Protocole des conférences de Trachenberg; Koch, XI, S
Dresde, eùl été raflfermie par les succès de Grossbeeren, de la Katzbach, de Culm, et enfin par Téchec définitif de Tarmée française dirigée contre Berlin (bataille de Dennewitz), qui venait d'avoir lieu le 6 septembre. Le rapprochement de cette date avec celle do la signature des traités deTœplitz (9 septembre), est assez significatif.
Nous avons dû nous étendre longuement sur cet épisode, Tun des plus graves et des plus douloureux de notre histoire moderne. Tout en déplorant, de la part de Napoléon, un retard dont on abusa d'une manière si funeste pour la France et pour lui, nous avons maintenu, et nous espérons avoir démontré par les documents, que s'il y eut à cette époque une politique fallacieuse, ce ne fut pas celle de la France î On avait pu s'y tromper à une époque voisine de la catastrophe, quand les émotions de la lutte à peine finie vibraient encore dans les âmes, quand Thorizon était, pour ainsi dire, obscurci de toute la fumée des champs de bataille, de toute la poussière du grand Empire écroulé î
Mais, alors que la poslorilc a depuis longtemps commencé pour Napoléon, gu'aucunc autre haine que celle des ennemis de l'ordre public ne proscrit plus sa renommée, que tant do laits nouveaux ont éclaiié les faits anciens; dire que Napoléon avait refusé les propositions autrichiennes quil avait acceptées, venir encore vanter la bonne foi du cabinet de Vienne dans les néi^ocialions do 1813, c'est faire preuve de la crédulité la plus obstinée. I/arinistice fut conclu par los alliés, pour donner le t«Mnp3 à l'Autriche de compléter ses armements; — le congrès admis, pour aider cette puissance à dénouer les liens qu'elle n'osait rompre ouvertement Voilà la vérité; l'Kurope ennemie l'a reconnu, aussitôt <|u'elle a cessé d'avoir intérêt à la contester. (Marel.)
Ces lignes remontent aux dernières années de la Uostauratiou. Ne dirait-on pas qu'elles ont été écrites
pour répliquer à Thistorien français qui, trente ans plus tard, est revenu « vanter encore la bonne foi du cabinet de Vienne* ? »
Nous espérons aussi avoir pleinement justifié Maret, non-seulement de Taccusation encore plus absurde qu'odieuse d'avoir détourné Napoléon de traiter à Dresde, mais du reproche de n'avoir pas assez énergiquement plaidé la cause de la paix. Au reste, il aurait suffi, pour sa défense, de rappeler, d'après M. Thiers lui-même, ces paroles adressées publiquement à Maret par l'Empereur, lors de la première abdication : « Bassano, ils prétendent que c'est vous qui m'avez empêché de faire la paix... Qu'en dites-vous ? » (Thiers, XVII, 829).
Kôlo do Maret pendant la seconde campagne de Saxe. — Propositions do Francfort. — Maret remplacé par Caulaincourt au ministère des relations extérieures; motifs de a changement. — Négociations de Valençay. — Tentative de négociation avec Pie VII; Maret et TévOquo de Plaisance.
• Pendant les deux terribles mois qui succédèrent à la rupture des négociations, le duc de Bassano ne cessa de justifier, sous tous les rapports, la confiance sans bornes de l'Empereur. Leur correspondance, plus active que jamais, a.fourni aux écrivains militaires les meilleurs matériaux pour l'histoire de cette cam-
1. Il convient d'ajouter qu'en présence des événements qui, dans les dernières années de sa vie (1848-1859), avaient si complètement déconcerté ses anciennes prévisions, le prince de Metternich avait lui-môme fini par passer condamnation sur son ancienne politique. Peu de temps avant sa mort, il disait encore à une personne digne de toute confiance^ qui le redit à M. le duc de Bassano actuel, que son plus grand regret était de n'avoir pas traité en 1813 avec Napoléon. Cet aveu ôte bien de l'importance à la longue apologie de M. Thiers. Habemus confitentem reum!
devoir ce témoignage particulier d^égards à son loyal et vénérable allié. Cet arrangement lui procurait en outre l'avantage d^entretenir avec son ministre des communications plus promptes et plus faciles. Depuis le départ de Dresde jusqu'à la veille de la bataille (7-15 octobre), la Correspondance ne donne pas moins de quinze lettres de l'Empereur au duc deBassano. Il lui envoyait des renseignements suivis sur la situation militaire, le chargeait de répandre les nouvelles les plus favorables, d'annoncer en France l'approche d*un engagement général ; à Murât, le mouvement de concentration définitif sur Leipzig. De son côté, tout en faisant sa cour au vieux roi, Maret, toujours infatigable, correspondait non-seulement avec l'Empereur, mais avec les principaux membres du corps diplomatique qu'il avait laissés à Dresde, notamment avec le baron Bignon. Ces lettres, tout à fait intimes, sont entièrement de la main du duc de Bassano. Nous en donnons quelques extraits : on y verra quelle peine se donne le fidèle et courageux ministre» si bien instruit du véritable état des choses, pour conserver cet « air de confiance » qui était un des plus impérieux devoirs de sa position, et qu'on lui a si injustement reproché.
