V. Bignon,Xn
prenait nominativement Anvers et la Belgique parmi les concessions admises (17 mars). C'était, en un mot, une nouvelle carte blanche.
Ces dépêches furent confiées à M. Frochot, jeune homme d'une activité et d'une întelligeoce peu communes, qui, né dans le pays^ était plus propre qu'un courrier à une mission aussi importante*. Arrivé à Nogent, le général autrichien qui y commande lui refuse le passage et Teuvoie à Montereau pour prendre la roule de Tonnerre. Sur cette route, un corps russe s'empare de lui et le ramène sur celle de Troyes. A quelque distance de cette ville, un général autrichien le fait mettre en liberté. Frochot n'était plus qu'à douze lieues deChâtillon. Mais on ne lui permit pas de suivre le chemin direct. On le força à rétrograder, sans vouloir rien entendre sur l'urgence de sa mission et les droits d'un courrier. Enfin, le 21 au matin, à quelques lieues deChâtillon, il rencontra le duc de Vicence...
Celui-ci retournait au quartier général; depuis Tavant-veille le congres était dissous !
De Reims à Châtillon, par la route directe, il n*y a pas quarante lieues. Donc, sans cette série d'incidents qui avaient quadruplé la durée du trajet, la nouvelle carte blanche obtenue et expédiée par Haret le 17 au matin, serait arrivée en temps utile. On sait aujourd'hui que la marche des armées alliées sur Paris ne fût décidée que dans la nuit du 23 au 24 mars. Cette
1. Frociiot, auditeur au Conseil d*État et ci -devant sous-préfet d*01denbourgf était le fils de Thonnête et malheureux préfet de la Seine, qui avait expié par une complète disgrâce un moment d*apopiexie morale^lors de la tentative révolutionnaire de Mallet. Le duc de Bassano aimait et estimait Frochot, qu*il avait connu chez Mirabeau. En 1815, il fut des premiers à rappeler les éminents services administratifs de Tex-préfet de ta Seine. Celui-ci fut nommé à la préfecture des Bouches-du-Rhône, où il se conduisit admirablement dans les circonstances les plus dit Qciles. Il mourut pendant la Restauration, du chagrin que lui causa la mort prématurée de son fils, celui-là môme dont il s'agit ici. (V. Frochot^ préfet de la Seine, parM. L. Passy,1867.)
hypothèse, que Sa Majesté rejette, Elle croit ses vues si justes et tellement dans l'intérêt de la France et de son gendre, qu'Elle trouverait encore un motif de s'expliquer. Si c'est une démarche de force, il faut parlet* clairement; c'est ce que je vais faire. (Caulaincourt à Maret, 8 août).
Ainsi le Metternich de 1813, bien différent de celui des Mémoires, reconnaissait sans difficulté qu'à cette date si rapprochée de la rupture, Napoléon n'était pas encore renseigné d'une façon nette et positive sur « les vues des puissances, » puisqu'on admettait, et qu'on trouvait naturel qu'il eût fait cette dernière démarche pour arriver à les connaître. En réponse à cette démarche, le ministre autrichien se décidait à « s'expliquer, » à « parler clairement. > Il ne l'avait donc pas fait encore jusque-là! Avonsnous besoin de faire remarquer la concordance parfaite de ce langage avec celui du duc de Bassano? Tout s'était borné à des insinuations sur les demandes probables des alliés, demandes dont les unes semblaient à l'Autriche exagérées, les autres raisonnables, etc.
De son propre aveu, donc, le comte de Metternich « parlait clairement » pour la première fois le 8 août. L'énoncé des conditions auxquelles rAutriche considérait encore la paix comme possible, était la reproduction textuelle de l'article 2 du traité secret de Reichenbach ; dissolution et partage du duché de Varsovie, rétablissement de Hambourg et Lubech comme villes libres ; arrangement éventuel lié à la paix générale, sur les autres parties de la trente-deuxième division militaire et sur la renonciation au protectorat de la Confédération du Khin ; reconstruction de la Prusse avec frontihe sur l'Elbe ; cession des provinces illyriennes à l'Autriche. Cétait seulement par des explications confidentielles que cette dernière puissance était censé connaître ces condi-
comte de Metternich, qui le 18 mars encore écrivait à Caulaincourt : «le jour où l'on sera décidé pour la paix avec des sacrifices indispensables, venez pour la faire; » avait fait subitement volte-face depuis la rupture du congrès, et s'était prononcé en faveur des Bourbons. C'est du moins ce qu'affirmait de Gentz, dans une lettre du 11 avril suivant, récemment publiée [Dépêches inédites de Gentz, p. 75). Mais il faut remarquer qu'alors la restauration des Bourbons était accomplie, et qu'il convenait au chef du cabinet autrichien de faire croire qu'il avait eu les honneurs de rinitiative.
Après que le baron Bignon eut reçu, par le testament de Napoléon, la mission d'écrire l'histoire de la diplomatie française de 1792 à 1815, le prince de Talleyrand lui affirma, à diverses reprises, qu'à Ckâtillon, la paix n était plus possible. Il avait, disait-il, la certitude que « quand même le négociateur français aurait accédé à toutes les demandes des alliés, les plénipotentiaires auraient déclaré encore qu'ils avaient ordre d'en référer à leurs souverains, jo Cette affirmation, calculée pour atténuer la responsabilité de Taillerand dans les événements ultérieurs, est contredite par les documents. Ils prouvent que, malgré la mauvaise volonté des grandes puissances continentales, la paix eût été faite à Châtillon, si, avant la suspension des conférences, Caulaincourt avait signé sur la base des anciennes limites en vertu de la carte blanche; ou bien encore si, à la reprise du congrès, il avait reçu de nouveaux pouvoirs pour signer sur cette base, pouvoirs dont, cette fois, il n'aurait sûrement pas hésité à se servir.
dations, et de la manière la plus franche et la plus positive... Il n*y a pas de raison pour que la paix ne soit pas faite dans quatre jours. » M. Thiers ne parle pas plus de ces dépôches de Doulevant que de celles de Reims.
construction de la monarchie de Frédéric II ; qu'elle fût résolue à se battre pour assurer à la Prusse des places sur TElbe !... En ceci, le ministre de Napoléon comprenait mieux le véritable intérêt de TAutriche, voyait plus loin et plus juste dans son avenir que le comte de Metternich.
