‹ Maret, duc de BassanoChapitre 47 sur 60 · Voir ci-dessus, la lettre du duc de Bassano, du 8 mai · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, la lettre du duc de Bassano, du 8 mai

tendait à s'adjuger le meilleur lot dans les sacrifices demandés au vainqueur. Cependant l'Empereur sut se contenir cette fois ; il entendit avec un calme apparent renonciation des « points principaux, » et ne parut manifester de répugnance insurmontable que pour deux de ces points : la renonciation au protectorat de la Confédération du Rhin, et le sacrifice pur et simple des territoires de la trente-deuxième division militaire. Nous disons le sacrifice pur et simple, car on ne saurait trop le répéter, Napoléon, après comme avant Lûtzen, n'avait garde de s'imaginer qu'il pourrait traiter avec l'Angleterre et la Russie sans transiger sur les villes Anséatiqucs, sur Oldenbourg. Il entendait seulement ne s'en dessaisir que moyennant compensation. Les cabinets européens ne pouvaient s'abuser sur le sens véritable de cette prétention. Elle ne leur paraissait alors nullement exorbitante, bien qu'elle ait valu à Napoléon et à son ministre les reproches les plus amers de la part de quelques écrivains modernes, qui l'ont interprétée à tort d'une façon absolue^

Le comte de Bubiia, ne rencontrant de résistance positive que sur ces deux points, crut, dit-on, avoir obtenu gain de cause sur tout le reste. Napoléon accueillit aussi avec une faveur marquée l'idée d'un congres pour la paix générale ou au moins continen-

1. Parmi los historiens e]ui ont commis cette erreur, on compte M. Thiers, qui s'écrie: " Ainsi les départements anséaliques, etc., étaient choses inviolahles et inséparables de l'Empire : ainsi Hambourg'devait, quoi qu'il arrivât, avoir des préfets fran(,-aisî»' (XV, •^•^^) \\ est vrai que dans le cours du même volume, à propos de celte conférence entre l'Empereur et Bubna, M. Thiers adopte l'autre version ; il reconnaît que Napoléon avait un grave motif politique pour répugner à l'abandon de ces territoires, doyU la France avait Itcso'ni rorninc moyoi iCf'.rhanyc, punr se .faire restituer ses colonies. {I<1., p. r)4H.) Mais, par une distraction singulière, il a omis de faire disparaître la contradiction flagrante qui existe entre ces deux passages.

laie, et subsidiairement celle d'un armistice. Mais il comprenait ce congrès tout autrement que ses adversaires. Il entendait que tous les États engagés dans la lutte fussentlibrement représentés par des plénipotentiaires ayant voix consultative et délibérative, et proposait même d'admettre des représentants des insurgés espagnols; concession très-méritoire à cette date antérieure de plus d'un mois à la journée de Vittoria. Napoléon parut tout à coup prendre cette idée de congrès et d'armistice tellement à cœur, que, non "content d'autoriser Rubna à en transmettre sur le champ la proposition aux alliés par l'intermédiaire du comte de Stadion, il en fit l'objet d'une lettre spéciale pour son beau-père (Cor., 20019), et ordonna séance tenante qu'elle reçût, dans le plus bref délai, la publicité officielle du Moniteur, Elle y fut annoncée en eft'et dès le 24, par un article expédié directement de Dresde, et visiblement écrit sous la dictée de rKmpcreur lui-même.

Voici les passages les plus importants de cet article :

L'empereur Napoléon a offert la réunioD d'un congrès à Prague pour la paix générale... Du côté de la France arriveraient à ce congrès les plénipotenliaircs de la France, des États-Unis, du Danemark, du roi d'Espagne et de tous les princes alliés : du côté opposé, ceux de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, des insurgés espagnols et des autres alliés de cette masse belligérante... Si l'Angleterre refuse de coopérer au grand œuvre de la paix du monde, l'Empereur n'en propose pas moins la réunion à Prague... pour régler la paix du continent...

La proposition d'admettre les représentants espagnols faisait tomber le seul motif qu'eût allégué le cabinet de Londres, pour repousser les ouvertures pacifiques transmises par l'envoyé autrichien Wessen-

berg. Il est donc à croire que cette proposition de congrès, arrivant après Bautzen et avant Vùtoria, aurait obtenu l'assentiment de TAngleterre, si cette puissance n'avait pas été assurée dès lors de Tadhésion du cabinet de Vienne à la coalition^.

