‹ MargaChapitre 8 sur 9 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

— Marguerite, bénissez-la, dit Robert vivement.

Marguerite releva involontairement sa taille inclinée, ses grands yeux se fermèrent à demi, son beau visage s'empreignit de la saisissante et surnaturelle majesté de la prière, et, levant la main, elle traça lentement, avec le pouce, une croix sur le front de l'innocente, puis elle la baisa avec une grande tendresse.

— Nous l'appelons tous Marga I s'écria le bon général, qui n'avait pas assez d'yeux pour contempler sa petite-fille.

— C'était le petit nom qu'aimait bon-papa, dit Marguerite en s'asseyant; puisse-t-il porter bonheur à ma chère filleule ! El maintenant, parlez-moi de vous et de tous ceux qui vous sont chers. Ma tante ?

— Se plaint toujours de ses rhumatismes, mais est toujours la môme, répondit le général.

— Et Rosenclan ?

— Marche supérieurement, répondit Robert : on a découvert un nouveau filon.

— Ah ! et Corentin ?

— Est toujours avec sa mère, en attendant. Il a été nommé premier contre-maître, et il finira par épouser Susannah Smith, ce qui le mènera à une excellente position.

— Dieu le protège ! c'est un cœur excellent. Et mon père ?

Les trois interlocuteurs sourirent et se regardèrent d'un air embarrassé.

— Autant vaut tout dire, Marguerite, dit Charlotte avec sa franchise habituelle : Marguerite, ton père et

sa nouvelle femme ne s'arrangent pas du tout. Mou oncle prétend que ma tante a mille manies tyranniques de vieille fille, ce qui est assez vrai ; ma tante affirme que mon oncle a mille habitudes ennuyeuses dont il ne veut pas se corriger. Somme toute, ils se font beaucoup enrager Tun l'autre, comme l'avait prédit maman.

— Je prierai pour que la paix s'établisse dans ce ménage, dit paisiblement Marguerite.

Et elle changea de conversation, en ajoutant avec un céleste sourire :

— Je ne sais plus guère parler des choses du temps; parlons de ma filleule, qui compte encore parmi les anges.

Le sujet était inépuisable. La mignonne petite Marguerite fut examinée, caressée; on parla de cette chère âme à peine éclose. Marguerite donnait ses conseils pour l'avenir ; et on écoutait avec amour et déférence les conseils de Marguerite.

La cloche inflexible interrompit cet entretien doux à tous les cœurs, et d'où s'exhalait ce parfum sans prix que distillent les âmes quand elles prennent leur vol pour s'élever, au moins pendant quelques instants, au-dessus des régions toujours ténébreuses de la terre.

— Et Marie-Rose? dit Charlotte en se levant ; ne pourrai-je aujourd'hui présenter ma fille à Marie- Rose?

— La voilà précisément qui passe dit Marguerite; je vais demander qu'elle vienne.

Elle disparut, et revint avec Marie-Rose, dont les

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