Mais Napoléon s'abusait sur un point capital, le temps qui restait pour obtenir un résultat. Malgré les avertissements venus de Prague, il persistait à croire que le délai de six jours qui avait été ajouté pour la dénonciation de l'armistice, était pareillement acquis à la négociation. Il faut dire aussi que la conduite du ministre autrichien n'était guère d'accord avec ses paroles, puisqu'ayant reçu le 6 la communication du duc de Vicence, il n'avait remis sa réponse que le surlendemain. « Cette réponse, dit M. Thiers lui-même, ne pouvait être que le 9 sous les yeux de Napoléon, et n'y fut, en effet, que le 9 à trois heures de l'après-midi. Il aurait fallu qu'il se décidât sur l'heure, et expédiât la réponse dans la soirée même du 9, afin que cette réponse arrivant le 10 au matin à Prague, avec des pouvoirs pour Caulaincourt, on put signer les bases avant minuit *.
Mais cette réponse, confiée comme la lettre du duc, à M. de Maussion, ne fut expédiée qu'à l'heure où elle aurait dû parvenir, dans la matinée du 10 ; et ce retard de quelques heures perdit tout. Ici, M. Thiers a raison de déplorer que Napoléon, « qui avait tant de fois saisi l'instant propice sur les champs de bataille, ait laissé échapper le moment politique le plus important de son règne. » Mais il ne s'en tient pas là, et prétend rejeter en partie cette faute de Napoléon sur
1. Il fallait alors, en y mettant toute la célérité possible, plus de vingt heures pour aller de Dresde à Prague. Aujourd'hui, cette distance est franchie sans peine en cinq heures par le chemin de fer; — sans parler de la télégraphie électrique.
par les whigs, n'aurait pu faire autrement que de conclure la paix, si ses conditions avaient été acceptées de suite ^ Ce n'est pas la faute du duc de Bassano, si cette dernière occasion de salut nous a échappé ! Il était resté, jusqu'à la fin, le « ministre des bons conseils. »
Lxyii
Première abdication.
Tous les historiens ont rendu justice à la noble attitude de Haret pendant les péripéties qui précédèrent et décidèrent la première abdication. Sa conduite, dans cette circonstance, a même désarmé le célèbre écrivain que nous avons vu parfois si injuste à son égard. Parmi ceux dont la fidélité demeura inébranlable, M. Thiers cite les généraux Drouot et Bertrand, les ducs de Vicence et de Bassano; ce dernier, plus empressé, plus respectueux que jamais pour Napoléon malheureux. C'est à Fontainebleau que celui-ci adressa plus d'une fois ces paroles consolatrices : (c Bassano, ils prétendent que c'est vous
1. Les maux de la guerre, qu*on reprochait en France à Napoléon, étaient alors exclusivement imputés en Angleterre à Pitt et aux continuateurs de son système. (V. notamment dans VÉioge de Broughatn, par M. Mignet, son éloquente imprécation contre la mémoire de Pitt, Vimmortel homme d*État> a immortel par les misères de son pays sacrifié !) » L'un des hommes les plus marquants du parti de la paix en Angleterre, était le célèbre financier Baring (depuis lord Ashburton), dont le fils devint dans la suite le gendre du duc de Bassano.
Les dépèches envoyées de Reims le 17 mars, étaient bien les dernières que Caulaincourt eût reçues. Cependant il lui en avait été expédié une autre le 19 qui fut interceptée, et donna lieu Tannée suivante à un incident dont il sera question plus loin.
dier son courrier en temps utile, et que c'est bien Napoléon, lui seul, qui a fait retarder ce départ. L'Autriche n'ayant formulé ses conditions qu'au bout de quarante-huit heures, l'Empereur n'avait pas voulu paraître plus pressé qu'elle. Il pensait qu'elle lui laisserait bien le même délai pour répondre, surtout connaissant d'avance cette réponse par la communication officieuse, mais sûre, du comte de Bubna, qui devait parvenir et parvint en effet à Metternich le 10 avant minuit^. Mais, quoi qu'en aient dit ses détracteurs, il n'y a rien à induire de ce retard contre sa sincérité. Une circonstance curieuse, non remarquée jusqu'ici, prouve bien que les instances patriotiques de Caulaincourt et de Maret avaient produit sur lui une impression profonde. Cette circonstance, c'est l'interruption complète de sa correspondance, pendant la journée entière du 10 août. Les ordres militaires donnés à profusion jusque-là, s'arrêtent brusquement dans la matinée du 9 ; le reste de cette journée ayant été employé, comme dit Maret, à « peser les propositions de l'Autriche, » qui venaient d'arriver, et (i préparer avec son ministre le contre-projet français. Le 10, silence absolu, dans l'attente des nouvelles de Prague. L'expédition des ordres militaires ne recommence que le lendemain, après l'arrivée de la dépêche de Caulaincourt, annonçant que la remise de la déclaration de guerre de l'Autriche a précédé l'arrivée de la réponse française *.
1. Suivant M. Thiers, ou plulni suivant M. de Metternich, l'entretien de>^poléon avec Bubna n'aurait eu lieu que /r 10 nu f/tntin. Celte transposition de date, dont le but est Taciie à comprendre, est dcnientie par la dépiV-be de Maret (jue nous venons de citer, et par l.i réi)onse de Caulaincourt.
•^. «« M. de Mettennch m'a demandé si j'aurai une réponse ce soir... Il m'a répété que l'Autriche ne pouvait rien chanijer au terme indi(iué... M. de Narbonne recevra cettr nuit la déclaration annoncée, avec les passeports... L'empereur Alexandre doit arriver sous quatre jours. » (Duc de Vicence, 10 août.)
