‹ Marguerite Chalis et la légende de Clotilde de SurvilleChapitre 13 sur 25 · Macé, p. 34, 6$ et · texte numérisé non relu

Macé, p. 34, 6$ et

De tant au loing lancent feulx si vermeils, Qu'à mondes, trop distants pour estre veus des hommes,

Croy, tous à part, que servent de soleils; Près d'eulx, qu'est de Phœbé l'orbite pasle et morne ?

Veulx ceste-là rouler exprès pour nous ; Encor pourquoi cettuy, dont œuvres n'ont de borne,

De la peupler ne seroit-il jaloux ?

Possible qu'y reignez, masnes sacrez des justes,

En ce costé qu'à nos yeulx s'offre en plain, Tandys qu'en ses roschiers, ors glacez, ore adustes,

De reprouvez est l'opposite emplain

Maiz quoy! se peult-il donc que ce globe contemples Sans démesler mes accents douloureux!....

Comment ne pas reconnaître dans cette elegie où le terme de globe revient deux fois pour designer la terre, et ou se révèle une si étonnante intuition de la science astronomique des si futurs, la même main qui a écrit le fragment du poème de la Nature?

On le • avec la d- /idence :

l'œuvre poétique i il îde; le fond,

sinon la : iK part de la même

., et l'authenticité des deux s'évanouit en

: temps devant troij ou quatre faits pr

tnment cert - par le vieux

registre du château de Barres.

Quelques personnes ont voulu appuyer l'existence de Clotilde de Surville sur de prétendues traditions locales de Vallon. M. Macé rapporte qu'un honorable habitant de Vallon, M. Peschaire-Florian, décédé en 1863, à Pms de quatrevingts ans, disait à M. Eugène Villard avoir, dans sa jeunesse, entendu une de ses vieilles tantes lui chanter des rondeaux et des ballades attribués par elle à Clotilde de Surville, et il ajoute que M. Ollier de Marichard confirme cette tradition. Certes M. Eugène Villard et M. Ollier de Marichard sont des hommes fort honorables et dont la parole ne saurait être mise en doute, mais comme elle ne fait ici que reproduire un témoignage assez vague et qui, selon nous, ne peut s'appliquer qu'à une époque postérieure soit à la publication de Vanderbourg, soit tout au moins à la découverte des manuscrits par le marquis de Surville, on nous permettra de ne pas lui attribuer la même portée que M. Mace et d'attendre des faits plus précis et moins sujets a caution

Un autre de nos compatriotes de l'Ardèche, M. Vaschalde, a recueilli et publié récemment des documents d'où il resuite qu'un Jean Chalis

existait à Vessaux en 1383, que noble Berenger de Surville a été l'héritier des Chalis de Vessaux et que Jean de Surville, fils de Berenger, possédait en 1469 un certain nombre de propriétés à Vessaux.

Aucun de ces faits, qui, d'ailleurs, concordent avec nos documents, ne touche a la question qui nous occupe, c'est-a-dire à la personnalité poétique de Clotilde. Quant à cette circonstance que, dans les propriétés de la famille de Surville a Vessaux, il se trouvait des jardins, des près, un moulin et une fontaine, d'où M. Vaschalde conclut que ce sont la incontestablement les jardins, les bois, les près, le moulinet et la fontaine mentionnes dans les poésies, notre confrère nous permettra de ne pas nous arrêter a cette supposition, qui, examinée de près, tournerait plutôt contre sa thèse, car l'absence même de toute indication plus reconnaissable ferait supposer que l'auteur des poésies écrivait ailleurs qu'en Vivarais. On a vu plus haut que la rivière d'Ardeche est le seul nom local que contiennent les poésies. Nous ajouterons que l'expression de gros canal, qui se trouve dans la même pièce, aurait dû rendre M. Vaschalde plus ctrconspecl dans ses inductions graphiques, car il sait aussi bien que nous qu'il n'y a pas de canal, petit ou gr< -aux,

pa3 plu-, qu'a Privas et a Vallon.

