LES ÉCHAPPÉS DE ROSENCLAN
En quittant Marguerite, Robert et Charlotte avaient le cœur si plein et l'esprit si préoccupé, qu'ils gardèrent le silence d'un commun accord.
Au moment où leur voiture tournait la rue de Rennes, ils purent donc entendre distinctement le nom de Robert prononcé à haute voix dans la rue. Robert se pencha par le store ouvert, en se demandant si cette
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appellation s'adressait à lui, et il aperçut debout sur le trottoir qu'ils rasaient Charles dePrévaneau, un sac de nuit à la main, et Marie-Rose, toute soucieuse, un . paquet sous le bras.
— Charles de Prévaneau, Charlotte ! dit-il ; je me doutais bien qu'il ne resterait pas seul à Rosenclan, pendant huit jours. Que faut-il faire, ma cousine?
— Faire arrêter, dit Charlotte avec sa bonté ordinaire ; pour supporter mon oncle de Prévaneau, il me suffit de me rappeler qu'il est le père de Marguerite.
Robert tourna le bouton d'appel, et M. de Prévaneau, qui n'avait pas quitté la voiture des yeux, accourut.
— Quelle chance ! s'écria-t-il ; j'avais perdu votre adresse, et je ne savais que devenir, avec Marie-Rose, que voici.
— Mon oncle, si vous voulez monter, dit Charlotte gracieusement, nous allons vous conduire rue Tronchet, où nous retournons.
— Certainement, ma nièce; mais que ferai-je de Marie-Rose ?
— Germaine va lui céder sa place : ma bonne Germaine connaît le chemin.
Germaine descendit, M. de Prévaneau et Marie- Rose montèrent.
— Est-ce que vous vous ennuyiez aussi à Rosenclan, Marie-Rose ? demanda Robert à la fidèle servante.
— Nenni, monsieur Robert, répondit-elle ; je ne suis jamais mieux que dans mon pays, vous savez
bien. Je ne ra*ennuie que d'une chose, c'est de ne pas
voir mademoiselle Marga.
' Un double soupir répondit à Marie-Rose ; mais il
fut étouffé à la fois par le roulement de la voiture et
par la voix de M. de Prévaneau, qui s'enquérait des
changements survenus dans le percement du nouveau
boulevard.
Il n'avait pas encore songé à s'inquiéter de Marguerite, quand il entra dans le petit salon de la rue Tronchet où se trouvaient le général et la comtesse. Après les premiers compliments, il dit :
— Marguerite est donc sortie ?
La comtesse, avec sa tranquilUté habituelle, lui raconta les faits et gestes de sa fille depuis son départ pour la Bretagne.
— Je n'aurais pas approuvé cette retraite dans ce couvent, dit-il magistralement ; il est temps que cette petite comédie dévote finisse. De qui cette lettre, Robert?
— De Marguerite, mon oncle ; j'ai reconnu son écriture. J'étais chargé de la mettre à la poste, mais puisque vous voilà...
— Charles, venez lire cette petite épîtreàvotre aise, dans votre chambre, dit le général ; vous devez être fatigué.
M. de Prévaneau suivit le général, et Robert s'éloigna.
— Que signifie cet air accablé, Charlotte ? demanda madame de Prévaneau à sa fille, qui s'était jetée sur un fauteuil : n'as-tu pas vu Marguerite ce matin?