‹ Marguerite Chalis et la légende de Clotilde de SurvilleChapitre 5 sur 25 · M A K G U I. R I I IL C H A L · texte numérisé non relu

M A K G U I. R I I IL C H A L

i° QueVanderbourg n'a été que l'éditeur intelligent et consciencieux des poésies de Clotilde, et que ces poésies provenaient trés-réellement des manuscrits du marquis de Surville ;

2° Que ce dernier a eu en sa possession de vieux manuscrits qu'il a plus ou moins altérés en bien ou en mal ;

3° Que les poésies assez médiocres dont le marquis de Surville est l'auteur avoué, non moins que ses affirmations constantes, a la veille même de sa mort, ne permettent pas de lui attribuer l'œuvre primitive sur laquelle il a travaillé.

Voici la conclusion de M. Macé:

« Il a existé, au xve siècle, dans le Vivarais, une femme-poéte d'un rare mérite, Clotilde de Vallon, épouse de Bérenger de Surville; ses vers ont été modifiés, corrigés, gâtés, embellis, au xvne siècle, par une de ses descendantes, Jeanne de Vallon, et à la fin du xviue, par le marquis de Surville aidé de Mme de Polier et du marquis de Brazais. Nous n'avons donc pas l'œuvre primitive ; ce que nous en possédons est, suivant la très-heureuse et très-juste expression d'un critique, un excellent tableau original retouché far des mains habiles 1. C'est la, j'en suis de plus en plus convaincu, le dernier mot de la question 2. »

i. Lava, article du Moniteur, 26 juillet 1803. 2. Macé, p. 193.

MARGUERITE CHALIS. r 7

Que les poésies de Clotilde soient un excellent tableau original retouché par des mains habiles, nous ne le contestons pas, en faisant nos réserves pour la date ; mais qu elles soient l'œuvre de la personne indiquée par la légende, voilà, croyonsnous, ce qu'on ne pourra plus dire en présence des documents que nous venons livrer a la publicité et dont nous allons d;abord raconter l'origine.

Avant nos désastres de 1870, nous avions de temps a autre, a Paris, le plaisir de nous rencontrer avec deux de nos compatriotes et amis, M. Henri d'Audigier et M. Henri de la Garde. Le pays natal tenait naturellement une large place dans nos causeries, et c'est ainsi que d'Audigier nous lut quelques- uni fort curieuses qu'il avait découvertes dan- un vieux manuscrit, petit in-4*, provenant du châde Chômera:, manuscrit que lui avait . Ce pré-

cieux débris, miraculei ppé aux ruines

et demi, et que nous contem-

n 1 tait autre

quel tre de notaire [Manuale notarum)

Antoine de Brion, n ttaire a Privas,

pour l'année 1437. D'Audigier, qui avait autant

• m% 1 amour des choi rineSj inrtout

itt MARGUERITE C H ALI S.

de celles qui se rattachent à l'histoire du Vivarais, était parvenu, bien qu'étranger à l'étude des chartes, a déchiffrer entièrement ce vénérable bouquin et, au moyen des indications de toutes sortes qu'il y avait recueillies, il se proposait de reconstituer l'ancien Privas du xve siècle, avec son état civil, son aspect féodal, ses mœurs et sa topographie.

Deux articles publiés par lui en 1869 ou 1870 dans le Constitutionnel donnent une idée de l'intérêt qu'aurait présenté ce travail, même pour des lecteurs non vivarois. Le premier racontait, d'après un acte du Manuale notarum, une action intentée par un Privadois a un autre Privadois qui l'avait traité de Bourguignon (on dirait aujourd'hui Prussien) , et le second commentait d'une manière fort judicieuse, en les comparant au temps présent, les conventions passées par un patron privadois avec son apprenti.

Les événements, puis la maladie, empêchèrent cet érudit et charmant écrivain de mener a bonne fin la tâche qu'il s;était donnée, mais les notes qu'il a laissées ne seront pas perdues, car M. Henri de la Garde a résolu de continuer cet intéressant travail, et nous savons qu'il a déjà mis la main a l'œuvre.