Cet article témoignait de dispositions peu favorables aux espérances et aux prétentions particulières de l'Autriche. Le nom de cette puissance n'y figurait pas parmi ceux de nos alliés ; aucune allusion n'était faite à sa médiation; on se bornait à dire; que les principes énoncés, relativement à la réunion et à la composition du congrès, étaient conformes aux vues de l'Autriche.

L'Empereur, en effet, répugnait fort à cette médiation. Malgré l'opinion nettement exprimée du duc de Bassano, il penchait de plus en plus vers une tentative de rapprochement direct avec la Russie, et pensait y arriver par cette ouverture pour un congrès et un armistice. Il espérait aussi, et cette pensée l'honore, éviter par cette proposition, la nouvelle bataille imminente contre les alliés retranchés à Bautzen. Il se décida donc à faire partir de suite pour les avant-postes le duc de Vicence, qui semblait devoir être accueilli mieux qu'aucun autre par le Tzar. « Si j'ai des sacrifices à faire, disait Napoléon, j'aime mieux que ce soit au profit de souverains qui me font bonne guerre; qu'au profit de rAulriclie, qui a trahi l'alliance, et qui, sous le titre d(î médiateur, veut s'arroger le droit de dis-

1. A l'épo(|iio oii ce cabinet nous (lé(l;ira la guerre, le souvenir lie celle oflre pacificjne le gênait sin<:nlit*rement dans ses récriminations contre la politique française. Il essaya de s'en tirer, en prétendant quil avait ifpwré complétonnit celle proposition. (Manifeste du l-2aoùt.) Il en avait eu connaissance, non-seulement par l'article officiel du Mojiiteur, mais par la lettre de Napoléon du 17 mai, et par celle de Bubna à Siadion.

poser de tout, après avoir fait la part qui lui convient, etc^

Cette tentative, faite en Tabsence et à l'insu de Maret, était conforme au système qu'il avait toujours combattu. L'événement justifia ses prévisions. Elle n'eut d'autres résultats que de resserrer davantage les nœuds secrets qui unissaient l'Autriche à la coalition. Malgré le résultat de la bataille de Bautzen, ou plutôt à cause de ce résultat trop peu décisif, la Russie persista à décliner toute communication immédiate. Caulaincourt ne fut pas reçu, et ce fut par l'intermédiaire de Stadion qu'on fut informé que les alliés étaient disposés à traiter d'une armistice. D'autre part, à Vienne, Metternich avait l'air soucieux, gêné avec l'ambassadeur français. Celui-ci écrivait à Maret le 31 mai : « Il doit s'être passé, depuis quelques jours, des choses qui ramènent ce cabinet à des idées plus hostiles, » Narbonne ne se trompait pas ; le jeune ministre russe Nesselrode exploitait alors habilement la terreur qu'inspirait à TAutriche cette possibilité d'un accommodement direct entre la Russie et la France. Ce fut ainsi qu'il décida Metternich à partir tout à coup pour la Bohême avec son maître. Les occasions de rapprochement devinrent ainsi plus fréquentes. On pesa d'une manière immédiate et continue sur les résolutions du chef de cabinet autrichien. On agit sur lui par la crainte et aussi par l'orgueil, en affectant de le considérer, et l'amenant à se considérer de bonne foi lui-môme comme l'arbitre des destinées de l'Europe. « Il croit mener tout le monde, disait Napoléon, et tout le monde le mène. »

Nous n'avons pas à nous occuper des détails de la négociation d'armistice, mais nous ne sau-

1. Instructions pour le duc de Vicence, du 17 mai; Correspondance^ n* 20017.

rions laisser passer, à cette occasion, une singulière assertion de M. Thiers. Suivant lui, « Napoléon, en signant cet armistice, n'avait d'autre intention que de gagner deux mois pour compléter ses armements; il n'avait pas eu un moment la pensée de la paix... ; » néanmoins « il n'avait dit à personne sa pensée tout entière, si ce n'est peut-être à M, de Bassano, duquel il n'avait pas la moindre objection à craindre. » (XVI, 5, 7 et 8). A l'appui de cette thèse, M. Thiers mentionne trois lettres écrites par l'Empereur pendant la négociation de l'armistice. Les deux premières sont adressées au ministre de la guerre et au vice-roi d'Italie; la troisième, au duc de Bassano, qui dans ce moment se trouvait à Liegnitz, en conférence avec le comte de Bubna, revenu encore une fois de Vienne. Comme c'est surtout dans cette dernière lettre qu'il faut, suivant M. Thiers, chercher la véritable pensée de Napoléon, il a jugé à propos, non pas de la citer, mais de la résumer dans les termes suivants :

