CHAPITRE VI
Le Duc Charles III
Dans le fracas des Guerres d'Italie, Charles III apparait menu, hésitant et comme glacé d'effroi (*). Environné de puissances belliqueuses, victime d’une situation qu'il ne pouvait dominer, le successeur de Philibert le Beau était incapable de vouloir, dans des temps où il fallait s'affirmer, être français ou impérial. Le pauvre prince espérait néanmoins atteindre de ses mains débiles une lointaine couronne ; son rêve devait sombrer dans l’inévitable invasion.
Chétif au physique comme au moral, petit et même un peu bossu (?), de physionomie triste, le nouveau duc montait sur le trône à dix-huit ans (10 septembre 1504), sans préparation, dépourvu de sens diplomatique, inapte à concevoir l'avenir italien de sa race. Asservi aux caprices de la France (*), à la fin du mois d'août 1511, Charles III passera trois jours à Lyon auprès du roi, pour faire sa cour humblement (!); trois ans après, lors du rapprochement anglais, il enverra féliciter Louis XII, devenu l'époux de Marie Tudor, le remerciant de l'avoir compris parmi les bénéficiaires du Traité de Londres (7 août 1514) (). L’avènement de François 1°" devait encore accentuer ces bons rapports. Au moment du Pacte de Paris (24 mars 1515), éphémère projet d'union entre le futur Charles-Quint et Renée de France (), Charles III était au nombre des alliés et recevra même une pension longtemps sollicitée (7). Aussi le voit-on s’employer activement pour défendre les intérêts
(1) Certains historiens modernes, rompant avec la tradition, ont donné au fils de Philippe de Bresse l'appellation de Charles II, estimant que l'on avait à tort ainsi dénommé le duc Charles-Jean-Amédée (né en 1488, mort en 1496).
() « E uomo di piccola persona, gobbo, di faccia brutta ». Relation de Falier en 1531 dans ALBERI, Relazsioni degli ambasc. veneti, série 1, tome m1, page 5. Le portrait de Charles III est conservé à la Pinacothèque de Turin.
(3) Protestation du duc de Savoie contre le roi de France, # mai 1507 (Copie auth., Turin, Arch. Camér., Inv. 182, pièce 12).
(*) Burgo à Marguerite, 2 septembre [1511], dans Lettres de Louis XII, tome mt, page 26.
(5) 1514, 23 déc. : Instructions du duc de Savoie à M. de Lucinge (Arch. de Turin, Negoz. con Francia, mazzo 1, n° 24). L'adhésion de l'archiduc est du 1°" octobre 1514. HENNE, Hist. Charles-Quint, t. 1, p. 57 et 65.
(6) Laurent de Gorrevod à Charles III, 4 août [1515], dans CHaGNYy, Gorrevod, p. 320. Sur le traité de Paris, voir HENNE, 0. c., t. n1, p. 119.
(7) Le duc de Savoie rentra momentanément en 1515 en possession de la pension que la France lui servait avec une caractéristique intermittence. Compte rendu par Henri Rousseau, receveur, de la pension de 20.000 1. t. servie par le roi de France au duc de Savoie (Turin, Arch. Cam., Inv. 39, n° 37).
français soit en facilitant un compromis entre François I* et Léon X (!), soit en négociant avec les Suisses, après la bataille de Marignan, les conventions du 13 mars 1516 (*). L’acceptation du Traité de Noyon (13 août 1516) semble être le dernier acte de la première politique suivie par Charles III depuis son avènement (5).
En effet, deux ans plus tard, le refus de l'Ordre de Saint-Michel caractérisait un changement d'orientation (*). Déjà François [*, profitant de la mort du protecteur romain de la Savoie, Julien de Médicis, frère de Léon X, avait fait révoquer (1516) les bulles d’érection des diocèses de Bourg et Chambéry, si intéressantes pour le douaire de Marguerite (f). C'était le témoignage évident d’un mauvais vouloir qui allait encore grandir. Dans l'ombre des Conférences de Cambrai, en mars 1517 (*), on imagina la création d'un royaume hypothétique de Lombardie, enlevant le Piémont à son souverain naturel, et bientôt, en mars 1518, un acte plus direct, brutalement, par la voie comminatoire d’un héraut, sommait Charles II de restituer à Louise de Savoie, mère de François I*', et au Grand Bâtard René certains avoirs qu'ils revendiquaient sur l'hoirie de Philippe de Bresse.
Le duc de Savoie, n'étant plus français, ne pouvait qu'être autrichien, mais à sa manière, se donnant à moitié et moins encore. Charles III, dans son évolution, était surtout hanté par le chimérique diadème qu'une reine dépossédée avait légué à la Maison de Savoie (7), ce royaume de Chypre que les Vénitiens avaient usurpé depuis plusieurs années (1489). Déjà, lors de la Ligue ourdie contre la Sérénissime République (Traité de Cambrai, 10 décembre 1508), le duc s'était fait admettre dans la coalition, promettant à Marguerite d'Autriche, l'âme de cette négociation, la souveraineté qu'elle convoitera jusqu’à sa mort dans le pays de Bresse (*). L'élection impériale, autre œuvre de la Régente (28 juin 1519), affirmant la puissance de Charles-Quint, parut encore une occasion propice (?) pour réaliser le rêve chypriote. Ce n’était qu'un fol espoir.
(*) Charles III use alors du crédit de son beau-frère Julien de Médicis. Pasror, Hist. des papes (3° édition, Paris 1909), t. vu, p. 86 et 97.
(2?) CosrTA de BEAUREGARD, Mém. hist. Maison Savoie, t. 1 (1816), p. 303.
(3) Acceptation du traité de Noyon par Charles III, {°° février 1517, Turin (Arch. Nord, B377, n° 18102, copie xvrrr* 8.).
(#) Instructions de Charles III à Renner, envoyé en mission près de Maximilien [1518]. (Minute, Turin, Arch. Cour, Negoz. Vienna, mazzo 35).
(5) Lettres de François Ie et de Charles III du 1° mars, 17 avril et 8 juin 1517, dans PERRET, Notes sur les actes de François I conservés dans les archives de Turin, Milan, Gênes, Florence, Modène et Mantoue (Paris, 1888), p. 12 à 16.
($) HENNE, Hist. Ch.-Quint, t. 11, p. 177.
(7) Charlotte, fille de Jean III, roi de Chvpre, était reine de Chypre quand elle épousa Louis de Savoie, comte de Genève (1459). Assiégée dans l’une de ses places, elle dut quitter son royaume en 1464, léguant ensuite ses droits à la Maison de Savoie (1482). Les Vénitiens s'emparèrent de l'île en 1489 et conservèrent leur usurpation jusqu'en 1571.
(8) 1509, 10 mai, Turin : Procuration du duc de Savoie en faveur d'Amé, s' de Viry, Mercurin de Gattinara, Président de Bresse et de Bourgogne, Benoït Tortellet, s' de Montastruc, maître de l'hôtel (GUICHENON, Hist. généal. Savoie, éd. de Turin, t. 1v, 2° partie, p. 491; cf. Le GLay, Nég. diplomat., t. 1, pages xxxr et 240. Voir aussi aux Arch. de Turin les Protocoles de Cour 138, fol. 25 verso sq. ; 136, fol. 47.
