‹ Maret, duc de BassanoChapitre 4 sur 60 · V. Borgnet, chap. x et xi · texte numérisé non relu

V. Borgnet, chap. x et xi

avaient fini par s*aperce voir qu'ils étaient joués, et que le masque tomberait le jour où Ton croirait n'avoir plus rien à redouter du côté de la France. La renonciation solennelle à toute entreprise contre la liberté d'aucun peuple, renonciation inscrite dans la Constitution de 1791, avait inspiré aux Belges de toutes les opinions une confiance un peu naïve, c Aristocrates et démocrates, dit leur historien, s'imaginaient que la France se bornerait à les affranchir, et les laisserait ensuite librement se débattre entre eux. »

Vers la fin de 1791, la situation devenant chaque jour plus tendue, les hommes les plus ardents des deux partis se réfugièrent en France, mais sans abjurer les discordes qui déjà leur avaient été si funestes. Cette fois encore, les plus grands obstacles à la réconciliation étaient du côté des démocrates. A leurs yeux, le grand crime de l'Autriche était de trop ménager leurs adversaires. Ils se donnèrent même beaucoup de mouvement pour décider la nouvelle Assemblée française à prescrire par un décret la dispersion d'un rassemblement qui s'organisait à la frontière contre l'ennemi, parce que les chefs de ce rassemblement n'étaient pas des leurs^ La discussion qui s'engagea à ce sujet offrit la même anomalie que celle de mars 1790; les conservateurs belges ne furent défendus que par les patriotes ardents. Le décret passa à une grande majorité, par suite de la coalition des Feuillants et d'une partie des Girondins. Les premiers, voulant le maintien de la paix, entendaient donner à l'Autriche une nouvelle preuve de bienveillance ; les seconds

1. Ce rassemblement se composait en grande partie d'anciens militaires natifs des provinces belges, et qui avaient suivi le parti statiste ou clérical dans la précédente révolution. Un de leurs principaux chefs était le duc de Béthune-Charost, jeune homme aventureux qui voulait, dit-on, se faire nommer duc de Belgique, et qui périt pendant la Terreur.

réprouvaient une insurrection qui leur paraissait de mauvais genre ^ suivant l'expression d'un journal royaliste. L'un des démocrates belges annonçait de Paris ce résultat comme un grand triomphe. II écrivait : <c J'ai influé au comité diplomatique... Il faudra que ces Messieurs renoncent à l'appui de cette nation, et même à ^e rassembler en France. » Les démocrates belges ne se doutaient pas qu'en manœuvrant ainsi, ils discréditaient non-seulement leurs adversaires, mais la nationalité belge elle-même. Cette intolérance était vivement blâmée par les hommes les plus sensés des deux partis, qui firent à diverses reprises d'inutiles tentatives de conciliation. Elle n'était pas moins opposée aux vues et au langage des agents français en Belgique, qui, dans la prévision d'une rupture prochaine entre la France et l'Autriche, « encourageaient les aristocrates aussi bien que les démocrates, et réussissaient à entretenir ainsi parmi les anciens rebelles une fermentation susceptible d'être utile plus tard à la France'. » Plusieurs de ces agents appartenaient aux relations extérieures, notamment La Gravière, ministre titulaire à Bruxelles, et ses secrétaires de légation. Ils agissaient sous l'influence combinée de l'esprit révolutionnaire et de notre ancienne tradition politique, hostile à la maison d'Autriche, tradition qui s'était conservée dans la diplomatie occulte de Louis XY, à laquelle Dumouriez avait appartenu.

jusqu'à la fin de 1791, l'influence de Lebrun semble avoir été circonscrite aux réfugiés liégeois. Nous le voyons, le 17 décembre, se présenter à l'Assemblée législative, à la tête d'une députation de ces réfugiés, sollicitant l'autorisation de former une légion de volontaires. Ce projet reçut un plus grand développe-

1. Lettre du comte de Metternich au prince de KauniU. (Borgnet.)

ment à la suite de la mémorable séance du 14 janvier 1792, dans laquelle Gensonnet et Guadet déclaraient d'avance la guerre à TÂutriche^ Un rapprochement s'opéra alors entre les Liégeois et la fraction la plus impatiente des vonckistes. Ils formèrent à Paris un comité des Belges et Liégeois unis, qui, dès le mois de février, faisait faire publiquement des enrôlements à la frontière, avec Tassentiment du comité diplomatique. On s'entendit sur les mesures à prendre pour le commencement inévitable et prochain des hostilités. Maret, travaillant alors avec Bonne-Carrère, qui faisait les fonctions de secrétaire du ministre de Lessart, prédécesseur de Dumouriez, était l'intermédiaire habituel de Bonne-Carrère et de Lebrun auprès de ce comité belge.

Telle fut la première mission politique de Maret. On voit de reste qu'il ne suivait plus, au commencement de 1792, la bannière de ceux des anciens chefs de la Constituante qu'on nommait alors les Feuillants. Parmi ces révolutionnaires de la première heure, il en était un pourtant qu'il eût volontiers servi, comme il servit plus tard Napoléon. MaisMirabeau était mort, et nul parmi les survivants n'était capable de reprendre et de mener à bien l'œuvre de force et de conciliation, rêve de ses derniers jours, lisse perdaient tout à fait « en comptant, pour rétablir l'ordre, sur la saiutatre terreur qu'inspireraient les menaces de l'étranger. » Cette combinaison malheureuse , toftt propre à être confondue avec la trahison dans un moment de crise, ne peut plus être reléguée parmi le» inventions calomnieuses de l'esprit de parti. On a aujourd'hui la preuve matérielle qu'une dépêche an-

1. Ce fut en lisant le compte rendu de cette séance que Tempereur Léopold , jusque-là assez placide, s'écria: «Ils veulent la guerre, ilsraurontî »

trichienne du 17 décembre 1791, menaçante pour les révolutionnaires ardents, ^vait été copiée en partie dans un mémoire secret rédigé par les Feuillants et communiqué avec leur autorisation à Vienne par l'intermédiaire d'une personne auguste *. Cette entente tacite avec l'étranger fut aussitôt dénoncée, exagérée avec une violence qu^expliquaient la marche des événements et l'état des esprits. Les plus exaltés considérèrent ces ci-devant patriotes de 89 ralliés à la contre-révolution, comme des transfuges non moins odieux que les émigrés. D'autres, sans qualifier aussi sévèrement cette tactique des Feuillants, avaient jugé périlleux de les suivre dans une telle voie. Maret fut de ceux-là, et Ton ne saurait le taxer équitablement, à cette occasion, de versatilité ou d'ingratitude. Sa conduite à cette époque était pleinement d'accord avec le sentiment général. Il marchait non-seulement avec les Girondins, mais avec les agents imbus, comme Dumouriez, de l'ancienne tradition politique ; avec les constitutionnels belliqueux comme le ministre Narbonne, qui dierchaientdans cette guerreavec l'Autriche une dernière chance de salut pour la monarchie. D'ailleurs, il obéissait à l'autorité; et l'autorité, à cette époque, ne résidait pas dans les ministères, encore moins aux Tuileries, mais uniquement dans l'Assemblée législative. Les opérations des Belges et Liégeois unis avaient reçu l'assentiment des comités diplomatique et militaire, avant la formation du ministère girondin. Ces graves mesures, qui en réalité préjugeaient la guerre, étaient prises par anticipation, sans scrupule et sans péril, tant était profonde la nullité du pouvoir exécutif, traîné agonisant à la remorque de la Révolution]

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