Mon cher baron, rien ne pouvait me plaire davantage que de faire caravane avec vous, et de donner tous les soins qui pouvaient dépendre de moi à la marche de MM. Potocki. Gorzewski, etc.*. Mon projet était bien de ne me séparer ni d'eux, ni de vous... Mais l'Empereur, ayant décidé subitement, à quatre heures du matin, qu'il convenait que j'accompagnasse le roi et la reine de Saxe, je suis convoyé, mené, et je ne puis mener personne. Ceci changera d'un moment à l'autre... Je comptais prendre ici des ordres positifs
1. Il s'agit ici des anciens ministres du duché de Varsovie, et des membres de la commission du gouvernement lithuanienne, qui avaient suivi le corps de Poniatowski.
de l'Empereur. Il était parti ; il ne pouvait entrer dans sa pi^^voyance que nous mettrions neuf heures à faire sept
lieues* Jusqu'à présent, il est certain qu'on ne veut
point évacuer Dresde sans y être forcé par les événements ou par les combinaisons militaires. (Meissen, 7 octobre.) — Il est probable que nous irons à Leipzig^ et qu'on invitera le corps diplomatique à s'y rendre. Rien ne s'oppose à ce que vous le précédiez, sans rien dire cependant, et comme de vous-même. Il convient surtout que je ne vous aie pas écrit sur cela. Nous sommes à Dûben : nos forces sont réunies. II n'y a pas encore eu d'affaires un peu sérieuses. On marche dans V espérance!.,. (Wurzen, 10 octobre.)
La dernière lettre est du 13. A partir de cette époque, les communications avec Dresde furent tout à fait interceptées, et quand le maréchal Saint-Cyr se décida à tenter sérieusement de rejoindre le gros de Tarmée, il était déjà trop tard !
Le duc de Bassano, qui avait vu de près tant de victoires, eut la douleur d'assister, du donjon de Tancienne citadelle, à cette bataille des nations^ où l'Empire français fut noyé dans le sang des armées soldées par l'Angleterre. En présence de ce panorama d'extermination, Maret put du moins se dire qu'il n'avait pas tenu à lui que les propositions françaises qui auraient pu faire la paix à Prague, n'y arrivassent quelques heures plus tôt! A la tin de la seconde journée, celle du 18, il fut chargé d'annoncer au roi de Saxe « que l'Empereur le laissait maître de renoncer à une cause trahie par la fortune. » Maret ne put le déterminer à se séparer de nous qu'en lui déclarant, sur sa demande, que Napoléon faisait plus que de l'y autoriser, « qu'il lui en donnait le conseil. » La douleur que ressentait cet excellent prince de la défection de son armée, lui faisait oublier l'incertitude de son propre
1. A cause des habitudes de la cour de Saxe, qui voyageait à infiniment petites journées.
sort. On sait qu'il dut s*estimer heureux de ne perdre que la moitié de ses États, pour prix de sa trop longue fidélité à la France !
Maret était revenu trouver TEmpereur à Thôtel des Armes de Prusse (!), qui existe encore. Napoléon y passa la nuit à dicter des ordres pour la retraite aux ducs de Yicence et de Bassano, faisant office de secrétaire;— deux serviteurs dévoués, séparés par des malentendus qui furent aussi Tun des malheurs de ce temps. Nous n'avons pas heureusement à raconter la catastrophe du lendemain. Elle enleva à la France un défenseur aussi loyal que vaillant; à Maret, Tun de ses amis les plus chers, le prince Joseph Poniatowski
Le duc de Bassano était encore ministre des relations extérieures, quand arriva à Paris le baron de Saint-Âignan, beau-frère du duc de Vicence, chargé officieusement par les ministres de la coalition d'une proposition pour le rétablissement de la paix générale, incident connu dans l'histoire diplomatique du temps, sous le nom de négociation de Francfort ^ et exposé en détail dans l'ouvrage du baron Bignon'.
Les conditions de la paix générale, énoncées par le comte de Metternich et approuvées par ses collègues, étaient celles stipulées à Heichenbach et ensuite à Tœplitz comme but de l'affaire commune; c'esl-à-dire : « que la France se renfer-
1. Tome XIII, p. 23 et s. On y trouvera le rapport entier de M.de Saint-Aignan, qui n'avait été encore imprimé qu'incomplètement. Parmi les passages rétablis par Bignon d'après le texte original, quelques-uns font aujourd'hui peu d'honneur à la perspicacité du ministre autrichien. Suivant lui, par exemple, « les négociations avec les princes d'Allemagne avaient été faites avec tant de besoin réciproque, que Valliance était garantie pour ptus d'un siècle; les peuples allemands, bons et paisibles, n'étaient en révolution que contre la France, qui n'avait rien fait pour eux (?); ils étaient incapables d'autre mouvement révolutionnaire que celui qu'il plairait à r Autriche de nourrir , etc. »
e06 MARET, DUC DE BASSANO.
màt dans ]es limites formées par les Alpes, les Pyrénées et le Rhin, sauf une frontière qu'elle conservait en Piémont, l'Autriche devant en acquérir une sur le golfe Adriatique;
« Qu'elle renonçât à exercer sur les Pays-Bas hors de ces limites aucune autre influence que celle qui appartient naturellement et nécessairement à un grand État;
« Qu'elle reconnût : Tindépendance de l'Espagne sous It souveraineté de Ferdinand VU; celle de l'Italie, de la Suisse, de l'Allemagne et de la Hollande.