L*abdication (en faveur du roi de Rome) était déjà signée : on expédiait les pouvoirs des négociateurs, lorsque M. de Yicence vint à la chancellerie dire au duc de Bassano que FEmpereur, Ipensant à substituer le maréchal Macdonald au maréchal Marmont, voulait le consulter sur ce changement. Le duc de Bassano se rendit au palais. « Quelles que puissent être, dit-il, les opinions du maréchal Macdonald, l'honneur domine à tel point son caractère, que s'il accepte la mission , il la remplira dignement; » et le maréchal fut nommé. Les plénipotentiaires reçurent Tordre formel de dire au duc de Raguse, en passant par Essonne, que Napoléon l'avait choisi; mais que, « ne voulant pas refuser à sa fidélité, garantie par tant de bienfaits d*un côtéf et de services de Vautre, ce dernier témoignage de confiance et d'affection, » si Marmont ne pensait pas qu'il serait plus utile à la tète de son corps qu'à Paris, il était le maître d'expédier d'Essonne même un courrier qui rapporterait ses pouvoirs.
Le môme jour; le duc de Bassano écrivit au comte de Metternich pour l'informer de la démarche de Napoléon et de la condition qu'il mettait à son abdication. M. de Saint- Mars, chargé de cette dépèche, la remit à son adresse à quelques lieues de Paris (Villeneuve-Larchevèque).
On sait que Macdonald justifia pleinement l*opinion de Haret, bon juge en fait de loyauté. Grâce à lui, la cause qu'il était venu défendre eût triomphé peut-être, sans la défection de celui dont la fidélité semblait « garantie par tant de bienfaits et de services, » pourtant moindres que les bienfaits. Cette défection faisait disparaître le principal argument en faveur de la régence, Tattitude unanime de Tarmée. De plus, elle compromettait irrévocablement la situation militaire de l'Empereur, qui, en cas d*échec de la proposition de régence, aurait pu recommencer les hostilités avec des chances sérieuses de succès ; car nous n avions pas été vaincus/ « L'ingrat! dit-il en apprenant cette défection ; il sera plus malheureux que moi! » Et jamais prophétie ne fut mieux justifiée*
préoccupation avait paru tellement forte, qu'on avait pris la précaution d'éloigner de lui ses pistolets. ?> Mais on avait oublié le sachet qu'il s'était fait donner par le docteur Yvon en 1812, et qui ne l'avait pas quitté depuis. On sait que ce dernier ami le trahit comme tant d'autres, et ne fit qu'ajouter de violentes douleurs physiques à ses peines morales. Le duc de Bassano était accouru des premiers à son chevet.
Le surlendemain de cette pénible scène, Maret reçut la lettre olographe suivante :
Monsieur le duc de Bassano, votre attachement à ma personne ne s*est jamais démenti, et je n*ai eu, dans toutes les circonstances qu'âme louer du zèle que vous avez montré pour mon service. C'est avec plaisir que je vous donne ce témoignage de ma satisfaction.
Celte lettre n'étant à autre fin, etc.
Napoléon.
A FonUineblean, ce 14 arril 1814.
Nous transcrivons, d'après l'original inédit, cette lettre, titre d'honneur précieusement conservé dans une famille où le dévouement et l'abnégation sont des qualités héréditaires.
Peu de jours après, Maret assistait à la scène épique des adieux^ Quelques écrivains malveillants ou mal informés, avaient prétendu que l'Empereur pouvait à
1. Vingt-cinq ans plus tard, le président de TÀcadémie des sciences morales et politiques n^oublia pas cette circonstance, dans le discours prononcé sur la tombe de Maret. u Dans les Adieux de Fontainebleau, dit-il, à côté de ces guerriers qui se pressent encore une fois autour de leur général..., on voit une noble figure sur laquelle viennent se peindre de fidèles douleurs : c*est celle du duc de Bassano, le seul des ministres de l'Empire qui soit resté jusqu^au dernier moment auprès de FEmpereur. » Dans le célèbre tableau d*H. Vernet, auquel M. Ch. Dupin faisait allusion, la figure très-ressemblante de Maret^ en costume de ministre, est la première sur la gauche du spectateur, à côté de Napoléon.
Une autre note de Haret nous apprend que par son attitude réservée pendant cette période, il déjoua deux fois des périls qui menaçaient non-seulement sa liberté, mais sa vie et celle de bien d'autres; et a que, pendant Thiver de 1815, il ne dut qu'à la maladresse des assassins d'échapper aux coups de feu qui devaient l'atteindre chez lui. » Voici ce qui s'était passé.
Après le départ de Fontainebleau, Haret, brisé d'esprit et de corps, était allé se reposer pendant quelques mois à la campagne en Bourgogne, chez son beau-père, le comte Léjéas, et quelques autres de ses parents, qui naturellement furent dénoncés plus tard comme conspirateurs. Il rentra à Paris en novembre, et y passa tout l'hiver.
Peu de temps après son retour, Maret apprit de bonne source l'arrivée d'un certain nombre de Verdets, appartenant aux bandes soi-disant royalistes du midi. Ils venaient, disait-on, pour faire un mauvais parti à plusieurs anciens fonctionnaires de l'Empire , et Maret était du nombre. Il déjoua ces sinistres projets en les faisant ébruiter : éclairées ou contraintes par la rumeur publique, les autorités prirent des mesures pour protéger les personnes menacées. Un soir, pourtant, un coup de feu fut tiré d'assez près, dans la direction d'une des fenêtres de la maison qu'habitait le duc de Bassano, au moment où quelqu'un qu'on prit sans doute pour lui, s'upprochait de cette fenêtre. La balle siffla aux oreilles de Lord Kinnaird , pair d'Angleterre , qui dans ce moment sortait de la maison \
Quelques semaines plus tard, des ouvertures furent faites à Maret par quelques généraux quicomp-
1. Savary, alors retiré en province, faillit être victime, à la même époque, d*un guet-à-pens semblable. (V. ses Mémoires^ Vil, 321.)
