‹ Maret, duc de BassanoChapitre 50 sur 60 · VERSION AUTRICHIENNE VERSION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

VERSION AUTRICHIENNE VERSION FRANÇAISE

(Tbiers, XVI, 161). (Dé^cbedaSOjnfllet).

Que l'Empereur Napoléon Soyez bien persuadés que

'De se fasse pas illusion. Le passé cette journée du 10,

terme du 10 août arrivé, il rien ne peut faire prolonger

n'y aura plus un mot de paix Tarmislice. Je vous donne ma

18 juillet, mais le 31 au soir. Il en fut plus ému que ne le prétend M. Thiers, car il s^empressa de la transmettre à TEmpereur, qui était ' encore à Mayence, en lui écrivant de sa main, ce qu'il ne faisait que dans les circonstances les plus graves : t quoique les déclarations que M. de Hetternich a faites à MM. de Vicence et de Narbonne, n'aient peutêtre pour objet que de rendre plus imposante son attitude de médiateur, il pourrait entrer dans les vues de Votre Majesté de donner dès le moment de son arrivée ici une tournure assez grave aux négociations pour qu'on n osât pas les rompre. (Lettre du !•' août 1813, quatre heures du mâtiné) Napoléon, lui aussi, fut sérieusement affecté de cette communication. Ce fut elle qui le détermina, aussitôt son retour à Dresde, à faire faire par le duc de Vicence la démarche confidentielle dont nous parlerons tout à Theure, démarche qui changeait les destinées de la France, de l'Allemagne et du monde, si TAutriche avait été aussi libre d'engagement que le jurait Metternich.

Malgré l'inconvénient de quelques redites, nous croyons devoir reproduire m extenso les notes inédites de Maret sur le congrès de Prague. Écrites longtemps avant l'ouvrage de M. Thiers, elles n'en détruisent pas moins ses arguments contre la sincérité de Napoléon et son ministre.

L'Empereur avait peu de confiance dans les opérations du congrès. Dès longtemps il m'avait dit : « du moment où FAngleterre est entrée dans les conseils de TÂutriche, la guerre a été décidée...» On prétend qu'il n'avait pas l'intention de faire la paix ; que le cat)inet français a entravé les négociations par des chicanes de formes puériles. Napoléon

1. M. Thiers a cité cette lettre (XVI, 192). Mais il ne s'est pas aperçu qu'elle se référait à cette communication menaçante faite seulement la veille, et à laquelle il assigne, sur la foi du ministre autrichien, une date antérieure de quinze jours !

dre en France dans le cas sinon certain, au moins probable, d'une reprise d'hostilités ; et de se mettre en mesure même contre TAutriche, comme il le dit dans sa lettre du 29 juillet au duc de Vicence, où Ton voit en effet Tinfluencc qu'exerçait sur son esprit Taspect général des affaires, remn bruni par les nouvelles de Trachenberg *.

M. de Metternich à l'arrivée de M. de Vicence, savait l'Empereur absent, et n'ignorait pas que lui seul pouvait autoriser des modifications aux formes convenues avec (le ministre autrichien) lui-même pour les négociations. 11 fit son plan en conséquence. Au moment où il allait désespérer d'empêcher le congrès de s'ouvrir, où les plénipotentiaires français demandaient que les pouvoirs fussent échangés en commun, il repoussa la forme convenue des conférences, et mit en avant celle des transactions par écrit ; appliquant fort mal l'exemple du congrès de Teschen, exception unique à l'usage général, où il y avait deux médiateurs au lieu d'un, qui négociaient ensemble; chacun représentant l'intérêt de la partie qui l'avait choisi. D'atl/eur*, à Teschen, il ne s'agissait que delà succession de Bavière, et non, comme à Prague, d'une négociation générale, et des grands intérêts du droit public de l'Europe. M. de Metternich, douze jours avant la dénonciation de l'armistice, arrêtait ainsi la négociation dès le premier pas, par une difficulté au moyen de laquelle il forçait les plénipotentiaires français à attendre les ordres de l'Empereur, qui était à Mayence. C'est donc du cabinet d'Autriche, non du cabinet de France, que sont venues les difficultés dès le début des négociations '. Dans

