‹ Maret, duc de BassanoChapitre 5 sur 60 · Voir à ce «gel de Bourgoiag, I · texte numérisé non relu

Voir à ce «gel de Bourgoiag, I

Dumoariez et Maret. — Premières dépêches de celai-ci. — Manifeste des réfugiés, rédigé par lui. — Il est nommé secrétaire de légation à Bruxelles, puis à Hambourg. — Instructions de Bonne-Carrère à Maret, au sujet de sa véritable mission d'agent général en Belgique. — Maret et Deshacquets.

Enfin, après la destitution du ministre de la guerre Narbonne, « coup de boutoir » imprudent auquel TÂssemblée riposta immédiatement par la mise en accusation de de Lessart, le roi subit un ministère Gt* rondin. Dans cette combinaison nouvelle, Dumouriez obtint le portefeuille des affaires étrangères. Il devait quelque chose de cette fortune inespérée à ses amis Laporte et Gensonné, qui l'avaient recommandé, celui-ci à Louis XVI, celui-là aux Girondins. Mais, en réalité, le premier auteur de cette nomination fut Bonne-Carrère, qui avait décidé de Lessart à faire venir à Paris Dumouriez, son ancien camarade de collège, en le lui vantant comme seul capable de le tirer d'embarras.

Dumouriez, homme de grands moyens et de petite moralité, avait néanmoins en politique extérieure des convictions très-arrêtées. Tout ce qui lui restait de conscience s'était réfugié là. Il se hâta de représenter au conseil que, dans la situation présente, « on ne devait s'acharner politiquement qu'à un seul ennemi, qu'à l'Autriche, pour lui ravir les Pays-Bas, remplis de mécontents et à portée de la France. » Toutes ses démarches furent calculées dans le double but d'isoler l'Autriche, et d'imprimer aux négociations directes avec cette puissance une allure pressante, agressive.

propre à hâter la rupture, si, comme on devait s^y attendre, TAutriche refusait de désarmer et de rompre le concert éventuel formé à Pilnitz contre la France ^ En même temps, Lebrun et Maret, compris dans la nouvelle composition des bureaux, Tun comme chef de division, Tautre avec le titre de secrétaire de légation à Bruxelles, continuaient à s'occuper activement des affaires belges et liégeoises. Dumouriez avait pris Hareten grande amitié ; il se plaisait à lui raconter les détails de Taventureuse mission qu'il avait remplie vingt ans auparavant en Pologne, auprès des confédérés de Bar. Haret puisa dans ces entretiens un sentiment profond de l'iniquité du partage, et une sympathie pour la cause polonaise dont nous retrouverons des témoignages non équivoques dans d'autres temps. Les premiers documents écrits constatant la présence de Maret aux affaires étrangères remontent au commencement d*avril, et prouvent que dès lors il centralisait toutes les correspondances, officielles ou secrètes, relatives aux affaires de la Belgique. Ce sont des minutesde lettres pour le chevalier de la Gravière, résident de France à Bruxelles, pour son secrétaire, nommé Ruelle, et pour divers agents secrets. Une de ces lettres, adressée à Ruelle, annonçait l'expédition d'une tabatière*en or, envoyée comme offrande nationale à un certain Léagre, qui avait fait découvrir une fabrique de faux assignats français à Bruxelles '. Une

1. M. de Bourgoing a parfaitement résumé ce travail de Dumouriez depuis le 15 mars, jour de son entrée au ministère, jusqu'à la déclaration de guerre (20 avril) (Hist, diphm., I, 474-486). On peut aussi consulter sur ce siget le chap. iv de l'ouvrage de M. Masson. Partisan de l'alliance autrichienne, il est parfois un peu trop sévère pour Damouriez.

2. On voit par d'autres lettres que l'émissaire chargé de porter cette tabatière s'était si fort attaché à elle, qu'il fallut la lui ré^clamer plus de dix fois, de Paris et à Bruxelles^ pour le décider à s'en séparer.

autre lettre prescrivait à la Graviëre de réclamer contre la détention présumée d'un sieur Droêt, accusé dintrigues politiques. « Le gouvernement général, écrivait Haret, nie avec tant d'humeur cette détention, que nous la croyons réelle. » On remarque aussi, de son écriture, un projet de réclamation relatif aux enrôlements qui se faisaient dans les provinces belges pour Tannée des princes. Le ministre français avait sollicité antérieurement un ordre du gouvernement général pour faire cesser ces enrôlements ; cet ordre avait été obtenu, mais non notifié à la France. On pourrait trouver qu'au point où en étaient les choses, il était un peu tard pour remettre une semblable question sur le tapis. Mais à cette époque, c'est-à-dire dans les premiers jours d'avril, les ministres autrichiens protestaient encore à Vienne qu'ils ne voulaient pas appuyer les émigrés, bien que leurs actes fussent en désaccord flagrant avec cette affirmation^.

£n même temps, Haret s'occupait de la rédaction du manifeste insurrectionnel qui, d'après les résolutions du comité belge et liégeois de Paris, devait être lancé au moment de la déclaration de guerre si elle avait lieu. Ce manifeste, dont le projet original est aux Archives, écrit de la main de Maret, avait la forme emphatique qui était un des caractère^ et une des nécessités du temps, mais il contenait autre chose que de vaines déclamations. Dès qu'il eut paru, le Momteur en publia une analyse, communiquée par Maret à de Marcilly, l'un de ses anciens secrétaires, devenu rédacteur principal. « Les Belges et Liégeois unis adressent à l'Europe non l'excuse, mais le plan des mesures hardies qu'ils sont résolus d'employer... Il

1. De Bourgoing, I, 48-i. — Voir aussi ce que dit Dumouriez d'une négociation particulière qu'il aurait essayé de suivre avec le comte de Metternich, pendant les premiers Jours de son ministère (Mém. IV, I).

leur snflisait de dire : moi peuple, je veux être libre, je vais combattre pour le devenir. Cependant, après avoir établi ce principe, ils oroient devoir apporter les preuves de leur fidélité aux conventions mutuellement jurées, celles de leur longue patience lorsque toutes furent indignement violées. Us remontent jusqu'an temps où les Belges obtinrent des constitutions et des franchises. Ces constitutions, bien qu'entachées de tous les vices des siècles barbares, avaient mis an moins des bornes au despotisme du prince ; au moins elles garantissaient au peuple la plus dière des libertés, celle de ses actions et de sa personne. Mais toutes les conditions du pacte inaugural des Belges ont été violées; les Liégeois ont été encore plus infortunés'. » Ce manifeste était suivi d'un plan de république fédérative, d'inspiration évidemment Girondine, Le comité organisait un pouvoir révolutionnaire pour éviter l'anarchie ; mais les fonctions de ce pouvoir devaient se modifier graduellement, et finalement cesser dès que les vrais représentants de la nation seraient réunis. Aux termes de l'article 11 du projet, l'élection des « vrais représentants » devait avoir lieu, dans la proportion d'un par dix mille âmes, au fur et à mesure de. l'affranchissement des villes et territoires. Aussitôt élus, ces représentants devaient se joindre au comité révolutionnaire primitif et participer à son pouvoir, lequel devait cesser aussitôt que les représentants élus, arrivant au chiffre de cent cinquante, pourraient se former en Assemblée constituante*. Enfin, on recommandait d'avance à l'attention de cette future assemblée un projet de démocratie représentative,

Page 1