‹ Maret, duc de BassanoChapitre 31 sur 60 · Lettre à M. Otto, du 27 mai · texte numérisé non relu

Lettre à M. Otto, du 27 mai

tâche. Le roi Frédéric-Guillaume, avait été invité à faire acte de présence à Dresde. L'Empereur Faccueillit affectueusement, lui fit de belles promesses pour Tavenir, laisant au duc de Bassano la charge d'expliquer à M. de Hardenberg que, tout en croyant fermement à sa sincérité, à celle de son souverain, on était obligé d'agir comme si Ton n'y croyait pas, à cause des dispositions plus qu'équivoques d'une grande partie de l'armée et de de la nation prussiennes^

Le nouvel ambassadeur extraordinaire de Pologne était un de ces « pauvres désespérés» qui s'efforçaient vainement d'entrevoir le duc de Bassano le 24 mai 1812 et les jours suivants. Il s'en est vengé dans sa fameuse Histoire de l'Ambassade de Pologne, « D'après l'ordre de l'Empereur, dit-il, je m'étais rendu chez M. Maret. Je ne pus le rejoindre que dans les corridors ; là, il me notifia que j'étais ambassadeur ; qu'il y avait un traitement fixe de 150,000 fr. (communication assez consolante). Il m'ajourna au lendemain ; mais ce jour, ainsi que les jours suivants, tous mes efforts furent vains. Ce ministre, allant sans cesse de chez lui au château et du château chez lui, était obsédé par les ministres des grandes et petites puissances. Je pus enfin arriver à ce duc si affairé. Je le trouvai perdu au milieu d'un nombre infini de portefeuilles. Il me témoigna un vif empressement de se défaire de moi, m'annonça des instructions, me pressa de préparer mon départ, me congédia : et c'est tout ce que j'en ai eu. » Il ajoute que la porte du ministre ne se rouvrit plus pour lui, et qu'il ne reçut' qu'en montant en voi-

1. Le duc de Bassano fera comprendre au chancelier (Hardenberg) que, comme politique, je me fie à la Prusse, mais que, comme militaire, je ne puis laisser Pillau et Spandau dans d'autres mains que les miennes, etc. (Note de TEmpereur à Maret, du 37 mai. Con., XXIII, 511.)

ture ces misérables instructions, « bien digne d*an ancien révolutionnaire comme Maret, et qui couvriraient de plusieurs pieds de rouge le front de leur auteur, si elles étaient jamais publiées. » H. de Pradt ignorait que ces instructions, dont le souvenir le scandalisait si fort après la chute de TEmpire, n'étaient autre chose qu'une longue note dictée par l'Empereur lui-même, la veille de son départ de Dresde. Le duc de Bassano lui avait transmis purement et simplement, sous le titre d'instructions, copie de la note impériale, en s' excusant de ce que le temps lui avait manqué pour donner à ces indications tout le développement qu'il comportait. « Mais avec vous, H. l'ambassadeur, ajoutait-il, on a assez fait sans doute lorsqu'on vous a montré le but. » (29 mai.) Maret eut bientôt lieu de regretter ce compliment.

Nous devons nous arrêter un moment à ces instructions, qui renfermaient, suivant l'ambassadeur, « un cours complet de clubisme. » Dans cette guerre, que Napoléon lui-même allait proclamer la seconde de Pologne, il n'y avait donc pas seulement la Russie à vaincre, il y avait aussi la Pologne à rétablir. Mais, pour gagner son rétablissement, la Pologne devait aider à vaincre la Russie. Le but était indiqué, les moyens prescrits. Une diète devait se réunir à Varsovie dans le courant de juin. Il était à désirer qu'un comité spécial fit un rapport sur les malheurs et les espérances de la patrie ; qu'à la suite de ce rapport, la Diète proclamât le rétablissement du royaume de Pologne; se constituât en confédération; déclarât enfin que partout où des Polonais seraient réunis, ils avaient le môme droit de se confédérer pour le salut public, tf Le rapport devait être européen et polonais, >» mais dirigé entièrement contre la Russie, sans récriminations contre l'Autriche et la Prusse. « La Confédération centrale, organisée à Varsovie, devait former

des comités dans les différents paLitinats. Ces comités devaient faire à leur tour des proclamations, et tous les actes émanant de cette série de manifestations nationales devaient être imprimés, répandus, nonseulement dans le duché, mais dans toutes les provinces de la Pologne russe, de façon à exciter dans la nation entière une sof^te d'ivresse. » La main de l'ambassadeur ne devait pas se laisser apercevoir dans ce mouvement, mais il devait exercer en fait, « non-seulement une grave influence, mais Tautorité réelle ; tout voir, tout savoir, tout diriger, tout animer. » C'était dans ce but qu'on lui avait délégué le droit d'assister aux séances du conseil des ministres. C'était sous sa direction qu'ils devaient user des pouvoirs dictatoriaux qu'allait leur conférer le décret du roi de Saxe, tenu en réserve, comme on Ta vu ci-dessus, jusqu'au moment où la guerre serait reconnue inévitable. Enfin, il était spécialement recommandé à l'ambassadeur de donner suite, et même, s'il était possible, un plus grand développement au service d'informations militaires établi par son prédécesseur.

Nous avons sous les yeux le texte original de ces instructions impériales, qui fut remise à H. de Pradt; mais la minute d'après laquelle elles ont été imprimées dans la Correspondance est conservée aux Archives des aft^^ires étrangères, où H. Thiers aurait pu facilement la consulter. S'il avait daigné le faire, il n'aurait pas sans doute qualifié d'équivoque le mandat conféré à M. de Pradt. Il se serait surtout abstenu de présenter l'envoi d'une députation de la Diète à "Wilna, en juillet 1812, comme une démarche toute spontanée des Polonais, à laquelle M. de Pradt avatt été forcé de consentir, et qui avait surpris et embarrassé Napoléon^ Cette démarche, imprévue suivant M. Thiers,

Page 1