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CHAPITRE VII

Le Douaire savoyard

Marguerite d'Autriche affirme sa personnalité par de nombreux traits au cours des multiples incidents que souleva le douaire de Savoie, conflit épineux entre une femme virile, détenant un pouvoir mondial, et un prince frêle, timoré, hésitant, victime de perpétuelles réticences. Pendant cette longue lutte, en apparence inégale, une force latente soutiendra sans défaillance le plus faible des adversaires. La tante de Charles-Quint, habile et redoutable, ne parviendra pas à vaincre la sourde résistance du loyalisme savoyard, défendant d’instinct les droits de la Couronne contre les empiètements de l'étrangère. Le débat du douaire, dominé exclusivement par le principe d’autorité, est significatif. Marguerite, indifférente à la question d'argent, aurait voulu administrer en souveraine, comme elle en usait dans son comté de Bourgogne, pour le bien de ses sujets, et ses fins étaient désintéressées : les florins de Savoie devaient servir à exalter, dans les Tombeaux de Brou, la gloire d'une illustre Maison.

Lors du contrat de mariage de Philibert le Beau (26 septembre 1501), les gens de l’archiduc avaient fait porter de 10.000 à 12.000 écus la rente fixée pour le douaire de la duchesse et obtenu ensuite (1 décembre 1501) que la garantie territoriale, restreinte primitivement au Pays de Vaud, au comté de Romont et au Faucigny, fût étendue à la Bresse et au comté de Bâgé ({). Marguerite, de son côté, devait user de son ascendant sur son mari pour se faire donner le comté de Villars (16 juillet 1502) (?) et le domaine utile des terres servant à gager son douaire (*). Une nouvelle faveur, l'octroi de la seigneurie de Thonon (26 septembre 1503), provoqua les remontrances de la Chambre des comptes de Savoie ; le duc fut obligé

(1) Marguerite avait accepté, le 17 septembre 1501, une réduction de 2.000 écus sur l’annuité de 12.000 écus primitivement prévue. Ce dernier chiffre fut donc rétabli par le contrat de mariage passé le 26 septembre suivant (Orig., Arch. Nord, B 434, n° 17892).

(2) Lettres patentes du 16 juillet 1502, Chambéry (Orig., Bibl. nat. de Paris, Mélanges Colbert, 403, pièce 708).

(3) Lettres patentes de Philibert, 16 juin 1503, Pont-d'Ain (Orig., Arch. Nord, ‘B 435, n° 17915). Le protocole de cet acte mentionne l'intervention des ambassadeurs de Maximilien et de Philippe le Beau et les services rendus par Marguerite « que continue circa nostra et totius ditionis nostre negocia nostro non minus depressa est sudore, verum fervencior circa illorum tractatum die noctuque se exhibet pro comuni nostro intimoque connubii amore... ». L'acte, entériné par la Chambre des comptes de Savoie (9 août 1503), porte les récépissés d'Antoine Fabre, docteur en droit, lieutenant du bailli de Bresse (30 août), de Jean d'Estavayer, seigneur de « Bussie », co-seigneur de Mézières, bailli de Vaud (17 septembre) et de Jacques de « Feugeria », docteur en droit, juge de Faucigny » (23 septembre).

de se rendre en personne au siège de la Cour pour arracher l’entérinement de cette aliénation (). |

Toutes ces largesses cessèrent quand mourut le beau Philibert (10 septembre 1504) et les épreuves commencèrent avec le règne de son successeur. Le nouveau souverain n’avait pas l'intelligence assez ouverte pour comprendre l'opportunité politique de cerlaines concessions. Conduit par des légistes, il ne sut pas se dégager de leur emprise et restera buté sur la lettre d’un texte juridique.

La grande préoccupation de Marguerite était d'obtenir la souveraineté (*) dans les pays dont elle avait déjà le domaine utile. C'était demander des pouvoirs aussi étendus que ceux du dernier apanagiste de Bresse, Philippe sans Terre, et, de toute évidence, un douaire n’avait nullement les caractères d’un apanage. Le Conseil résidant de Chambéry et la Chambre des comptes de Savoie, en restant sur le terrain du droit, imposèrent leur constante intervention. L’archiduchesse demandait, de plus, le remboursement de diverses créances et, en attendant l'issue de ces revendications pécuniaires, gardait par devers elle trois des plus riches joyaux du Trésor ducal ($).

Tout le mois de janvier 1505 se passa en propos aigres-doux. Laurent de Gorrevod (*) et le seigneur de Menthon défendaient les intérêts de la douairière (°).