1. Corresp. 20317. « Votre langage doit être simple. Si Ton veut continuer rarmistlce je suis prêt : si Ton veut se battre, je suis prêt... Si la Russie et la Prusse veulent recommencer les hostilités tout en négociant, les chances ne pourraient que m'ètre favorables ; d*autant plus que les armées que j'ai destinées à observer TAutriche resteraient sur mes derrières, et me mettraient en garde contre les caprices et les changements de système de l'Autriche.. » Cette lettre serait inintelligible si Napoléon avait connu les déclarations que Mette mich prétend avoir faites avant l'arrivée de Caulaincourt à Prague, et qui ne l'ont été que le 30 juillet (Voir cidessus).

3. Il est vrai que le 17 juillet, le comte de Bubna, s'entretenant avec Maret, avait Insinua que, vu la brièveté du temps qui restait à courir pour les négociations, on pourrait bien être obligé d'en

son manifeste écrit par M. de Gentz, rAutricbe ne s'accuse pas, mais elle a la pudeur d'éluder Taccusation contre le cabinet français. Elle se borne à dire que « la forme dans laquelle les pleins pouvoirs devaient être remis et les déclarations réciproques entamées, objets sur lesquels il y avait déjà eu des pourparlers de tous les côtés, devint la matière d'une discussion qui fit échouer tous les efforts du ministre médiateur. » L'écrivain allemand a été moins partial» moins hostile à la France et à la vérité, que certains écrtvains français.,,

L'Empereur, lors de son départ pour Mayeoce, croyait que l'esprit léger, mais sagace de M. de Narbonne, et le zèle plus réfléchi de M. de Yicence, parviendraient à pénétrer les véritables intentions des alliés et du médiateur sur les sacrifices à faire à la paix;— que dans des débats où chacun, indépendamment du but commun, avait des prétentions à part, il serait possible de découvrir les points sur lesquels on pourrait se concilier les uns et satisfaire les autres : — inconnues dont la découverte est de l'essence de toutes les négociations, et d'autant plus faciles que les négociateurs sont plus nombreux, parce que Tinlérêt particulier de l'un est rarement d'accord avec les vues de l'autre; — qu'en parvenant à jeter entre eux des germes de dissentiments, le négociateur adroit apprend ce qu'il a besoin de savoir, et sauve quelquefois ce qu'il se croyait forcé d'abandonner. L'histoire des négociations enseigne les moyens d'obtenir de tels succès, cl en offre de nombreux exemples.

Enfin, Napoléon pensait et devait penser; — car c'est en grande partie pour cela qu'on envoie des plénipotentiaires au lieu de courriers ; — qu'il recevrait des siens sinon des notions certaines, du moins des aperçus probables sur les exigences diverses de ses ennemis; — sur le degré de ténacité relativement à telle ou telle concession, et sur la part que prétendait à ses dépouilles le médiateur, qui ne trahissait pas poui' rien.,. Il comptait régler d'après ces données,

venir à ce mode de procéder par notes écrites, dont il avait déjà parlé dans une note du 11 juin précédent (V. p. 354). Mais cette nouvelle insinuation, que Bubna semblait faire de lui-même, avait été formellement écartée comme contraire aux arrangements pris directement depuis avec le comte de Metternich, et dont celui-ci ne se dédit que par sa note du 31 juille'.

Je prix auquel il achèterait la paix. Elles lui étaient d'autant plus nécessaires que n*ayant rien à demander, n*ayant qu'à céder, toute la question résidait dans le plus ou le moins. Parmi les dépêches expédiées de Prague avant la démarche du 6 août, il n*en est pas une où cette question soit seulement effleurée...