D'Audigier avait trouvé dans le Manuale notarum les trois pièces qu'on trouvera a la lin de cet opuscule, et il nous les avait lues plus d'une

fois en faisant observer combien elles détruisaient radicalement la fiction poétique, attribuée par lui à Vanderbourg, mais dont l'ouvrage de M. Macé fait remonter la responsabilité au marquis de Surville. Notre dernière rencontre avec d'Audigier date de septembre 1871 ; elle eut lieu chez M. Henri de la Garde, qui, encore cloue après dix mois sur son fauteuil, des suites d'une blessure reçue a l'assaut du plateau de Cœuilly, recevait notre commune visite. Quant a d'Audigier qui avait aussi fait bravement son devoir, en qualité d'artilleur auxiliaire, il était trop visible qu'il ne survivrait pas a la terrible maladie que lui avaient value les fatigues et peutêtre les privations éprouvées pendant le siège. Il avait une de ces toux caractéristiques qui ne pardonnent guère, et lui-men, jns-nous,

ne se faisait pas illusion sur ion état. Il partit peu après pour Alger en emportant ses chers manuscrits et entre autres Le HanUdlê noturum. On sait qu'il revint, l'été suivant, mourir au Bourg- Saint-Ami

documents que nous venons livrer a la

par nous sur la copie

qu'en avait f.. : toutefois

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toujours entre les mains de M. Henri de ! G lonl nous

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pement de celles qu'avait fait naître chez d'Audigier et que fera naître dans tout esprit non prévenu la comparaison de la légende de Clotilde de Surville avec l'histoire de Marguerite Chahs, femme de Bérenger de Surville.

Dès l'apparition des Poésies de Clotilde en 1803, la notice mise par Vanderbourg en tête du volume fut sévèrement jugée. On lui reprocha d'avoir accueilli trop facilement des fables indignes de trouver place sous la plume d'un écrivain sérieux. On a vu plus haut ce que Vanderbourg pensait lui-même des difficultés de sa tâche, et. quand on connaît sa correspondance, on est beaucoup plus disposé à le plaindre qu'a le blâmer du rôle que ses ouvertures et ses offres spontanées a Mme de Surville l'obligeaient en quelque sorte de remplir jusqu'au bout. Dans la notice, qui est le résultat de cette fausse situation, Vanderbourg a tire tout le parti possible d'une cause impossible à défendre; et si son œuvre est fatalement restée un déri porté à l'histoire et au sens commun, il était aisé d'y voir, entre les lignes, même avant la divulgation de sa correspondance, que l'écrivain protestait plus d'une fois contre la dure obligation imposée a l'éditeur et à l'ami.

La notice, en effet, malgré quelques réserves prudentes, ne tend rien moins qu'a faire accepter comme vraie au fond, sinon dans tous les détails, cette brillante généalogie de poètes féminins (dont Vanderbourg est le premier a se moquer dans ses lettres) qu'avait imaginée l'auteur de la légende, pour expliquer le phénomène littéraire qu'aurait présenté sans cela l'existence de Clotilde au xve siècle. Cette généalogie, où les noms mêmes exhalent une odeur de roman, commence a Héloïse Fulbert, l'amante d'Abailard, et se continue jusqu'à Clotilde en passant par Agnes de Bragelongne, Doéte de Troves, Marie de France, Sainte-des-Prez, Barbe de Verrue, Rose de Crequy, Flore de Rose, Rose ■ces, Amélie de Montendre, Victoire delà Tour, Hélène de Grammont, Claire de Parthenay, Blan l ifin Justine de

Levis, la soi-disa: Cl >t:lde.

L'histoire de cette Justine de Levis va nous donner 0 de la façon de procéder du

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écumeurs de mer, presque tous gigantesques, et dont la moitié tombèrent sous ses coups. Pendant une de ses pérégrinations en Italie, Louis de Puytendre s'endormit un jour dans une forêt. Justine de Lévis, une noble Italienne, se promenant de ce côté avec deux de ses parentes, l'aperçut. La beauté du cavalier frappa les trois jeunes amies. Justine surtout en reçut une impression qui ne s'effaça jamais. Elle ne put s'empêcher de déposer ses tablettes auprès du bel inconnu après y avoir écrit les vers suivants en guise de déclaration :

Occhi, stelle mortali, Ministri de miei mali, Se chiusi m'uccidete, Aperti, che farete ?

