‹ Marguerite Chalis et la légende de Clotilde de SurvilleChapitre 7 sur 25 · Poésies inédites de Clotilde, 1827, p · texte numérisé non relu

Poésies inédites de Clotilde, 1827, p

que qui est aussitôt envoyée à Christine de Pisan, laquelle, ravie, se hâte de lui remettre tous ses droits au sceptre de l'Helicon. Quand on songe aux difficultés que l'époque opposait aux communications de tout genre, et dans le Vivarais encore plus qu'ailleurs; quand on songe que les premiers essais de l'imprimerie datent seulement de 14.40 et que les procèdes de Gutenberg ne furent longtemps appliqués qu'a la Bible et à quelques œuvres capitales de l'antiquité, on a bien quelque droit de s'étonner de la facilite avec laquelle le manuscrit d'une petite fille de onze ans court du Vivarais a Paris et de la rapidité avec laquelle Christine, qui d'ailleurs était morte en 141s, expédia a la petite fille son brevet de reine de l'Heiicon.

Clotilde parut faire peu de cas du suffrage de Christine ; mais voici qui n'est pas moins merveilleux : « pour qu'on ne la soupçonnât plus de vouloir effacer Pétrarque, elle ne s'attacha plus qu'aux poètes de l'antiquité. » Si Pétrarque eût encore vécu a cette époque, et s'il avait eu avec le Vivarais les relations faciles qu'avait

fine de Pisan, il aurait certainement consacre t a célébrer une modestie si extraordinaire a c ■ •

. teur de la légende a soin d'amener auprès de Clotil ie, pour expliquer La perfection d

langue, des filles charmantes, entre antres Louise

d'Effiat et Rose de Beaupuy qui, « nées dans la capitale et par conséquent habituées a parler un français plus châtie que celui du temps de Pulchérie, instruisirent Clotilde de l'empire de l'usage sur les locutions et la mirent en état de juger sainement les écrivains de cette époque bâtarde. »

Il y avait, de plus, avec elle, Tullie de Royan et l'Italienne Rocca qui étaient « de vrais poètes », et si ces illustres inconnues n'ont « rien laissé pour leur propre compte a l'admiration delà postérité, c'est qu'elles sacrifièrent tout au tendre intérêt que leur inspirait Clotilde.»

« Pour qu'il ne manquât rien a cette académie naissante, Jean du Sault, savant distingué, et homme de beaucoup de goût, voulut bien en être l'Aristarque et juger les productions des jeunes amies. »

Le malheur est que Jean du Sault est tout aussi inconnu que le reste de l'entourage fantastique que la légende donne à Clotilde, entourage que l'état social du Vivarais à cette époque rend d'ailleurs, quelque passager qu'on le suppose, complètement invraisemblable.

« Ce fut en 1421 que Clotilde connut et aima Bérenger de Surville, alors âgé de vingt-deux ans : il était beau, bien fait, aimable ; Clotilde l'épousa la même année, malgré la perte encore récente de sa mère... A peine marié, Bérenger

MARGUERITE CHAHS. 2$

se sépara de son épouse pour aller joindre le Dauphin, depuis Charles VII, au Puy en Velay...*

C'est alors qu'elle envoie a son époux la délicieuse heroïde :

Clotilde au sien amy doulce mande accolade, A son espoulx, salut, respect, amour!...

La légende raconte que l'héroïde reçut un indigne accueil au camp même de Charles VII. «En effet, la langue de Clotilde, mèlee de beaucoup de mots latins et italiens, devait être fort obscure pour les chevaliers du Dauphin, non moins ignorants que braves. Ce défaut ne devait pas exister pour les erudits du siècle; mais Alain Chartier, leur coryphée, se déclara contre l'héroïde et emporta sans doute les voix des autres littérateurs. ■

Il paraît que Clotilde avait eu le tort de témoigner peu d'admiration pour les vers d'Alain Chartier. Celui-ci lui rendait la monnaie de sa pièce. Clotilde piquée dirigea plusieurs rondeaux contre Alain Chartier. L'epître a Margu

ose, indi | tant d'une

époque b: n'est pas autre i

qu'un*: ^atire contre .m.

L'union de clotilde avec Bérenger de Surville dura sept B nournt victime <i

courage et de son patriot: ^édi-

tion hasardent i il laissa un

fils unique, Jean de Suiville.

3 O MARGUERITI. CHALIS.

Clotilde forma des élevés : Sophie de Lyonne et Juliette de Vivarez, qui se retirèrent ensemble à l'abbaye de la Villedieu ; deux jeunes Écossaises, Céphise et Camille de Queensburg, Louise de Royan, Jeanne Flore, Célinde Millaflor, etc.

