‹ Maret, duc de BassanoChapitre 28 sur 60 · Lettre du 26 mai · texte numérisé non relu

Lettre du 26 mai

2. Lettre du 20 mai à d'Ohsson, copiée par M. Bignon. En marge il a écrit : « Remarque très-juste, très-vraie, où je reconnais le boa et très-Français d*£ngestrom. »

ans après, s'en rappelait exactement le contenu. L'Empereur s'exprimait avec une sévérité extrême sur le prince de Suède. La demande de la Norwége, celle d'un subside, l'offensaient également. Bernadotte devait plutôt songer à Pétersbourg, qu'il pouvait avoir à sa discrétion. Haret avait retenu cette conclusion, d'allure tout à fait napoléonienne : « Qu'il marche, quand ses deux patries le lui ordonnent ! S'il hésite, qu'on ne me parle plus de cet homme ! 9 Finalement, il donnait l'ordre de répondre à Signeul « qu'on n'achèterait point un allié douteux aux dépens d'un allié fidèle. » Le duc de Bassano, qu'on a représenté comme si présomptueux à cette époque, si follement confiant dans l'avenir, comprenait les inconvénients ^e l'hostilité déclarée, ou même de la neutralité hostile de la Suède. Il les comprenait si bien, que, recevant cette fâcheuse réponse au moment où lui-même partait pour rejoindre le quartier général, il s'abstint de la communiquer à l'agent suédois, espérant que, dans l'intervalle, la réflexion aurait calmé l'Empereur, et quelque peu modifié ses résolutions. Mais il le trouva (à Thorn) irrévocablement prévenu contre Bernadotte, et résolu à lui opposer « l'indignation du silence. » Le dernier mot de Napoléon fut une défense formelle de faire aucune réponse. Il existe aux Archives des affaires étrangères deux lettres de Signeul au duc de Bassano, datées de Dresde et de Tœplitz (9 et 10 juin), réclamant une solution. 11 se rendit ensuite à Paris, d'après le conseil du ministre, qui s'efforçait toujours de gagner du temps. Ce fut seulement le 17 août, c'est-à-dire à l'époque de l'échange des ratifications du traité entre la Suède et l'Angleterre, que Signeul réclama ses passe-ports. Le duc de Bassano transmit de Wilna cette demande à l'Empereur, alors en marche sur Moscou. Les termes de sa lettre trahissaient une vive contrariété ; « il était impossible de

différer davantage la remise de ces passeports, ptie's^tie l'Empereur jugeait convenable que cet envoyé quittât Parié, » Néanmoins, les deux chargés d^affaires, de Cabre et d*Ohsson, restèrent à leur postes respectifs, et la Suède ne prit que Tannée suivante une part active à la coalition. Mais sa seule neutralité nous avait déjà été bien funeste dans la campagne de 1812, en laissant aux Russes la libre disposition de Tarmée de Finlande.

Cette détermination de FEmpereur, <( détermination fort honnête, » dit M. Thiers, était néanmoins très-regrettable. Elle parait avoir été inspirée par le ressentiment d'anciens griefs, et par celui des infractions au blocus, infractions dont on avait exagéré la gravité. Napoléon se crut assez fort pour se passer dela Suéde, ou pour l'avoir impunément contre lui ; cette résolution a été fatale au Danemark aussi bien qu'à la France. Nous croyons qu'il aurait pu, sans déshonneur, déterminer son allié à céder laNorwége, en ajoutant quelque chose à l'indemnité offerte par la Suède. Peut-être même n'eût-il pas été impossible de ramener la Suède à se contenter de l'évêché d e Drontheim. En étudiant avec soin les documents contemporains, on arrive à la triste conviction que, des deux côtés, les rancunes et l'antipathie personnelles ont joué un grand rôle dans cette rupture. Un prince d'origine suédoise aurait été plus modéré dans ses demandes, plus mesuré surtout dans son langage que ne le fut Bernadotte ; il aurait probablement obtenu davantage. Quoi qu'il en soit, nous avons dû constater que, dans cette question si grave, il a existé entre Napoléon et son ministre une divergence marquée, divergence qui fait honneur à la perspicacité du duc de Bassano, et dont nous avons pu, malgré sa discrétion loyale, ressaisir assez facilement la trace.

France et Russie (suite). — Irritation croissante. — Incident Tchernitchef. — Maret, Savary et Pasquier. — Dernier entretien du czar avec Tambassadenr français.

