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Lettre du prince royal au duc de Bassano, 13 mai

financières*. De son côté, TEmpereur, sur la demande du duc de Bassano, autorisait le gouvernement suédois à lever le séquestre sur les denrées coloniales qu'il avait saisies en exécution du traité de 1810, et à percevoir pour son compte les droits du tarif continental que ces denrées devaient acquitter. (Rapport du 25 juin.)

Telle était la situation, quand la bonne intelligence entre les deux États fut profondément troublée par la nouvelle de violences exercées en Poméranie contre les équipages de deux corsaires, français. Les jeunes miliciens auxquels on imputait ces voies de fait avaient d'abord été arrêtés par ordre du gouverneur Mœrner, puis relaxés par les autorités locales. Cet incident fâcheux fut encore aggravé par un long et acrimonieux rapport de Davout (14 août), et par la correspondance d'Alquier, qui prit tout à coup un caractère d'animosité extrême. Suivant lui, les relations commerciales n'avaient jamais été aussi actives entre l'Angleterre et la Suède que depuis que ces puissances étaient censées en guerre. Alquier reproduisait de confiance les rapports de deux hommes qui l'avaient séduit par de grandes protestations de dévouement aux intérêts français. L'un était un in-

1. A propos de ce voyage, Alquier écrivait le 2 juin : « On explique le départ de la princesse royale par l'ennui très-légitime quelle éprouve ici... » A cette époque, l'usage des veillées, où les dames figuraient avec le rouet et la quenouille, comme du temps des premiers Vasa, était encore en pleine vigueur à la cour et chez les personnes les plus qualifiées de Stockholm. Le politique Bernadotte exigeait que sa femme fit souvent et longuement acte de présence dans ces assemblées, qui ne ressemblaient guère à celles de Paris. Bernadotte se trouvait à cette époque bien moins riche que quand il était maréchal français. La liste civile du nouveau prince royal et de sa femme avait été fixée par la dièle de 1810 à 66,000 rixdalers, chiffre qui représentait à peine 200,000 fr. en numéraire, le papier suédois perdant à cette époque plus de 40 0/0.

dividu assez mal famé, qui s'était fait nommer récemment par surprise consul de France à Gothembourg : il se vengeait, par des délations, de ceux qui n'avaient pas voulu payer assez cher son silence^. L'autre autorité d'Alquier était un officier suédois qui faisait l'office de confident double entre l'ambassadeur et le prince royal, reportant à l'un les propos de l'autre. C'était sur la foi de cet équivoque personnage, qu'Alquier prétendait que Bernadotte « était devenu trèspeu militaire, qu'il ne savait plus faire manœuvrer des troupes, etc. » (Juillet.)

Au premières nouvelles venues de Stralsund, l'Empereur avait failli envoyer l'ordre d'envahir la Poméranie ; il était revenu ensuite au projet d'une occupation concertée avec les troupes régulières suédoises. (Rapport du 4 juillet.) L'exécution d'une telle mesure, confiée surtout au prince d'Ëckmûhl, présentait encdre bien des inconvénients. Le duc de Bassano obtint qu'elle serait ajournée jusqu'à plus ample informé. 11 demanda des explications au chargé d'affaires suédois à Paris * ; il chargea Alquier d'en demander à Stockholm, k L'Empereur, lui écrivait-il, désire réparation pour le passé et garantie pour l'avenir. Faites comprendre que ces faits-là sont trèssérieux. » En cette circonstance, l'ambassadeur commit une faute dont les conséquences devaient être bien funestes. Au lieu de se borner à une demande verbale d'explications, il remit une note signée ; note menaçante, grossière même, dans laquelle il articu-

1.^ Suivant le rapport confidentiel d'un agent du ministère des relations extérieures, qui se trouvait à Gothembourg vers la fin de 1810, les négociants de cette ville s'arrangeaient avec le précédent consul moyennant 5 OfO de remise sur chaque affaire. Il parait que le sieur R.. avait eu de plus hautes prétentions, et qu'on n'avait pu s'entendre.

2. D'Ohsson, chargé do Vhiférim depuis le départ de Lagerbielke.

lait, comme des faits irrécusables, toutes les dénonciations qui lui avaient été adressées, tant sur Taffaire de Stralsund que sur les infractions ou blocus. Cette note était conçue dans des termes tels, que M. d'Engestrom, tout en y répondant, la renvoya, déclarant qu'il ne pouvait la mettre sous les yeux du roi. Dans sa réponse, ce ministre faisait un grand éloge de Napoléon, n'accusant que l'ambassadeur qui « le servait mal. » Cette réplique fit perdre à celui-ci le peu de sang-froid qui lui restait ; il adressa directement sa note au prince royal, déclarant qu'il ne voulait plus avoir de communications avec le ministre. Ceci se passait le 25 août. Ce fut le lendemain qu'eut lieu, entre le prince royal et H. Alquier, cette fameuse conversation trop fidèlement transmise à Paris par l'ambassadeur, et dont HM. Bignon et Thiers ont reproduit les traits les plus saillants ^ Nous admettons comme eux, l'authenticité des propos attribués à Bernadotte ; il y a d'ailleurs des choses qui ne s'inventent pas. Hais on aurait dû ajouter qu'il relevait de maladie; qu'il était, comme on vient de le voir, sous l'impression immédiate de la démarche violente d'Alquier, démarche qu'il devait croire commandée par l'Empereur, bien qu'elle ne le fût pas ; enfin, qu'il était encore surexcité par le langage et l'attitude de l'ambassadeur. Quand Bernadotte, à la fin de cette conférence, s'emportait jusqu'à mettre les soldats suédois au-dessus des soldats français, quand il parlait de se placer sur un baril de poudre et de se faire sauter, plutôt que de subir le partage de la Suède entre le Danemark et la Russie, projet concerté à Erfurt et dont il avait eu connaissance. /^a?* des femmes^ etc.; il est évident qu'il n'était plus maître de ses expressions ni de ses pensées. Alquier lui-même avoue que le prince

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