‹ Maret, duc de BassanoChapitre 39 sur 60 · Lettre du 21 février 1814 {Corr,, n · texte numérisé non relu

Lettre du 21 février 1814 {Corr,, n

du 8 septembre. Après tout, cette résolution terrible n'est pas sans excuse. Pour les États comme pour les individus, il n*est pire malheur que la honte, et Moscou en flammes fait meilleure figure dans rhistoire que Paris illuminé pacifiquement par les bivouacs ennemis.

Le duc de Bassano fut plus contrarié que surpris en apprenant, par des renseignements particuliers venus de Varsovie, que Tatlitude de Tambassadeur n*avait pas été bonne dans cette circonstance. Il lui écrivit à ce sujet une lettre qui, pour plus d'un motif, mérite d'être reproduite :

Sa Majeslé m'écrit de Moscou, à la date du 27 septembre, qu'elle est peu satisfaite de ce qui se passe à Varsovie ; que les chevaux n'ont pas de fourrage dans les étapes; qu'il n*y en a même presque pas dans la capitale ; que tous les services et toutes les parties de Tadministration sont en souffrance : que Farméc polonaise aurait dû recevoir des chevaux et des hommes pour se maintenir un peu, et qu'on l'a laissée se réduire à rien K Mettez-moi, je vous prie, dans le cas de répondre à Sa Majeslé... Réunissez dans un Mémoire, non-seulement les notions éparses dans vos différentes dépêches, mais aussi toutes celles que vous pourrez rassembler. Saisissez cette occasion pour faire un tableau an vrai des embarras que le duché éprouve. II est sans doute bon de les connaître et de les signaler; mais il faut en môme temps montrer qu'on fait tout pour vaincre les difficultés, et jusqu'à quel point on pourrait y parvenir. A cet égard, c*cst votre opinion que je demande, et non celle des membres du gouvernement, nécessairement disposés à s'arrêter devant des difficultés qui ne sont pas insurmontables. Il doit

1. La Correspondance ne contient aucune lettre de Napoléon à la date du 27 septembre. L'existence du document dont il s'agit ici n'en est pas moins certaine. Napoléon lui-même y fait allusion, dans la lettre n* 19-234. «< Je vous ai écrit hier pour que vous cherchiez à remuer le duché... » Ce rappel ne peut s'appliquer qu'à la lettre du 27, dont la dépêche de Maret, écrite en conséquence, doit reproduire exactement les termes.

MARBTy DUC DE BASSANO. 433

VOUS être facile de faire sentir que jamais les sacrifices du duché n'ont eu un objet plus important...

Vous sentirez, monsieur Tambassadeur, qu*afin d'obtenir tout ce qu'il faut que le duché fasse, vous avez surtout à soutenir l'esprit public ; que, pour y parvenir, vous devez toujours dissimuler les inquiétudes que vous pourriez |concevoir sur les événements, et vous montrer persuadé, comme vous devez l'être en efTet, qu'elles ne sont pas fondées... Ainsi, jed'ois savoir que. vous avez été frappéde l'incendie de Moscou, et que vous avez trop laissé paraître l'impression que vous faisait cet événement... Lorsqu'on verra dans votre contenance et dans vos discours une sécurité qui ne se démentira pas, on se modèlera sur vous, et Ton jugera plus sainement les choses. (Wilna, 4 octobre.)

Au moment où ces conseils lui parvinrent, Tarchevèque était, comme on le verra bientôt, sous le coup d'un redoublement de terreur qui ne lui permettait ni de ressentir, ni d'affecter la moindre sécurité. Plus tard, il travestit odieusement cette dépêche, prétendant que le ministre lui avait fait un crime d'avoir montré de la sensibilité...

A partir de Tincendie de Moscou, les contrariétés, les incidents fâcheux, se succèdent presque sans relâche ; les mauvaises nouvelles s'échangent, courrier par courrier, entre Wilna et le quartier général. A peine réinstallé au Kremlin, Napoléon apprenait, par une dépêche chiffrée de son ministre, la position précaire de Saint-Cyr sur la Dwina. Le 2 octobre, l'estafette de France apportait à Wilna de tristes détails sur la journée des Arapiles et l'évacuation de Madrid. Quelques jours après, le duc de Bassano, auquel son dernier courrier de Constantinople laissait encore une lueur d'espérance, reçut de l'Empereur lui-même communication du traité entre la Russie et la Porte, publié dans la Gazette officielle de Moscou avant l'entrée des Français. Une autre nouvelle, non

