‹ Marguerite Chalis et la légende de Clotilde de SurvilleChapitre 2 sur 25 · Ce fait nous a été raconté par M. Tailhand, député · texte numérisé non relu

Ce fait nous a été raconté par M. Tailhand, député

Le marquis continua sa route vers le Velay. On sait qu'il fut arrête du côté du Puy et fusillé dans cette ville le 2 octobre 1798.

La veille de sa mort, il écrivit à sa femme une longue lettre reproduite pour la première fois en entier par M. Macé et dont il suffira de rappeler le passage suivant déjà publie par Vanderbourg :

« Je ne puis te dire maintenant ou j'ai laissé quelques manuscrits de ma propre main, relatifs aux œuvres immortelles de Clotilde que je voulais donner au public. Ils te seront remis quelque jour par des mains amies a qui je les ai spécialement recommandes. Je te prie d'en communiquer quelque chose a des gens de lettres capables de les apprécier, et d'en faire après cela lusage que te dictera ta sagesse. Fai te au

moins que ces fruits de mes recherches ne soient -talement perdus pour la postérité, surtout pour l'honneur de ma famille dont mon frère l'unique et dernier - ' . »

et président de chambre à la Cour de Nimes, qui le tenait lui -même de son parent, M. Hippolyte Champanhet.

cent, dan res du

Vivarais pendant lu Révolution, raconte ainsi la mort du marqi; lie :

Arrivé sur la place d'Armes, ■ If r, dit-il à l'offi-

ui commandait le d I inutile de

..der un prêtre fidèle , , d'ail-

La disparition des manuscrits originaux de Clotilde est expliquée, dans la légende survillienne, soit par la perte d'une malle que le marquis, à son départ de Suisse, aurait remise à un homme de confiance, soit par la destruction de tous les papiers de la famille de Surville, qui auraient ete livrés en 1793 au comité révolutionnaire de Viviers et brûlés par ses ordres.

Environ trois ans après l'exécution du marquis de Surville, le 2 décembre 1801, Charles de Vanderbourg écrivit a sa veuve qui habitait l'ancien manoir d'Olivier de Serres, le Pradel, prés de Villeneuve-de-Berg, pour lui demander communication des manuscrits de son époux et lui offrir d'en être l'éditeur1. Vanderbourg raconte dans

leurs, à de grands malheurs; veuillez donc, s'il vous plaît, rn'envoyer le curé constitutionnel.» Le pasteur arrive. «Je vous plains, monsieur, lui dit le marquis, d'avoir donné ce funeste exemple de prévarication; je sais néanmoins que, dans le cas présent où je me trouve, je puis me servir de vous. Daignez m'administrer. » Le curé, fondant en larmes, remplit son pénible ministère. M. de Surville reçut ses consolations avec une piété et une douceur vraiment angéliques.Un soldat s'avance pour lui bander les yeux. «Comment! dit-il, depuis mon enfance ]e sers le ciel et mon roi, et vous ne me supposez pas assez de courage pour voir venir le plomb mortel! Frappez. » Il est à l'instant obéi.

1. Pauline de Mirabel, veuve du marquis de Surville, est morte en 1843 à Villeneuve-de-Berg, où elle partageait

cette lettre qu'il a, pendant les premiers mois de son émigration, en 1794, résidé a DusseldorfF, en même temps que le marquis de Surville, lequel avait dès lors donné connaissance à plusieurs personnes de quelques-unes des poésies de Clotilde. Vanderbourg eut même communication de l'un des volumes de ces poésies ; et, par une indiscrétion dont il s'accuse, il prit copie de trois des pièces qui s'y trouvaient : la romance a Rosalyre, l'heroïde a Berenger, le chant royal à Charles VIII.

Mrne de Polier et le marquis de Brazais, informes de cette démarche par Vanderbourg luimême, s'adressèrent aussitôt, dans le même but, a MBM de Surville qui, d'ailleurs, ne possédait pas encore les manuscrits et ne les reçut que quelques mois plus tard de la famille de Chabanolle qui le marquis avait trouve un asile dans le 00 »es papiers étaient pourparlers qui eurent heu alors entre La marquise de Surviile et les trois solliciteurs, que les divers incidents qui précédèrent la publiât fort 1:

pour la plup notre SUJel .Les

Vandc-r M""' de Surviile (il y

1rs entre la prière, la lecture et le soula^emc pauvres, qui la regardaient comme leur t; sur Vilkneuve-de-Bcrg, par l'abbé Mollier, p. 52.)

en a vingt et une) font le plus grand honneur a cet écrivain et montrent chez lui autant de loyauté que de délicatesse de sentiments. La reproduction intégrale de ces lettres montre aussi l'impartialité de M. Macé, car plus d'un lecteur attentif en tirera, comme nous, la conclusion que Vanderbourg lui-même n'a jamais cru d'une foi bien ferme a l'authenticité des poésies de Clotilde et qu'il avait fini par ne plus y croire du tout. Nous allons indiquer brièvement les passages a l'appui de cette opinion.

Des le lendemain du jour ou les trois volumes manuscrits du marquis de Surville lui sont parvenus (22 juillet 1802), Vanderbourg exprime franchement les doutes qu'ils lui ont inspirés. ((Je me suis déjà occupé à les parcourir, ecrit-il à la marquise, et je vous avouerai franchement que ce que j'en ai vu n'a encore servi qu'a redoubler mes doutes. Il est bien singulier que le poème le plus considérable de.la collection soit les trois plaids d'or dans l'un des volumes, et soit devenu les cinq plaids d'or dans un autre plus récent. Comment M. de Surville n'a-t-il pas au moins conservé le manuscrit de Jeanne de Vallon, si les originaux de Clotilde même n'existoient plus? J'aurois mille autres questions à vous faire, auxquelles peut-être vous ne seriez pas plus en état de repondre que moi, et qui toutes révoquent en doute, d'une manière presque irréfutable, l'au-

MARGUERITE CHALIS. II

thenticite des manuscrits. D'un autre côte, on ne sauroit comprendre comment au bout de trois cents ans un homme auroit pu si bien saisir et peindre les sentiments, les intérêts d; une femme, d'une mère, d'une Françoise du tems de Charles VII ; comment il se seroit amuse a faire des rondeaux contre Alain Chartier, et a imaginer tous les personnages dont parle Clotilde. Je m'y perds, en vérité; ce ne sera qu'après une lecture complète et réfléchie que je pourrai essayer de former un jugement, qui peut-être encore se terminera par le doute K »

Dans une autre lettre, en date du 21 août 1802, après avoir dit ce qu'il pensait du roman le Chus tel d'Amour, qui « est évidemment d'une main moderne, » Vanderbourg ajoute:

" Quant au second cahier qui renferme diffetnorceaux que M. de Surville destin ce qu'il paroît, a faire le premier volume de scmi édition, j'avouerai franchement que je voudrois ne lavoir pas vu. Ce vola t propre qu'a

détruire toute L'illusion d( - de Clotilde,

qu'a r • en doute leur authenticité. J'ai

eu l'honneur de vous parler de la confron- : que j'ai faite du conte de* Plaids d'or ce volume et dans l'ancien. Il y a quelque chose de pif. La préface de Jeanne de Val-

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