‹ MargaChapitre 7 sur 9 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Un landeau fermé s'arrête à l'humble porte du petit couvent de la rue de Rennes, où Marguerite nous est deux fois apparue.

Robert en descend, puis Charlotte, sur les joues de laquelle fleurissent toutes les roses de mai, et qui montre, sous l'écharpe d'azur enroulée autour de sa toque, le visage le plus heureux qu'on puisse rêver; en troisième lieu, descend le bon général de Prévaneau, et ces trois personnages s'échelonnent pour assister à la descente d'une belle paysanne de Plégon, qui tient entre ses bras robustes un enfant habillé de mousseline blanche, dont le petit visage se dissimule sous un mouchoir de batiste aux coins brodés et armoriés.

Dans le trajet qu'il faut faire de la voiture au parloir, le général est fort occupé à tenir entre son pouce et son index le léger tissu, de peur que l'ardent soleil ne caresse le front de l'être innocent qui a l'air de dormir dessous.

Au parloir, on demande la sœur Saint-François de Sales, et on s'assied pour l'attendre. Tour à tour Robert, Charlotte et le général vont, pour tromper les

ennuis de Tattente, soulever le mouchoir de i)aliste qui cache évidemment un trésor.

Enfin, sœur Saint-François de Sales paraît. Si Charlotte s'est épanouie, Marguerite, on peut le dire, s'est effeuillée...; sa taille s*est légèrement courbée, son visage a revêtu cette blancheur d'ivoire qui est une des mystérieuses beautés de la souffrance, ses traits se sont amincis, son front, admirablement uni, laisse en quelque sorte transpirer la pensée ; Marguerite est devenue une âme. Et malgré ces différences, en voyant en face Tune de l'autre la brillante jeune femme et la religieuse pâle et recueillie, qui oserait préférer le bonheur terrestre, et par conséquent éphémère et périssable qui se lit dans les yeux bleus de Charlotte, au bonheur sans nom qui s'épanche en rayonnements intenses des yeux chastes et doux de Marguerite ?

Avec quel doux sourire elle accueillit cette bienaimée partie de sa famille humaine ! avec quelle sainte tendresse elle pressa ces mains chères entre ses mains diaphanes!

— D'abord, présentons Marguerite à Marguerite î s'écria Charlotte en enlevant le moucncir de batiste brodé ; relevez-la, nourrice !

La nourrice redressa l'enfant dans ses bras, et on aperçut sous une petite capote de satin blanc une figure rose, encadrée de courtes boucles d'or et illuminée par deux beaux yeux bleus, d'où s'échappait ce regard d'ange que Dieu a laissé aux enfants comme pour nous faire souvenir du ciel.

Marguerite s'avançait vers elle.

Page 1