moins déplorable, lui arrivait en même temps : celle

d'un mouvement rétrograde du corps autrichien. Malgré les instances personnelles de Haret, qui avaient devancé les ordres impériaux, Schwarzenberg persistait à « se laisser tromper. » Croyant ou affectant de croire prématurément à Tarrivée des troupes du Danube, il était resté immobile à une époque où il était très-supérieur à Tormasov, son adversaire immédiat. Dès que l'approche de l*avant-garde de Tschitchakov lui fut signalée, Schwarzenberg se replia sur le Bug^ Il sentait si bien que sa conduite paraîtrait équivoque, qu'il se hâta d'envoyer à Wilna le comte de Paar, son premier aide de camp, pour présenter sa défense. Il trouva aussi un chaleureux apologiste dans l'ambassadeur de France à Varsovie. Celui-ci, habituellement si laconique, si sec dans sa correspondance, rédigea dans cette occasion un long mémoire justificatif en faveur des Autrichiens. L'aidé de camp

1. « Un général français ou polonais, dans la situation de Schwarzenberg après son combat de Gorodeczna, pouvant soutenir sa marche par le soulèvement général du pays, aurait sans relâche poursuivi Tormasov; l'aurait détruit ou rejeté en sept ou huit jours au delà du Dniester; se serait emparé des dépôts de recrues polonaises et des renforts épars; aurait réuni à la Pologne les trois provinces de Podolie, de Wolhynie et d'Ukraine, étendu là Pinsurrection jusqu'à Kiev, et menacé d'un autre côté, sur le Dniester, les derrières de l'armée russe du Danube. Cette opération, aussi facile à exécuter que brillante en résultats, aurait favorisé la création d'une nouvelle armée polonaise, séparé la Russie de TAutriche et de l'Allemagne, jeté lalarme dans le centre de l'empire russe. » Telle est l'opinion qu'exprime, dans un écrit publié en 18i8, un homme qui avait été à portée de bien juger des événements. M. Aubernon (depuis préfet de Seine-et-Oise) faisait partie en 1812 de l'ambassade de Varsovie, et avait été, par ordre du duc de Bassano, détaché à Léopol (Gallicie), poste avancé, d'où il transmettait des indications sur les mouvements des Russes et les dispositions des Autrichiens. Des documents militaires de source russe ont confirmé pleinement cette appréciation. Le premier ordre de marcher sur la Wolhynie fut envoyé à Tchitchakov, de Pétersbourg, le 18 juillet, et ne lui parvint qu'au commencement d'août. Sa réunion avec Tormasov, battu le 12 août, ne fut complète que dans les premiers jours de septembre.

et Tambassadeur s'accordaient pour soutenir qu'on était tout au plus assez fort pour défendre le duché ; qu'il n'y avait jamais eu et qu'il y avait moins que jamais à compter sur un concours quelconque des populations de la Wolhynie, pays dévasté, où il ne restait que le ciel et la teiTe, etc. Malgré ces apologies, le ministre demeura convaincu que les Autrichiens ne faisaient pas, et surtout n'avaient pas fait tout ce qu'ils auraient pu faire ^

Quelques jours après, il eut à calmer une nouvelle panique de l'archevêque, qui dans d'autres circonstances eût été risible. Bien que le mouvement rétrograde des Autrichiens fûtconnudepuisplusieurs jours, les habitants de Varsovie ne semblaient nullement inquiets. M. de Pradt n'en revenait pas ; il attribuait cette sécurité à l'inintelligence du danger, <c bien plus grand cette fois qu en juillet, puisqu'ils avaient à quarante lieues des ennemis nombreux, féroces, et qu'on pouvait supposer irrités (de l'incendie de Moscou). » Pour lui, plus intelligent, et par conséquent plus effrayé, il avait pris le parti de ne rien dire qui pût les avertir du péril, d'éteindre plutôt que de remuer (14 octobre). Mais, dès le lendemain, il y eut une alerte générale, et l'archevêque se retrouva dans son élément. « Des flots de fuyards se pressaient aux barrières de Varsovie. Les uns venaient chercher un refuge, les autres sortaient du côté opposé pour mettre plus d'intei*valle entre eux et l'ennemi. » On annonçait l'apparition de toute une armée russe sur la rive gauche du Bug, à Siedlec. M. de Pradt était furieux contre le gouverneur Dutaillis, qui soutenait que celte alarme n'était pas mieux fondée que les précédentes^ faisait filer du côté de Reynier toutes les troupes disponibles, et parlait de distribuer des armes aux ou-^

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