V. de Bourgoing, II
la conquérir pour d'autres^. » A Tépoque de la bataille de Jemmapes, les vues des hommes qui exerçaient la principale influence sur les actes du pouvoir exécutif n'allaient que jusqu'à rétablissement d'un État belge indépendant. C'était encore sur cette base que Lebrun voulait préparer un arrangement, quand il adjoignit à Noël un autre agent, le jeune Hourgues, dont le père avait tenu le portefeuille de l'intérieur dans le ministère girondin de Louis XVI , et ne s'était retiré qu'avec Dumouriez. Mourgues père était connu par des travaux sérieux, notamment par un ouvrage estimé en Angleterre, sur le traité de commerce de 1786.
La première pensée du ministre avait été d'adjoindre Mourgues fils à Chauvelin, avec le titre de secrétaire de légation, et ce fut pour prendre possession de ce poste qu'il fut envoyé à Londres au mois d'octobre. « L'amour-propre de Chauvelin vit dans cet arrangement une tentative maladroitement déguisée pour le remettre en tutelle. » Il refusa d'y accéder, sous prétexte quïl n'avait pas été consulté. Mourgues resta alors comme agent secret, et fit preuve d'intelligence et de zèle *. 11 n'existait contre lui aucun motif de répulsion personnelle : aussi Miles laissa bientôt espérer qu'une rencontre de ce nouvel agent avec Pitt ne serait pas impossible. Une lettre de lui
1. Pendant les vacances parlementaires, ces comniunications avec Noël avaient eu lieu principalement par Tintermédiaire d'un membre de la Chambre des communes nommé William Smith, intime avec Miles, et communiquant en secret avec Pitt. On trou-* vera ci-après des détails plus amples sur ce personnage.
2. Maret. 10 juillet 1793. Dans cette lettre, écrite de Suisse, peu de jours avant son arrestation avec Sémonville, Maret rappelait au ministre Deforgues, successeur de Lebrun, les antécédents du jeune Mourgues. Sous l'Empire, il le fit nonumer secrétaire général du ministère de l'intérieur.
nous apprend que la première démarche auprès de ce ministre fut faite le 19 novembre ^.
Hais, dans cet intervalle, de nouvelles complications avaient surgi. Les membres du conseil exécutif français étaient alors chez eux, non les maîtres, mais les esclaves. On peut môme dire qu'ils portaient double chaîne ; car les décisions ministérielles, outre qu'elles étaient subordonnées de droit à la majorité des votes dans le conseil, Tétaient aussi, de fait, au contrôle tyrannique des comités. Les tiraillements qui se produisirent, par suite de ce mécanisme vicieux, dans la conduite des relations extérieures, furent Tune des plus funestes conséquences de la lutte engagée entre la Gironde et la Montagne, et de l'empressement de plusieurs des membres du parti encore dominant à faire, dans certaines circonstances, assaut de popularité avec leurs rivaux. Ainsi, avant l'entrée en Belgique, on semblait d'accord sur le principe de l'indépendance des peuples affranchis ; mais, aussitôt après la bataille de Jemmapes, l'idée de l'annexion, émise par les montagnards, compta parmi ses prosélytes Brissot, l'un des inspirateurs du comité diplomatique. Le 16 novembre, un arrêté du conseil exécutif, œuvre d'entraînement révolutionnaire , avait décrété la liberté du Rhin et de l'Escaut. Cette mesure, suivie immédiatement d'exécution, avait été prise sur la proposition de Lebrun, qui, tout en sentant combien elle était inopportune par rapport à l'Angleterre, n'aurait pu en décliner l'initiative sans péril pour lui-même. Trois jours après, la Convention lui créait un nouvel embarras, en déclarant <( qu'elle accorderait protection et secours à tous les peuples qui voudraient conserver leur liberté. » Elle paraissait ainsi prendre sous son patronage toutes les in-