L'Empereur, qui ne devait pas prendre Tinitiative des sacrifices, avait indiqué à ses plénipotentiaires la marche à suivre par des instructions, soit écrites, soit verhales. La convenance et la dignité voulaient qu'on commençât par la demande uti possidetis. Les plénipotentiaires ennemis devaient s'y attendre, sauf à expliquer les changements qu'ils croyaient pouvoir exiger dans cet état de possession au détriment de la France. Alors la véritable négociation eût commencé. En attendant, les instructions ne pouvaient être que générales... L'Empereur eût volontiers consenti à de grands sacrifices, surtout s'ils avaient tourné à l'avantage de la Russie sans établir de points de contact entre clic. Peu lui importait que la paix fût glorieuse pour Alexandre, pourvu que Tétnt de possession de la France et de la Russie ne laissât, autant qu'il serait possible, aucun germe de mésintelligence entre elles. Ces vues étaient profondement pacifiques. Elles démontrent que Napoléon voulait avec sincérité, non-seulement la paix dont il avait besoin, mais une paix durable; qu'il la voulait non-seulement pour lui. mais pourTEurope. Tel était donc l'esprit de la négociation dont les plénipotentiaires français étaient chargés : c< traiter la Prusse avec ménagement, favoriser la Russie de tout ce qu'on pourrait refuser à l'Autriche. »

L'Empereur ayant appris comment le comte de Metternich empochait la négociation de s'ouvrir, autorisa ses plénipotentiaires à admettre concurremment les deux modes de négociation, agréés séparément par chacune des parties I. A défaut de notions officielles, il s'attendait à trouver

L Projet de note, 5 août. — Corresp.^ 20330. Dans cette note, dictée ab irato sous rimprcssion de la nouvelle attitude ouvertement comminatoire de rÂutriche, Napoléon avait jugé à propos de rappeler que la médiation n'avait été acceptée que sous la condition que le médiateur «< ne se lierait, pendant la négociation, par aucune convention même éventuelle, » allusion non équivoque aux engagements de Reichenberg et de Trachenberg. Le comte de

M. Thiers, qui raconte, d'après les Mémoires de Metternich, que celui-ci « avait fait connaître à Napoléon, dès le premier jour, les conditions invariablement convenues entre rAutriche et les alliés. » Mais on va voir tout à Fheure les assertions de Maret pleinement confirmées par le langage que tenait à Prague le comte de Metternich lui-même, au mois d*août 1813; — époque où son siège n'était pas encore fait.

Négociation secrète avec rAutriche (5-16 août).

I/Empereur Napoléon, trompé dans son attente; aussi peu avancé, cinq jours avant le terme de l'armistice, qu'au moment où il avait nommé ses plénipotentiaires, ordonna alors ia seule démarche qui pôt encore éviter la guerre. (Maret.)

Cette démarche confidentielle, depuis longtemps conseillée par le duc de Bassano, ne fut faite malheureusement que le 6, par Tintermédiaire du duc de Vicence seulj auquel des instructions spéciales avaient été expédiées la veille. Écrites à Dresde, de la propre main du ministre sous la dictée de TEmpereur, elles avaient été apportées à Prague par le jeune attaché de Maussion (le fils du courageux intendant de Rouen, guillotiné en 1793 pour un crime irrémissible entre tous dans ce temps-là, celui de répression d'émeute). Maret avait recommandé à ce messager de faire toute la diligence possible, de manière à rapporter dans la matinée du surlendemain la réponse, ou tout au moins un accusé de réception.