(9) Instructions du duc de Savoie au s' de Salenove, envoyé en mission auprès de Charles-Quint, 14 juillet 1519. Il dira que Charles III désire accompagner l'empereur dans son
L'archiduchesse tenait à profiter du couronnement de son neveu pour faire apparaître publiquement la nouvelle politique savoyarde. Elle manda à Charles III de prendre part à la solennité. François I‘, malgré son argent, n'avait pas eu une voix le jour de l'élection. Paraître au couronnement du Roi des Romains, c'était s'associer aux artisans de la défaite de la France. Charles III se tint sur la réserve. Mais il n'était point dans son caractère de prendre une position nette. Il s’abstint, mais pas complètement : son frère Philippe, comte de Genevois, le représenta ({), et l'empereur reconnut cette demi-adhésion en confirmant le duc (3 mai 1521) dans son titre de Vicaire du Saint-Empire (?).
Pour fixer plus solidement l'emprise autrichienne, Marguerite songea ensuite à marier son beau-frère. Charles III avait eu, il est vrai, au début de son règne, des aspirations italiennes, pensant épouser la fille du roi de Naples, Jeanne d'Aragon. Les négociations, commencées en 1507 et favorisées par Ferdinand le Catholique, aboutirent le 18 octobre 1510 à un contrat de mariage (*), non suivi d'exécution. Le duc de Savoie, suivant son tempérament, resta de longues années dans l'indécision. Marguerite finit par lui trouver une femme. On ne pouvait, à cause de la disproportion d'âge, disposer de l’une des sœurs de Charles-Quint (*), mais une belle-sœur, Béatrice de Portugal, paraissait le parti cherché. Les négociations trainérent néanmoins cinq ans, puis aboutirent. Les noces de Charles IIT furent célébrées le 1% octobre 1521 sous les yeux d'un délégué impérial, l’archidiacre Ferry Carondelet, dont la présence donnait à la cérémonie sa véritable signification (5).
voyage projeté en Italie, qu'il a le ferme espoir de recouvrer le royaume de Chypre, objet d'un traité passé entre les maisons d'Autriche et de France, dans lequel Charles III est nommé, et qu'il prie l'empereur de sommer les Véritiens de restituer ce royaume (Original, Turin, Arch. Cour, Materie politiche, Nég. Vienne, mazzo 1, n° 1). Cf. GuicnENoN, Hist. Mais. Savoie, éd. Turin, t. 1v, part. 2, p. 494. Voir aussi les instructions de Charles III au président de Piémont sur la revendication de Chypre, 26 oct. 1529 (Minute, Turin Arch. Cour, Nég. Vienne, mazzo 1, n° 4).
(1) Marguerite à Charles III, 27 fév. 1520 n. st., Malines (Turin, Arch. Cour, Lettere principi Savoia, mazzo 2) et CHAGNY, Gorrevod, p. 426 à 442. Procuration du duc donnée au comte de Genevois pour se rendre à Worms auprès de l'empereur et prêter hommage, 13 août 1520 dans SEGRE, Docum. di storia sabauda dal 1510 al 1536 (Turin, 1902), p. 160; cf. SEGRE, Politica sabauda con Francia e Spagna (Turin, 1900), p. 15 et 16. Le comte de Genevois était d'ailleurs très entouré à la cour de France. Déjà en 1518, le roi voulait lui donner l'Ordre de St-Michel, lui payer une pension de 12.000 fr. et lui confier une compagnie de cent hommes d'armes (Instructions de Charles IIT à Renner, [1518], Turin, Arch. de Cour, Negoz. Vienna, mazzo 35, minute).
(2) Turin, Arch. Camérales, Invent. 178, fol. 12.
(3) Burgo à Marguerite, 13 sept. [1509] (Arch. Nord, L. M., n° 25861). Cf. Lettre de St-Jeoire à l'archiduchesse, du 28 déc. [1509], dans Cnaany, Gorrevod, p. 78 et SEGRr, La politica sabauda con Francia e Spagna dal 1515 al 1533 (Turin, 1200), p. 4.
(*) Instr. de Marguerite à Louis de Gorrevod, 8 mai 151!) «a... Au regard de la poursuvte qu'il (le duc de Savoie) a faicte d'avoir l'une de mesdames noz niepces, nous l'avons bien sceu et a nous n'a tenu que les choses n’ayent sorti effect, mais encoires ne tenons les choses pour en tout habandonnées. Et quant ainsi seroit que la chose ne se pourroit la addresser, si voulons nous bien penser et tenir main a l'addresser en cest affaire a quelque bon et vertueulx personnaige qui soit du sang et parenté, affin que par ce moien l'amitié des dictes deux Maisons se puist tousjours d’austant plus accroîstre... » (Turin, Arch. Cour, Protoc. Vulliet 137).
(5) GERBAIX di SONNaz (c. A.), Relazioni fra 1 reali di Savoia ed à reali di Portogallo, dans Miscell. storia patria, t. xiv (Turin, 1910), p. 108 ; SEGRE, La politica sabauda con Francia e Spagna dal 1515 al 1533 (Turin, 1900), p. 15 ; Carlo IT e le guerre d'Italia tra Francia e Spagna dal 1515 al 1525, Turin, 1900 (Are: R. Ac. Sciense).
Marié par l'Autriche, le duc de Savoie semblait définitivement impérial. Mais, comme par le passé, les actes de ce prince restent incohérents. Charles III, toujours maladroit, veut encore louvoyer, incapable de comprendre que son attitude décevante isolait ses États, leur enlevant l'appui nécessaire d'une forte alliance. Lors de la bataille de Pavie, le revirement apparaît (1525) : Charles III sera repris d'un accès de sympathie française ; aussi l’empereur l'empêchera-t-il, par le Traité de Madrid (14 janvier 1526), de récupérer le marquisat de Saluces. L'union du prince de Piémont avec Marguerite de France (7 avril 1527) avait encore accentué cette politique francophile (‘). Et cependant, d'autre part, le duc sollicitait l’archiduchesse pour le baptème du futur Emmanuel-Philibert (?). Ce sera toutefois comme allié de l'Empereur que Charles III sera compris dans la Paix des Dames (Cambrai, 3 août 1529), négociée par la Régente des Pays-Bas et la mère de François If (5). Le prince, en se trouvant à Bologne, lors du sacre impérial (février 1530), aux côtés de Charles-Quint, sortait enfin de son indécision, mais trop tard. Dès que disparaïîtront Marguerite d'Autriche (1° décembre 1530) et Louise de Savoie (22 septembre 1531), qui lui furent souvent secourables, Charles III, victime de ses tergiversations, sera broyé par l'occupation française (1536).
Avec la France et avec l'Autriche, le duc de Savoie gardait encore l'apparence d’un souverain, mais, vis-à-vis des Suisses, menaçants comme une avalanche, le prince timoré s'effondrait, lamentable. Les gens des Cantons savaient que le faible duc était facile à effrayer. Déjà les Valaisans lui avaient arraché le Pays de Gavot(®), dans la région d'Evian (Traité d’Ivrée, 3 mars 1507). Un fourbe allait utiliser et les convoitises des Ligues et les terreurs de son maitre pour se vonger d’une disgrâce.
Jean Dufour, originaire d'Annecy, ancien secrétaire ducal, avait été bien placé, par ses fonctions confidentielles, pour connaître les secrets de la Cour de Savoie (#). Après avoir perdu sa place, il quitta le pays et se fit recevoir bourgeois de Berne et de Fribourg (‘), méditant une basse vengeance ; en avril 1508, trahissant le secret
(*) Bourrizzy, Les rapports de François I et d'Henri IT avec les ducs de Savoie dans Revue histoire mod. et contemp., t. vi (1905), p. 609.