Dresde, eût été raffermie par les succès de Grossbeeren, de la Katzbach, de Culm, et enfin par Téchec définitif de Tarmée française dirigée contre Berlin (bataille de Dennewitz), qui venait d'avoir lieu le 6 septembre. Le rapprochement de cette date avec celle de la signature des traités de Tœplitz (9 septembre), est assez significatif.
Nous avons dû nous étendre longuement sur cet épisode, l'un des plus graves et des plus douloureux de notre histoire moderne. Tout en déplorant, de la part de Napoléon, un retard dont on abusa d'une manière si funeste pour la France et pour lui, nous avons maintenu, et nous espérons avoir démontré par les documents, que s'il y eut à cette époque une politique fallacieuse, ce ne fut pas celle de la France î On avait pu s'y tromper à une époque voisine de la catastrophe, quand les émotions de la lutte à peine finie vibraient encore dans les âmes, quand l'horizon était, pour ainsi dire, obscurci de toute la fumée des champs de bataille, de toute la poussière du grand Empire écroulé !
Mais, alors que la posléritc a depuis longtemps commencé pour Napoléon, cju'aucuivi autre, haine que celle des ennemis de l'ordre public ne proscrit plus sa renommée, que tant (le faits nouveaux ont éclairé les faits anciens; dire que Napoléon avait refusé les j)roposilions autrichiennes qu'il avait acceptées y venir encore vanter la honne foi du cabinet de Vienne dans les négociations de 181^^, c'est faire preuve de la crédnlilé la plus obstinée, l/arniistice fut conclu par les alliés, jjour donner le temps à rAulriche de compléter ses armements; — le congrès admis, pour aider cette puissance à dénouer les liens ([u'elle n'osait rompre ouvertement Voilà la vérité; THurope ennemie l'a reconnu, aussitôt qu'elle a cessé d'avoir intérêt à la contester. (Marel.)
Ces lignes remontent aux dernières années de la Restauration. Ne dirait-on pas qu'elles ont été écrites
était le duc de Bassano. En tète de cette liste figurait Fouché, le seul dont on tenta de se saisir ; mais il était aussi difficile de le faire arrêter par des agents de police, que de faire tirer des soldats français sur Napoléon... Quatre mois plus tard, nous retrouvons dans Tordonnance de proscription du 24 juillet le nom de Maret, et, à la fin, celui de Fouché! Mais ce n'était plus comme proscrit que ce dernier figurait sur cette nouvelle liste; c'était comme proscripteur !
Le 20 mars, moins d*une heure après son arrivée aux Tuileries, l'Empereur était seul dans son cabinet avec Maret et Cambacérès. Le premier dit à Napoléon qu'il allait trouver la France bien changée, qu'elle ne pouvait plus être gouvernée par ses anciennes maximes, etc. En un mot, le duc de Bassano parla dans le sens le plus libéral. Cambacérès ayant afûrmé qu'il se trompait..., le duc répliqua que son contradicteur n'avait pas quitté Paris, qu'il n'y avait môme vu qu'un très-petit nombre de personnes, tandis qu'en allant visiter les terres de sa famille, il avait pu, lui, étudier l'opinion dans plusieurs provinces, comme il l'avait fait d'ailleurs à Paris, où sa porte n'avait jamais été fermée...
Maret exerça tout d'abord les fonctions de ministre de l'intérieur. Il proposa Carnot pour ce ministère, ce qui concorde bien avec l'esprit de la note au'on vient de lire, et reprit l'office de secrétaire d'Etat. Toutefois, dès les premiers jours, il s'éleva entre Napoléon et lui un dissentiment dont la cause fait honneur au caractère du ministre.
Le surlendemain de son retour, l'Empereur rendit, sous forme d'amnistie, un décret de proscription. Le ministre refusa de le contre-signer. L'Empereur, résistant à ses conseils, à ses supplications même, ne changea point de résolution, mais changea la date de. son décret. Il le supposa signé à Lyon ; et, traitant son ministre comme un officier public requis de certifier sa signature, il lui en donna l'ordre sous peine de désobéissance. Le ministre, avant d'obéir,
pagne. En Saxe comme naguère à Wilna, TEmpereur parlait à Maret à cœur ouvert dans les circonstances les plus critiques, sachant bien qu'il n'avait à redouter de sa part ni indiscrétion, ni défaillance. Dans les moments où ils étaient séparés, le ministre était toujours tenu au courant des dispositions militaires et des événements, soit par TEmpereur lui-même, soit par rétat-major général. « Cela est utile, écrivait Napoléon à Berthier, le 3 septembre, à cause de son activité et de Tintérôt qu'il met à me prévenir de tout. » (Corr., 20500). 11 se servait de lui, de préférence, pour les communications militaires qui exigeaient le plus profond secret. Ainsi, après la bataille de Dennewitz, ce fut par une lettre confidentielle de Maret, que celui-ci était censé écrire de lui-même, que le ministre de la guerre (Clarke) reçut Tavertissement de s'occuper des places du Rhin \
Le 7 octobre, Napoléon sortit de Dresde pour la dernière fois. Le roi de Saxe, n'ayant pas voulu y rester en son absence, partit le même jour avec le grand quartier-général. Le duc de Bassano ne devait d'abord quitter Dresde qu'avecle corps diplomatique, et lors de l'évacuation définitive de cette ville par le maréchal Saint-Cyr. Mais, au dernier moment, Napoléon jugea convenable qu'il accompagnât le roi. Il croyait
1. Maret à Clarke, 8 septembre. Cette lettre a dû tHre écrite aussitôt que l'Empereur eut reçu la nouvelle de ce désastre, car on sait qu'elle ne lui parvint que dans la soirée de ce jour. Pendant ce temps, Na[)oléon ^^aF'dait vis-à-vis des généraux une contenance impassible, aflectant de ne considérer cet événement qu'à un point de vue [)urement théorique. (V. Thiers, XVI, i-J8 et suiv.) De même, huit jours auparavant, il n'avait laissé voir quà Maret à quel point il était ému du désastre de Vandamme(V. Manuscrit de 1813, JI, 320). Suivant M. Thiers, l'indisposition subite de Napoléon, qui exerça une si grande influence sur cette catastrophe, serait une invention des flatteurs. La gravité de cette indisposition fut attestée, le jour même, au baron Bignon par le grand écuyer (Gaulaincourt), qui n'a jamais été accusé de flatterie.