« Pour compenser les renonciations qui lui étaient demandées, on lui faisait espérer la restitution de ses colonies. On annonçait que l'Angleterre, qui avait les mains pleines, rendait à pleines mains (en faisant toutefois pMiement réserve de ce qu'elle appelait ses droits maritimes, qui avaient été la première cause de la guerre). »
Enfin, les événements militaires ayant tourné à l'avantage des puissances coalisées, elles reproduisaient la proposition faite inutilement par la France dans la situation inverse, depuis le mois de mai jusqu'au mois d'août précédent, celle de négocier en se battant.
Lorsque le ministre français présenta le projet de la réponse qu'il adressa le i3 novembre à M. de Metternich, elle contenait, conformément à l'intention manifestée d'abord par Napoléon, l'acceptation explicite des bases de Francfort. Cette partie fut supprimée ; en lisant cette lettre avec attention, on voit bien qu'elle a été tronquée*. Napoléon qui avait reconnu à Prague combien les alliés méritaient peu de confiance lorsqu'ils parlaient de paix, jugea qu'il leur
1. Elle ne contenait plus que la désignation du duc deVicence plénipotentiaire, celle de la ville de Mannheim pour le futur congrès, et l'assurance « qu'une paix, sur la base de rindépendance de touteales notions, tant sous le point de vue continental que sous le point de vue maritime ^ avait été l'objet constant des désirs et de la politique de l'Empereur. » Ce langage trop vague avait de plus le grave inconvénient d'impliquer une sorte de réserve anticipée contre les « droits maritimes» sur lesquels l'Angleterre n'admettait pas de contestation.
serait trop facile de désavouer ce qui avait été dit, dans un entretien confidentiel, à une personne sans mission et sans caractère spécial, et qu'il serait plus habile de les amènera donner à leurs propositions une consistance officielle. Son ministre lui proposa à cet effet de renvoyer à Francfort M. de Saint-Âignan, avec autorisation de faire et de signer en son nom une déclaration d'acceptation des bases, en présence des ministres qui les avaient dictées. Cette déclaration (si elle n'avait pas été éludée] aurait été reçue par une note écrite, et le terrain de la négociation se serait ainsi trouvé établi diplomatiquement. Napoléon préféra l'envoi d*une lettre annonçant seulement la nomination d'un plénipotentiaire. Il ne doutait pas que le ministre autrichien ne répondit par une demande de Facceptation formelle des bases proposées, lesquelles recevraient de cette réponse le caractère officiel et irrévocable qui leur manquait. « J'en suis si convaincu, disait Napoléon à son ministre, que je dicterais sa lettre dès aujourd'hui. » On ne lui reprochera pas d'avoir alors voulu gagner du temps, puisqu'il était entendu que les négociations n'arrêteraient pas le cours des opérations militaires. La réponse attendue semblait en effet justifier ses espérances, car elle engageait les hautes puissances alliées de la manière la plus formelle. Elles sont prêtes, disait M. de Metternich, à entrer en négociation, dès qu'elles auront la certitude que Sa Majesté l'Empereur des Français admet les bases générales et sommaires (27 nov.). Ce qui ne l'empêcha pas, quand cette certitude lui eût été donnée, courrier par courrier, de répondre que les empereurs de Russie et d'Autriche avaient encore besoin deconsulter leurs alliés (Maret).
* Ici encore Maret, aussi zélé pour la mémoire de l'Empereur que jadis pour sa personne, fait valoir les motifs qui portèrent Napoléon à ne pas accepter immédiatement, comme le lui conseillait et l'en conjurait son ministre, les propositions de Francfort. Le duc de Bassano était cette fois d'accord avec le ministre autrichien lui-môme, qui avait dit à Saint- Âignan « que Napoléon éviterait bien des maux à rhumanité et bien des dangers à la France, en ne
Napoléon s'efforça en vain de réparer cet emportement, qui compte parmi ses plus grandes fautes. Au lieu de voir dans la demande de suspension d'alliance, rindice d'une défection prochaine ou même déjà commencée, il consentit à n'y voir que le désir d'une impartialité propre à rendre la médiation plus efficace; et, pour prouver qu'il ne voulait pas imposer à ses amis (?) une alliance qui leur fut onéreuse, il renonça sans difficulté à celle qui le liait à l'Autriche. Le 30 juin, une convention fut signée à cet effet. La médiation était acceptée pour la paix générale ou continentale. Les plénipotentiaires devaient se réunir, non au château de Gitschin, local proposé d'avance par l'Autriche aux autres puissances et agréé par elles, mais à Prague, qui offrait de plus grandes facilités de réunion. M. de Metternich demanda et obtînt de4'empereur Napoléon qu'il ne dénoncerait pas l'armistice avant le 10 aoûl, et il fut ajouté que l'empereur d'Autriche se réservait de faire agréer le même engagement à la Russie et à la Prusse.