(3) Marguerite à Béatrice de Portugal, 26 janvier 1526, Malines (Turin, Arch. cour. Lettere principi Savoia, mazzo 2). La fille de Charles III, dont l'archiduchesse avait accepté d'être la marraine, ne vécut pas. (Marg. à Charles, 23 avril 1526, Malines, Arch. Cour de Turin. Principi Savoia, mazzo 2). Ce ne fut qu'en 1528 que Marguerite fut marraine d'un prince de Savoie, Emmanuel-Philibert, le futur restaurateur de la dynastie, né le 8 juillet 1528 (Arch. Nord, L. M., n° 34854). L'archiduchesse se fit représenter par Louis de Gorrevod, évêque de Maurienne. Mandement daté de Malines, 3 sept. 1528 (Arch. Nord, L.M., n° 34856).
(3) Marguerite à Charles III, 10 août 1529. Voir aux preuves. Le duc chargea M. de Collombier de remercier Marguerite pour l'avoir fait admettre au bénéfice du traité de Cambrai. (Instruction datée du 1° sept. 1529, Chambéry, aux Arch. de Cour à Turin, Negoz. Vienne, mazzo 35). Voir aussi le récit de Poupet, s° de La Chaulx, sur la réception enthousiaste qui lui fut faite comme ambassadeur impérial par le duc de Savoie en septembre 1529. LE GLay, Negoc., t. n, p. 698.
(#) Boccarn, Hist. du Valais (Genève 1844), p. 145 ; cf. Arch. Nord, B 843, n° 17969.
(S) Jean d'Estavaver à Marguerite, 3 avril [1508] : « .…. Le secretaire de Forno, comment l'on m'a dit, pour ung despit de mylle escus que monseigneur luy a reffuser et pour ung office que [lui a esté] ouster c'est aller faire bourgois de Messeigneurs [de Berne] et de Fribourg et leurs a porter une donnacion que feu mons. le duc Charles avoit fait esdis seigneurs [que] ledit de Forno avoit receu seul, sans point d'autre secretaire ladicte donacion, en laquelle sont nomméz tesmoins cinq ou six gens de bien dont il n'en ÿ a pas ung en vie » (Orig. Arch. Nord, L. M. n° 37749).
professionnel, il affirma avoir reçu, comme notaire du feu duc Charles I‘, le 17 mars 1489, un certain testament par lequel ce prince aurait légué à ces deux villes une somme de 350.000 écus, garantie sur le pays de Vaud, le Chablais et le Faucigny (*). Les Suisses rémunérèrent le délateur en lui allouant pension, gratification et logis (?).
Le traître Dufour était en réalité un faussaire. La pièce originale remise aux Cantons portait mention de témoins et d'officiers morts ou absents lors de la rédaction de l'acte (#). La garantie du paiement sur le pays de Vaud, qui faisait partie du douaire de Marguerite, émut l’archiduchesse. Celle-ci s'empressa d'envoyer aux avoyers de Berne et de Fribourg le seigneur de Verboz, son maître d'hôtel, qui devait, après un bel exorde sur les relations de bon voisinage, les menacer de l'Empereur dans le cas où les Suisses, pour recouvrer leur prétendue créance, paraîtraient vouloir tenter l'invasion (‘)}. Le duc de Savoie, de son côté, fit intervenir l’évêque de Lausanne, Aimon de Montfaucon, et surtout Louis XII, qui apparut comme médiateur, accréditant Claude de Seyssel, évêque de Marseille, le 12 avril 1508. D’autres ambassadeurs français prirent aussi part à la conférence, et le nonce apostolique soutenait le parti ducal (5). Les journées de Berne et de Fribourg ne donnèrent rien. Une proposition d'arbitrage devant l'Empereur, le Pape ou les Ligues n'eut pas plus de succès. « Le pays ou l’argent, du tout voila leur reponse seule en leur patois », déclarait l'émissaire de Marguerite, sans manquer de rapporter à l'archiduchesse qu’on la tenait pour «sage femme et dame, telle qu'il n'y en avait pas eu depuis cent ans dans son lignage ». « Voila, disait Verboz, les belles paroles formées que m'ont dit, et prie Dieu quo maudite soit la race» (f). Il fallut transiger : le duc offrait 100.000 florins et finit par aller jusqu’à 150.000 florins (9 juin 1508) pour terminer cette affaire peu honorable où les Suisses subirent « mille outrages » sans répondre mot (?).
On croyait en avoir fini avec les Ligues, mais Dufour n’avait pas encore épuisé ses fourberies. Marguerite d'Autriche fut même prise directement à partie. Le « traitre de Furno », comme l'appelait l'honnête Verboz, osa profiter de la présence de ce dernier pour lui faire signifier judiciairement, comme à un mandataire de l'archiduchesse, une prétendue créance de 4.000 florins. Verboz lui fit savoir qu'il y avait des juges en Flandre, et que d’ailleurs Messeigneurs de Berne et de Fribourg
(!) Rorr, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, t. 1 (Berne 1900), p. 175. On conserve à Turin, aux Archives de Cour (Trattati con Svizzeri, affar del Forno) des dossiers utilisés dans RicoTri, Sforia della monarchia piemvontese, t. 1, (Florence 1801), p. 131.
(2) J. d'Estavayer à Marguerite (Arch. Nord, L. M., n° 37749).
($) [Louis de Balliant] à Marguerite, 12 juin [1508], Genève (Original, Archives Nord, L.M., n° 30937).
(*) Instructions de Marguerite au s' de Verboz [avant 12 juin 1508] (Arch. Nord, L.M., n° 30939).
(5) Claude de Seyssel prit part le 15 mai 1508 à une conférence tenue à Berne en présence de Pierre-Louis de Voltan, évêque de Rieux, et d'André Le Roy, qui étaient aussi des délégués français. RorTT, o. c., t. 1, p. 110, 162, 164, 165.
(6) [Louis de Balliant] à Marguerite, 12 juin [1508] (Arch. Nord, L. M., n° 36937).
(7) RoTT, o. c., t. 1, p. 105. Voir le texte de cette convention et celui de la donation de mars 1489 dans VALERIUS ANSHELM, Die Berner Chronik (Berne 1888), t. 111, p. 173 à 176.
ne croiraicnt pas à la légère «un si lache homme que celui-la » (*). Ce ferme langage en imposa, mais une troisième affaire, plus grave encore, faillit amener la guerre.
En octobre 1510, Dufour avait produit un nouveau faux portant don hypothécaire, par le même Charles I‘, d'une somme de 800.000 florins en faveur des Ligues, à raison de 100.000 florins pour chacun des cantons de Zurich, Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, Zug, Glaris et Soleure : Berne et Fribourg étaient exceptés de cette libéralité (?). Le duc de Savoie, justement ému, protesta vainement auprès des Suisses par l'intermédiaire de Louis de Longueville, marquis de Rothelin ; une guerre paraissait imminente (*), malgré une tentative amiable (*), et l’on se préparait à repousser les mensonges par les armes. Margucrite, l'empereur et le roi de France soutenaient la cause du duc (*). Le maréchal de Bourgogne avait reçu l'ordre de se tenir prêt avec ses Comtois (f).