Nous reproduisons ce document, d'un caractère

MARET, DUC DE nASSANO. 587

la simplicité de cette démarche porte avec elle le cachet de rhomme qui la fait faire et de toute sa fermeté; que M. de Metternich doit donc penser qu'il faut se mettre à la dernière limite, et ne rien proposer qui soit déshonorant...; qu'il aura peut-être besoin de vingt-quatre heures: qu'on désire, dans ces vingt-quatre heures, écrire les conditions sous sa dictée : que, dans trois jours, votre réponse sera donnée, et que par là tous les embarras du congrès et toutes les difficultés qui l'assiègent seront dissipés: que l'Empereur Napoléon se trouve dans un état de guerre plus brillant qu'il ne pourra jamais l'être, mais que, comme il n'est pas inconséquent dans sa politique, avant de bouleverser son alliance avec l'Autriclic, de détruire un système que les deux puissances avaient regardé comme devant fonder un jour leur séeunté commune, et qu'elles aimaient à appuyer sur des sentiments personnels, il veut savoir la question et en bien peser les avantages et les inconvénients : — que, si M. de Metternich le désire, le duc de Vicence donnera sa parole que jamais il ne sera question de cette démarche; qu'il doit voir par la manière dont cela se fait qu'on vent en finir promptement; — que Sa Majesté désire que M. de Metternich soit très-sûr de l'approbation de l'Empereur d'Autriche avanl de faire réponse; —que pendant ce temps ou peut toujours pousser la négociation officielle et arriver à échanger enfin les pouvoirs, puisque, si Ton pouvait être d'accord avec l'Autriche sur les principes de la paix, ce commencement de négociation serait toujours utile. Sa Majesté suppose qu'alors les puissances enverraient d'autres plénipotentiaires.

Vous demanderez, avant de faire cette ouverture à M. de Metternich, que ce que vous allez dire ne soit redit qu'à l'Empereur et ne soit transmis à aucune des puissances alliées, de même que vous aurez donné votre parole que tout ce qui se dira dans celte entrevue sera sous la foi la plus inviolable.

Le ministre recommandait ensuite à Caulaincourt, de la part de TEmpereur, d'être aussi pressant que possible, tout en concédant au besoin les vingt-quatre heures de délai, et aussi de donner à entendre que la France serait disposée à tenir compte de ce que les

à considérer cette solution comme possible, la faute n'en était pas à Maret, adversaire persévérant et convaincu de ce système. Mais, d'autre part, l'Autriche se conduisait de manière à gêner singulièrement ceux qui plaidaient sa cause ; et il était bien permis à un ministre français de trouver exorbitantes, le lendemain de la victoire de Bautzen, quelques-unes des conditions proposées auparavant par cette puissance. Si nous en croyons M. Thiers, tout espoir de rétablir la Pologne aurait péîn à Moscou; mais le duc de Bassano était-il si coupable d'en juger autrement en juin 1813?

Il avait ramené Bubna à Dresde, mais cet envoyé fut presque aussitôt appelé au château de Gitschin en Bohême, où le comte de Mctternich venait d'installer son maître, et dont il pensait faire aussi le siège des négociations. Bubna revint à Dresde le 10 juin. On a prétendu depuis qu'il avait reçu l'ordre de déclarer nettement cette fois que l'Autriche se mettrait contre nous, si nous n'adhérions immédiatement aux «points principaux;» mais qu'il s'en abstint, « sachant l'inutilité des explications avec le duc de Bassano. » C'est ce qu'affirme le prince de Metternich dans ses Hémoires. Mais est-il vraisemblable qu'il ait autorisé alors quelqu'un à s'exprimer d'une façon plus catégorique qu'il ne le fit lui-même à Dresde quinze jours plus tard? On est d'autant moins porté à le croire, qu'on sait aujourd'hui par la correspondance de Gentz, le fidus Achates de Metternich, que le 24 juin il admettait encore la possibilité pour l'Autriche de demeurer^neutre'.

