‹ Maret, duc de BassanoChapitre 55 sur 60 · Complot de Barbes (13 mai · texte numérisé non relu

Complot de Barbes (13 mai

placée dans le tombeau de famille où repose madame la duchesse de Bassano * .

Le discours de Dupin aîné, Tun des représentants de 1815, et Tavocat de la partie adverse dans le procès de 1823, prouvait combien Maret était respecté, même de ses ennemis politiques. Celui de l'académicien Etienne, Tun des plus anciens et des plus intimes amis du défunt, résumait sa vie avec l'éloquence du cœur, et mérite d'être reproduit presqu'en entier. Ce sera la meilleure conclusion de cette Étude.

Qu'il soit permis à une voix reconnaissante de déposer un tribut de douleur sur cette tombe, prête à se fermer sur un de ces rares et grands citoyens qui, dans nos temps si agités, ont réuni les vertus de l'homme d'État aux vertus de l'homme de bien.

Vous, qui ne l'avez connu que dans les hautes régions du pouvoir et dans le tumulte de la vie publique, vous savez quelle droiture d'esprit, quel patriotisme, quel désintéressement, quelle inébranlable fidélité ontdistingué sa noble et laborieuse carrière. Mais il faut, comme moi, l'avoir vu dans l'intimité de la vie privée, au sein de sa famille et de ses amis, pour apprécier cette âme si expansive et si pure, cette aménité de mœurs et de langage que n'altérèrent jamais ni l'éclat delà faveur, ni les disgrâces de la forlune...

Il rappela ensuite les débuts de Maret dans le journalisme, ses premiers services diplomatiques, sa captivité. Il raconta qu'à l'époque du couronnement de Napoléon en Italie, Haret s'était empressé d'aller revoir son ancien cachot de Mantoue, de le montrer à sa famille, à ses amis, parmi lesquels se trouvait

1. Cette fidèle compagne de ses grandeurs et de son exil Tavait précédé de quelques années dans la tombe. — De cette union étaient nés cinq enfants ; deux Ûls et trois filles, et non deux seulement, comme nous l'avons dit précédemment par erreur.

Grande Armée de toutes les capitales deTEurope. Le duc de Bassano a joui de toute la confiance de Thomme prodigieux qui tint si longtemps dans ses mains le sort des empires : il ne la perdit jamais, il la justifia toujours. Attaché à sa haute fortune, il le fut plus eficore à ses revers. Pour plaire aux pouvoirs qui depuis ont régné sur la France, il ne s'excusa pas, comme tant d'autres, de sa fidélité ; il 8*en fit gloire 1 II a conquis, sinon la faveur, du moins l'estime de tous les gouvernements; et, dans les partis les plus divers, il a gardé des amis également dévoués, parce que sa bienveillance s'est répandue sur les victimes de toutes les époques, et ne s'est jamais informée de l'opinion à laquelle appartenait le malheur qu'il fallait secourir.

Rendu, après tant de vicissitudes, à sa famille et à ses amis, il partageait ses dernières années entre la culture des lettres et le soin de ses intérêts, les seuls qu*il eût négligés, L'Institut et la Chambre des Pairs le comptaient parmi leurs membres les plus exacts. Là, c'était l'ancien ami de Colin d'Harleville, d'Andrieux, d'Arnault, de Picard, les compagnons de sa jeunesse, au milieu desquels il aimait à passer, dans le temps de sa haute fortune, les rares loisirs que lui laissaient les soins du ministère. Ici, on retrouvait l'homme d'État, confident de l'arbitre de l'Europe durant quinze années

Il y a quelques jours encore, entouré de ses amis, il leur ouvrait son cœur sur la situation de la France. Parvenu à son seizième lustre, il était plein de force et de courage. Ni le nombre des années, ni les fatigues d'une vie éprouvée par tant de travaux et tant de revers, n'avaient altéré sa santé, ni afi'aibli sa haute intelligence.

Soudain, il est frappé d'un mal mortel I Dans le délire passager d'une poignante douleur, sa voix éteinte ne fait entendre que ces mots : France! Patrie! Sa famille absente accourt autour de son lit de mort ; il revoit ses enfants, les presse sur son sein, les bénit^ et cette âme si pure s'envole vers le ciel.

Ceux qui auront bien voulu lire en entier cette longue Étude, reconnaîtront qu*il n*y a rien de banal, rien d'affecté dans cet éloge funèbre ; tout y est sin-

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