Les élèves de Clotilde n'étaient pas moins extraordinaires qu'elle. C'est ainsi que Sophie de Lyonne — une Bourguignonne attirée en Vivarais par le désir ardent de connaître Clotilde et de profiter de ses leçons — « récita Y Iliade entière après une étude de quinze ou vingt jours. »

Le bruit du talent de Clotilde serait aussi parvenu aux oreilles du duc Charles d'Orléans et de la Dauphine Marguerite d'Ecosse, qui l'engagèrent à venir à la cour ; mais elle repoussa cette offre.

Clotilde maria son fils unique, Jean de Surville, à Héloïse de Goyon de Vergy, qui mourut à Vessaux en 1468, à l'âge de quarante-deux ans, laissant quatre garçons et trois filles. Clotilde fit une élégie sur la mort d; Héloïse.

Elle écrivit son chant royal à Charles VIII, à la nouvelle de la bataille de Fornoue en 149$.

Elle serait morte à Vessaux presque centenaire.

La légende continue en racontant qu'au xvne siècle, Jeanne de Vallon , femme de Jacques de Surville, cinquième descendant de Clotilde, avait préparé une édition des œuvres du poète, mais

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qu'elle mourut avant d'avoir achevé son entreprise.

Enfin les éditeurs des Poésies inédites donnent l'aperçu suivant des œuvres de Clotilde :

« Le nombre des ouvrages de Clotilde dont les titres nous sont connus est plus grand qu'on ne peut l'imaginer. Ceux que M. de Surville avait destines a l'impression eussent complété huit volumes in-8° de 700 a 800 pages chacun. Indépendamment des poèmes, des poésies légères, des nouvelles, des drames, des contes, on y eût trouve deux plaidoyers éloquents en faveur de l'infortune Jacques Cœur, grand argentier de France, une théorie des couleurs, une histoire de l'Atlantide en douze livres, une histoire complète de la poésie française, des notices fort curieuses et I ; lues sur la vie et les ou-

vrages des femmes-poètes, et des mémoires du plu haut intérêt sur !■ t les

hommes célèbres de cette époque. Dan- es m moires divisés en huit livres, cinq étaient entiers, lit que d - des deux

antres. Un ouvrage auquel Clotilde avait travaille quarante mm c uneuse

collection it un p

' des hauts faiti inné

d'Arc .

On com oit fort ai de Vander*

MARCUKRITE CHAL

bourg en trouvant cette enumération dans les papiers de M. de Surville et Ton comprend aussi qu'il se soit empressé de laisser de côté des données aussi douteuses et aussi compromettantes.

A la légende opposons les faits certains et les actes authentiques.

En premier lieu, il n'y a jamais eu en Vivarais de famille noble de Vallon. Les deux plus récents champions de Clotilde, M. Eugène Villedieu et M. Vaschalde, le reconnaissent eux-mêmes. Ce sont les barons de la Gorce et les barons d'Apchier qui, du xive au xvie siècle, ont possédé la seigneurie de Vallon1 où le nom de Vallon-

i. Géraud de la Gorce, chevalier, seigneur de la Gorce, de Mirabel et de Grospierre, acquit la seigneurie de Vallon par son mariage avec Mignone Vilatte, dame de Vallon, vers la fin du xiv» siècle.

Anne de la Gorce, leur fille, épousa, le 8 mai 1408, Béraud, seigneur d'Apchier (aujourd'hui Apcher, commune de Prunières, Lozère), de Ceray, de Vabre, de Vazeilles (Haute-Loire), de Chély (aujourd'hui Saint-Chély, Lozère), d'Arzens (aujourd'hui Arzenc, Lozère), et de Montaleyrac, — qui testa le 20 février 1452.

Béraud d'Apchier et Anne de la Gorce eurent pour fils Claude, baron d'Apchier, seigneur de la Gorce, de Vallon,

Chalys a toujours été, croyons-nous, inconnu avant la publication de Vanderbourg et le beau roman de M. Eugène Villard1.

Tous les noms de l'entourage de Clotilde, à part ceux de Loire et de Poitiers 2, sont entièrement inconnus dans le Vivarais et même aux environs.

Bérenger de Surville n'est pas un mythe, puis-

deSalavas et de Mirabel, — qui testa le 12 novembre 1472.

Claude d'Apchier eut pour héritier son frère Jean d'Ap-

chier, seigneur à'Arzens, qui avait épousé Jeanne de Ven-

tadour le i«r novembre 1130, et qui testa le 8 juin 1466.

Jean d'Apchier et Anne eurent pour fils Jean, baron

d'Apchier, seigneur de la Gorce, de Vallon, de Salavas et

ibel, qui vendit en 1484, à Charles des Astards, les

seigneuries de Vallon et de Mirabel.

Il testa le 9 janvier 1523 et il laissa, de Marie de Castelnau de Bretenoux, son épouse, François-Martin, baron d'Apchier, seigneur de la Gorce et de Salavas, né le il novembre 1^09 et mort en l$7$«

' moire de M. Eugène Villcdicu, lu à la •tcs de l'Ardèche. i">72.)

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