II paraît que dans les Mémoires de Metternich, les rôles sont intervertis. On y conte que Metternich et Marct ont disputé pendant toute la journée du 29 sur le texte de la convention sans parvenir à s'entendre; qu'elle a été signée pendant une nouvelle audience de l'Empereur, aussi charmant cette fois qu'il l'avait été peu l'avant-veillc; que c'était lui qui avait dicté séance tenante le projet définitif de convention à Maret, après avoir écarté, comme n ayant pas le sens commun^ le projet préparé par son ministre ; enfin qu'au dernier moment, c'était lui qui avait arraché à l'Autrichien fasciné la prolongation d'armistice, du 20 juillet au 11 août, indispensable non
n'est pas Maret qui l'a invcnl«''e. Nous devons ajouter que Bignon, pou suspect de partialité pour Metternich, a dit de lui : « l'homme prodigue n'était pas un homme vénal. »
pour la conclusion dé la paix dont Napoléon ne voulait pas, mais pour terminer ses armements. (V. Thiers, XVf, 76 et suiv.) On retrouve ici la bienveillance ordinaire de Thistorien pour Maret, auquel il fait jouer dans cette scène un rôle de comparse presque ridicule. Mais ses assertions sont en contradiction flagrante avec les documents. Il est difficile de croire que Napoléon ait qualifié d'absurde ce premier projet ou canevas de convention qu'il avait approuvé formellement, sinon dicté la veille *. Bien plus, en- examinant et comparant les pièces, on s'aperçoit que celle-là n'a pas été rejetée, mais scindée. On lui emprunta, pour accélérer l'ouverture des négociations, les dispositions relatives à la paix continentale, qui furent signées immédiatement. Les autres articles furent reproduits dans un « second projet pour l'application de la médiation de l'Autriche à la paix générale,» projetque Maret remitauminislreautrichien, et dont il n'entendit plus parler, malgré ses instances réitérées; malgré ce que Napoléon lui-même avait dit et répété à Dresde : « qu'il ferait de très-grands sacrifices, qu'il serait facile et coulant au delà de ce qu'on pouvait attendre, pour obtenir la paix générale, et beaucoup plus que pour une paix simplement continentale. » (De Gentz.)
Il est également prouvé par les documents contemporains, que la prorogation d'armistice a été demandée à Dresde par M. de Metternichy et non par Napoléon, Dans une longue lettre du 19 juillet, adressée aux commissaires pour l'armistice (rédigée sous forme de projet de note, pour hâter la signature de la prolongation). Napoléon disait textuellement : « le 30 juin, M. deMetternich est venu à Dresde. Sa Majesté
1. «* Sa Majesté m'îi cliarj;û tlè présenter le projet ci-joint. » (Duc de Bassaiio, -^JO juin.)
duîsons les explications fournies sur cet incident par Maret lui-même.
Les malheurs de la campagne de Russie avaient ranimé les espérances de ceux qui complotaient la ruine de Napoléon dans riatérieur; la bataille de Leipzig les combla. C'était, disait-on alors, le commencement de la fin. Mais l'entreprise, ^our amener celte fin, donl la Torce étrangère pouvait seule procurer le succès, devait être conduite avec encore plus de prudence à Tintérieur qu'à l'extérieur. Tant que le duc de Bassano conserverait le ministère dont les agents officiels le secondaient avec dévouement et habileté, et dont les agents secrets avaient pénétré dès le commencement de la campagne dans les quartiers généraux des souverains alliés; — les trames ourdies à l'étranger étaient en péril, et la main encore puissante de Napoléon pouvait d'un moment à l'autre frapper ses ennemis domestiques.
Il fut donc arrêté d'éloigner le duc de Bassano ; d'arracher des mains d'un ministre qu'on n'espérait ni séduire ni abuser, les moyens d'information dont il tenait tous les fils et auxquels il eût été difficile d'échapper. Mais comment persuader à Napoléon qu'un ministre encore investi de toute sa confiance l'avait trompé, quand lui-même avait tout vu par ses yeux; qu'ill'avait servi maladroitement, quand l'Empereur lui-même déclarait hautement qu'il avait été bien servi? On fit courir partout le bruit qii'en 1813, le duc de Bassano avait mis sous les yeux de l'Empereur, en France d'abord, puis à Dresde, des exposés infidèles des res» sources de VEmpire, de sa situation avec les jouissances étrangelées, de Vétat des négociations (II)..; que dans tons les conseils il se prononçait pour la guerre ; enfin, qu'au moment où Napoléon allait signer la paix, son ministre l'en avait empoché par cette insinuation : « Celle fois on ne dira pas, etc. »... Le ministre de la police, dont les conspirateurs avaient fasciné les yeux, et qui croyait avoir eu à se plaindre du duc de Bassano ^, se chargea de rendre populaire l'opinion répandue dans les salons. Elle fit bientôt
L Dans deux circonstances, lors de la nomination de Savary au ministère de la police, et dans l'affaire Czernischeff. Ils se réconcilièrent dans la suite> et Maret fournit obligeamment au duc de Rovlgo des renseignements pour ses Mémoires,
des progrès rapides; toutes les polices dont les rapports passaient sous les yeux de Napoléon, en furent les échos. Alors, ceux qui avaient mis ces bruits en circulation, ceux qui y ajoutaient foi plus ou moins, les trompeurs et les trompés, s*unirent pour lui représenter que de cette opinion, fausse ou vraie, résultait une vérité certaine ; que le premier moyen de prouver son désir sincère de la paix, était de retirer le portefeuiUe des négociations au ministre qu'on accusait de De vouloir pas la paix. On mettait soigneusement en opposition dans le public le duc de Bassano ou le duc de Vicence... Napoléon résista longtemps. On lui représenta alors les dangers personnels du ministre qu'il aimait. On lui montra l'opinion exaspérée à tel point, que la vie de ce ministre, s'il ne quittait pas le portefeuille, serait sérieusement menacée >.