Quoi qu'il en soit, le 11 juin Bubna remit seule-

1. Dépêches inédites du chevalier de Gentz, 1, 23. Dans cette lettre du 34 juin, de Gentz reconnaît << que la Russie et la Prusse ne désirent au fond que la continuation de la guerre, et ne regardent toute tentative de négociation que comme un moyen d'y faire par-

Conférence de Liegnitz entre Maret et le comte de Bubna qui n*a de pouvoirs que pour cau««r. — Départ et retour de ce diplomate à Dresde. — Il rapporte cette fois une note énonçant Toffre formelle de la médiation autrichienne. — Mais Bubna se trouvant encore sans pouvoirs, M. de Mettemich est invité à venir lui-même à Dresde, où il n'arrive que le 25 juin. — Pendant qu'il négocie la convention relative à la médiation, le comte de Stadion signe à Roiohenbach un traité secret avec la Russie et la Prusse. — Conférences militaires de Trachenborg. — Traité avec le Danemark. — Organisation du corps polonais.

On vient de voir que Maret, pendant la discussion de Tarmistice, était à Liegnitz avec le comte de Bubna, de retour depuis le 30 mai au quartier général. Ce messager infatigable était reparti de Vienne, avant qu'on y eût reçu la nouvelle de la bataille de Bautzen et de la tentative de négociation directe avec la Russie. Le chef du cabinet autrichien , à cette date, avait lieu d'être satisfait des nouvelles que Bubna rapportait de Dresde, puisque l'Empereur venait d'autoriser la proposition d'un armistice et d'un congrès. Le moment semblait venu pour l'Autriche d'imprimer une allure plus vive et plus franche à la négociation, en commençant par régulariser la nouvelle situation de la puissance médiatrice vis-à-vis de la France. Maret était donc autorisé à croire que le retour si prompt de Bubna avait d'abord pour objet l'accomplissement de ce préliminaire indispensable à l'œuvre de la paix. Il n'en était rien pourtant, ainsi que le prouve l'analyse suivante des conférences de Liegnitz, rédigée d'après les communications du duc de Bassano.

Le comte de Bubna félicitait, au nom de sa cour, l'empereur Napoléon, de ses dispositions magnanimes pour la

lions, que les deux autres cours paraissaient mettre à un arrangement pacifique. Le ministre autrichien les présentait comme son ultimatum, f II attendait un OUI ou un non dans la journée du 10 ; il était décidé à déclarer, dans celle du 11, conjointement avec la Russie et la Prusse, que le congrès était dissous, que TAutriche joignait ses forces à celles des alliés, qu'elle ferait dès lors abstraction des conditions actuelles, que toutes propositions faites après le \ \ ne t)Ourrait plus se lier avec la présente négociation. » Une pareille précipitation serait absolument inexplicable, si la puissance soi-disant médiatrice n'en avait été encore qu'aux pourparlers, aux « explications confidentielles. » Hais rÂutriche agissait réellement en conformité de rengagement secret qu'elle avait pris à Reichenbach, de se tourner contre nous, si les premières conditions n'étaient pas acceptées avant l'expiration de l'armistice.

Le duc de Vicence s'empressa de transmettre les propositions autrichiennes, en suppliant Napoléon de les accepter promptement. Il écrivit dans le même sens au duc de Bassano, pour le conjurer de venir lui-même à Prague « avec les dernières volontés de l'Empereur, signer la paix du monde dans une matinée, né réclamant que l'honneur d'être so.n premier aide de camp. » Cette lettre se croisa avec une dépêche confidentielle du ministre, dépêche qui prouve encore combien celui-ci était porté pour la paix. Prévoyant que les propositions formelles de l'Autriche seraient à peu près conformes aux insinuations précédentes, Maret supposait que ces propositions, modifiées de concert avec la France, deviendraient un texte de discussion avec les alliés. Dans cette hypothèse, il indiquait d'avance les points auxquels l'Autriche devait tenir le moins. Il lui semblait peu probable que cette puissance prit un intérêt bien vif à lare-

construction de la monarchie de Frédéric II ; qu'elle fût résolue à se battre pour assurer à la Prusse des places sur TElbe !... En ceci, le ministre de Napoléon comprenait mieux le véritable intérêt de rAutriche, voyait plus loin et plus juste dans son avenir que le comte de Metternich.

