Annwtl Register, 1703: H istory of Europe, p. 23Î
glais, qui, suivant Texpression de Maret lui-même, « redoutaient que la France ne s'élevât à un trop haut degré de puissance, si on lui laissait paisiblement établir sa Révolution, » — la difficulté de s'entendre sur TEscaut, sur la Belgique ; — la répugnance, la méfiance qu'inspirait à l'étranger le pouvoir issu du 10 août. Le ministère anglais ne savait que trop bien ce qui se passait à Paris! Il n'ignorait pas que le grand procès n'était que le prélude d'une lutte nouvelle, et que, suivant toute apparence, l'avantage resterait encore cette fois aux plus violents. A demi vaincus d'avance, leurs adversaires auraient eu beau s'engager à respecter l'indépendance de la Belgique, à sauvegarder la vie de l'ex-roi. L'exécution de ces promesses, comme l'autorité et comme l'existence de leurs auteurs, était à la merci d'un prochain accès de révolution. Malgré eux, la majorité de la Convention, exaltée ou terrifiée, avait voté le décret du 19 novembre, celui du 15 décembre. Contre de nouvelles surprises, de nouvelles violences, quelles garanties offraient des autorités affectées du vice de leur origine insurrectionnelle; qui n'avaient pu empêcher les massacres de septembre, et n'osaient les punir? En supposant même que la majorité de la Convention osât admettre Tappel au peuple ou se refuser à voter la mort, n'était-il pas probable que cet autre veto serait le signal d'une nouvelle émeute, victorieuse comme les précédentes? Le Temple, prison assez forte pour empêcher une évasion, aurait-il mis obstacle à un égorgement? Enfin, l'échec complet de la tentative espagnole ne suffit-il pas pour démontrer l'impuissance de toute intervention diplomatique?
Voilà, je crois, dans toute leur force, ces objections, qui peuvent se résumer en deux mots : défaut de sincérité d'un côté; impuissance de l'autre. Mais les documents qu'on vient de lire en atténuent sensible-
ment la portée. Ils prouvent que Pitt, le ministre dirigeant, cherchait un moyen honorable d'éviter la rupture. Dans son empressement à communiquer avec Maret, nous voyons autre chose que le désir de gagner du temps, de se mettre à couvert des reproches de Topposition. Nous y voyons Tindice de dispositions pacifiques très-sérieuses, mais que paralysa la résolution du Conseil Exécutif. Prétendre, comme on le fit, subordonner toute relation, toute explication, à la reconnaissance immédiate du nouveau gouvernement français, c'était exiger, comme condition préalable, ce qui aurait dû ôtre le résultat de la négociation. Le gouvernement anglais n'en était pas réduit à subir une telle exigence, rendue plus insupportable encore par la prétention de lui imposer un intermédiaire qui déplaisait personnellement.
Nous croyons aussi qu'on ne peut rien inférer de l'échec de l'intervention espagnole. Charles IV était doublement suspect, comme monarque absolu et comme Bourbon ; les démarches de son ambassadeur furent tardives, mal combinées. Nous savons quelle était alors la force des susceptibilités, des passions révolutionnaires. Concédons, si l'on veut, qu'une intervention directe de la fièro Angleterre aurait échoué comme celle de la faible Espagne. Mais il serait téméraire d'affirmer que la difficulté, insurmontable de front, n'aurait pu ôtre tournée au moyen de cette ouverture confidentielle, dont le premier ministre anglais avait agréé si vivement la pensée. Entre deux hommes tels que Pitt et Maret, la négociation aurait marché vite; si elle eût commencé vers le 15 décembre, le mot de rAngleterrc aurait été connu avant l'ouverture dos débats sur l'appel au peuple. On sait que, malgré le concours de toutes les circonstances propres à surexciter les passions, malgré la pression exercée sur les esprits timides, la sentence de mort
ne fut arrachée qu'à quelques voix de majorité. En aurait-il été de même si les gouvernants avaient eu le moyen d'opposer à cette pression la certitude confidentielle que l'Angleterre consentait à rester neutre, à reconnaître la République, à retenir la Hollande et l'Espagne dans la neutralité, à y ramener la Prusse, sous la condition que l'indépendance de la Belgique serait respectée, la vie de l'ex-roi et de sa famille épargnée? Qui oserait dire qu'un pareil poids, jeté au dernier moment dans la balance, n'aurait pas suffi pour intervertir la majorité sur l'appel au peuple <m l'application de la peine, pour rejeter la discorde dans le camp des exaltés, et prévenir ou déjouer toute tentative d'insurrection contre ce vote de clémence?
Un grand fait domine toute la période ascendante de notre Révolution ; l'effervescence des passions s'y développe jusqu'au délire, jusqu'au crime, en raison directe du danger qui menace les principes du nouvel ordre social et de l'indépendance du pays, choses devenues indivisibles. La secousse du 20 juin réplique à nos premiers échecs, et à l'emploi suspect du veto; celle du 10 août au manifeste de Brunswick; celle de septembre (hélas) ! à l'invasion prussienne ; l'exécution de Louis XVI, à l'attitude comminatoire de l'Angleterre et de l'Espagne. Bientôt la trahison de Dumouriez, la perte de Toulon, la Vendée, vont provoquer le renversement des Girondins, la dictature terroriste, l'exécution de la veuve, de la sœur de Louis XVI, crimes que le succès de la deuxième mission de Maret à Londres aurait pu conjurer I Par une progression mathématique, l'extrême violence correspond toujours à l'extrême péril. Par contre, nos succès contre les ennemis du dehors et leurs auxiliaires de l'intérieur amèneront une détente, une réaction d'humanité, réclamée, acclamée parle vrai sentiment public, dès qu'elle pourra s'accomplir sans le secours de
rétranger. Fleurus donnera le signal de Thermidor !