Napoléon écrivit à 31. de Bassano : « Ne vous expliquez pas avec M. de Bubnii^ cmmencz-le avec vous à Dresde, et retardez le moment où nous ruerons obligés daccepter ou de refuser les propositions aulrichieniHîs. Je vais conclure l'armistice, et alors le temps dont j'ai besoin sera tout gagné. Si pourtant on persiste à exiger pour la conclusion de cet armistice des conditions qui ne me conviennent pas, je vou5 fournirai des thèmes pour prolonger les jwurparlers avec M, de Duhna (XY, COO).

Voici maintenant la reproduction textuelle de la lettre adressée de Neumarkt par Napoléon à Maret, le 3 juin 1813, à laquelle se rapporte ce passage, que des lecteurs confiants pourraient [)reiKlre pour une citation littérale.

Nous sommes en discordance pour l'armistice. Les Busses

veulent se placer à Breslau, et moi je veux que Brcslau soit neutre. Je voudrais que Tarmislice durât jusqu'au 20 juillet, eux voudraient qu'il expirât le 5; la difTérence se réduit là. Signera-l-on? c'est uu problème. Faites part de cette négociation à M. de Bubna. Faites-lui connaître l'incertitude et la différence où nous sommes : qu'après que j'ai consenti à évacuer Breslau par amour de la paix, les Russes veulent l'occuper, et que, comme on en fait au quartier-général français une affaire d'amour-propre et d'honneur, il est douteux que nous l'accordions; que dans tous les cas il est convenable que vous et M. de Bubna vous vous rendiez à Dresde, parce que, si les hostilités devaient recommencer, je changerais ma ligne d'opérations. Je désire donc que vous partiez ce soir; vous marcherez toute la nuit avec une escorte que vous donnera le général Marchand, et vous continuerez, pareillement escorté, jusqu'à Dresde. C'est là votre place; c'est là que vous traiterez avec M. de Bubna; c'est là que vous me serez utile comme centre de correspondance. Si l'armistice se conclut, je me rendrai de ma personne à Dresde {Corresp,, 20073).

C'est là un curieux exemple des libertés que prend rillustre historien avec les documents qui ont besoin d'être appropriés à ses idées. Ses analyses mériteraient trop souvent le nom de « belles infidèles, » infligé jadis aux traductions de d'Ablancourt. Les indications qu'il donne sur les deux autres lettres, brillent également par l'inexactitude. Il dit (XVÏ, 8) que l'Empereur n'osa avouer ni à Clarke, ni à Eugène, les conditions de l'Autriche; « leur laissa même croire qu'elles étaient exorbitantes. » Or, on lit dans la lettre adressée à Clarke le 2 juin : « Cette cour, sous les couleurs les plus sentimentales, ne veut rien moins que me forcer à lui restituer la Dalmatic et et ristric. Elle veut de plus la rive gauche de l'Iun ; et enfin la moitié du grand-duché de Varsovie, en donnant l'autre moitié à la Prusse et à la Russie. Elle espère arriver à ces avantages par la présence d'une centaine de mille hommes. » La lettre adressée à

514 MARET, DUC DE lîASSANO.

Eugène le même jour, contient la même confidence dans des termes presque identiques. L'Empereur leur prescrit ensuite des mesures militaires, et M. Thiers en infère qu'il n'avait pas autre chose en tête. Mais nous pourrions citer bien des lettres semblables, écrites antérieurement par Napoléon pendant des armistices, préliminaires de traités. Faudrait-il en conclure qu'après Austerlitz, Friedlandou Wagram, Napoléon ne voulait pas la paix? D'ailleurs, ainsi que le fait observer un historien, précisément à cette môme occasion, « l'f^mpereur ne disait à chacun que ce que chacun avait besoin de savoir pour accomplir sa tâche particulière. » Quel est l'auteur de cette remarque, qui répond victorieusement à l'induction que M. Thiers voudrait tirer du langage tenu à Eugène et à Clarke? M. Thiers lui-même.