Mais Napoléon s'abusait sur un point capital, le temps qui restait pour obtenir un résultat. Malgré les avertissements venus de Prague, il persistait à croire que le délai de six jours qui avait été ajouté pour la dénonciation de l'armistice, était pareillement acquis à la négociation. Il faut dire aussi que la conduite du ministre autrichien n'était guère d'accord avec ses paroles, puisqu'ayant reçu le 6 la communication du duc de Vicence, il n'avait remis sa réponse que le surlendemain. « Cette réponse, dit M. Thiers lui-même, ne pouvait être que le 9 sous les yeux de Napoléon, et n'y fut, en effet, que le 9 à trois heures de l'après-midi. Il aurait fallu qu'il se décidât sur l'heure, et expédiât la réponse dans la soirée même du 9, afin que cette réponse arrivant le 10 au matin à Prague, avec des pouvoirs pour Caulaincourt, on put signer les bases avant minuit *.

Mais cette réponse, confiée comme la lettre du duc, à M. de Maussion, ne fut expédiée qu'à l'hieureoii elle aurait dû parvenir, dans la matinée du 10; et ce relard de quelques heures perdit tout. Ici, M. Thiers a raison de déplorer que Napoléon, « qui avait tant de fois saisi l'instant propice sur les champs de bataille, ait laissé échapper le moment politique le plus important de son règne. » Mais il ne s'en tient pas là, et prétend rejeter en partie cette faute de Napoléon sur

1. Il fallait alors, en y mettant toute la célérité possible, plus de ving^t heures pour aller de Dresde à Prague. Aujourd'hui, cette distance est franchie sans peine en cinq heures par le chemin de fer; — sans parler de la télégraphie électrique.

son ministre. « Et M. de Bassano, que faisait-il pen* dant ces heures fatales? que ne passait-il cette nuit aux pieds de son maître, à lui répéter de vive voix les ardentes prières de M. de Caulaincourt? Mais Napoléon n'entendit rien de pareil,,. (XVI, 221.)» Il ajoute que Napoléon ne fit pas autre chose, « pendant toute la nuit, que de manier et de remanier ses états de troupes avec son ministre, qui lui laissait croire que la gloire consistait à ne jamais rien céder. » (Id.) Mais comment M. Thiers est-il si bien instruit de ce qui s'est passé entre Napoléon et son ministre, qui n'en ont jamais parlé à personne? Il y a là une de ces inductions plus que hardies, que se permet trop souvent Til lustre écrivain. De ce que Maret a gardé le silence sur ce qu'il a pu dir«, M. Thiers s'empresse de conclure qu'il n'a rien dit! Cette erreur est d'autant plus inexcusable, que M. Thiers avait sous la main la preuve du contraire dans une dépêche inédite du duc de Bassano, expédiée dans la matinée du 10 août, en même temps que le contre-projet.

« J'aurais pu, écrivait-il à Caulaincourt, réexpédier mon courrier dans la nuit même, si Sa Majesté n'avait pas voulu

LAISSER passer LA NUIT SUR DES RÉSOLUTIONS SI IMPORTANTES.

Elle avait d'ailleurs entretcDu M. de Bubna, qui a expédié hier soir à M. de Meiternich son aide de camp avec une lettre, pour le pressentir sur les dispositions de Sa Majesté, et annoncer que mon courrier ne pourrait partir qu'aujourd'hui. M. de Bubna ne doute pas que les prétentions relatives aux villes hanséatiques et à la Confédération du Rhin ne soient prompteraent abandonnées... »

Cette dépêche, M. Thiers ne l'a pas vue, ou n'a pas voulu la voir; son siège était fait. Elle exonère absolument Maret de toute responsabilité dans le funeste retard, car elle prouve qu'il était en mesure d'expé-

Nous croyons qu' il est impossible d^expliquer autrement une telle lacune, dont il n'existe qu'un second exemple dans tout le cours de la campagne de 1813 : pendant les journées de Leipzig.