Nous reproduisons, d*aprës le général Montholon, le récit complet de ce qui se passa entre TEropereur et le ministre secrétaire d*État, à Toccasion de cette capitulation.
L*Empereur in*a dit souvent que dès le moment de son arrivée à Paris, il avait trouvé dans le duc de Bassano une opinion arrêtée sur la direction à donner à la marche du gouvernement, et que celte opinion n'était partagée par aucun de ses autres conseillers ; qu*il eut beaucoup de peine à décider le duc de Bassano à reprendre le portefeuille de la secrétairerie d*État et à Fempêcher, dès les premiers jours, de donner sa démission qu'il offrait toutes les fois qu'une mesure de rigueur était adoptée; que cette démission fût donnée par écrit dans le mois d'avril, à l'époque où l'on reçut la nouvelle de la capitulation du duc d'Angouléme,etque c'est à ce qui se passadans cette occasion importante qu'il dut de conserver près de lui un ministre qui lui rendit alors le plus important des services. Voici les circonstances de ce fait qui s'était gravé d'une manière toute particulière dans la mémoire de l'Empereur.
Toutes les dépêches télégraphiques transmises à Paris, aux différents ministres, et transmises de Paris par eux, étaient adressées par le directeur du télégraphe au ministre secrétaire d'État, qui ne leur donnait cours qu'après les avoir mises sous les yeux de l'Empereur.
Une dépèche télégraphique du duc d'Albuféra , reçue le 10 avril, annonça que le duc d'Angoulème avait capitulé*; mais cette énonciation vague, sans indication de temps, de lieux et de conditions , fut regardée comme un bruit de quartier général et trouva d'abord peu de créance. On pu-
ne furent nullement inquiétés. Nous n'avons pas à discuter ici la conduite de ces généraux, ni leurs griefs contre lancien gouvernement impérial. Mais on nous permettra bien de dire que ceux qui osèrent alors résister à Napoléon avec des troupes françaises, ne doivent pas être confondus avec ceux qui ne se ralliaient à lui que pour le trahir ensuite, dans la lutte engagée contre la coalition étrangère.
1. Le duc cTAlbuféi^a au ministre de la guerre, Lyon^ 10 avril: « Le duc d*Angoulème a capitulé, U n*y a plus de guerre civile à craindre en France. »
« une autre époque; mais je vis bien que ce souvenir portait « l'épouvante dans sa pensée, et je sentis que si onze ans a auparavant]! avait eu dans ma confiance la part que je lui « ai donnée depuis, ses conseils auraient combattu Tina fluence fatale qui agit alors sur moi. »
En quittant l'Empereur, et dans le salon même de service, le duc de Bassano expédia, par un des courriers du cabinet, l'ordre qu'il venait d'obtenir*. Il le rédigea de manière que dans tous les cas et quelque chose qui pût arriver, la capitulation dût être immédiatement exécutée. Cette dépêche aurait dû être signée par le ministre de la guerre, selon l'usage, et parce qu'elle était dans ses attributions; mais le duc de Bassano ne voulait partager avec personne l'honneur d'avoir sauvé la liberté et peut-être la vie du duc d'Angoulême. Il redoutait d'ailleurs l'intervention d'un ministre dont il connaissait les dispositions ; il s'était hâté de prendre sur lui toute la responsabilité, en donnant l'ordre en son propre nom. La suite de ce récit montrera à quel point ses appréhensions étaient fondées.
Pendant que ceci se passait, une suite de la dépêche arrivée le matin et une nouvelle dépêche du général Grouchy parvenaient au télégraphe, et arrêtaient la transmission. M. Ghappe, recevant tout à la fois ces dépêches et l'ordre du duc de Bassano, crut devoir différer encore de le transmettre, supposant qu'il pouvait y avoir lieu à quelque changement. Le duc de Bassano, rentré chez lui, reçut dans l'aprèsmidi la lettre de M. Ghappe et les nouvelles dépêches.
Elles contenaient : l'une, l'annonce que le duc d'Albuféra se rendait au pont Saint-Esprit, poursuivre le duc d'Angoulême et être. en mesure d'exécuter les ordres que lui donnerait l'Empereur; l'autre, la nouvelle que le général Grouchy, qui écrivait de Lapai ud, avait fait arrêter le duc d'Angoulême, nonobstant la capitulation qu'il ne voulait pas ratifier avant d'avoir reçu de nouveaux ordres*.
1. Le ministre secrétaire d'État^ au duc d'Albuféra: « Paris, 11 avril. Tâchez, s'il est possible, de faire ajouter à la capitulation une clause formelle qui porte que les diamants de la couronne seront restitués. Dans tous les cas, faites exécuter la capitulation, n
2. Le ginéral Grouchy à V Empereur (dépèche transmise de Lyon, le 11 avril après-midi). « Ne sachant pas si l'intention de Votre Majesté est de laisser sortir le duc d'Angoulême, je ne ratifierai pas
mal dans les limites formées par les Alpes, les Pyrénées et le Rhin, sauf une frontière qu'elle conservait en Piémont, l'Autriche devant en acquérir une sur le golfe Adriatique;
« Qu'elle renonçât à exercer sur les Pays-Bas hors de ces limites aucune autre influence que celle qui appartient naturellement et nécessairement à un grand État;
« Qu'elle reconnût : l'indépendance de l'Espagne sous la souveraineté de Ferdinand YII; celle de l'Italie, de la Suisse, de l'Allemagne et de la Hollande.