Au reste, un fragment dïpître de Clotilde

contient des indications topographiques bien autrement précises et importantes, sur lesquelles nous appelons l'attention des lecteurs vivarois : Clotilde raconte qu'elle atteignit, au haut du mont, la forêt solitaire

Où des toits délabrés et d'antiques débriz

A l'errant voyagier n'offrent mesme d'abriz ;

Et qui, dict le renom, furent à leur naissance,

Palaiz où des Romains esclatoit la puissance :

En contemple, au hazard, les restes confondus.

Là, soubz d'espaiz moncels de cresneaulx pourfendus,

S'estendent tristement colonnades superbes,

Dont les marbres rompuz, fayzant ployer les herbes

D'aultre part, eslancez, par intorses crevailles, D'amangliers en flours, inhérants aux murailles, Cent bouquets, de rubys colorent ces paroys

Dans la cour, et parmy cent portiques déserts, Des ormes non plantez s'élèvent dans les airs ; Au centre, où creut jadiz ugne source pérenne, L'urne d'où jaillissoit, trytons voire et syrenne Soustinrent enlacés ; ainsy, d'humain sçavoir, Mollement respirer brunze on ne cuyda voir

Certes, les ruines ne manquent pas en Vivarais, mais nous cherchons vainement celles qu'a voulu désigner Clotilde , dans l'hypothèse de son séjour soit à Privas, -soit à Vessaux , soit même à Vallon, la seule de ces trois localités où fleurisse l'amandier, mais où rien n'indique jus-

qu'ici que la femme de Bérenger de Surville ait jamais mis les pieds.

L'auteur de la légende se trahit, à notre avis, par l'excès même des précautions dont il s'est entoure pour avoir réponse prête a toutes les objections de la critique.

A quinze ou seize ans, d'après lalégende, Clotilde écrit VEpistre à sa doulce amye Rocca, qui est une sorte d'art poétique beaucoup plus étonnant pour l'époque que celui de Boileau. Deux ou trois ans plus tard, elle développe sa didactique dans le Dialogue entre Apollon et Clotilde.

M. Eugène Villedieu ne voit la rien d'extraordinaire. « Pour s'expliquer, dit-il, la maturité

\tire de ce morceau et de presque tous ceux qui sont contenus dans ses poésies authentiques, il faut se rappeler que Clotilde a revu plusieurs fois, jusqu'à la fin de sa vie, les pièces qui datent de sa jeunesse, ainsi qu'elle a soin de nous le dire elle-même en maint endroit de son œuvre. » . s doutons fort que cette explication paraisse

mte a ceux qui savent qu'au xve siècle la langue fran i tait loin dï t

1 >mbreux dialectes qui se parlaient sur le territoire de l'ancienne Gaule. Guillaume de

rs, le plus ancien poète national dont QOUfl

- les vers, a écrit en di

lard en dialecte picard et wallon, R lais en berrichon et poitevin, Montaigne en

con, Marot, Marguerite de Navarre et Amyot en françois K Après le xve siècle seulement, le français prend le pas sur les dialectes, en retenant de chacun d'eux les mots que les circonstances ou les œuvres des écrivains avaient fait entrer dans l'usage général.

Au xve siècle, la langue était si peu formée et elle était si loin de ce que nous la voyons dans les poésies de Clotilde, que le latin n'avait pas cessé d'être la langue judiciaire, celle des dépositions, enquêtes, plaidoiries et actes publics. En 1490 seulement, Charles VIII osa prescrire l'emploi delà langue vulgaire ou langue romane2, c'est-à-dire du français, pour la rédaction des dépositions et autres actes publics.

En 1512, Louis XII alla plus loin et ordonna que les enquêtes et les informations fussent nonseulement rédigées, mais même faites en langue vulgaire.

François Ier acheva la réforme par sa célèbre

1. Froissard se moque lui-même des seigneurs anglais qui, en 1394, le prennent pour un écrivain français.

2. La langue romane était la langue des habitants appelés Romains par opposition aux barbares. Ce n'était pas la langue latine. M. Granier de Cassagnac, dans son curieux travail intitulé Histoire^ des [origines de la langue française, Didot, 1872, développe cette thèse, plus paradoxale peutêtre en apparence qu'en réalité, que le roman n'était autre que le celte, la langue maternelle des Gaulois.

MARGUERII t CHALIS. 55

ordonnance de Villers-Cotterets,qui est datée de

Page 1