Les reproches adressés par H. Thiers au duc de Bassano sur son inertie prétendue dans cette circonstance, ne sont que Técho affaibli des calomnies mises en circulation contre ce ministre vers la fin de 1813; nous verrons bientôt dans quel but. Alors on allait jusqu'à Taccuser d'avoir empêché Napoléon de faire la paix à Dresde. On racontait, par exemple, qu'au moment où l'Empereur, vaincu par les instances de tels et tels, tenait la plume pour signer l'acceptation des propositions autrichiennes, Maret s'était écrié : « Cette fois, l'on ne dira pas que c'est vous qui dictez la paix/ » qu'alors Napoléon, pris d'un accès de colère, avait éci*asé la plume sur le papier, revenant à la résolution de jouer le tout pour le tout Une autre de

ces légendes apocryphes, très-accréditée encore à Paris pendant les Cent Jours, représentait Napoléon, tenant à Dresde, le 6 août 1813, un conseil auquel assistaient Caulaincourt (qui était alors è Prague), Berthier, Daru, Maret, etc. Les trois premiers avaient parlé en faveur de la paix, ce qui leur avait valu des épithètes peu flatteuses de la part du maître. Auàsi Maret, son tour venu, s'était énergiquement prononcé pour la guerre à outrance, etc^ Nous n'aurions pas cité cette fable, si elle n'était pas l'unique fondement du récit que fait M. Thièrs d'un entretien qui, suivant lui, aurait eu lieu vers le 20 juillet. Comme elle semblait favorable à la thèse soutenue par l'illustre historien, il en a conclu qu'elle devait être vraie, que

1. On trouvera celte légende narrée en détail dans les Souvenirs cTun homme de lettres, œuvre posthume de Jal (Paris, L. Techener, 1877). Il Tavait recueillie à Paris en 1815, comme venant d'un général anonyme.

trichlenne que nous pouvons faire, disait le 15 Metternich : Aujourd'hui^ nom avons 150,000 Russes chez nous. » Aucun nouveau traité ne fut signé alors. Ceux de Tœplitz, destinés à donner une forme diplomatique à la convention secrète de Reichenbach, ne furent conclus que le 19 septembre suivant, et par le comte de Metternich en personne.

Les notes de Haret nous fournissent un résumé des dernières péripéties de cette négociation secrète.

Oq était en négociation pour la paix, non avec les plénipotentiaires des alliés, mais avec celui du médiateur, lorsque la médiation finit par la rupture du congrès... La négociation continua néanmoins avec TAutriche, ouvertement réunie à nos ennemis.

Le ii, M. de Metternich insiste pour Tabandon (par la France) de rillyrie, sans excepter Trieste, et contre toutes dispositions contraires aux vues des puissances qui s'accordaient pour récdifier la Prusse. L'empereur d'Autriche se chargeait de communiquer nos propositions à celui de Russie, qui était attendu le 44 à Brandeis.

Le 13, Napoléon abandonne tout ce qui était en contestation, accède aux concessions réclamées par M. de Metternich, charge M. de Bubna d'en porter l'assurance à son maître, et donne à M. de Vicence tout pouvoir pour conclure et signer àce prix». Le U, M. de Metternich rqnd compte à l'empereur d'Autriche des dernières propositions françaises. Le In, il diffère de s'expliquer, l'empereur de Russie n'étant pas encore arrivé.

Le 16, l'empereur de Russie arrive, et, dès la première entrevue, il rejette les propositions, et décide l'empereur d'Autriche à courir les chances de la guerre.