En résumé, il peut être utile pour la glorification du comte, depuis prince deMctternich,de soutenir que Napoléon n'a recherché à signer l'armistice de Plesswitz « que pour gagner deux mois, temps nécessaire à la deuxième série de ses armements. » Mais cette thèse autrichienne, qui ne méritait pas d'être soutenue dans des ouvrages français, est contraire au texte véritable des documents, aussi bien qu'au bon sens. La demande d'un armistice après Lùtzen et surtout sa conclusion après Bautzen, ne peuvent s'expliquer que par un désir sincère de la paix'. C'est ce désir, et non, comme on l'a prétendu, « la crainte d'avoir immédiatement rAutriche sur les bras, » qui décida l'Empereur à renoncer aux avantages immenses de la poursuite, car il était en mesure de les obtenir avant que l'Autriche fût prête. C'est donc avec raison que

1. « Si nous no voulions pas traiter de la paix, nous n'aurions pas la sottise de traiter d'un armistice dans 11* moment actuel. (Napoléon au duc de Vicence, 4 juin, Corrcsp.^ :;?0083.)

le duc de Bassano dit à ce sujet dans ses notes : ce si Napoléon n'avait été qu'un conquérant, il serait peutêtre devenu le maître du monde. »

Cette appréciation, contraire à celle de M. Thiers, est confirmée par un contemporain, témoin oculaire des mieux informés, le général Jomini. A propos de cet armistice, il fait dire à Napoléon : « ce fut peut-être la plus grande faute de ma vie. En pliant devant rintcrcession de TAutriche, je lui inspirais une confiance dans ses forces qu'elle n'avait pas encore, et je ne fis ainsi que hâter sa décision contre moi. Si j'avais continué les hostilités, ma décision lui eu aurait imposé; Tarméerusso-prussienne, tournée par sa droite, écrasée par ma supériorité, refoulée dans les montagnes de Glatz, y eût trouvé des Fourches caudines, puisque l'Autriche intimidée par mes succès, n'aurait point osé lui offrir alors le passage à travers ses États. Je redevenais le maître de l'Europe en dictant la paix au vainqueur. Admettons même que l'Autriche eût pris la résolution de permettre l'entrée des troupes coalisées, ma position n'eût pas été pire qu'elle le fut au mois de septembre ; car si mon armée reçut cent mille hommes durant l'armistice, celle des ennemis en reçut le double, sans éompter ceux que l'Autriche organisa. » (Vie de Napoléon, IV, 314.)

Conférence de Liegnitz entre Maret et le comte de Bubna qui n*a de pouvoin que pour cauier. — Départ et retour de ce difdomate à Dresde. — Il rapporte cette fois une note énonçant Toffre formelle de la médiation autrichienne. — Mais Bubna se trouvant encore sans pouvoirs, M. de Mettemich est invité à venir lui-même à Dresde, où il n'arrive que le 25 juin. — Pendant qu'il négocie la convention relative à la médiation, le comte de Stadion signe à Reicbenbach un traité secret avec la Russie et la Prusse. — Conférences militaires de Tracbenberg. — Traité avec le Danemark. — Organisation du corps polonais.

On vient de voir que Maret, pendant la discussion de Tarmistice, était àLicgnitzavec le comte de Bubna, de retour depuis le 30 mai au quartier général. Ce messager infatigable était reparti de Vienne, avant qu'on y eût reçu la nouvelle de la bataille de Bautzen et de la tentative de négociation directe avec la Russie. Le chef du cabinet autrichien, à cette date, avait lieu d'être satisfait des nouvelles que Bubna rapportait de Dresde, puisque TEmpereur venait d'autoriser la proposition d'un armistice et d'un congrès. Le moment semblait venu pour l'Autriche d'imprimer une allure plus vive et plus franche à la négociation, en commençant par régulariser la nouvelle situation de la puissance médiatrice vis-à-vis de la France. Maret était donc autorisé à croire que le retour si prompt de Bubna avait d'abord pour objet l'accomplissement de ce préliminaire indispensable à l'œuvre de la paix. Il n'en était rien pourtant, ainsi que le prouve l'analyse suivante des conférences de Liegnitz, rédigée d'après les communications du duc de Bassano.

Le comte de Bubna félicitait, au nom de sa cour, l'empereur Napoléon, de ses dispositions magnanimes pour la

paix du inonde. Elle n'oublierait jamais que les premières démarches pacifiques avaient été faites par lui, au moment où la victoire (de Lûtzen) lui conseillait de placer toute sa confiance dans le sort de ses armes. Elle allait faire des démarches pour Fouverture d*un congrès...