» Pour compenser les renonciations qui lui étaient demandées, on lui faisait espérer la restitution de ses colonies. On annonçait que TAngleterre, qui avait les mains pleines, rendait à pleines mains (en faisant toutefois pleine^ ment réserve de ce qu'elle appelait ses droits maritimes, qui avaient été la première cause de la guerre). »
Enfin, les événements militaires ayant tourné à Tavantage des puissances coalisées, elles reproduisaient la proposition faite inutilement par la France dans la situation inverse, depuis le mois de mai jusqu'au mois d'août précédent, celle de négocier en se battant.
Lorsque le ministre fraiiçais présenta le projet de la réponse qu'il adressa le 13 novembre à M. de Metternich, elle contenait, conformément à Finiention manifestée d'abord par Napoléon, l'acceptation explicite des bases de Francfort. Cette partie fut supprimée ; eu lisant cette lettre avec attention, on voit bien qu'elle a été tronquée*. Napoléon qui avait reconnu à Prague combien les alliés méritaient peu de confiance lorsqu'ils parlaient de paix, jugea qu'il leur
1. Elle ne contenait plus que la désignation du duc de Vicence plénipotentiaire, celle de la ville de Mannheim pour le futur congrès, et Tassurance « qu'une paix, sur la base de Tindépendance de toutea les notions, tant sous le point de vue continental que sous le point (le vue maritime^ avait été l'objet constant des désirs et de la politique de l'Empereur. » Ce langage trop vague avait de plus le grave inconvénient d'impliquer une sorte de réserve anticipée contre les « droits maritimes» sur lesquels l'Angleterre n'admettait pas de contestation.
sano à Napoléon à son lever. On conviendra qu'il y avait lieu à délibération, mais tout se passa entre Napoléon et son ministre^ et, en une demi-heure, il fut décidé que la capitulation serait exécutée. Quelques oppositions se manifestèrent dans l'après-midi, lorsque la nouvelle eût été connue. Un rapport du ministre de la guerre, après avoir rappelé à Napoléon Tordre de courir sus publié contre lui, développait les motifs de ne pas se dessaisir d'un otage aussi précieux que Tétait le duc d'Angouléme. Le soir, à son travail avec Napoléon, le duc de Bassano lui remit une seconde dépêche télégraphique annonçant que, d'après le refus de la ratification par le général en chef, la capitulation n'existait plus. Napoléon demanda à son ministre si la première dépêche était partie? — Oui. — Si, avant de l'expédier, il avait reçu la seconde? — Oui. — Napoléon approuva la conduite de son ministre*, et s'il était besoin de dire pourquoi à ceux qui liront ceci, ils seraient incapables de le comprendre ; le caractère de Napoléon leur serait inconnu... Et le duc de Bassano erre dans l'exil! ! »
Napoléon aimait à répéter avec quelle émotion le duc de Bassano lui dit : « Je vois que je puis encore être utile au- « près de Votre Majesté ; je retire ma démission ! » u Telles c< sont, ajoutait-il, les seules faveurs dont il ait été jaloux : <c à ce prix, j'étais sûr qu'il ne penserait plus à me quitter.»
L'ordre de l'exécution de la capitulation ne fut pas révoqué : il ne pouvait plus l'être. Une autre dépêche prescrivit le lendemain une autre disposition relative aux fonds qui pouvaient avoir été recueillis dans la marche de l'armée royale,'. Une lettre au général Grouchy fut dictée pour être insérée dans le Moniteur du lendemain.
Ce récit complet, avec pièces à Tappui, rectifie la
1. «c Après un silence... Napoléon me dit avec une profonde émotion : vous avez bien fait! (Maret).
2. Le ministre secrétaire d'État^ au duc d'Aibuféra; Paris, le 12 avril. <* Il faut empêcher le duc d*Angoulême d'emporter Targent pris dans les caisses, et rien de précieux appartenant à la France. Tout cela doit être envoyé ici. » — Le duc d'Aibuféra au ministre de la guerre ; Lyon, 17 avril. « Le général Corbineau est parti hier matin, il est porteur de la capitulation avec l'article additionnel relatif aux diamants de la couronne. Le général Radet accompagnera le duc d'Angoulême jusqu'à Cette. »
retardant pdiS d'un jour les négociations ^ » L'idée de Maret, de répondre à ces propositions par l'envoi d un plénipotentiaire ayant mission de les signer, était une pensée de salut pour la France et pour l'Empereur. Nous en trouvons une preuve non équivoque dans un document inédit d'une haute importance, écrit sous l'inspiration de l'homme le moins suspect de partialité pour le duc de Bassano. C'est un « Précis (manuscrit) des négociations de Francfort et de Châtillon, » rédigé au mois d'avril ou de mai 1814, par l'un des principaux fonctionnaires des affaires étrangères, le comte de La Besnardière, pour le nouveau ministre (Talleyrand), qui a du en faire usage lors des négociations du traité de Paris *. Voici comment il s'exprime à propos de ce grave incident :
... De tant de forces que le chef de la France avait portées au delà du Rhin , il n'en ramenait point assez pour couvrir cette barrière. Cependant Tennemi craignit d'abord de la franchir, et proposa en novembre de conclure une paix générale... (Suit l'indication des bases (féiiérales et sommaires.) La première réponse du cabinet français fut vague. Pressé de s'expliquer, il accepta les bases proposées... St, dés l'instant qu'on les lui proposa, il eût fait partir un plénipotentiaire avec pouvoir de les signer, les alliés (tt eux-mêmes l'ont avoué dfpiiis) n'auraient su comment se rétracter, et peut-être même n'en auraient pas euVidéc. Mais, perdant eu hésitations le moment favorable, et donnant aux ennemis le temps de connaître sa situation, il leur Ht naître l'envie d'en profiter. Ils pénétrèrent en France et retardèrent l'ouverture du congrès, de telle sorte qu'à l'époque où il s'ouvrit (non plus
1. Ces mots : (^ un jour, se trouvent dans le rapport original. Ils avaient été retranchés dans Fimprimé; on devine aisément pourquoi.