Ce fut à la fin de novembre que le duc de Bassano quitta les relations extérieures. Napoléon néanmoins ne voulut pas se séparer de son ministre, qu'il savait d'ailleurs incapable de l'abandonner dans ces jours d'orage. Il lui fit reprendre le ministère de la secrétairerie d'État, et lui conserva son intime confiance pour les affaires politiques. Il lui laissa aussi la conduite de deux négociations particulières dont ce ministre avait eu la première pensée : l'une avec Ferdinand pour traiter de son retour en Espagne; l'autre avec le pape pour traiter de son retour à Rome. La première réussit; un traité fut signé à Valençay dès le 8 décembre. Si le duc de Bassano avait pu être chargé de veiller à son exécution, 200,000 vétérans français auraient été rendus au mois de février, dans les plaines de la Champagne. Mais on tenta d'empêcher Napoléon de le ratifier; on en divulgua le secret ; on différa le départ de Ferdinand sous divers prétextes, et le mois de février s'était écoulé avant qu'il fût entré en Espagne. La négociation avec le pape, suivie sous la direction du duc de Bassano, parM^ Fallot de Beaumont, archevêque nommé de Bourges, échoua devant la fermeté inébranlable du Saint-Père...
1. Dans une autre note, Maret dit qu*au retour de Leipzig, on était parvenu à exciter contre lui un toiie général, jusque dans les marchés parisiens. Ces exemples de raveuglement populaire dans les circonstances critiques ne sont pas rares en France» et surtout à Paris.
Congres de Pragiio.
Ce qu'on nomme improprement les négociations (le Prague se divise en deux parties bien distinctes : Tune officielle, Tautre secrète. La première comprend les communications inutilement échangées pour Touverture d'un congrès; la seconde, l'essai également infructueux de négociation, fait m extremis auprès du ministre autrichien.
Il avait été convenu que les plénipotentiaires respectifs seraient rendus à Prague dès le 5 juillet. Si l'empereur Napoléon et son ministre ne visaient qu'à perdre du tempfe, comme on les en accusa depuis, ils cachaient bien leur jeu. Le 3 juillet, Maret échangeait avec le comte de Bubna les ratifications de la convention du 30 juin précédent. Dès le lendemain, il annonçait au comte de Narbonne que l'Empereur avait fixé son choix sur lui et le duc de Vicence pour la négociation de Prague. Déjà il avait fait remarquer à Bubna que « l'Autriche nous mettait dans une position embarrassante, en nous laissant incertains sur la prolongation de l'armistice qu'elle avait obtenue de la France, et promis de faire agréer aux alliés. » « M. de Bubna, écrivait Maret, a fait une ouverture... Les plénipotentiaires français pourraient se rendre immédiatement au lieu de la réunion, sauf à faire connaître qu'ils ne peuvententrcren négociation avant que la question d'armistice soit décidée. \j Empereur y consenO. » Ainsi le comte de Bubna, qui était de bonne
1. Duc do !3assano à Narbonne, l juillet. I/Empereur avait eu d'aburtl ridée d'envoyer Maret lui-niènne comme i)lénipolentiaire; il y ren(;nça, parce ([ue son ministre lui était trop nécessaire à Dresde.
MARBT, DUC DE BASSANO. CIB
toute son habileté à démontrer que, dans Tintérèt bien entendu de Napoléon, il importait de subordonner Texécution du traité à la ratification par la régence. Il y réussit si bien, que si nous en croyons Maret, Tun des personnages abusés par Talleyrand se jeta aux pieds de l'Empereur pour le conjurer de ne pas renvoyer d'avance le prince des Asturies^ Près de detix mois furent ainsi perdus, pour aboutir au refus péremptoîre de la régence. Cependant Maret, qui venait de rejoindre le quartier général, avait soutenu que malgré ce refus de ratification, l'exécution du traité pouvait encore être utile, et Napoléon avait autorisé, le 8 février, le départ incognito de Ferdinand. Par suite d'un enchaînement, de malentendus, de retards déplorables, pour ne rien dire de plus (V. Bigpon, XIII, 106 et suiv.), l'ordre du 8 février n'avait pas encore reçu d'exécution, quand le duc de Bassano, sur ses instances réitérées, fut autorisé, le 2 mars, à envoyer au ministre de la guerre l'ordre d'expédier sur-le-champ des passe-ports à Valençay ; « Sa Majesté jugeant convenable que les princes partissent sans délai. » Ce départ si longtemps traîné en longueur n'eut lieu définitivement que le 13 mars; et Ferdinand ne fut rendu aux avant-postes espagnols que le 25, quand tout était perdu.
Maret avait conservé le dossier complet de la dernière tentative de négociation faite auprès du pape, par l'intermédiaire de l'évêque de Plaisance (décembre 1813-janvier 1814.) Nous y trouvons des renseignements complets sur cet incident peu et mal connu jusqu'ici.