Le duc de Bassano accueillit ces assurances ; mais en exprimant la confiance qu'elles devaient inspirer (?), il fit remarquer au comte de Bubna que Tobjcl de son voyage à Vienne n'avait pas été seulement d'obtenir que sa cour se pronpnçàt pour la prompte ouverture d'un congrès, et s'entremit pour obtenir des ennemis de la France un consentement... ; qu'il s'agissait aussi de régler la situation nouvelle où la France et TAulriche allaient se trouver vis-à-vis Tune de l'autre.— Par le traité du 44 mars 1812, l'Autriche était garante de l'intégrité du territoire actuel de la France. Entendait-elle soutenir cette garantie par la force des armes, si les puissances ennemies de la France prétendaient, etc.. Si l'empereur Napoléon était disposé à ne pas se prévaloir avec rigueur de cette situation, ce qu'il avait manifesté en ne s'opposant point à l'offre de médiation, il n'en était pas moins convenable et nécessaire que la situation respective fût définie d'une manière précise. Il était donc indispensable de s'entendre d'abord sur l'existence du traité de Paris, et sur les parties de ce traité que les circonstances pourraient mettre dans le cas de tenir en suspens. M. le comte de Bubna, s'étant chargé de prendre à cet égard les ordres de sa cour, était prié de s'expliquer sur ce point. M. de Bubna ayant répondu... qu'il était autorisé à assurer que la cour de Vienne était disposée à passer un acte qui, en reconnaissant que le traité de Paris n'avait pas cessé de lier les deux puissances, renfermerait une réserve sur les stipulations qui ne seraient pas d'accord avec les circonstances; le duc de Bassano, acceptant ces assurances comme bsise de l'engagement qui devait en être la suite, engagea M. de Bubna à en faire l'objet d'une négociation immédiate, et, à cet efi'et, à entrer dans les explications qu'il aurait été autorisé à donner sur ces réserves... M. de Bubna ne se trouva pas muni d'instructions suffisantes pour s'expliquer, ni de pouvoirs pour négocier.

Un autre objet, sur lequel on s'attendait qu'il serait en mesure, était relatif à l'acceptation de la médiation. Plusieurs points devaient nécessairement être réglés. Le duc

de Bassano en fit rénumération, et représenta qu*il était contre l'usage des cabinets, et notamment contre celui da cabinet de la France, d'accepter une médiation autrement que par une convention discutée et librement consentie... M. de Bubna admit ces considérations dans toute leur force... assura que l'Autriche n'avait jamais eu la pensée de procéder autrement... Mais il n'avait pas plus de pouvoirs pour entrer en négociations réglées sur ce second objet que sur le premier. Le duc de Bassano... l'engagea à aller lui-même presser sa cour de donner enfin ces pouvoirs .. Il lui représenta que si on devait aux instances de l'Aulriche la prompte acceptation de l'ouverture d'un congrès, il n'y avait pas un moment à perdre pour conclure un arrangement qui en était le préliminaire indispensable.

Cet entretien est du 30 mai. A cette date, si Tune des deux puissances « vise à perdre le temps, » ce n*est pas assurément la France.

Le comte de Bubna, qui, comme on le voit, « n'avait de pouvoir que pour causer, » reparla aussi & Maret des points principaux. Comme, dans son précédent voyage, il n'avait cru apercevoir chez Napoléon de répugnance sensible que pour la renonciation au protectorat de la Confédération et aux villes hanséatiques, il avait obtenu l'autorisation d'insinuer qu'on pourrait bien renvoyer ces deux articles à la paix générale. C'était là, suivant M. Thiers,une concession immense. Aussi l'illustre historien reproche amèrement au duc de Bassano d'avoir transmis ces propositions ainsi modifiées « sans ajouter un mot pour les appuyer : » à Napoléon de ne pas avoir répondu, courrier par courrier, qu'il était trop heureux de les accepter. La réserve de Maret, dans cette circonstance, est facile à justifier. Tout ce qu'il était possible d'alléguer en faveur de la paix, il l'avait écrit dès le 8 mai et répété ensuite de vive voix. Si Napoléon s'était laissé aller à croire qu'une mission au quartier général russe couperait le monde en deux, s'il persistait

à considérer cette solution comme possible, la faute n'en était pas à Maret, adversaire persévérant et convaincu de ce système. Mais, d'autre part, TAutriche se conduisait de manière à gêner singulièrement ceux qui plaidaient sa cause ; et il était bien permis à un ministre français de trouver exorbitantes, le lendemain de la victoire de Bautzen, quelques-unes des conditions proposées auparavant par cette puissance. Si nous en croyons M. Thiers, tout espoir de rétablir la Pologne aurait péri à Moscou-, mais le duc de Bassano était-il si coupable d'en juger autrement en juin 1813?