2. Ce Précis ou Mémoire à consulter porte plusieurs annotations, corrections et indications de passages à supprimer, de la main du prince de Dénérent. Le caractère de ces modilication» donne à penser qu'il a dû en être fait une copie expurgée pour Louis XVUL La Besnardière avait été à ChiUillon avec le duc de Viceuce.
« dont on eut la première nouvelle à Paris dès le 22 au soir ; 9 Maret se prononça pour la dictature. L'Empereur eut lieu de regretter amèrement, pour la France et pour lui-même , d'avoir repoussé ce conseil, et recommencé trop tôt la monarchie constitutionnelle.
Le duc de Bassano est l'auteur des explications insérées dans les numéros 134 et 145 du Moniteur de 1815, sur les pièces falsifiées produites par lord Castiereagh devant la chambre des Communes, pour justifier la guerre à outrance contre Napoléon, et l'arrêt de déchéance prononcé à Vienne contre Hurat nonobstant son traité avec l'Autriche. Ces pièces avaient été envoyées au ministre anglais dans les premiers jours de mars. Pour prouver que Hurat, depuis son traité, avait trahi la coalition avant la chute del'Empire, — un subalterne trop zélé, employé à la secrétairerie d'État de Louis XVIH, y ayant découvert trois lettres antérieures de Napoléon au roi et à la reine deNaples, dont quelques passages pouvaient à la rigueur s'adapter aux événements de 1814, avait changé les dates et comblé les lacunes par des interpolations maladroites. Dans une de ces lettres, on faisait dire par Napoléon à Murât qu'il comptait sur sa contrition^ expression qui surprend moins, quand on sait que l'auteur présumé de ces retouches était un abbé ^
Le hasard avait fait découvrir aux Archives du Louvre les brouillons des copies livrées à lord Castlereagh. Dans
1. Cet abbé de cour est nommé, à propos d*une autre circonstance, dans les Mémoires de Bourrienne, XI, ch. xv. Deux de ces lettres avaient été écrites pendant l'hiver de 1813, époque où Maret était, de la part de rAutrichc et de l'Angleterre, en butte aux mômes suggestions qu'après la campagne de Leipzig. Le faussaire avait tiré parti de cette ressemblance de situation. — On sait aujourd'hui que Murât ne s'était réconcilié avec Napoléon que depuis l'arrivée
duisons les explications fournies sur cet incident par Maret lui-même.
Les malheurs de la campagne de Russie avaient ranimé les espérances de ceux qui complotaient la ruine de Napoléon dans riatérieur; la bataille de Leipzig les combla. C'était, disait- on alors, le commencemmt de la fin. Mais Tentreprise, l[)our amener celle fin, dont la force étrangère pouvait seule procurer le succès, devait être conduite avec encore plus de prudence à Tintérieur qu'à Textérieur. Tant que le duc de Bassano conserverait le ministère dont les agents officiels le secondaient avec dévouement et habileté, et dont les agents secrets avaient pénétré dès le commencement de la campagne dans les quartiers généraux des souverains alliés; — les trames ourdies à l'étranger étaient en péril, et la main encore puissante de Napoléon pouvait d'un moment à l'autre frapper ses ennemis domestiques.
II fut donc arrêté d'éloigner le duc de Bassano ; d'arracher des mains d'un ministre qu'on n'espérait ni séduire ni abuser, les moyens d'information dont il tenait tous les fils et auxquels il eût été difficile d'échapper. Mais comment persuader à Napoléon qu'un ministre encore investi de toute sa confiance l'avait trompé, quand lui-même avait tout vu par ses yeux ; qu'il l'avait servi maladroitement, quand l'Empereur lui-même déclarait hautement qu'il avait été bien servi? On fil courir partout le bruit qu'e7i 1813, le duc de Bassano avait mis sous les yeux de l'Empeieury en France d'abord, puis à Dresde, des exposes infidèles des res» sources de l'Empire, de sa situation avec les puissances étrangelées, de Vélat des négociations (II)..; que dans tous les conseils il se prononçait pour la guerre ; enfin, qu'au moment où Napoléon allait signer la paix, son ministre l'en avait empêché par cette insinuation : « Cette fois on ne dira pas, etc. »... Le ministre de la police, dont les conspirateurs avaient fasciné les yeux, et qui croyait avoir eu à se plaindre du duc de Bassano ^ se chargea de rendre populaire l'opinion répandue dans les salons. Elle fit bientôt
1. Dans deux circonstances, lors de la nomination de Savary au ministère de la police, et dans l'afTaire CzernischelT. Ils se réconcilièrent dans la suite> et Maret fournit obligeamment au duc de Rovigo des renseignements pour ses Mémoires,
vaîse foi de Napoléon, mentionna une dépêche du 19 mars interceptée^ dans laquelle il était dit a que l'Empereur voulait compter jusqu'au dernier moment sur les événements militaires; qu'il était décidé, quand même il aurait ratifié le traité^ à ne pas se dessaissir de ces forteresses, enfin que le duc de Yicence *eùt à brûler cette lettre aussitôt qu'il l'aurait lue. » Dè3 que l'on eût connaissance à Paris de la séance dans laquelle le ministre avait cité cette pièce et celles relatives à Murât, l'Empereur ordonna les recherches nécessaires. L'on retrouva, comme il est dit dans la note précédente de Maret, les brouillons du faussaire, naïvement annexés aux minutes originales des lettres au roi de Naples. On retrouva aussi la dictée originale de la dépêche du 19 mars ; elle ne contenait aucune de ces phrases compromettantes, accumulées comme à dessein dans la pièce citées par le ministre anglais. « Cet original et ceux des autres lettres également falsifiées, furent mis sous les yeux de plusieurs Anglais, qui se trouvaient alors à Paris, et qui en vérifièrent l'authenticité. » Malgré cette protestation, la dépêche interpolée fut reproduite après la bataille de Waterloo dans le fameux recueil de Schœll, devenu si rare aujourd'hui *, avec cette mention que « l'original, écrit de la main de M. Maret ^ se trouvait déposé à la chancellerie de Vienne. » Maret dément énergiquement cette assertion.