Jusque dans la paisible Bresse, l'ost, comprenant les nobles, les gens de cheval et 500 arbalétriers, armés dans le mois de mars 1511, s'était ébranlé, s'avançant sur la route de Nantua sous les ordres du vice-bailli Antoine de Montjovent (”). Genève devenait le quartier général de Charles III, ayant à ses côtés les seigneurs de Miolans, de La Chambre, de Bussy, de Gruyère, de Chalant, « ensemble tous les grans seigneurs de son pays. et tout plain d'aultres chivalliers et barons... tous estonnés de ceste guerre que nous veullent fere les Allemans » (*). Des concours individuels, celui du Bâtard de Bourbon notamment, s’offraient aussi à l’archiduchesse
(1) [Balliant] à Marguerite, 12 juin [1508] (Arch. Nord, L.M., n° 365937).
(@) Rorr, o. c., t. 1, p. 175. D'après RicoTri, Sforia della monarchia piemontese, t. 1, p. 136, la seconde fausse donation de mars 14489 comprenait en outre un don de 60.000 ducats au marquis de Montferrat, la cession aux Valaisans de terres situées dans le pays de Gavot. Dufour reçut des Cantons un don de 6.000 florins et une pension de 100 florins. Une déclaration assermentée, faite le 3 mars 1511 par un citoyen de Genève, aflirmait la fausseté de l'acte Dufour.
(3) Burgo à Marguerite, Blois, 29 déc. [1510], dans Le Gray, Nég. dipl., t. 1, p. 373.
(4) Burgo à Marguerite, 5 janvier [1511], dans Lettres de Louis XII, t. n, p. 91.
(5) Marguerite écrivit, sur les instances de Charles III, à Maximilien et à Jean de Marnix, alors à la Cour impériale, à Burgo, en ambassade près de Louis XII, et au maréchal de Bourgogne. Elle envoya aussi une ambassade composée du s' de Rye, du s' de Montboillon et d'Antoine de Salives pour négocier avec les Ligues. Voir les instructions de Charles III au s' de Montjovent de [janvier 1511 n. st.] aux Arch. Nord, B 437 n° 17977, attribuées à tort à l'an 1506 ; la réponse de Marguerite à la lettre du duc, du 25 janvier 1511 (L.M., n° 27058) et les instructions de l'archiduchesse au s' de Rve et autres ambassadeurs envoyés en Suisse [février 1511] (L.M., n° 27867).
(6) Instructions de Marguerite au bailli de Dôle, envoyé en mission auprès du maréchal de Bourgogne, février 15114 n. st. (Arch. Nord, L.M., n° 27866). Voir aussi les instructions du duc de Savoie à Usillion, 12 mars [1511] n. st. (Arch. Nord, L. M., n° 27099).
(7) Laurent de Gorrevod à Jean de Marnix, Gand, 20 mars [1511], n. st., publiée dans CHAGNY, Gorrevod, p. 85, mais à la date erronée de 1510. Cf. Arch. Nord, L.M., n° 27058, 36970 et Le GLay, Nég. diplom., t. 1, page 380. Voir aussi la lettre de Montjovent à Marguerite, 11 avril [1511] (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 38667).
(8) Nicolas Tavel, châtelain de « La Bosche » en Tarentaise, à J. de Marnix, 2 juin [1511], Bourg, pour lui expliquer que les châtelains du Faucignyÿ n'ont pu venir rendre leurs comptes à Bourg € a cause de la guerre que l'on espere avoir avecque les Alemans, car tout le pars de Foucygny est en armes » (Orig. signé avec cachet armorié représentant un écu parti, chargé à senestre d'un besant, Arch. Nord, L. M. n° 39051).
dont les intérêts étaient directement menacés (‘). Mais tout ce mouvement belliqueux n'était que bruit. En réalité, Louis XII et Maximilien laissèrent le duc se débrouiller, se bornant à des interventions diplomatiques, vaines paroles au pays des Ligues (). Imbert de Villeneuve était bien accrédité comme plénipotentiaire français et recevait des instructions précises (*) le 7 mars 1511, mais les Suisses repoussaient toute médiation. La première conférence, tenue à Zug le 24 mars, avait été très orageuse, sans espoir d'accommodement ; l'intervention conciliante de Bâle, Berne, Fribourg et Schaffhouse provoqua une nouvelle conférence (*), mais toujours aussi inopérante. Désespéré, Charles III se retourna encore vers la France, mais à sa détresse on répondait toujours par les mêmes conseils : « S'appoincter avec lesdits Suisses avec moyen d'argent » (°). Des gens des Ligues, gagnés cependant aux intérêts savoyards, tenaient aussi un semblable langage : il fallait «presenter quelque somme raisonnable, car lesdicts Quentons en veullent avoir, encoires que chascun congnoisse la faulseté du meschant » ().
En somme la Savoie, ne recevant rien du dehors, ni soldats, ni argent, courait les plus graves dangers : c'était le pillage et la perte possible de quelques belles provinces. Le duc céda, mais en cachant son humiliation sous un expédient honorable. I] ne fut point question de régler le remboursement des 800.000 florins d'abord réclamés. On décida qu’une alliance serait conclue entre les Cantons et le duc moyennant le versement d’une somme de 150.000 florins. L'accord fut conclu le 10 juin 1511 (”). Margucrite poussa un soupir de soulagement, reconnaissant la sagesse d'une transaction évitant «la guerre qui est une chose insaciable et incertaine, comme est notoire a ung chascun et de petit prouffit et emolument, et mesmement avec telz adversaires » (#). Dès le mois de juillet suivant, le duc convoquait les États généraux à Chambéry pour le vote des annuités dues à ses terribles voisins (?).
Même dans des affaires où le sort de ses Etats n'était pas engagé, Charles III se montrera incapable de résister à une volonté ferme et tenace. Les péripéties du
(*) L., bâtard de Bourbon, à Marguerite, 4 avril [1511], Strasbourg (Autographe, Arch. Nord, L. M., n° 30401).
(®) J. de Marnix à Marguerite, 3 mars 1511 n. st., Fribourg [en Brisgau] (Orig. Arch. Nord, L. M., n° 25067). Cf. L. M., n°: 30400 et 38972 des lettres relatives à la mission confiée au s' de Salenove. La lettre adressée par Marguerite à son père au sujet de l'affaire suisse doit être restituée à mars 1511 n. st. et non à l'année 1508 (LE GLay, Corr. Maximil., t. 1, p. 119) ni à l'année 1 509 (WALTHER, dans Gôtt. gel. Anseiger, 1908 p. 276).
(3) Rorr, 0.c., 1, p. 112.
(#) Instr. de Charles III à Chales, 27 avril [1511] (Arch. Nord, copie contemp., L. M., n° 30079).
(5) Burgo à Marguerite, 6 avril [1511]. Voir aux preuves, n° Liv.
(6) Nicolas Tavel à J. de Marnix (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 39051).
(7) Rorr, L.c., I, p. 175, stigmatisant la cupidité des Suisses. Voir surtont VALERIUS ANSHELM, Die Berner Chronik (Berne, 1888), t. 111, p. 269 à 279.
(8) Instr. de Marguerite à Chales [juin, 1511] (Arch. Nord, L. M., n° 37349).