« Depuis longtemps, l'Empereur méditait de réta-
1. Tout ceci se passait dans la seconde quiniaine de novembre, alors que quelques partisans sincères de TEmpereur, tels que le duc de Rovigo, croyaient possible et demandaient la rentrée de Talleyrand aux relations extérietires.
blir le pape dans ses États; il avait parlé plusieurs fois au duc de Bassano de ce projet, qui, dans le commencement du mois de décembre 1813, devint entre eux Tobjet d^entretiens plus fréquents. » Pour qui* conque connaît la réserve extrême dontMaret se faisait plus que jamais un devoir dans les mauvais jours, cela signifie que depuis longtemps il conseillait à l'Empereur de réparer la faute la plus grave de son règne, qu'il Ten suppliait depuis leur retour de Leipzig.
L'Empereur me demanda de lui désigner un évèque qui pût être chargé d'une mission auprès de Sa Sainteté. Je ne doutais point, d'après le but qu'il s'agissait d'atteindre, qu'il yen eût un seul qui ne se trouvât heureux et honoré de la remplir. Mais il me paraissait nécessaire que celui que je proposerais réunit à la sagesse de son esprit, à la pureté de ses principeSy l'usage de la langue italienne, et un caractère qui le rendit personnellement agréable au pape.
Haret consulta à ce sujet le cardinal de Bayanne, que l'Empereur avait fait sénateur quelques mois auparavant. Celui-ci indiqua comme tout à fait propre à remplir cette tâche, Fallot de Beaumont, évêque de Plaisance et nommé à l'archevêché de Bourges. C'était un prélat d'un caractère honorable et de mœurs exemplaires, gallican modéré, né dans le comtat d'Avignon avant sa réunion à la France, et personnellement bien vu du pape. Le duc de Bas» sano s'applaudissait de pouvoir enfin , au gré de ses vœux, « prêter son ministère à des arrangements dont les conditions permettaient cette fois d'espérer le succès, puisqu'ils diy2L\eni uniquement pour objet de faire cesser les longs malheurs du pape et de rétablir le calme dans l'Église. » L'évêque de Plaisance en jugea de même, et se rendit à Fontainebleau « avec la commission verbale de s'informer si Sa Sainteté était disposée à entrer dans de tels
arrangements. II était autorisé, en cas de réponse favorable, à assurer qu*il recevrait de suite les pouvoirs nécessaires.
Ayant obtenu sans difficulté une audience du Saint- Père (19 décembre), il lui témoigna la douleur qu'il ressentait, ainsi que toute TÉglise, de le voir éloigné de son siège et de ses États, et ajouta qu*il ne croyait pas impossible de lever les obstacles qui s'opposaient à son retour. Le pape répondit, avec son affabilité ordinaire, qu'il était décidé à ne parler d'affaires que lorsqu'il serait de retour à Rome ; qu'il avait examiné devant Dieu les motifs de sa conduite, et que rien ne pouvait le faire changer. II ajouta qu'il avait défendu aux cardinaux de lui parler d'aucune affaire »
Un mois après, une seconde démarche, plus pressante, futjugée nécessaire en raison des circonstances, et spécialement de l'attitude menaçante du roi de Naples et de ses mouvements militaires. « 11 y avait lieu de craindre (et c'est ce qui eut lieu en effet), qu'il ne s'emparât -des forteresses que nous occupions encore, et que les retards apportés par le refus du pape, ne suscitassent à son rétablissement des obstacles que nous ne serions pas en mesure de lever. »
Cette nouvelle démarche fut faite, comme l'autre, par l'évêque de Plaisance, auquel Maret remit, le Î8 janvier, un projet de traité et un modèle de lettre à écrire au pape pour se légitimer au besoin près de lui. Ce modèle de lettre était ainsi conçu :
Très Saint-Pérb,
Je me suis rendu auprès de Votre Sainteté pour lui faire connaître que le roi de Naples ayant conclu avec la coalition une alliance dont il paraît qu'un des objets est la réunion éventuelle de Rome à ses États, Sa Majesté a jugé conforme à la véritable politique de son empire et auxinté-
rets du peuple de Rome, de remettre les États Romains à Votre Sainteté. Je suis en conséquence autorisé à signer un traité, par lequel Votre Sainteté serait reconnue dans sa souveraineté temporelle, et les États Romains, tels qu'ils ont été réunis à TEmpire français, seraient remis, ainsi que les forteresses, entre les mains de Votre Sainteté et de ses agents. Cette convention ne saurait être relative qu'aux objets temporels, et au pape comme souverain de Rome. Je m'estimerais bien heureux, si, etc., etc.
Le projet de traité comprenait sept articles. L'Empereur reconnaissait Pie VII comme souverain temporel de Rome et des pays formant ci-devant les États Romains; s'engageait à les lui remettre le plus tôtpossible (1 et 2.] Il y jurait paix perpétuelle et amitié entre les deux souverains et leurs successeurs (3). Les articles suivants (4,5,6) stipulaient la confirmation par le pape des actes publics et privés ayant eu lieu pendant l'annexion, la faculté laissée aux Romains de rester Français en déclarant leur intention de s'établir en France, le maintien des propriétés; droits et prérogatives appartenant à la France avant la réunion. Enfin le traité devait être ratifié dans le délai de cinq jours, et plus tôt, si faire se pouvait.