Il avait ramené Bubna à Dresde, mais cet envoyé fut presque aussitôt appelé au château de Gitschin en Bohême, où le comte de Mctternich venait d'installer son maître, et dont il pensait faire aussi le siège des négociations. Bubna revint à Dresde le 10 juin. On a prétendu depuis qu'il avait reçu l'ordre de déclarer nettement cette fois que l'Autriche se mettrait contre nous, si nous n'adhérions immédiatement auxccpoinls principaux ; » mais qu'il s'en abstint, « sachant Tinutilité (les explications avec le duc de Bassano. » C'est ce qu'affirme le prince de Metternich dans ses Mémoires. Mais est-il vraisemblable qu'il ait autorisé alors quelqu'un à s'exprimer d'une façon plus catégorique qu'il ne le fit lui-même à Dresde quinze jours plus tard? On est d'autant moins porté à le croire, qu'on sait aujourd'hui par la correspondance de Gentz, le fidm Achates de Metternich, que le 24 juin il admettait encore la possibilité pour l'Autriche de demeurer^neutre ' .

Quoi qu'il en soit, le 11 juin Bubna remit seule-

1. Dépôches inédites du chevalier de Gentz, 1, 23. Dans cette lettre du 34 juin, de Gentz reconnaît » que la Russie et la Prusse ne désirent au fond que la continuation de la guerre, et ne regardent toute tentative de négociation que comme un moyen d'y faire par-

5i8 MARET, DUC DE BASSANO.

de Bassano en fil l'énumération, et représenta qu'il était contre l'usage des cabinets, et notamment contre celui du cabinet de la France, d'accepter une médiation aulremeot que par une convention discutée etlibrement consentie... M. de Bubna admit ces considérations dans toute leur force... assura que TAutriche n'avait jamais eu la pensée de procéder autrement... Mais il n'avait pas plus de pouvoirs pour entrer en négociations réglées sur ce second objet que sur le premier. Le duc de Bassano... l'engagea à aller lui-même presser sa cour de donner enfin ces pouvoirs .. Il lui représenta que si on devait aux instances de l'Autriche la prompte acceptation de l'ouverture d'un congrès, il n'y avait pas un moment à perdre pour conclure un arrangement qui en était le préliminaire indispensable.

Cet entretien est du 30 mai. A cette date, si Tune des deux puissances « vise à perdre le temps, » ce n'est pas assurément la France.

Le comte de Bubna, qui, comme on le voit, « n'avait de pouvoir que pour causer,» reparla aussi à Maret despomts principaux. Comme, dans son précédent voyage, il n'avait cru apercevoir chez Napoléon de répugnance sensible que pour la renonciation au protectorat de la Confédération et aux villes hanséatiques, il avait obtenu l'autorisation d'insinuer qu'on pourrait bien renvoyer ces deux articles à la paix générale. C'était là, suivant M. Thiers,une concession immense. Aussi l'illustre historien reproche amèrement au duc de Bassano d'avoir transmis ces propositiofis ainsi modifiées « sans ajouter un mot pour les appuyer : » à Napoléon de ne pas avoir répondu, courrier par courrier, qu'il était trop heureux de les accepter. La réserve de Maret, dans cette circonstance, est facile à justifier. Tout ce qu'il était possible d'alléguer en faveur de la paix, il l'avait écrit dès le 8 mai et répété ensuite de vive voix. Si Napoléon s'était laissé aller à croire qu'une mission au quartier général russe couperait le monde en deux, s'il persistait

à considérer cette solution comme possible, la faute n'en était pas à Maret, adversaire persévérant et convaincu de ce système. Mais, d'autre part, TAutriche se conduisait de manière à gêner singulièrement ceux qui plaidaient sa cause ; et il était bien permis à un ministre français de trouver exorbitantes, le lendemain de la victoire de Bautzen, quelques-unes des conditions proposées auparavant par cette puissance. Si nous en croyons M. Thiers, tout espoir de rétablir la Pologne aurait péri à Moscou; mais le duc de Bassano était-il si coupable d'en juger autrement en juin 1813?