(9) A. de Montjovent à Marguerite, 31 juillet et 21 nov. [1511]. Voir preuves, n° Lx. Voir aussi la lettre de Barthélemy Mai au [pardessus de Salins], datée de Berne, 25 nov. 1511. Les convoitises des Confédérés se tournèrent à ce moment sur l'Italie. Les troupes « de Messeigneurs de Berne sont allé dernierement au partyr a leur bandiere, et partent jeudi prouchain pour aller apres nos allÿés en Lombardie, a l'encontre du roy, et est une la plus grande semblée des Ligues que jamais marcha dela les Mons » (Arch. Nord, L. M., n° 28299),
mariage de la Bâtarde de Savoie en donnent un exemple bien caractéristique. Le duc aurait voulu se servir de sa sœur pour étendre, par ce moyen matrimonial, l'influence de sa Maison. Mais Marguerite d'Autriche, qui affectionnait la petite compagne qu'elle avait élevée, sut triompher. Les détails de cette négociation, cependant minime, sont importants à connaître, car ils permettent de saisir sur le vif la diplomatie avisée et parfois cauteleuse de l’archiduchesse.
Claude, bâtarde de Savoie, fille de Philippe de Bresse, avait eu pour mère la descendante d’une bonne famille piémontaise, Bona di Romagnano, qui était parente d’un grand chancelier et alliée aux Valpergue. Marguerite avait emmené dans les Pays-Bas sa jeune belle-sœur, l’ayant à ses côtés, en 1507, lors de la Joyeuse entrée de l’archiduchesse et la gardant auprès d'elle en son hôtel de Malines. L'éducation de la Bâtarde fut soignée. Jeanne de La Sale fut sa gouvernante (!) et l’on a conservé le nom de son maître de musique, Gilles de Fourmanoir (?). Marguerite l'avait couchée sur son testament pour une somme de 10.000 livres tournois () et l'avait fait légitimer par l’empereur (!).
Le duc de Savoie, qui était comte de Nice, a avait d’abord pensé, pour sa sœur, à Lucien Grimaldi, seigneur de Monaco. Le contrat de mariage fut dressé à Turin, le 5 août 1509 (*). Mais le prince avait compté sans l’autoritaire archiduchesse. Celleci, qui savait le passé sanglant du prétendu, ne voulut pas d’un fratricide (f) et, pour éviter une union mal assortie, elle s’efforça de trouver un parti dans les Pays- Bas. Un projet, qui ne fut pas pris en considération (1510), devait unir Claude de Savoie au seigneur d'Epinoy, jeune homme de dix-sept ans, appartenant par sa mère à l'antique maison de Luxembourg, et par son père à la famille de Melun, représentant une fortune éventuelle de 20.000 fr. de rente (”). L’archiduchesse mit ensuite en avant un gentilhomme du comté de Bourgogne, Ferdinand de Neufchâtel, s' de Montagu et d’Amance, qui jouissait déjà d'un revenu de 4.000 livres pouvant
(4) Mandement du 19 mai 1509 (Minute, Arch. Nord, B 844, n° 25714).
(2) Mandement du 17 avril 1513 allouant 20 philippus à Gilles de Fourmanoir, chantre ordinaire de la chapelle de l’archiduc (Copie, Arch. Nord, B 2222, fol. 165). On trouve le nom de ce personnage du 21 octobre au 1° juin 1521 parmi les membres de la chapelle de Charles-Quint.
(3) CHAGNY, Gorrevod, page 118, note 1.
(4) Jacques de Bannissis, secrétaire impérial, et l'évêque de Gurk intervinrent à la chancellerie impériale pour la légitimation de la Bâtarde en août et septembre 1510 (Arch. Nord, B 203, fol. 54 vo.; cf. L. M., 26631, 26660, 39239, 39329).
(5) Arch. de Cour à Turin, Protocole Cour 140, fol. 31, contrat publié par Cais de PreRLAS (Eug.), Documents inédits sur les Grimaldi et Monaco et leurs relations avec les durs de Savoie (Rome, 1885), p. 108. Antoine de Romagnano, protonotaire apostolique, Claude de Balaison, François Provana, collatéral au Conseil résident, et Geoffroy Paser, avocat fiscal, assistaient à l'acte, qui ne contient pas toutefois la signature de Pierre Grimaldi, représentant le futur époux.
(6) Le projet de mariage Grimaldi semble avoir été exclusivement l'œuvre du duc de Savoie, désireux de s'assurer la fidélité du détenteur de cette place de Monaco, intéressant la sécurité des possessions savoyardes dans le comté de Nice. Monaco avait été vainement assiégée par les Génois en décembre 1506 et convoitée par Louis XII quand il fit enfermer Lucien Grimaldi à la fin de l'année 1507 au château de Milan. Déjà le père de Lucien avait épousé le 26 juin 1496, une bâtarde de Savoie, la propre sœur de Claude, Antoinette de Savoie, fille de Philippe de Bresse et de Bonne de Romagnano, décédée en 1500. Lucien Grimaldi avait assassiné, en 1505, son frère, l'accusant de trahison. Le duc de Savoie lui avait accordé des lettres de grâce, le 13 mars 1506, publiées dans Cais DE PIrERLAS, o0.c., p. 89 ; cf p. 60 et 95.
(7) Marguerite à Charles III, avril [1510] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 26443).
être porté à 7.000 livres après l'issue de divers procès (*). Mais la Bâtarde ne paraît point avoir manifesté un vif désir d'épouser ce personnage beaucoup plus âgé qu'elle et déjà deux fois veuf (?). D'autre part, Charles III tentait de reprendre sa sœur pour l’unir en Savoie au baron d’Entremont (5): « Si l'envoyés querre, écrivait Marguerite à ce prince, n’est besoing que apres la me renvoyez, car je ne luy seroye trouver tel party que ay en main seront delaissés, et pour la mal logier, l’ayme mieulx en voz mains que es myennes, car je y auroyce trop de regret » (*). En même temps, elle entretenait Neufchâtel dans l’espérance du succès de sa demande (5), tout en faisant prendre des renseignements sur la fortune du prétendant (f). Prévoyant, en personne avisée, qu’il était prudent de se ménager une porte de sortie, si elle croyait devoir rompre la négociation, elle suggérait certaines stipulations que le juriste Gattinara considérait comme des clauses de rupture : « Combien, Madame, lui écrivait-il, qu’il semble que la demande que vous fites soit un peu excessive, et ne sçay si l'avez fait pour trouver occasion de le rompre. Mais, Madame, vous estes saige et avez bon Conseil, et en sçaurez user pour le bien et seurté de ladicte damoiselle (*) ». La régente accentuait encore son double jeu dans des instructions à Barangier, l’engageant à trouver « quelque expedient que seroit comme impossible audict seigneur de Neufchastel, par le moien duquel ledict mariage pourroit venir à roupture plus honneste pour nous que autrement », le priant de déclarer au prétendant « que, soit par faulte de non avoir acomplies les choses a luy enjoinctes, que tenons non avoir esté deuement acomplies, ou par aultre honneste moien tel que adviserés, de mectre ledict mariage en roupture, car non y sentant mondict seigneur et frere ny la demoiselle a cuy il touche enclins, nous sembleroit chose desraisonable, et pourra ledict seigneur de Neufchastel fere son prouffit et adresse ou bon lui semblera » (f).
(1) Instructions de Marguerite à des personnages non désignés députés près de Charles III [vers août 1512] (Minute, Arch. Nord, L. M., 36811 bis).
