L'incendie de Moscou et la retraite
'2. Cette mesure, réclamée depuis bientôt deux mois par le commissaire impérial Bi^on, avait été contre-carrée par le gouverneur général.
lettre, ajoutait Maret, sans ressentir la crainte bien pénible que Votre Majesté ne soit mécontente de Fétat où sont les choses. Le bonheur de la satisfaire est le seul que j'envie ; et n'y avoir pas réussi est le malheur le plus sensible que je puisse éprouver. » Toute sa conduite, pendant les cruelles péripéties qui allaient se succéder sans relâche, prouve combien ce langage était sincère.
0*"-27 novembre 4812. — Situation pénible de Mftret, à Wîlnm, pendant la retraite. — Ses efforts pour dissimuler les désastres à la Franee et à TEurope. — Inquiétudes pour la place de liinsk justiiiées par Tévénement — Propositions russes au cabinet prussien interceptées. — Interruption des communications entre Wilna et l*armée, par suite de La destruction du pont de Borizov. — Malgré les instances réitérées du duc de Bassano, le commandant du corps autrichien s*obstine à suivre une direction qui Téloigne de Napoléon. — • Angoisses de Maret.
La position de Maret , si difficile depuis Tinccndie de Moscou, devint affreuse pendant la retraite. 11 avait à supporter tantôt le poids des confidences lugubres de Napoléon , tantôt celui plus accablant de son silence ! Et il fallait, pour surcroît de torture, affecter de la confiance et jusqu'à de la gaieté en présence des autorités lithuaniennes, des diplomates étrangers, vis-à-vis de nos propres ambassadeurs, des membres du gouvernement qui résidaient à Paris! Il fallait que le duc de Bassano entretint à tout prix Terreur de la France et de TEurope sur Texistence ou rétendue de désastres dont lui-même n'apercevait pas la fin...
Dès le 1" novembre, Fattaque par des Cosaques d'un poste fort rapproché de Wilna, celui de Widzy,
avait occasionné une recrudescence de panique dans cette ville. Un autre incident local, celui du duel de H. de Chassenon, intendant du département de Grodno» avec un officier supérieur autrichien, mettait en pleine évidence les mauvaises dispositions de nos prétendus alliés '. Le même jour encore, Testafette de France apportait les premiers renseignements «sur réchauffourée de Mallet... En les transmettant à TEmpereur, le duc de Bassano s*efforçait d'atténuer rimpression que ne pouvait manquer de produire un semblable événement, insistant beaucoup sur ce point, (( qu'il n*y avait eu ni calcul, ni combinaison, mais une espèce de coup de main tenté par des gens qui ne tenaient à personne , qui étaient à la fois les seuls conspirateurs et les seuls agents'. » Cette appréciation était matériellement exacte, mais, par la même raison, il y avait un symptôme moral des plus graves dans ce fait d'un si beau commencement de succès, obtenu avec de si faibles moyens. Aussi verrons-nous bientôt cet incident peser d'un grand poids sur les déterminations de l'Empereur, dans la circonstance peut-être la plus décisive de son règne.
Maret avait un sujet de préoccupation non moins grave, pendant ces premiers jours de novembre. Ses dernières nouvelles du quartier général remon-
1. M. de Chassenon était un fonctionnaire énergique, mais d'un caractère peu conciliant. Ce duel, dans lequel il reçut une blessure qui mit sa vie en danger, avait eu lieu à Toccasion d'un incident presque puéril. Des soldats autrichiens avaient allumé un grand feu sous un hangar attenant à Thabitation de l'intendant. Celui-ci, menacé d'incendie, se plaignit, probablement avec quelque vivacité à rofRcier commandant, qui répondit par une provocation en duel.
En 1815, ce même Chassenon joua un rôle dans Tévasion célèbre de la Valette. C'était lui qui, déguisé en cocher, conduisait la voiture de place dans laquelle celui-ci monta après être sorti de la Conciergerie sous les habits de sa femme.