Il avait ramené Bubna à Dresde, mais cet envoyé fut presque aussitôt appelé au château de Gitschin en Bohême, où le comte de Metternich venait d'installer son maître, et dont il pensait faire aussi le siège des négociations. Bubna revint à Dresde le 10 juin. On a prétendu depuis qu'il avait reçu l'ordre de déclarer nettement cette fois que l'Autriche se mettrait contre nous, si nous n'adhérions immédiatement aux «points principaux;» mais qu'il s'en abstint, « sachant Tinutilité des explications avec le duc de Bassano. » C'est ce qu'affirme le prince de Metternich dans ses Mémoires. Mais est-il vraisemblable qu'il ait autorisé alors quelqu'un à s'exprimer d'une façon plus catégorique qu'il ne le fit lui-même à Dresde quinze jours plus tard? On est d'autant moins porté à le croire, qu'on sait aujourd'hui par la correspondance de Gentz, le fidus Achates de Metternich, que le 24 juin il admettait encore la possibilité pour l'Autriche de demeurer^neutre ' .

Quoi qu'il en soit, le 11 juin Bubna remit seule-

1. Dépêches inédites du chevalier de Gentz, 1, 23. Dans cette lettre du 34 juin, de Gentz reconnaît « que la Russie et la Prusse ne désirent au fond que la continuation de la guerre, et ne regardent toute tentative de négociation que comme un moyen d*y faire par-

ment une note, par laquelle le cabinet autrichien offrait enfin formellement à la France sa médiation, déjà acceptée par la Russie et la Prusse. Il déclarait qu*en raison des exigences exorbitantes de TAngleterre, TAutriche bornait pour le moment ses vues à un arrangement continental ; promettait de communiquer à TEmpereur les bases de pacification que proposeraient les alliés, et l'engageait à énoncer les siennes.

« M. de Bassano, dit H. Thiers, affecta de trouver cette note infiniment grave. » Elle Tétait en effet. Elle prouvait d'abord que la tentative d'ouverture directe avec la Russie avait été plus nuisible qu'utile. De plus, l'invitation de communiquer d'avance à l'Autriche les bases de pacification semblait dénoter la prétention, de la part de celle-ci, de transformer sa médiation en arbitrage. Enfin l'envoyé autrichien n'avait rien à dire de positif sur la date ni sur le lieu du congrès projeté. Il n'était pas non plus muni des pouvoirs nécessaires pour signer les conventions relatives aux réserves à introduire dans l'alliance, et à l'acceptation de la médiation. En présence de ces faits, justifiés par les documents, on a peine à comprendre qu'un historien sérieux et français vienne affirmer qu'à cette date « l'Autriche sur tous les points s'était montrée impatiente de provoquer et de donner des explications ! » (Thiers, XVI, 28.)

II fallait donc en revenir au système que Haret

ticiperTAutriche; et qu'il est singulier que ces mêmes puissances aient pris avec le gouvernement anglais les engagements les plus positifs pour une continuation vigoureuse de la guerre (par les traités de subsides de Reichenbach), pendant qu'elles se concertaient avec l'Autriche sur les bases d'une négociation. Elles ont été portées à ces engagements, dit encore de Gentz, par leur détresse extrême en fait de ressources pécuniaires, et autant peut-être par le désir secret de leurs cabinets, de conserver un prétexte de plus pour échapper à une paix qu'ils redoutent. » (p. 24.)

avait toujours cherché à faire prévaloir : parler clair à TÂutriche, mettre une surenchère à son concours, soit pour la paix, soit pour la guerre. Dans cette situation, ridée d'une entrevue entre Tempereur Napoléon et le chef du cabinet autrichien se présentait naturellement; Metternich a dit depuis qu*il en avait lui-même fait exprimer le désir. Napoléon eut quelque peine à s'y résoudre ; ce ne fut qu'au bout de quatre jours qu'il autorisa Maret à admettre cette entrevue. C'était, depuis la proposition d'armistice, le premier retard imputable à la France. Dans sa réponse, le ministre français rappelait que depuis un mois on était d'accord en principe sur la nécessité de rédiger et de signer les deux conventions relatives à la médiation et à l'alliance, et que pourtant M. de Bubna revenait pour la troisième fois sans pouvoirs ; que depuis la même époque , l'empereur Napoléon proposait un congrès général. Le duc de Bassano insistait de nouveau pour la prompte ouverture de ce congrès, déclinait toute responsabilité dans les retards qu'elle avait subis, et protestait Incidemment contre le mode de négocier exclusivement par l'intermédiaire du médiateur, mode proposé par voie d'insinuation dans la note autrichienne du 11. Il concluait en ces termes :

Le soussigné est en conséquence chargé de demander : 1» que la cour de Vienne fasse connaître si le traité de Paris est encore existant et continue de lier les deux puissances; 2» dans le cas de Taffirmative, qu'elle donne des pouvoirs pour négocier la nouvelle convention qui doit suppléer les articles secrets du traité de Paris, considérés par elle comme n'étant pas applicables à la conjoncture actuelle; 3^ qu'elle charge une personne munie de ses instructions et de ses pou* voirSy de négocier, conclure et signer une convention relative à la médiation qu'elle a oflerte*.