(2) Ferdinand de Neufchâtel avait épousé en premières noces Marguerite de Neufchâtel et en secondes noces Claude de Vergy. Il avait des enfants de ces deux mariages. ANSELME, Hist. généalog., t. viu, p. 353.
(3) Par contrat non daté, Charles III promettait à la bâtarde une dot de 6.000 écus au soleil, un trousseau et les frais de la noce (Copie contemp., Arch. Nord, L. M., n° 41675). L'archiduchesse fit savoir au maître d'hôtel « Cadot » et au secrétaire Chatel, députés de Charles IIT, que le fils du comte d'Entremont pourrait se présenter et recevrait le meilleur accueil à sa cour et qu’au besoin le mariage pourrait se faire par procuration en présence de Marguerite qui s'engageait à renvoyer la bâtarde après la cérémonie (Turin, Arch. Cour, Lettere princ. Savoia, mazzo à, original).
(#) Marguerite à Charles III, 20 août 1512, Bruxelles (Archives Nord, minute, L. M. n° 29130).
(5) Marguerite à Neufchâtel [vers septembre 1512] (Arch. Nord, minute non datée, L. M., n° 29255).
(6) Marguerite à J. de Marnix et Gattinara [vers août 1512] (Minutes, Arch. Nord, L. M., n° 36808 à 36811).
(7) Gattinara, consulté par l’archiduchesse au sujet des donations que Neufchâtel aurait pu consentir en faveur de la bâtarde de Savoie, ne manqua pas de lui faire observer qu’au point de vue juridique, ces donations seraient nulles, à moins d'obtenir des filles du premier et du second lit une renonciation à leurs droits. Gattinara à Marguerite, Dôle, 1° octobre [1512] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 30437). Sur les négociations de F. de Neufchâtel avec ses filles, voir ses lettres du 15 septembre et du 1° octobre [1512] (Orig., Arch. Nord, L.M., n°s 20211 et 31597).
(8) Marguerite à Barangier [nov. 1512] (Arch. Nord, L.M., 30905). Sur l'attribution chronologique de cette minute, cf. L. M., n° 28457 et 28641).
Neufchâtel avait été sincère et, pour réaliser son mariage avec la Bâtarde, il s'était rendu auprès de ses filles pour prendre divers arrangements pécuniaires. Le bruit de son mariage courut alors avec une telle persistance que le duc écrivit, le 18 octobre 1512, pour prier la rêégente de surseoir au projet (‘). Toujours tenace, Marguerite dépècha en Savoie, avec des instructions datées du 21 novembre, Louis Barangier, greffier du Parlement de Dôle, et Simon de Chantrans, seigneur de Courbouzon, pour éviter une rupture qui tournerait « au desavantaige de ladicte bastarde, pour autant que, par ce moien, elle perdroit les partis dont maintenant on la poursuyt, que nous seroit chose bien griefve que pour l'amour et affection qu’avons a elle tant pour l'avoir nourrye que pour l'amour de feu Monseigneur et mary, cuy Dieu absoille, qui la nous baïlla en garde et recommanda » (2). Le duc de Savoie, buté, voulut faire ramener la Bâtarde dans les Alpes (*). Cette mission fut confiée à la dame de Chaffardon et à un maître d'hôtel, le seigneur de « Caddod » (*). Mais, brusquant tout, Marguerite allait agir à sa tête : « Nesuys plus deliberée, écrivitelle au duc le 27 février 1513, puisque tous les termes sont expirés a vostre coulpe, vous en tenir aucun propoz, ayns marier [la Bâtarde] a ces Pasques prouchaines et si la traicterez de sorte qu'on congnoistra l’amour que je porte a Monseigneur, cuy Dieu pardoint, et a ladicte damoiselle, et si ne pourrez dire ou alleguer que ne m'en soye acquitté envers vous comme il appartenoit » (°).
Neufchâtel, éconduit par le duc de Savoie (f), avait eu peut-être quelque renseignement fâcheux sur l'issue de son mariage, puisqu'il chercha, d'ailleurs sans succès, un autre parti, celui de la veuve du seigneur de Sombernon (”). Il se retourna de nouveau du côté de l’archiduchesse, tout en laissant entendre qu'il n'avait plus
(4) Charles III à Marguerite, Thonon, 18 oct. [1512] (Arch. Nord, original. L. M., n° 36758). La réponse de Marguerite est conservée à Turin (Biblioteca civica, autografi, mazzo 50) et datée du 3 nov. 1512. Dans cette pièce, il est fait allusion à la « corpulence » de la bâtarde.
(2) Instructions non datées de Marguerite à Barangicr et à Simon de Chantrans, s' de Courbouzon (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 35052). Ces instructions sont vraisemblablement celles du 21 novembre [1512] visées dans une lettre de l'archiduchesse à Charles III du 30 janvier [1513 n. st.] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36672). Sur l'échec de cette négociation, voir la lettre du s° de Courbouzon à Marguerite, datée de Montmorot, 2 février [1513 n. st.] (Autogr. signé, Arch. Nord, L. M., n° 23631).
(3) Charles IIT à Marguerite, Chambéry, 19 déc. [1512] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36771). Cette lettre a été publiée dans CnAGNy, Gorrevod, p.117, mais à l’année 1511. Le 30 janvier [1513 n.st.], par lettre datée de Chambéry, le duc avertit de nouveau la Régente que ses gens partiront dans quatre jours pour ramener Claude de Savoie(Or. signé, Arch. Nord, L.M., n°36672).
(4) Charles IIT à Marguerite, 25 février [1513, n. st.], Rumilly. Mission donnée à la dame de Chaffardon et au seigneur de Caddod (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36681). On trouvera dans CHAGNY, Gorrevod, pages 117, et 134 deux lettres sur le retour de la Bâtarde, l'une est du 19 décembre [1512] et non de 1511, comme le dit l'éditeur, l’autre du 15 mars {1518 n. st.] et non de 1512. Voir aussi la lettre de Marguerite à Charles III, 27 mai 1513, Bruxelles (0rig., Turin, Arch. Cour, Lettere principi Savoia, mazzo 2).
(5) Marguerite à Charles [IT], 27 février 1513, n.st. (Orig., Turin, Arch. Cour, Lettere principi Savoia, mazzo 2).
(6) F. de Neufchâtel à Marguerite, Amance, 10 nov. [1512] (Orig. signé. Arch. Nord, L.M., n° 28497).
(7) Barangier à Marguerite, 28 nov. [1512], Dôle. Il doute du succès du mariage Sombernon et donne des nouvelles de la Cour de France : « La rovne [Anne de Bretagne] est a Lyon et monseigneur de Savove. L'on actend le roy de France audict Lyon deans trois ou quatre jours. L'on parle que ladicte dame doit aler a La Bame, Chambery ou a Sainct-Claude. Ne sçay que en sera » (Arch. Nord, L. M., n° 30952).