Nous inclinons donc à croire que la neutralité anglaise, atténuant de meilleure heure nos dangers, aurait donné aux événements un cours plus humain et vraiment libéral. Obtenue et connue avant le 15 janvier, elle pouvait épargner à la Révolution un de ses plus grands crimes, et tous ceux qui en furent la conséquence et Texpiation. Même après la mort de Louis XVI, il n'était pas absolument impossible d'éviter la rupture, et d'empêcher encore bien des malheurs. Chauvelin fit évanouir les dernières chances d'arrangement par son trop brusque départ, de même qu'il avait contribué à faire manquer la première tentative par son attitude inconvenante, ses rapports erronés sur Tesprit du peuple anglais et sa jalousie contre Maret.
Tout ceci prouve une fois de plus, d'abord que bien des circonstances importantes, dans les grands événements, sont souvent omises par les contemporains mal informés ou intéressés au silence ; en second lieu, que les plus funestes conflits entre les nations ont presque toujours leur source dans de mauvais choix d'agents politiques. ^
A quoi tiennent parfois les destinées des hommes et des empires? Ce maintien possible de la paix avec l'Angleterre éliminait de notre histoire la perte, et par conséquent la reprise de Toulon. Il s'en est donc fallu de peu, qu'un obstacle peut-être insurmontable ne fût élevé à la fortune de Bonaparte, par celui-là même qui l'a servi avec le plus de zèle et d'affection.
Tant de détails h propos d'un projet de négociation
1. Chauvelin, malgré son rôle révolutionnaire, fut poursuivi et emprisonné sous la Terreur, et le 9 thermidor arriva fort à propos pour le sauver. Il fut ensuite préfet sous l'Empire, et député lihérai sous la Restauration. Il obtint alors quelque popularité par une certaine verve d'interruption et de répartie.
avorté, paraîtront peut-être bien minutieux. Ils nous étaient imposés par Tobjet spécial de cette Étude. Maret avait, autant qu*il était en lui, justifié la con* fiance de ceux qui lui avaient donné cette mission si ardue ; s*il échoua, ce fut tout à fait de leur faute et nullement de la sienne. Cet épisode révolutionnaire fait éclater dans tout son jour Tinconvénientdu manque de force et d'unité dans le gouvernement, et Ton comprend Tinfluence qu^un tel souvenir a dû exercer sur la conduite ultérieure de Maret.
Sa mission en Angleterre est, à plus d*un point de vue, une date importante dans sa vie. Nous croyons qu'il faut y rapporter l'origine de la haine secrète qui a valu depuis au duc de Bassano tant d'injustes attaques pendant son ministère, et jusque dans l'histoire. Pitt, qui Taccueillit si bien, avait reçu plus que froidement l'ex-évôque d'Autun. Maret avait personnellement réussi, là où son prédécesseur avait personnellement échoué. Inde irœ! Cette antipathie, née de Tamour-proprc froissé, est un des rares sentiments qui ne varièrent jamais chez Talloyrand.
Maret, do rotoiir à Paris, refuse, pour d'oxoollenteB raisons, le poste do commissaire dans les Pays-Bas. — Dorniùro et imitilo tentative pour ouvrir avec rAiiglotcrro une négociation, dont Maret aurait été chargé (avril). — Il est nommé ambassa'leur h Naplo», au moment do la chuto des Girondins, par lo ministre Lebrun, onooro on fonotions quoique détenu. — Y'm tragique de Lebrun.
Maret trouva, qx\ débarquant 5 Calais, la lettre du ministre qui lui proscrivait de rentrer en France, et lui annonçait sa nomination de commissaire gêné-
rai du pouvoir exécutif dans les Pays-Bas. « Le parti qui avait décidé la guerre à Paris, craignant IMndiscrétion du négociateur qui savait que cette guerre aurait pu être évitée..., avait voulu éloigner le dépositaire d'nn tel secret ^ » Lebrun Tautorisaît à se rendre tout de suite à son poste; c'était lui permettre implicitement de venir à Paris. C*est ce que fit Maret, qui refusa fort sagement cette nouvelle mission. Déjà Noël lui avait fait à Londres un triste tableau de la situation de la Belgique depuis la conquête, et les choses avaient encore empiré depuis. En mémo temps que la Convention déclarait la guerre à l'Angleterre ; elle avait ordonné, par un décret du 31 janvier, l'exécution de celui du 15 décembre, différée jusque-là dans l'espoir du maintien delà paix. Ce décret, on s'en souvient, préjugeait et préparait la réunion, et ce changement de politique aurait mis le nouvel agent général dans un grand embarras vis-à-vis des patriotes belges, auxquelsil avait dû tenir un langage tout différent, moins de trois mois auparavant. De plus, la nomination par la Convention nationale de commissaires pris dans son sein et investis de pouvoirs discrétionnaires, amenait déjà entre ces commissaires et ceux du pouvoir exécutif des conflits fréquents, où ces derniers avaient toujours le dessous*.