‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 49 sur 51 · UE 1. ART · texte numérisé non relu

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des peuples , ce caractère sacré cju'avaieiit eu les Phidias et les Praxitèle. Leurs compositions étaient bien inspirées de Dieu , mais les sens grossiers de la foule n'en saisissaient pas l'inspiration; tandis que les Phidias et les Praxitèle faisaient apparaître les dieux euxmêmes. La pensée chrétienne ajouta à la beauté des formes antiques , l'expression subhme des émotions de l'àme, de ses souffrances, de ses joies et de ses espérances; elle éleva l'art du peintre et du statuaire au niveau des chants du prophète etdupsalmiste, donna à leurs personnages la majesté patriarcale, à leurs récits la suave simplicité des Évangiles. Que l'on compare la Cène des Léonard de Vinci ou du Titien, la Sainte Famille ou la Transfiguration , aux belles fresques de l'antiquité ; la P^ierge allaitant l' Enjaîit Jésus , la Madeleine en pleurs , à la Vénus sortant des ojules , resplendissante de fraîcheur et de volupté , et l'on reconnaîtra , entre ces diverses productions de l'art, toute la distance qui sépare les émotions de l'àme des sensations corporelles. Les découvertes modernes

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sont aussi venues agrandir l'art de tous les progrès qu'elles firent faire à la pensée; mais si l'art antique a été surpassé le christianisme en spiritualisant le culte, et l'imprimerie en donnant un immense retentissement à la pensée, ont anéanti l'influence de l'artiste.

L'impulsion intellectuelle donnée par Jules II fut accélérée encore par son illustre successeur. Léon X sentait la nécessité, pour le sacerdoce , de guider la marche de l'intelligence et d'en devancer les progrès ; et s'il déviait de l'esprit du christianisme en décorant les églises de peintures et de statues, c'est que la foi chancelait. Son amour pour l'art épuisa le trésor pontifical. La vente des indulgences, à laquelle il eut recours pour le remplir , provoqua la réforme de Luther; et les déclamations barbares du moins l'emportèrent sur l'élégance attique et l'esprit éclairé de Léon X ; il mourut sans avoir pu ni achever Saint-Pierre, ni subjuguer le protestantisme, qui définitivement brisa en Europe l'unité catholique , comme si, après avoir renversé la force brutale par l'empire des

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croyances religieuses, les pontifes de Rome eussent été destinés à démontrer à leur tour l'impuissance du dogme pour arrêter la marche de la pensée.

Nous pouvonsjuger,par l'influence qu'exerce encore sur nous l'étude de l'antiquité, de celle qu'elle dut avoir au xvi^ siècle. Raphaël peignit l'école d'Athènes; les sibylles prirent place à côté des prophètes dans la chapelle Sixtine, et au tombeau de Jules II. Les chasses de Diane, les processions des bacchantes décorèrent les couvents ; les anciens dieux de Rome habitèrent les palais des cardinaux ; enfin , après douze cents ans de proscription , le polythéisme en entier fut exhumé, et le passé se renoua à l'avenir.

Dans les constructions nouvelles, les églises adoptèrent la régularité de l'architecture grecque , et quelle que fût la grandeur de la basilique , le prolongement symétrique des lignes , l'ensemble des proportions, permirent toujours aux regards d'en embrasser l'étendue. La mythologie devint la base du langage allégorique; les attributs de ses dieux ornèrent

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souvoni les Icniples cliréhens, ot les niânos de Julien et de Coiislauliii dureiil é(re heureux de l'union harmonique de leurs idées.

Pendant près de deux siècles que se prolonge en Europe cette hrillante période de Michel- Ange au Poussin, du Titien à Rubens, du Corrége à Van-Dyck, de Raphaël à Velasquez, U^s rois, les papes, se disputent et l'artiste et les productions de son pinceau. Michel-Ange, Raphaël, le Guide, reçoivent pendant leur vie des honneurs jusqu'alors accordés seulement aux puissants de la terre ; et la pompe de leurs funérailles , la magnificence de leurs tombeaux, ne sont pas surpassées par celles des souverains. Charles-Quint traite le Titien en égal , Rubens devient ambassadeur chai gé d'importantes négociations, Van-Dyck jouit de la faveur de Charles I*^' , et les Léonard de Vinci et les Primatice terminent leur carrière au château de Fontainebleau.

Cependant ces hautes faveurs de la fortune ne furent pour les artistes que des exceptions ; la plupart menèrent une vie misérable. C'est aussi avec une profonde mélancolie qu'au

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milieu de loiites ces (jloiies rcsplendissanles, on aperçoit le sort déplorable des êtres les plus nobles que Dieu ait inspirés pour l'instruction de l'humanité, des le Tasse, des Cervantes, des Camoëns , des Milton , des Corrége , des Mulillo, des Dominiquin, et de cette multitude d'artistes de tovit genre qui , pour accomplir leur mission, eurent à lutter contre la faim. L'Europe était beaucoup moins riche qu'aujourd'hui ; le goût pour les productions des arts n'y pouvait être aussi répandu, et l'art ne faisait, en aucun pays, partie intégrante du gouverement et de la religion, comme chez les nations de l'antiquité. L'expression proverbiale, gueux comme un peintre, indique assez le sort que nos pères faisaient aux artistes. En effet, lorsque les peintres n'étaient pas soutenus par les princes ou les couvents, ils mouraient de faim. Les corporations municipales n'avaient pas plus le sentiment des arts que le reste des citoyens ; il s'en fallait même de beaucoup que la foule des rois et des princes dont l'Europe était alors couverte fussent, à cet égard, au-dessus des peuples qui

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les avaient pour maîtres. Les moines (le plus (>rand nombre) ne voyaient dans les tableaux que des superfluités, et n'en eussent pas acquis si, conune le clergé séculier, chacun d'eux eiit été libre et avait eu sa part dans l'usage des richesses du couvent. Les reliques miraculeuses leur suffisaient, et, encore aujourd'hui, les moines de Naples ne changeraient pas le sang de saint Janvier contre la Transfiguration,

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