d'espoir d'obtenir la main de la Bâtarde : « Vous pouvés assés congnoistre, lui écrivait-il le 7 février 1513, le debvoir en quoy me suis mys et que a moy n’a tenu que les choses n’ayent sortit entier effect, comment celluy qui en avoit en vous sa parfaicte fiance, affin de toujours demeurer vostre tres humble subgect et servyteur, et les fraix qui pour ladicte affaire j’ay frayer et soubtenu et les party qui me sont estéz presentéz auxquels, pour l’onneur de vous et pour ce que vous en avoye fait parler, n’ay voulu entendre, a quoy, Madame, vous suplie tres humblement avoir regard, car je me suis perforcer conduyre les choses a bonne fin, comment y me sembloit estre vostre bon vouloir. ». (‘) La Régente avait pris son parti. Ne voulant pas marier la Bâtarde contre son gré, Marguerite, en diplomate avertie, après avoir si longtemps amusé Neufchâtel, se garda bien de se brouiller avec un gentilhomme qui avait de si grosses influences dans le comté de Bourgogne. Elle réalisa un double mariage, faisant épouser d’abord à Neufchâtel, en octobre 1514, Étiennette de La Baume, la petite-fille de l’ancien chevalier d’honneur de l’archiduchesse (?) ; le mois suivant elle s’occupait de la Bâtarde qui épousa, le 5 novembre de la même année, Jacques de Hornes, veuf en premières noces de la spirituelle Marguerite de Croy, la grande amie de la Régente (*). La dot de Claude avait été fixée à 20.000 livres sur le papier (*), mais Charles III ne déboursa pas un sou. En réalité, la nouvelle mariée reçut 10.000 livres sur la cassette de la Gouvernante des Pays-Bas, qui achetait ainsi le consentement du pauvre duc de Savoie (°). On ne sait rien sur la vie de Claude depuis son mariage, sinon qu'elle mourut en 1528, trois ans avant son époux, qui devait convoler en troisièmes noces avec Anne de Bourgogne, héritière de Vecre ().
Une autre belle-sœur de Marguerite paraît avoir échappé à l'emprise de l’archiduchesse. Philiberte de Savoie, née en 1498, fille de Philippe de Bresse et de Claude de Brosse, semble une figure douce, presque effacée, ayant grandi jusqu'à quinze ans dans le parc du château de Chazey, ou dans la solitude de Billiat sous les yeux de sa
(1) F. de Neufchâtel à Marguerite, 7 février [1513 n. st.], Vuillafans (Orig. signé, Arch. Nord, L. M., n° 28641 ; cf. L. M., n° 31178).
(2) F. de Neufchâtel à Marguerite, 11 août [1514], Amance. Il accepte la proposition de mariage avec Étiennette de La Baume et charge Gui de La Ferté et Henri de Chantrans de cette négociation (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 31542). Le 11 septembre [1514], Marc de La Baume remercie l'archiduchesse de s'intéresser au mariage de sa fille dont le projet de contrat a été communiqué à Neufchâtel (Ibid, L. M., n° 31573 ; cf. L. M., 31600). Le mariage fut célébré le 18 octobre 1514 (ANSELME, | Hist. généal., t. vus p. 353 et t. vu, p. 47). Marguerite donna à cette occasion 3.000 1. t. à son ancienne demoiselle d'honneur.
(3) Marguerite de Croy à Marguerite (Arch. Nord, fonds des Lettres missives).
(#) Mandement de Marguerite daté de Bruxelles, 4 novembre 1514 (Copies, Arch. Nord, B 2230, fol. 91 verso ; B 2238, n° 77258 et B 439, n° 18077).
(5) Renonciation aux 10.000 livres représentant la part ducale, pièce non datée annexée au mandement du 4 nov. 1514 (Minute, Arch. Nord, B 439, n° 18077). Voir sous la cote B 443 un avis du chancelier de Brabant sur la sûreté de la dot promise à Claude de Savoie. Charles III, dans les instructions non datées délivrées au s' de Lucinge, en réponse à celles de Marguerite du 5 oct. 1514, déclarait ne pas vouloir participer aux frais du mariage, «puisqu'il a pleu a madicte dame la louger a sa voulenté et qu'elle manda a mondict seigneur luy en laisser faire » (Minute très raturée, Turin, Arch. Cour, Protocole Vulliet. 137, fol. 85).
(6) Claude de Savoie serait morte non en 1509 ou 1512, comme on l'a assuré, mais en 1528. STokvis, Manuel d'histoire, de généalogie et de chronologie, t. 111 (Leyde, 1893), chapitre x, tableau 8.
pieuse mère. De premiers projets matrimoniaux prouvent la faiblesse diplomatique de Charles IIT. Ce n'est pas le duc, qui était cependant le seigneur naturel, mais l'empereur qui voudra d’abord disposer de la main d'une fille de Savoie. Dès 1508, Maximilien pense à marier Philiberte au roi de Bohème ou au fils du marquis de Brandebourg (‘). Le duc de Savoie, très humble, aurait préféré un autre parti, mais en restant toujours dans le champ de l’action impériale. En décembre 1510, il fut question du roi de Pologne ou plutôt du duc de Saxe, l’archiduchesse devant décider quel serait le meilleur choix (?). En mars 1511, le fils du roi de Pologne fut éliminé et l’on hésita entre le duc de Saxe et l'électeur de Bavière. Maximilien, qui dissimulait volontiers ses hésitations sous des propos plaisants, disait à Jean de Marnix que « s’il estoit en voulenté de soy marier, qu’il la prendroit pour luy » (*). Mais tous ces projets impériaux n’eurent aucune suite. Philiberte devait faire un mariage italien, non sans soulever l’étonnement de la vieille noblesse savoyarde considérant comme une mésalliance le choix d’un Médicis, plus riche d’écus que d'’aïeux. Dès le mois de mai 1514, il fut question de donner Philiberte de Savoie à Julien de Médicis, frère du pape Léon X (‘): c'était le triomphe de la cause française. Le mariage fut consommé en février 1515 entre un époux malade, qui devait mourir au bout d’un an (5), et une princesse de 17 ans, disgraciée, maigre, difforme, la figure gâtée par un nez démesuré (‘). Par son beau-frère le souverain pontife, Philiberte devenait une
(1) Charles IIT à Chales, envoyé auprès de Guy de La Baume et de Laurent de Gorrevod, 27 oct. [1508], Chambéry. « Plus dira auxdits conte de Montrevel et gouverneur de Bresse en secret comme l'empereur a deheu tenir quelque propos au s' de Saleneuve de marier nostre seur au roy de Boheme, et appres, luy a parlé du filz du marquis de Brandebourg, et comme au regard de nous, pour l'envye que aurions qu'elle fut logée plus pres, affin d'avoir quelque secours et ayde au besoing du mary qu'elle aura, desirerions plus tost la donuer au duc de Vistemberg, qui est nostre voysin plus prouche, par le moyen duquel serions plus fortifhiéz du cousté des voisins d'Allemaigne, comme il nous seroit bien de besoing. Parquoy leur dira qu'ilz nous feront plaisir d'en tenir quelque propos à madicte dame ma seur comme d'eulx mesmes, pour tenir main et l’induyre d'en parler à l'empereur a ce que le bon plaisir d'icelluy soit de dresser ce affere ». (Minute, Turin, Arch. Cour ; dans le même paquet, Lettere Francia, mazzo 1, se trouve une autre minute datée du 27 oct. 1903).
(2) Instructions de Charles III au s' de Montjovent, [déc. 1510, avant le 25 déc.] publiées dans QuiNsoNas, Matériaux, t. 1, p. 175, d'aprés Arch. Nord, B 437, n° 17977, mais attribué par l'éditeur à l'année 1506.
(3) J. de Marnix à Marguerite, 18 mars 1511 n. st., Colmar (Arch. Nord, Autographe, L. M., n° 27130).