On voit qu'il ne s'agissait pas d'un nouveau concordat, mais d'une restitution pure et simple, sans conditions d'aucune sorte. Ce que disait Maret de la cession probable de tout ou partie des États Romains au roi de Naples par la coalition, était conforme aux dernières informations venues d'Italie, et habilement calculé pour faire impression sur le pape et les cardinaux woz'rs, s'ils avaient voulu l'écouter. Le 25 décembre précédent, Murât avait demandé à Napoléon les provinces en deçà du Pô; et, par son traité avec l'Autriche du 1 1 janvier, cette puissance lui promettait une indemnité à prendre dans les Légations, en échange
de sa renonciation à la Sicile. Il est vrai que ce traité, comme celui de 1812 avec nous, fut considéré bientôt après comme un engagement de Circonstance.
Cette nouvelle tentative fut repoussée par Pie VU et ses conseillers ordinaires, ave une fermeté d'autant plus inébranlable peut-être, qu'on savait TEmpire français plus ébranlé.
Le pape me dit qu'il ne pouvait entendre à aucun traité, car la restitution de ses États était un acte de justice et ne pouvait être l'objet d'un traité; que d'ailleurs tout ce qu'il ferait hors de ses États paraîtrait l'eiïet de la violence...; que tout ce qu'il demandait était de retourner à Rome le plus tôt possible; qu'il n'avait besoin de rien, et que la Providence le. conduirait. Je lui fis quelques observations, particulièrement sur la rigueur de la saison ; mais il me répondit qu'aucun obstacle ne l'arrêterait. « Il est possible, me dit-il encore, que mes péchés ne me rendent pas digne de revoir Rome; mais soyez assuré que mes successeurs auront tous les États qui leur appartiennent. » Et il ajouta, montrantun Christ placé sur la cheminée de son appartement : « Voilà celui auquel je me confie ; c'est à lui seul à disposer de moi. » (20 janvier).
J'avais dès lors, écrivait le lendemain l'évêque à Maret, la certitude que Sa Sainteté ne voulait entendre à aucun traité ; je pouvais partir sur-le-champ. Mais un départ si précipité aurait trop marqué; je voulais d'ailleurs donner le temps de conférer avec les cardinaux. Ce matin, j'ai été chez Sa Sainteté. Elle m'a très-bien reçu, m'a parlé de la nei^e tombée cette nuit, du climat de la France et autres choses intéressantes. En La quittant, je lui ai dit que je comptais partir demain matin, et que je prendrais ses ordres, bien fâché de n'avoir pu conclure un accommodement que je croyais trèsutile aux intérêts du Saint-Siège. Le Saint Père m'a répété qu'il ne pouvait traiter qu'à Rome, et que, lorsqu'il y serait, il ne refuserait rien de ce qui serait raisonnable, m'assurant toujours qu'il n'était pas et ne pouvait pas être ennemi de Sa Majesté ni de la France... (21 janvier).
Au reçu de la première de ces lettres, Maret représenta à l'Empereur « que son but principal pouvait
être atteint », en autorisant immédiatement le départ du pape. L'Empereur y consentit ; et le 23 janvier Pie Vil quittait ce palais de Fontainebleau, où quelques semaines plus tard Napoléon devait signer son abdication !
Le rôle du duc de Bassano finit à la transmission de l'ordre du départ. 11 resta absolument étranger à ce qui se passa ensuite, notamment au mode de ce départ. Malgré l'insistance de Pie Vil, aucun de ses cardinaux n'eut la permission de raccompagner. Maret ne put faire changer cette disposition, que déplorait avec raison Tévêque de Plaisance. « Soyez assuré, écrivail-il le 24 janvier, du mauvais effetqu^ cette solitude produira. On ne manquera pas de dire, si Sa Sainteté voyage seule, qu'Elle est transportée par force ; et le bon effet que la nouvelle de son départ pour Rome avait opéré sera suivi d'une peine générale... Au moins cinq ou six cardinaux avec lui, lui donnaient l'apparence d'un cortège honorable. Votre Excellence voit mieux que moi les conséquences de cette mesure »
Aussitôt après la chute de l'Empire, ce prélat fut violemment attaqué à l'occasion de cette démarche. On lui reprocha de s'être fait, par ambition, l'intermédiaire de propositions fallacieuses et contraires aux prérogatives du Saint-Siège. 11 répondit victorieusement à cette calomnie, en faisant imprimer une Relation de ce qui s'était passé entre le pape et lui, relation dont Pie VII reconnut l'exactitude. On se rejeta alors sur le projet de traité resté inconnu, puisque le pape avait refusé d'en entendre la lecture. On insinua que ce traité ne lui restituait qu'une partie de ses États, et peut-être avec des conditions. Les documents qui précèdent prouvent la fausseté de ces soupçons; mais il n'en resta pas moins une mauvaise note à Rome contre le malheureux prélat. S'il avait effectivement
eu quelque arrière-pensée ambitieuse, on lui en fit faire une rude pénitence. Non-seulement sa nomination à Bourges ne fut pas confirmée , mais il dut se démettre de Tévéché de Plaisance.
Le duc de Bassano, dont il avait invoqué le témoi* gnage, avait répondu avec empressement à cet appel par une note en forme de lettre, du 2 juin 1814. Cette note devait être communiquée au ministre de Tinté-^ rieur d*alors, Tabbé de Montesquiou, que Maret avait connu du temps de la Constituante, et auquel il avait rendu depuis quelques services. Il exposait les faits, a qui ne pouvaient, disait-il, laisser à Tévêque et à lui-même que des souvenirs dont ils s*honoreraient toujours, » et déclinait, pour eux deux, toute responsabilité dans les ordres ultérieurs qui avaient prescrit risolement du pape pendant le voyage, et un long arrêt àSavone^
Négooiations de Ch&tillon. — La carti blanchi.