Nous affirmons que cela n*est pas. Une lettre en chiffres n'est point écrite de la main d'un ministre, et' son déchiffrement ne peut pas même être de la main du duc de Yicence, puisque la lettre chiffrée avait été interceptée. Si ce déchiffrement existe à Vienne d'une main quelconquei il
1. Recueil de pièces destinées à détromper les Français ^ etc. T. V, p. 130.
Après Waterloo (19-29 juin 4815).
Napoléon avait fait deux plans. L'un consistait à rester sur la défensive, c'est-à-dire à laisser Tennemi entrer en France, et à manœuvrer pour profiter de ses fautes. L'autre était de prendre lofTensive en Belgique, et d'agir ensuite selon le succès... Le premier éjgit le meilleur, le seul bon. Napoléon en jugeait ainsi; mais tous les hommes non militaires appelés à aYoir une opinion, lui représentèrent qu'aussitôt que quelques départements seraient envahis, le découragement, la désorganisation se mettraient partout, et que le signal de la défection serait donné par la Chambre des représentants. Il céda I... (Maret.)
Le duc de Bassano était resté non loin de TEmpereur, et très-tard, sur le fatal champ de bataille. Aussi, au moment de la débâcle, il ne put rejoindre sa voiture engagée dans la cohue des équipages militaires^ et gagna non sans peine Philippeville, où il ne précéda Napoléon que de quelques instants. Il le devança également à Paris, où il apportait la copie du bulletin des journées de Ligny et de Waterloo, qui parut dans le Moniteur du 21. Quatre jours après, Bfaret adressait au duc de Vicence une dernière lettre ministérielle (inédite], que nous reproduisons dans sa navrante simplicité.
Monsieur le Duc,
Le travail présenté par Votre Excellence au Conseil des ministres du 14 de ce mois m'a été apporté au quartier général le n au soir... Ce travail n'avait pu encore être présenté à l'Empereur au moment de la retraite. J'avais pris des mesures pour que les papiers fussent détruits, s'il était
t)lir le pape dans ses États ; il avait parlé plusieurs fois au duc de Bassano de ce projet, qui, dans le commencement du mois de décembre 1813, devint entre eux l'objet d'entretiens plus fréquents. » Pour quiconque connaît la réserve extrême dontHaret se faisait plus que jamais un devoir dans les mauvais jours, cela signifie que dqm$ longtemps il conseillait à FEmpereur de réparer la faute la plus grave de son règne, qu'il l'en suppliait depuis leur retour de Leipzig.
L'Empereur me demanda de lui désigner un évéque qui pût être chargé d'une mission auprès de Sa Sainteté. Je ne doutais point, d'après le but qu'il s'agissait d'atteiodre, qu'il y en eût un seul qui ne se trouvât heureux et honoré de la remplir. Mais il me paraissait nécessaire que celui que je proposerais réunit à la sagesse de son esprit, à la piÊTM de $e$ prénetpes, l'usage de la langue italienne^ et un caracttoi qui le rendit personnellement agréable au pape.
Maret consulta à ce sujet le cardinal de Bayanne, que l'Empereur avait fait sénateur quelques mois auparavant. Celui-ci indiqua comme' tout à fait propre à remplir cette tâche, Fallot de Beaumont, évèque de Plaisance et nommé à rarchevèché de Bourges. C'était un prélat d'un caractère honorable et de mœurs exemplaires, gallican modéré, né dans le comtat d'Avignon avant sa réunion à la France, et personnellement bien vu du pape. Le duc de Basr sano s'applaudissait de pouvoir enfin , au gré de ses vœux, « prêter son ministère à des arrangements dont les conditions permettaient cette fois d'espérer le succès, puisqu'ils avaient uniquement pour objet de faire cesser les longs malheurs du pape et de rétablir le calme dans l'Église. » L'évêque de Plaisance en jugea de même, et se rendit à Fontainebleau « avec la commission verbale de s'informer si Sa Sainteté était disposée à entrer dans de tels
pourrait seule tout sauver aujourd'hui. « Mais TEinpereur ne voulut pas un autre 18 brumaire. Après quelques instants de silence, il reprit d'une voix altérée : «J'ai recommencé la monarchie constitutionnelle I convoquez les ministres^ »
Ainsi Napoléon, dans cet entretien intime, peu de moments après son retour, se prononçait déjà contre ridée d'un coup d'État, tandis que la majorité des représentants, abusée par des intrigues perfides, ne voyait en lui qu'un ennemi de plus!
Les ministres arriveront de bonne heure dans la roati^ née ; Fouchc l'un des premiers. Il avait l'air affecté, smsible et prévenant. L'Empereur se contint; mais l'entendant parler du calme qui régnait dans Paris, il dit assez haut, avec un sourire amer: « Du calme! ahl on est tranquille selon lui ! »
Bientôt parut la reine Horlense. L'Empereur se retira pendant quelques minutes avec elle; les sanglots de la princesse arrivaient Jusqu'à nous. En la reconduisant, il lui baisa la main et lui dit : envoyez-moi votre fils*. Le conseil des ministres commença vers huit heures du matin.
Les avisy furent partagés ; mais l'Empereur persista à écarter toute idée de mesure violente, et chargea son frère Lucien et les ministres d'aller solliciter le concours des représentants. Néanmoins, il prévoyait déjà l'insuccès de cette mission. L'invitation directe de se rendre immédiatement à la Chambre, transmise sur la proposition de Lafayette aux ministres délibérant encore à l'Elysée, était une véritable déclaration de guerre au pouvoir exécutif... Pendant cette déplorable séance, TEmpereur marchant à pas pré-
1. Ces d(^tails, et ceux qui suivent, sont empruntés à une note du baron Bignon, intitulée : 21 juin. Conversation avec le duc de BaS' sano.