Annual Register, 1792, deuxième partie, p
avec une circonspection inaccoutumée (probablement sous la sage influence de son secrétaire de légation Reinhard), en différant pendant plusieurs jours la remise de cette déclaration, dans Tespérance d'un contre-ordre. Il n'osa pas, toutefois, prolonger cette attente au delà du 13; à cette époque, il était sans courrier de France depuis douze jours ! Il venait d'expédier la déclaration, quand arriva, trop tard de quelques heures, le courrier parti le 8 de Paris, porteur du projet de réponse à la note anglaise du 31 décembre précédent. Cette réponse reproduisait en partie les explications du Mémoire confidentiel envoyé en même temps à Miles. Elle a été publiée depuis, mais sans l'instruction particulière dont elle était accompagnée, et dont la minute, conservée aux Archives, est de la main de Maret. On y prescrivait à Chauvelin la plus grande réserve dans ses démarches comme dans son langage. S'il parvenait à obtenir de Grenville un nouvel entretien particulier, il devait surtout s'attacher « à faire ressortir le contraste des mesures violentes récemment adoptées par le ministère britannique, avec la modération dont nous faisions preuve vis-à-vis de certains sujets anglais qui avaient tenu en France une conduite compromettante, » comme le lieutenant de vaisseau Blackwood, qui venait d'être mis en liberté, bien qu'il eût été trouvé porteur de correspondances d'émigrés. « C'était donc le ministère anglais qui avait le premier porté atteinte aux traités; nous y demeurions fidèles, bien qu'ils fussent pour nous l'ouvrage du despotisme K » Chauvelin avait encore à dire que « l'Angleterre pouvait sévir contre les Français qui troubleraient l'ordre
1. On voit que ces instructions, inspirées et rédi^^ées par Maret, constituaient un véritable contre-ordre aux démarches antérieurement prescrites au styet de Valien-bUl. Malheureusement elles arrivaient trop tard.
chez elle; qu'aucune réclamation ne serait élevée à ce sujet... »
Chauvelin reçut aussi du ministre Lebrun une lettre particulière, qui lui recommandait de multiplier ses démarches pour connaître « les dernières résolutions o du ministère anglais. « // faut absolument, lui disait-on, quelles soient connues dans un délai de huit jours. Il Cette insistance trahissait Tespoir de contribuer au salut de Louis XYL En effet, la Convention venait de clore les débats sur la question d'appel au peuple, et d'ajourner à huitaine la suite du procès. La certitude de la neutralité de TAngleterre, arrivant en temps utile, aurait pu influer sur les votes. M|is quel signe du temps, que cette frayeur de paraître trop humain ! (Lettre inédite du 9 janvier) K
Rien a'était plus sensé que de prescrire à Chauvelin une attitude conciliante, un complet détachement des fauteurs d'anarchie : mais ce rôle cadrait mal avec ses antécédents. Le ministre Grenville consentit pourtant à l'écouter. Chauvelin eut avec lui, le 13, trois conférences dont il envoya la relation par courrier extraordinaire. On déclina la réception des lettres de créance; on consentit néanmoins à recevoir, à titre purement officieux, la dernière réponse française; enfin, sans en être pleinement satisfait, on paraissait disposé à recevoir des communications ultérieures'. Ce langage laissait encore quelque espérance; mais, en moins de quarante-huit heures, tout fut changé. Il y avait entre Londres et Paris un va-et-vient d'ob-
1. Il existe aux Archives, sous la date du 11 janvier, une longue et curieuse lettre adressée à Lebrun. Elle porte le pseudonyme Veritas, « parce que, dit l'auteur, depuis le 2 septembre on ne peut plus rien signer. » Cette lettre, due à quelque émigré constitutiomiel, contient une critique très-vive et fortement raisonnée, des fausses mesures qui avaient amené la discorde entre les deux pays.