Le duc de Bassano rejoignit l'Empereur la veille de la bataille de Brienne, et ne le quitta plus qu'au moment de son départ pour Tile d'Elbe.
Depuis qu'il avait cessé d'être ministre des relations extérieures, il était resté complètement étranger à la correspondance de son successeur, jusqu'à l'ouverture
1. M. Thiers semble avoir ignoré Texistence de cette tentative de négociation, bien qu'il en soit longuement question, non-seulement dans la brochure fort rare de Tévêque, mais dans les Mémoires du cardinal Pacca et dans Touvrage de Bignon (XIII, 414). Il se borne à dire que Napoléon, ne sacliant que faire du pape à Fontainebleau, où des coureurs ennemis pouvaient venir Tenlever, se décida à le faire partir (XVII, 208).
Le premier est sorti ou fait semblant de Têlre ; Taulre, plus franchement impoli, fait dire qu'il est trop occupé. Il est vrai qu'en ce moment Narbonne n'étant pour eux que l'ambassadeur français en Autriche, sa visite. avait dû les mettne dans l'embarras. « Il eût dû les faire prévenir par le médiateur du nouveau caractère dont il était revêtu. » Cette remarque judicieuse est du duc de Bassano.
Les pourparlers officiels, qui ne s'engagèrent que le 28, après l'arrivée de Caulaincourt, ont été cités intégralement ou analysés dans un grand nombre d'ouvrages historiques. Nous croyons d'autant plus inutile de les reproduire une fois de plus, qu'il va en être question dans une curieuse note autographe deiUaret. Mais nous devons signaler auparavant une assertion absolument inexacte de M. Thiers, qui se rapporte au début de ces pourparlers. Voulant à toute force attribuer au comte de Metternich le mérite de la franchise, il raconte une longue conversation que ce ministre aurait eue à Prague avec Narbonne, au moment où l'on venait d'apprendre que l'empereur Napoléon subordonnait l'ouverture du congrès à lasignature de la convention pour la prolongation d'armistice, c'està-dire, dès le 18 juillet. Suivant M. Thiers, ou plutôt suivant les Mémoires copiés par lui au château de Johannisberg, Metternich aurait tenu, dans cette circonstance un langage « calme, triste et grand, plein de fermeté et de noblesse. » 11 aurait déclaré que présentement l'Autriche n'avait d'engagement at?cc;;erso?me. mais que l'armistice ne serait pas prolongé d'un jour, au delà du 10 août; et que, ce terme expiré, l'Autriche ferait partie de la coalition. M. Thiers ajoute que le comte de Narbonne profondément ému, se hâta de transmettre au duc de Dassano les déclarations du ministre autrichien; de demander qu'on envoyât bien vite M, de Caulaincourt; mais que cette dé-
tesquîeu qu'il feuilletait avec distraction... « Lisez, dit-il, lisez tout haut! » Ce passage était celui-ci : « Je ue sache rieu de plus maguaDime que la résolution que prit un monarque qui a régné de nos jours, de s'ensevelir sous les débris du trône, plutôt que d'accepter des propositions qu'un roi ne doit pas entendre. Il avait l'àme trop fière pour descendre plus bas que ne l'avaient mis ses malheurs >... »
« Et moi, sire, s'écria le duc de Bassano, je sais quelque chose de plus magnanime, c'est de jeter votre gloire pour combler l'abfme où la France tomberait avec vous! » — « Eh bien ! messieurs, faites la paix!... que Caulaincourt la fasse ; qu'il signe tout ce qu'il faut pour l'obtenir ! je pourrai en supporter la honte ; mais n'attendez pas que je dicte ma propre humiliation I » L'exemple récent du congrès de Prague, nous avait appris combien il était difficile d'obtenir de lui de proposer, une à une, les conditions qu'il devrait subir... Il écrivit d'abord au duc de Yicence : « Les conditions sont, à ce qu'il parait, arrêtées d'avance entre les alliés... Aussitôt qu'ils vous les auront communiquées, vous êtes le maitre de les accepter ou d'en référer à moi dans les vingt-quatre heures. » L'alternative, en pareille matière, pouvait embarrasser le plénipotentiaire dans un moment décisif. Ce n'était donc pas assez. Quand le duc de Bassano vit cette leitre, elle partait. Il demanda avec instance que de nouveaux ordres effaçassent ce que ceux-ci pouvaient avoir de conditionnel. A la suite d'une conversation qui dura une grande partie de la nuit, enfin il fut autorisé à écrire, et écrivit en toute hâte la lettre suivante : (5 février). « Je vous ai expédié hier (cette nuit) un courrier avec une lettre de Sa Majesté , et les nouveaux pleins pouvoirs que Vous avez demandés. Au moment où Sa Majesté va quitter Troyes, Elle me charge de vous en expédier un second et de vous faire connaître, en propres termes, que Sa Majesté vous donne carte blanche pour conduire les négociations à une heureuse issue, sauver la capitale et éviter une bataille où sont les dernières espérances de la nation. »
Ces expressions, que Napoléon avait approuvées, étaient précises, énergiques. Cependant le duc de Bassano crut nécessaire de donner à l'autorisation qu'elles contenaient