Ce dénoùment était inévitable dans la situation que TAutriche s'était faite, en se liant d'avance à la

1. Dès le II, M. de Metternich avait exprimé le désir, que si l'on voulait donner suite à la négociation, le duc de Vicence reçût davance des pouvoirs étendus. Ces pouvoirs lui furent expédiés le 13 août à minuit. Ce n'était pas sans peine que Maret avait obtenu cettç dernière concession de TËnipereur.

coalition. Ses premières propositions n*ayant pas été acceptées en temps utile, elle était forcée, par son engagement antérieur, de les déclarer désormais inadmissibles, et de prendre, pour but de Teffort commun, le refoulement de TEmpire Français à la limite du Rhin et des Alpes. (Art. l*'et 6 de Reichenbach.)

Ce fut seulement après Téchec définitif de cette négociation, que le duc de Bassano répliqua au mani* feste autrichien (note du 18 août). Après de vives etjustes récriminations, il proposait d'ouvrir de nouvelles conférences qui marcheraient de front avec les hostilités, rappelant que c'était ainsi qu'avaient commencé les négociations d'Utrecht, de Nimègue, de Ryswick, d'Aix-la-Chapelle. Dans sa réponse (du 21 août), tout en protestant contre les inculpations gratuites du duc de Bassano sans les réfuter, le comte de Metternich promettait, au nom des trois souverains, (( qu'ils allaient porter incessamment à leurs alliés les nouvelles propositions de la France. » Mais ils se gardèrent bien de le faire, et, comme dit Maret, « depuis la bataille de Dresde jusqu'à celle de Hanau, il ne fut répondu à sa proposition qu'à coups de canon.»

Avant de quitter ce pénible sujet, nous devons signaler une dernière tentative d'ouverture pacifique avec l'Autriche, le 27 ou le 28 de ce même mois d'août. Elle n'est connue que par quelques lignes d'une lettre de Maret à Metternich, du 3 septembre suivant. Après lui avoir accusé réception de son office du 2 août, Maret ajoutait : « Sa Majesté a écrit à l'empereur d'Autriche après la bataille de Dresde. Les Russes ont arrêté (c'est-à-dire, empêché de passer) le parlementaire porteur de cette lettre. L'empereur Alexandre a fait exprimer ses regrets de cet incident (?). Nous avons été obligés d'envoyer la lettre de l'Empereur par Zittau, d'où nous pensons qu'elle sera parvenue

MARBT, DUC DE BASâANO. 555

des territoires compris dans la trente-deuxième division militaire » (art. 1 et 2). — La guerre une fois commencée, les cours alliées devaient poser pour but de leurs efforts communs, les articles énoncés dans les notes prussienne et russe du 16 mai précé-^ dent » (art. 6) ; c'est-à-dire la restitution du Hanovre à l'Angleterre, la reprise de la trente-deuxième division militaire et des provinces allemandes possédées par des princes français ; la dissolution de la confédération du Rhin, le rétablissement des frontières d* Autriche et de Prusse sur les bases de 1805; les frontières françaises ramenées au Rhin et aux Alpes. Les trois cours s'engageaient formellement à ne traiter que d'un commun accord ; la Russie et la Prusse, à n'écouter pendant l'armistice aucune insinuation ou proposition en arrière d.e l'Autriche ; celle-ci à n'accueillir aucune proposition contraire aux bases arrêtées par la présente convention (art. 7, 9, 10). Enfin il était stipulé, par l'article 8 « que l'on procéderait aussi promptement que possible à établir un accord militaire sur les opérations de la campagne. » Cet engagement fut exécuté avec une promptitude significative: Dès le 9 juillet, les souverains de Russie et de Prusse et leurs généraux, réunis à Trachenberg au prince royal de Suède, aux commissaires anglais et aux commissaires au^rtcA^'em (généraux Wacquant et de Latour), discutaient le plan de la prochaine campagne. Après trois jours de conférences dont il fut tenu protocole, ce plan fut arrêté le 12. Il fut convenu, entre autres choses, que «quelques jours avant l'expiration de l'armistice, cent mille soldats russo-prussiens fileraient de Silésie en Bohême (territoire autrichien) pour agir de concert avec autant d'Autrichiens par Freyberg et Tœplitz sur Dresde ^

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