‹ Marguerite Chalis et la légende de Clotilde de SurvilleChapitre 14 sur 25 · IS · texte numérisé non relu

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Or, nous le demandons, toutes ces mesures, si désirées des rois de France dont elles favorisaient le grand but politique, celui de l'unification nationale, auraient-elles été tant retardées si la langue avait eu, au commencement du xve siècle, la clarté et la précision que l'on remarque dans les œuvres de Clotilde?

Les partisans de Clotilde ne sont pas plus embarrasses quand l'auteur du pastiche se fait prendre en flagrant délit d'anachronisme, comme, par exemple, quand il réfute Lucrèce et profite des découvertes d'Herschell. Ils repondent que le coupable, c'est Jeanne de Vallon ou bien le marquis de Surville, mais que l'authenticité des poésies est au-dessus du débat.

Le procède est commode, mais n'est plus

admissible, depuis qu'il est avère que les trois

branches de la légende : Notice de Vanderbou- "g,

le iBoj et Poésies inédites de 1827, outre

qu'elles constituent un tout inséparable, comme

>urce

COmm L-dire d^s, cartons du marquis

de Surville, ce qui donne a la critique le droit

de prononcer sur son ensetnb la distinction que M. M ont prè-

le premier et le second reçu

Un fait domine donc la question, c'est que, même en admettant certaines modifications aux manuscrits primitifs, la légende est toute d'une pièce, elle sort du même cerveau : toutes les indications de la Notice, dont les champions les plus déterminés de Clotilde, sans en excepter M. Villedieu, reconnaissent le caractère romanesque, sont en quelque sorte signées, soit par des vers de Clotilde, soit par des extraits de ses mémoires ; elles s'accordent entre elles, sinon avec les faits connus; la fille des Tynds ellemême figure dans la dédicace d'une des poésies du recueil de Vanderbourg; enfin, nous avons montré, dans l'élégie sur la mort d'Heloïsa, la trace des mêmes préoccupations astronomiques qui, dans le second recueil, aboutissent a la découverte des sept satellites de Saturne.

Si, comme nous le pensons, le marquis de Surville était incapable d'écrire les poésies de Clotilde, on peut donc conclure delaqu'il n'a pas davantage invente le reste et que son travail d'altération de l'œuvre primitive est peut-être moins considérable qu'on ne l'a dit.

Il n'est même pas certain, à nos yeux, que le marquis ait connu le véritable auteur des poésies,

et, à part les détails tenant à l'origine des manuscrits, nous serions fort tenté de croire qu'il n'en savait sur ce sujet guère plus que nous.

Nous laissons à d'autres le soin de découvrir la personnalité du poète inconnu, mais deux faits essentiels nous autorisent à penser qu'il était de la famille de Surville: le premier est la possession exclusive du manuscrit par un membre de cette famille ; le second est le nom même de la personne a qui le poète a voulu laisser l'honneur de son œuvre. On ne comprendrait guère, en effet, que cet auteur fût aile bénévolement couronner de gloire le nom d'une famille qui ne serait pas la sienne.

D'autre part, s'il est évident que le poète ne connaissait pas très-exactement la vie de la femme de Berenger de Surville, ce qui montre qu'il écrivait bien après le xv* siècle, il est clair qu'il en savait quelque chose, sinon par des papiers, tout au moins par des traditions de famille, comme le prou>

vraiment frappantes du récit légendaire avec les

nom de Marguerite et celui de Chai mine de iger, les propr

-aux, et enfin fils, Jean

de Survi

San- te, il' a fallu a L'auteur du pastii be beau' on pourrait dire un rare

5» MARGUERITE CHALls.

mépris des suffrages humains, pour céder ainsi a un autre la légitime gloire que lui auraient acquise les poésies. Cette modestie est si rare dans notre siècle de vanité, qu'elle en paraît presque inadmissible. Sans prétendre qu'elle ait jamais été bien commune, il est certain cependant qu'elle l'était moins, surtout dans les circonstances où nous la supposons exercée, alors que le nom et l'honneur de la famille tenaient dans les cœurs une place que l'égoïsme individuel a aujourd'hui usurpée. Le nom de la famille était autrefois un drapeau pour lequel on mourait joyeux et inconnu, comme heureusement on meurt encore aujourd'hui pour celui de la grande famille nationale. C'est pourquoi nous concevons fort bien qu7à une époque où notre société était moins emiettee qu'aujourd'hui, un Surville ait voulu reporter la gloire de ses œuvres poétiques a sa famille elle-même, sous le nom d'un de ses membres dont il ne connaissait pas même exactement le nom et l'histoire.

Cet auteur inconnu était-il un homme ou une femme? Nous serions assez disposé a croire, contrairement à l'opinion la plus accréditée, que ce n'était pas une femme. Des qu'il est admis que l'œuvre est un pastiche, il nous semble qu'un homme seul a pu lui donner cette perfection. La tendresse et l'ardeur de sentiments que respirent les poésies n'ébranlent pas sur ce point

notre manière de voir. Les femmes sentent mieux peut-être , mais les hommes peignent mieux , même les sentiments d'autrui. Qu'on suppose un observateur, double d'un poète, entendant une mère, à côte du berceau de son enfant, pousser les deux ou trois exclamations d'amour maternel et conjugal dans lesquelles se résument les Verselets à mon premier-né, et l'on ne trouvera plus rien d'impossible à ce qu'un homme ait écrit ces vers. Un beau poëme suppose autant de reflexion et de travail que d'inspiration et de sentiment. Voilà pourquoi nous croyons apercevoir dans les poésies de Clotilde la main d'un homme plutôt que celle d'une femme. C'est une femme — nous nous trompons — ce sont des millions de femmes qui ont éprouvé les sentiments si admirablement exprimés dans les Verselets, qui en ont dit le sens par des gestes, par des regards, par des exclamation-, par des phrases, en faisant de la poésie comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir, lt un homme, a la fois poète, observateur et travailleur crudit, qui a dû les traduire en

Nous ne savons pas si d'autres decouv' confirmeront notre double hypoîh< M sur le table auteur d naît, quel-

que difficile que cela paraisse, nous ne doutons • rite D ■■ >oit un jour connue. Sans

parler des dépôts publics, les études de notaires et les autres archives privées contiennent beaucoup plus qu'on ne le croit de documents ou d'indications qui éclaireraient bien des questions d'histoire locale et d'histoire générale, s'il se trouvait plus de personnes ayant les loisirs, la patience et l'érudition nécessaires pour les consulter. Il est évident que c'est dans l'Ardéche et le Gard, parmi les vieux papiers relatifs à la famille de Surville, qu'il y a le plus de chances de découvrir le fin mot de la question.

En attendant, s'il reste simplement probable que les poésies de Clotilde sont l'œuvre d'un membre de la famille de Surville, notre publication aura du moins démontré avec la dernière évidence qu'elles ne peuvent pas être de la personne qu'on a voulu désigner sous le nom de Clotilde de Surville et que leur date est de beaucoup postérieure au xve siècle.

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