‹ Maréquita, l'espangnoleChapitre 9 sur 51 · MÙniis · texte numérisé non relu

MÙniis

(le ce cliaiiijrmeiU j un chajijrin profond altéra praducllenient sa santé, et rendit le saerifiee

de sa petite-fille inutile : — })eu de mois après, il mourut.

Restée seule, Maréquita essaya de l'agitation des voyages , pour se distraire de cette nouvelle douleur. Vains efforts ; il fallait à son existence les affections du cœur, les progrès de Vame : hors de là , tout était mort pour cet être d'élite ; — les objets extérieurs, les jouissances matérielles étaient sans puissance ; — la terre sans soleil, et la vie un fardeau.

En quittant la maison du chevalier d'IIazcal, Maréquita prit le nom à'JlvareZy d'une terre

appartenant au duc de \ — Elle paya la

rançon de sa liberté au prix de la moitié de sa pension , et laissa à son infâme mari cintpiante mille francs de rente, — Ainsi, seule dans le monde, madame d'Alvarez, pour prévenir les conjectures et d'inutiles observations, se donna pour veuve.

Partout où elle se présentait, sa beauté, ses talents, la f<iisaient accueillir avec empressement; mais bientôt ceux même qui s'étaient

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inonlri'S ses ])liis enlhousiasles adiniralcms , ne tardaient j)as à devenir ses ennemis. Chacun as[)irai( à dcîvenii- son amant on son mari, et, n'y pouvant rénssii-, 1 amour-propre froissé se vengeait en répandant sur elle toute espèce de calomnies.

Cette conduite lâche et déloyale aigrissait l'esprit de Maréquita; il lui semblait qu'elle n'apprenait à connaître les hommes que pour avoir l'occasion de les mépriser. Elle dédaignait de répondre aux malveillantes et souvent odieuses suppositions dont elle était l'objet; et quoiqu'il lui fût facile de les confondre, elle préférait quitter le pays , espérant toujours rencontrer ailleurs des êtres moins vils que ceux qu'elle laissait.

Après avoir successivement parcouru toute l'Italie , la Suisse et la France, Paris lui parut être la seule ville d'Europe où l'on pouvait isoler sa vie, et de cette manière en assurer l'indépendance : elle s'y fixa. — Depuis deux ans elle l'habitait et n'y avait fréquenté que des artistes. — Madame d'Alvarez dépensait toute

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sa lordini' à aclictcr des ohjt'ls d'art et à voyager. — La blessure de sou cœui- était eil core trop douloureuse, pour permettre à de tendres affeclions de l'agiter de nouveau. Elle ehereliail sans cesse à occuper son intelligence sur de graves sujets; elle voulait lasser son esprit par la durée de l'attention, et son corps par la fatigue des voyages, mais sa doulcuidébordait, et ses eflforts pour la surmonter demeuraient impuissants ; elle languissait comme la fleur dont un ver ronge la tige.

Si parfois , se laissant aller à l'entliousiasme de sa belle imagination , le culte de l'art animait sa pensée , l'élan du génie ranimait ses forces : l'accès passé, elle retombait dans un anéantissement plus profond. Oh! c'est alors qu'elle désirait sortir de la vie!

Cependant elle se trouvait beaucoup mieux à l'époque du bal de la comtesse de Givry : — elle devait cette amélioration à l'amitié d'Albei't, dont l'affection si icère était pure de tout intérêt, de tout but personnel. Aussi les })aroles de Farliste exerçaient-elles sur la jeune

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femme un gr;wi(l asocmlanl : il h<)iivai( loiijours le secret de la fahc travailler, et de remonter un peu son eoiirage.

Albert avait essentiellement le génie de l'invention, mais lui-même sentait son insulïisancc pour exéeuter. On voyait dans son atelier des toiles de toutes dimension;., sur lesquelles se trouvaient des compositions poétiques, grandioses, conçues avec verve et intelligence, esquissées avec hardiesse. Ce genre de talent, sans nul doute le plus rare, n'appartient qu'aux belles imaginations; mais jusqu'à ce que les artistes aient compris tous les avantages de l'association et de la division du travail, ceux qui ne seront que poètes courront risque de mourir de faim. — Albert n'avait que ses pinceaux pour fortime, aussi toujours il était sans argent. Il aurait pu sans doute puiser dans la bourse de Maréquita ; elle l'aimait comme un frère! Il avait été son maître de peinture à Florence, et l'avait accompagnée dans ses voyages; mais Albert joignait, à ce désordre qui s'associe si fréquemment au génie, une probité et une délicatesse peu

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communes. Au lieu d'empi uiiltT à Mai équita, profitant de la gène extrême à laquelle il se trouvait réduit, il obtenait d'elle ce que dans une autre circonstance aucune prière n'aurait pu lui arracher.

— Chère amie , lui disait-il lorsqu'il la voyait trop abattue, j'attends de votre amitié un acte de dévouement; aidez-moi à faire un tableau, et je vous assure que je le vendrai un bon prix. — Je ferai courir dans le monde le bruit qu'il est de vous, et ces grands seigneurs, parmi lesquels vous avez plus d'un adorateur, se disputeront à qui le possédera. Ce stratagème avait réussi plus d'une fois; — dans un autre moment il lui faisait composer la musique d'une ballade, qu'il devait aussi vendre à son profit; — souvent aussi, il l'engageait à écrire ses mémoires, prétendant que c'était le seul héi'itage qu'il voulût avoir d'elle; enfin son active et tendre amitié s'ingéniait sans cesse à trouver de nouveaux moyens d'animer cette vie à laquelle le monde n'offrait plus d'avenir.

Maréquita s'était rendue à la soirée de la

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comlcsso (](' (iivry, sinon joyeuse, cm ta <liàposilion à se réjouii' semblait pour toujours bannie de. son cœui', du moins ealmc^ et espérant trouver quelques distractions à chanter ses deux romances , un Cœur de Jeune Fille et la Pille de l'Océan. — La sensibilité de Maréquita , surexcitée par toutes les commotions violentes dont elle avait été victime depuis l'âge de seize ans, passait subitement dans son état normal, du calme à l'exaltation , et de l'exaltation à l'anéantissement. — Elle finissait la Fille de tOcécui lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de Méphis fixés sur elle, comme les regards du serpent sur la fauvette. — Aussitôt, saisie par un de ces effets nerveux que sa volonté ne pouvait maîtriser, elle quitta précipitamment le salon, et dès le lendemain elle s'empressa de fuir à la campagne.

La pauvre Maré{[uita avait tant souffert de la brutale conduite d'Olivera et de son atroce ingratitude, que cette déception laissait dans son cœur une perpétuelle défiance. — Découvrait-elle dans un homme des qualités qui

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auraient pu lui plaire, elle frémissait de sentir se réveiller en elle la possibilité d'aimer encore, et répétait le serment d'éviter à tout prix de semblables dangers. Telle était sa situation morale quand Méphis se présenta à elle.

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