Le 18 février 1812, le duc de Bassano indiquait à Tambassadeur Lauriston la marche à suivre pour conjurer ou retarder la rupture. L'ambassadeur devait successivement: réclamer encore Tenvoi de Nesselrode à Paris ; accueillir ou présenter Tidée d*un congrès, entre le Niémen et TOder ; consentir à suspendre les mouvements de troupes, « si cela était nécessaire, pour empêcher les Russes d'entrer dans le duché ; » enfin, accepter, ou proposer, à la dernière extrémité, une entrevue entre les deux souverains. Cette proposition était le dernier moyen à employer, pour empêcher les Russes de franchir le Niémen, pour gag^ier du temps.

Il faut, disait encore le ministre, que lés troupes de Sa Majesté puissent s'asseoir réellement sur TUe de Nogat, sur le beau pays d*Elbing et sur les deux rives de la Yistule... 'pendant la durée des discussions. Alors Sa Majesté verra avec un plaisir réel des négociations, une entrevue et tout ce qui peut aplanir les différends... Cet appareil formidable ne le portera pas à la guerre ; il ne menace pas, il répond à la menace. Quand ses troupes seront sur l'Oder et sur la Yistule, il n'y aura rien de compromis; il sera toujours prêfà accueillir tout ce qui pourra prévenir la guerre,,.

Quelques jours après, un incident désagréable (raffaire Tchernitchef) ayant mis en évidence les mauvaises dispositions personnelles du tzar, le duc de. Bassano ajoutait, sous Tempire d'une irritation bien

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naturelle : « L'Empereur ne se soucie pas d'une entrevue, pas même d'une négociation, à moins que les 450,000 hommes que Sa Majesté a mis en mouvement ne fassent faire de sérieuses réflexions au cabinet de Pétcrsbourg, ne le ramènent sincèrement au système établi à Tilsit, et ne replacent la Russie dans Tétat d'infériorité où elle était alors. » (25 février.) Ces deux dépèches ont donné lieu aux plus singuliers commentaires. On a voulu en induire que toutes les instances pour l'ouverture d'une négociation sérieuse n'étaient et n'avaient jamais été, de la part de Napoléon, qu'une feinte ayant pour but de se procurer le temps nécessaire à la concentration de ses forces sur le Niémen. Cette argumentation repose sur deux phrases tronquées et isolées de celles qui en déterminent le sens véritable ; l'injonction de gagner du temps, puis l'aveu a qu'on ne se souciait ni de négociation ni d'entrevue, » comme si cette proposition avait été formulée d'une manière absolue. C'était dans un but à la fois politique et militaire, que le ministre prescrivait à Lauriston de faire ces derniers efforts pour engager la négociation. Si Ton ne réussissait pas ainsi à empêcher la rupture, on pouvait du moins la retarder, se ménager le temps nécessaire pour atteindre, dépasser la Vistule, couvrir le duché, et menacer à son tour le territoire russe. Il se pouvait aussi que la résolution du tzar vint à fléchir en présence de cette armée immense, prête à l'attaquer dans la saison la plus favorable. Dans cette hypothèse d'arrangement pacifique m extremis, l'Empereur entendait tirer quelque profit de ce Vaste et coûteux déploiement de forces. Il se réservait de faire expier à la Russie son commencement de défection, en exigeant d'elle le désistement de ses prétentions sur les provinces danubiennes, prétentions qu'il se reprochait d'avoir accueillies à Erfurt, contre l'opinion du duc de Bassano. Cette

pensée n'était pas nouvelle chez lui ; déjà nous Tavons rencontrée dans le rapport du 16 août précédent, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre le « retour au système établi à Tilsit, » dont il était question dans la dépêche du 25 février.

Cette dépêche, antérieure de trois jours au départ de Taide de camp Tchernitchef pour la Russie, rendait compte d'un dernier entretien qu'il avait eu avec l'Empereur, et dans lequel celui-ci avait montré les dispositions les plus conciliantes. Haret y faisait allusion aux intrigues de ce messager trop observateur, intrigues « sur lesquelles on avait bien voulu fermer les yeux jusque-là, mais qu'on ne serait peut-être pas toujours d'humeur à tolérer. » On saitque cet officier, non content de consacrer ses avantages naturels à l'observation politique, de pousser des reconnaissances téméraires jusque dans les boudoirs, avait séduit, par l'intermédiaire du concierge de l'ambassade russe, l'un des principaux employés du bureau du mouvement de la guerre. Le duc de Rovigo a laissé sur toute cette affaire une relation assez détaillée, mais peu sûre, ayant été faite de mémoire, longtemps après les événements. On y voit que ses anciennes rancunes contre son collègue des relations extérieures avaient survécu à la chute de l'Empire. Il assure que l'aide de camp d'Alexandre avait trompé d'abord par une franchise et une étourderie calculées le duc de Bassano, qui s'était constitué son protecteur. Plus tard, cependant, de nouveaux incidents rendirent Tchernitchef suspect aux deux ministres, et Savary avoue que, cette fois, il n'eut pas le mérite de la priorité. Quand il parla de ses soupçons à l'Empereur, celui-ci n'en parut aucunement surpris, et lui répondit « de laisser faire M. Haret, qui s'occupait déjà de cette affaire. » Cet empiétement sur ses attributions ne faisait pas le compte de Savary, qui, dans l'ombre de Maret, croyait