(Yeux, étoiles mortelles, — ministres de mes maux, — si, fermés, vous me blessez, — ouverts, que ferez-vous ?)

Après ce beau fait, elle s'éloigna bien vite ainsi que ses compagnes. On peut juger de l'etonnement de Puytendre lorsqu'à son réveil il trouva les tablettes et lut ce qu'elles contenaient. Il ne s'occupa plus que de la recherche de l'inconnue, et il parcourut inutilement l'Italie entière ; enfin, au bout de dix-huit mois, étant allé a un tournoi que les Visconti donnaient a Modene, il y retrouva Justine, fut reconnu d'elle et l'épousa.

Notons, en passant, que les vers italiens cites plus haut sont de Guarini, qui vivait au xvie siècle, et que l'aventure dont il s'agit a été racontée du poète anglais Milton.

L'histoire de Pulchérie, la mère de Clotilde, n7est guère moins romanesque que celle de son aïeule.

Pulchérie naquit a Paris « ou elle passa neuf à dix années de son enfance et de sa première jeunesse... le goût des lettres fut cultivé chez elle par le célèbre Froissard. » A dix-sept ans, elle fut conduite a la cour de Gaston Phœbus, comte de Foix. Tandis que l'histoire nous représente ce prince comme occupe de guerres continuelles, ^ende survillienne en fait une sorte de père des lettres dont la bibliothèque du palais d'Orthez contenait ce qui n'était réuni a cou;

aucune autre bibliothèque de l'époque. On y trouvait, en outre de nombreux manu-

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de Froissard, son maître, et en composa une guirlande poétique où les chefs-d'œuvre des anciens se trouvaient entourés de ce qui avait paru de meilleur en France et en Italie. Agnès mourut avant que ce travail fût achevé. Pulchérie était une vaillante amazone. Le comte de Vallon rompit une lance avec elle et, d'après les conditions de la joute, Pulchérie, s'étant laissé vaincre, consentit à lui donner sa main. Après la mort d'Agnès, Pulchérie obtint la permission de quitter la cour pour suivre son époux en Vivarais, et Gaston lui permit d'emporter les copies qu'elle avait faites. Pulchérie avait déjà deux nls, mais ce ne fut qu'après dix ans de séjour à Vallon qu'elle donna le jour a Clotilde. . .»

Donc, puisque Clotilde est née en 14.05 ou 1406, Pulchérie quitta Orthez en 139$ ou 1396. Or l'histoire fait mourir Gaston Phœbus en 1391, c'est-a-dire quatre ou cinq ans avant l'époque où il aurait permis à Pulchérie d'emporter les copies faites par elle a Orthez, copies qui sont si importantes, dans le système de la légende, pour expliquer chez Clotilde la rare connaissance de la langue française et des auteurs anciens et contemporains que révèlent ses poésies.

La fable survillienne atteint, dans le récit de la naissance de Clotilde , un tel degré d'invraisemblance, que Vanderbourg n'a pas osé en faire usage, laissant ce soin à Charles Nodier et Rou-

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joux, dont la publication1, vingt-quatre ans plus tard, vint jouer dans cette affaire le rôle d'enfant terrible.

Clotilde naquit dans une forêt près de Vallon. Sa mère, la belle Pulcherie de Fay-Collan, femme de Louis-Alphonse-Ferdinand de Vallon, s'etant égarée a la chasse, en accoucha non loin de la cabane d'un bûcheron, — un faux bûcheron enlevé par une princesse anglaise, Alienor, la tille des Tynds, qui avait voulu s'ensevelir avec lui dans cette contrée sauvage. Alienor, devenue subitement jalouse de la beauté de Pulcherie, favorisa l'enlèvement de l'accouchéepar un seigneur voisin, le comte de B... Quand le bûcheron, qui était allé prévenir au château de Vallon, revint, il trouva Alienor allaitant Clotilde, ce qui peut paraître assez extraordinaire de la part d'une femme qui n'a pas de nourrisson elle-même. Cédant aux reproches de son mari, le bûcheron. Alienor alla en personne redemander Pulcherie au comte ,... On lui rendit L'accon h e, mais on la retint cil L château de B... fut alors

inr L'ordre du roi, par sept leigneurs

Clotilde comparent aux sept preux devant 'I Enfin A.

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