(#) Guillaume de Vergy, maréchal de Bourgogne, à Marguerite, 10 mai [1514], Besançon. « … Monseigneur de Savove, monseigneur le conte [de] Genevex et mademoiselle Jeur seur sont partis de Thounon et allez a Chambery, et est le bruyt qu'ilz vueillent aller delà les monts. Je crois, Madame, qu'estes advertye que le pape a fait parler a mondict seigneur de Savove du mariaige de madicte damoiselle et de son frere et presenté de grandes offres à mesdicts seigneurs et à madicte damoiselle. Je ne sçai comment mondict seigneur de Savoye en fera » (Orig., Arch. Nord, L. M. n° 31330). Voir un autre texte du 28 mai 1514 dans SANUTO, Diarair, t. xvur, col. 236 et un autre du 10 mai 1514 cité dans SEGRE, La p'litica sabauda con Francia e Spagna dal 1515 al 1533 (Turin, 1900), p. 5.
(5) Quittance du 12 février 1515 par le duc de Savoie, en faveur de Julien de Médicis, de la somme de 25.000 ducats d'or en acompte des 100.000 ducats promis lors du mariage de Philiberte de Savoie, payables en 3 annuités pour former sa dotation (Turin, Arch. Cam., Inv. 184. n° 17).
(6) Dépêche de Pierre Pasqualigo, ambassadeur vénitien à la Cour de France, 16 février 1515 : « El magnifico Juliano a di 11 [février]. Si dize esser intrato in Turin, e eri dovea sposar. La dona é grande, palida, magrissima, gobissimoo, con un naso longo a grizo molto ; dil resto la é bella donna » (Sanuto, Diarri, t. xx (Venise, 1887), p. 22. Sur ce mariage voir PasrTor, Histe. des papes, t. vII, p. 81.
force que Marguerite ne manqua point de ménager, en lui adressant ses félicitations ({), demandant le chapeau pour Louis de Gorrevod, le prélat qu'elle aurait voulu installer dans l’éphémère évêché de Bourg (?). Philiberte semble bien avoir entretenu d'affectueuses relations avec la régente des Pays-Bas. Le surlendemain de la mort de Julien de Médicis, elle écrivait de Fiesole à sa belle-sœur en termes émouvants la douloureuse épreuve: < Madame, il a pleu a Dieu me faire la plus desolée personne que aujourd'huy vive en ce monde par le trespas de feu Monseigneur mon mary, qui Dieu absoille, dont suis tant desplaisante que ne vous puis faire plus longue lettre, s’il n'est, Madame, que vous en ay bien voullu advertir comme celle a qui a pleu de tous temps me faire ce bien et honneur de me tenir pour sa tres humble fille, qui en ay en vous telle et perfaicte oxperance, vous suppliant, Madame, qu'il vous plaise ne me vouloir mectre en obly » (*). Un séjour à la Cour de France fut un dérivatif à la douleur de la jeune veuve, choyée par François I*", qui ménageait la belle-sœur du pape, surtout au moment de la négociation du Concordat avec le Saint-Siège. Philiberte de Savoie était d’ailleurs duchesse de Nemours, en vertu des patentes (12 novembre 1516) qui lui avaient confirmé la possession de ce titre, primitivement donné à son mari (*). On la trouve ensuite à Amboise, s'intéressant à la canonisation de St François de Paule (), puis à Rouen, le 14 août 1514, lors de la visite du cardinal d'Aragon (f), enfin à Saint-Germain-en-Laye, lors du baptême de son filleul Henri IT. François I* avait vainement essayé de la garder en France en la remariant, alors qu’elle atteignait sa vingtième année, avec son favori, le seigneur de Lautrec, l'un des héros de Marignan (’). Philiberte voulut rester veuve et rentrer en Savoie, où l’attiraient, après son épreuve inoubliée, des souvenirs d’enfance. Le mariage de Charles IIT et de Béatrice de Portugal (1521) fut l’une des dernières cérémonies où on put la revoir dans le monde. Elle alla ensuite s’enfermer dans les murs silencieux de Billiat, berceau de ses jeunes années. Elle testa le 8 octobre 1523 en faveur du duc de Savoie et disparut le 4 avril 1524, rejoignant sa mère dans le silence du
LA
(1) Marguerite à [Philiberte de Savoie, mars 1515] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 31795, 31796).
(2) Marguerite à [Philiberte de Savoie], duchesse de Modène [et d'Urbin], 6 mai 1515, Bruges. (Arch. Nord, L. M. n°, 31824). Voir aussi la référence de la lettre précédente qui intéresse la recommandation faite en faveur de Louis de Gorrevod.
(3) Philiberte de Savoie à Marguerite, 19 mars [1516], Fiesole (Orig., Arch. Nord, L. M. n° 36K35). Les obsèques de Julien de Médicis furent célébrées à Bourg en l'église S'-François, le {4 avril 1516 (Turin, Arch. Cam., C. tres. gen. 171, fol. 118 verso et 603).
(*) Donation du duché de Nemours à Julien de Médicis par François I, novembre 1515, dans ANSELME, Hist. généal., tome 11, page 472. Cf: A. de MaRICOURT, Histoire du duché de Nemours dans Ansales Soc. histor. Güätinais, 1903 à 1906.
(5) GUICHENON, Hist. généalug. maison Savoie, tome 1v, 2° partie, page 457.
(8) BEaTis, Voyage du cardinal d'Aragon (Paris, 1913) p. 136.
(7) Jean-Jacques Trivulce aurait annoncé ce projet à un secrétaire de la République de Venise : « Il signor Zuan Jacomo li à dito, questi non lassa andar Lutrech a la corte, perché à gran reputazion col Re, aziô lui non sia il primo apresso Soa Maestà..., et si tratava noze di la moglie fo dil magnifico Juliano, sorella dil ducha de Savoia, in esso Lutrech. » (4 Mars 1517, SANUTO, Diarii, t. xxIv, col. 31). « Ë venuto uno noncio da Milan di monsignor di Lutrech, qual è stà expedito, et è per le noze in madama di Nemors, fo moglie dil magnifico Juliano di Medici, fradelo dil Papa, qual è sorela di la illustrissima Madama madre dil Re Christianissimo. » Jean Badoer, ambassadeur en France à la République de Venise, 21 avril 1517 (SANUTO, lbidem, t. xxv, col. 201.
tombeau, aux pieds du Saint Suaire, dans cette chapelle du château de Chambéry, dite Chapelle de Nemours, qui rappelle aux passants des noms princiers et une grande douleur (!).
(1) Le testament de Philiberte de Savoie, en date du 3 avril 1524, est conservé aux Arch. Cam. de Turin, Inv. 183, n° 15. Philiberte exprima le désir d’être enterrée à Chambéry dans une chapelle spéciale, priant son frère le duc de Savoie de faire cette construction en la Sainte Chapelle. Elle fait divers legs, notamment mille florins à Louise de Savoie « Madame mere du Roy » et les seigneuries de Chazey et de Billiat à Philippe de Savoie, comte de Genevois. Cette princesse paraît avoir eu aussi Virieu-le-Grand parmi ses résidences favorites. GREYFIÉ de BELLECOMBE, Introduction à la vie de Philiberte de Savoie, épouse du magnifique Julien de Médicis et durhesse de Nemours, 1498-1524, Chambéry, s. d., 15 p. in-12. Voir sur les obsèques de la duchesse de Nemours à Chambéry en 1524 le Compte du Trésorier général de Savoie 183, fol. 174 et 206 conservé aussi aux Archives Camérales de Turin.