1. M. Thiers cite en partie cette réponse, mais en raisonnant comme si la diplomatie impériale eût soulevé alors pbur la première fois

Suivant la tradition française, Napoléon et son ministre entendaient parfaitement dès lors que cette personne serait le comte de Metternich lui-même, et Bubna, qui partait pour lui remettre ces notes, était en même temps chargé de lui dire que Tempereur des Français était tout disposé à le recevoir, ainsi qu'il en avait lui-même exprimé le désir. Cette communication a dû parvenir à Gitschin dès le 17 juin. Le ministre autrichien aurait donc pu être le 19 ou le 20 à Dresde; il n'arriva que dans la soirée du 25. . (1 est vrai que le prince de Metternich et M. Thiers essaient de rejeter la responsabilité de ce nouvel atermoiement sur une autre lettre « à peine polie » du duc de Bassano interdisant à Metternich le voyage à Dresde jusqu'à nouvel ordre. On ajoute que ce ministre offensé n'imagina rien de mieux, pour stimuler Napoléon^ que d'aller faire une visite aux souverains alliés, qui se trouvaient alors à Oppontschna en Silésie chez le comte Colloredo. Ce chà* teau est dans le voisinage de la petite ville de Reichenbach, où les ministres prussien et russe étaient alors occupés à signer avec l'envoyé anglais Cathcart des traités de subsides. On ajoute que Metternich faisait ce pèlerinage avec les intentions les plus pures; qu'il passa deux jours entiers à prêcher la modération aux coalisés ; enfin que Napoléon et Maret, apprenant où il était, s'empressèrent de l'appeler à Dresde, etc. (V. Thiers, XVI, 28, 56, 64.)

Ce récit, tout de source autrichienne, offre bien des inexactitudes et des réticences plus ou moins involontaires. D'abord les papiers apportés par Bubna n'ont été pour rien dans la visite aux souverains

ce qu'il appelle des chicanes sur l'alliance et la médiation, dans l'unique but de relarder l'ouverture des négociations. l\ n'a pu cependant lui échapper que c'était au contraire l'Autriche, qui ajournait depuis un mois la solution de ces questions préliminaires.

des territoires compris dans la trente-deuxième division militaire » (art. 1 et 2). — La guerre une fois commencée, les cours alliées devaient poser pour but de leurs efforts communs, les articles énoncés dans les notes prussienne et russe du 16 mai précé-^ dent » (art. 6) ; c'est-à-dire la restitution du Hanovre à l'Angleterre, la reprise de la trente-deuxième division militaire et des provinces allemandes possédées par des princes français ; la dissolution de la confédération du Rhin, le rétablissement des frontières d'Autriche et de Prusse sur les bases de 1805; les frontières françaises ramenées au Rhin et aux Alpes. Les trois cours s'engageaient formellement à ne traiter que d'un commun accord ; la Russie et la Prusse, à n'écouter pendant l'armistice aucune insinuation ou proposition en arrière de l'Autriche ; celle-ci à n'accueillir aucune proposition contraire aux bases arrêtées par la présente convention (art. 7, 9, 10). Enfin il était stipulé, par l'article 8 « que l'on procéderait aussi promptement que possible à établir un accord militaire sur les opérations de la campagne. » Cet engagement fut exécuté avec une promptitude significative: Dès le 9 juillet, les souverains de Russie et de Prusse et leurs généraux, réunis à Trachenberg au prince royal de Suède, aux commissaires anglais et aux commissaires at/^rtcAeens (généraux Wacquant et de Latour), discutaient le plan de la prochaine campagne. Après trois jours de conférences dont il fut tenu protocole, ce plan fut arrêté le 12. Il fut convenu, entre autres choses, que « quelques jours avant l'expiration de l'armistice^ cent mille soldats russo-prussiens fileraient de Silésie en Bohême (territoire autrichien) pour agir de concert avec autant d'Autrichiens par Freyberg et Taeplitz sur Dresde ^

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