas donné au pontificat romain de remplir ce cadre ; l'intelligence laïque dépassa l'intelligence sacerdotale, et celle-ci perdit sa domination.

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Les (lébiis des lettres grecques ahordéienl en Italie loi'S(|iie l'inipriinerie commençait à y être usitée, et de toutes parts on étudia l'antiquité ; Rome favorisa le mouvement ; le polythéisme n'était plus un rival , et elle en invoqua le génie au secours de sa puissance qui déclinait. Les miraculeuses découvertes, les génies prodigieux, les événements extraordinaires que nous voyons converger, pendant les xv° et xvi" siècles, vers le grand but providentiel de' la rénovation intellectuelle, forment un ensemble de causes d'une divine harmonie. C'est en contemplation de toutes ces grandes choses que nous nous écrions avec l'islamite et l'orateur chrétien : Dieu seul est grand !

Christophe Colomb et Vasco de Gama, le Dante et le Tasse, Cervantes et le Camoëns, Montaigne et Bacon, et, par-dessus tout, les chefs de sectes, donnèrent une telle impulsion à l'intelligence , que l'ignorance pesai! aux peuples , et que sur toute l'Europe s'ouvrirent de nombreuses écoles.

On lisait la Bible et les poètes de ranticpiité,

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les Pères de l'église el les philosophes de la Grèce et de Rome païennes ; les Michel- Ange, les Léonard de Vinci, les Raphaël, les Tilicn, et généralement tous les grands peintres et statuaires qui apparurent à cette époque, furent accueillis avec enthousiasme. Mais quelque belle que fût la position de l'artiste à la renaissance , elle ne peut se comparer à cette haute indépendance, à cette vénération publicjue dont il jouissait chez les anciens.

Les œuvres de l'art n'étaient pas soumises aux suffrages du peuple, et ce n'était point des milliers de citoyens qui décernaient le prix à l'artiste. Les populations n'accouraieni pas non plus de pays éloignés pour admirer ses chefs-d'œuvre et se prosterner devant ses statues , comme au temps du Jupiter Olympien. Les plus grands artistes se trouvèrent heureux d'être aux gages des papes , des cardinaux ou des couvents ; ils travaillèrent à l'ornement des églises et des monastères, ou à l'embellissement des palais; mais ni les Michel-Ange, ni les Raphaël, ni les Titien, ni les Corrège, ne pouvaient avoir, aux yeux

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