toujours voir surgir Sémonville. Par excès de zèle, ou par tout autre motif, il ne jugea pas à propos de rester inactif, et donna des instructions à ce sujet au préfet de police. Cette fonction était alors occupée par un jeune maître des requêtes de beaucoup d'avenir, H. Pasquier, qui devait sa position au duc de Bassano. Savary ignorait que Tchernitchef était déjà recommandé à ce même fonctionnaire du côté « des relations extérieures. » H. Pasquier, par une raison facile à comprendre, s'était abstenu de lui communiquer cette particularité. Quand ses agents lui apportèrent, le 1'' mars au matin, les papiers qu'ils venaient de découvrir dans l'appartement que Tchernitchef avait quitté précipitamment la veille au soir, M. Pasquier s'empressa d'en faire faire des copies pour le ministre de la police, son supérieur immédiat; réservant les originaux pour l'autre ministre. Cette combinaison fut intervertie par l'arrivée imprévue de Savary en personne, qui lui venait faire, de très-bonne heure, une visite d amitié. Après une explication plus ou moins amicale, Savary s'empara des originaux, courut les montrer à l'Empereur, et conduisit l'affaire avec une telle célérité que, dans le cours de la même journée, il opéra la vérification des écritures, procéda à l'arrestation des coupables, et en donna avis au duc de Bassano ^ Savary avait conservé, à propos de cette affaire, des impressions qui paraissent mal fondées, au moins à l'égard de son ancien collègue. Il semble donner à entendre que celui-ci aurait voulu, d'accord avec son protégé, donner le change en haut lieu sur l'origine de la découverte, faire croire que « les relations extérieures disposaient de moyens d'information particuliers, supérieurs à ceux de la police ordinaire. »

1. Lettre du 1" mars. On y voit que le concierge Custinguer venait d'être arrêté sur la dénonciation de l'employé infidèle, dans un café où ils avaient rendez-vous ensemble.

Cette insinuation, moralement invraisemblable, est de plus en contradiction flagrante avec des circonstances essentielles mentionnées dans le récit du duc de Rovigo. Au moment où il pénétrait dans le cabinet du préfet, celui-ci était, dit-il, en train de fermer Tenveloppe à l'adresse du ministre de la police, enveloppe renfermant les copies et une lettre expliquant la remise des originaux, faite au ministre des relations extérieures sur sa demande. Si la collusion rêvée par Savary avait existé, le préfet aurait donné une autre tournure à sa lettre ; il aurait attribué à Tautre ministère rinitiative de la visite domiciliaire et la communication de ses résultats.

Nous croyons avoir restitué à cet incident sa physionomie véritable. L'immixtion du ministre des affaires étrangères dans une affaire de cette nature se justifiait assez d'elle-même; elle avait été autorisée, exigée par l'Empereur. Le duc de Bassano fut donc de tout point irréprochable, mais le duc de Rovigo pécha par trop de zèle, et le fîitur duc Pasquier par trop de finesse. Un épisode vraiment comique fut celui du prince Kourakin, qui, trois jours après, ne savait encore qu'une chose: la disparition de son concierge. Il n'était pas éloigné de considérer ce rapt comme un prélude d'hostilités, et demandait des explications au ministre des relations extérieures. (3 mars.)

L'affaire Tchemitchef ajoutait aux dissentiments politiques un grief tout personnel entre les deux souverains. L'instruction révéla que les manœuvres de cet aide de camp favori remontaient à plusieurs années. Elles avaient donc été systématiquement encouragées, ordonnées en haut lieu. C'était bien là, suivant l'expression de l'Empereur, la politique des princes grecs du Bas-Empire ^ Toutefois l'Empereur agit

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