(1) Lettres patentes datées de Chambéry, 26 septembre 1503, rendant hommage aux services de Marguerite : « Animadvertentes illustrissimam dominam Margaritam de Austria..., consortem nostram carissimam, archa nostra et tocius rei publice dicionis nostre negocia, tuhicionem et preservacionem nullo unquam depressa sudore se in dies promptiorem exhibere ita ut vix satis benigne tractari valeat.….. » (Original, Arch. Nord, B 435, n° 17922). Au verso se trouve l'entérinement par la Chambre des comptes de Chambéry, du 27 septembre 1503, mentionnant que cette formalité fut exécutée « de precepto verbali nobis expresse in Camera predicta facta per illustrissimum dominum nostrum metuendissimum dominum Philibertum, Sabaudie... ducem, computis presentibus dominis Anthonio de Rossellione, domino Belliretorti, Andrea de Marnix, Humberto Boysserii, Francisco Richardi, ex magistris Camere computorum Sabaudie ».

(2) Le duc de Savoie définissait ainsi cette souveraineté : « Soubz la dicte souveraineté, soyent entenduz tous hommaiges, fidelités de nobles et seremens de villes et terres desdicts trois pays, tailles, subsides et graces de tous delitz exige[a]nt peine de mort, avec recongnoissances et extentes, commissions de prothocolles, excheutes des us[ur]Jiers et generalement toutes aultres dependentz de ladicte souveraineté » (Instructions de Charles III à Laurent de Gorrevod et à de Montvaran, 12 janvier 1505 ; copie, Arch. Nord, L. M., n° 24036, fol. 3 verso).

(3) Marguerite réclamait: 1° 40.000 florins pour l'entretien de son Hôtel du vivant de son mari; 2° 40.000 livres formant les deux premières annuités de la dot fournie par l’archiduc ; 8° une somme à valoir sur l’aide de 2 florins votée par les États de Savoie lors de son mariage, réclamée au trésorier général Noël. Cette revendication, amorcée en 1505 (mandement du 21 octobre 1505, Arch. Nord, B 843, n° 24007 et 24008), n'était pas encore satisfaite le 25 février 1523 n. st. (Arch. Nord, L. M., n° 46199).

(#) Instructions de Charles III à Laurent de Gorrevod et au s° de Monvaran, 12 janvier 1505, n. st. (Copie, Arch. Nord, L.M., n° 24036, fol. 1). Marguerite exigeait dans son douaire de Bresse les pouvoirs d'un apanagiste. Charles IIL aurait voulu simplement lui payer sa pension de 12.000 écus en lui fournissant des garanties sur des banques de Lyon et lui offrant comme résidence non pas Bourg mais, à son choix, Annecy, Thonon ou Pont-d'Ain.

(5) Instructions de Charles III au seigneur de Menthon envoyé à Pont-d'Ain près de Marguerite, 19 janvier 1505, n.st.; autres instructions ducales au même personnage ainsi qu'à Laurent de Gorrevod et Antoine Cestre, 26 janvier 1505, n. st. (Copie contemp., Arch. Nord, L. M., n° 24036, fol. 3 verso et 4 verso). Dans ce dernier document, Charles IIL avait été assez maladroit pour insérer cette espèce d’ultimatum: « Si madicte Dame failloit d'envoyer... ses depputéz comme dessus, ne pour ce laisseront les Maistres des comptes de mondict Seigneur [le duc de Savoie] proceder audict taux et ordonnance soub laquelle sera tenue madicte dame prendre et accepter lesdicts trois pays de la sorte que dessus, selon et pour la somme que lors par lesdicts taux et ordonnance sera trovée et averée la vallue d'iceulx... ».

Un juge de Tarentaise ergotait au nom du duc, parlant de lettres testimoniales et de taxation d'office.Le duc consentait bien à laisser le domaine utile des trois pays du douaire à l'archiduchesse, mais avec une singulière mauvaise grâce, entassant les restrictions : défense de prendre le titre de dame de Vaud; défense de faire des « criées » si elles n'émanaient pas du duc ; défense de nommer les hauts officiers, tels que gouverneur, baillis ou juges ; défense de recruter ailleurs que parmi les sujets savoyards les officiers inférieurs, tels que les châtelains ou les curiaux que désignerait la douairière. Toutes ces tracasseries, profondément maladroites, provoquèrent une manœuvre hardie. |

Sans s’embarrasser dans les grimoires, Marguerite donna à connaître que la veuve de Philibert était restée la fille de Maximilien. Elle obligea les gens du duc, vicaire du Saint-Empire, à se rendre auprès du Roi des Romains, à Strasbourg. Là furent proclamés, en présence de ce prince et des grands personnages du Conseil impérial, des engagements très-solennels. Marguerite était assistée en la circonstance par son trésorier Jean-Louis de Piozasco, par son chevalier d'honneur le comte de Montrevel et surtout par Gattinara, qui fut l'âme de la négociation (!).

Le Traité de Strasbourg, qui deviendra la charte du douaire (?), consacrait de mutuelles concessions. L'archiduchesse gardait la Bresse, le Faucigny et le Pays de Vaud, et, éventuellement, en cas d'insuffisance de revenus, le comté de Villars et la seigneurie de Gourdans, si l'estimation que la Chambre des comptes de Chambéry devait faire dans un délai de six mois n’atteignait pas les 12.000 écus promis lors du mariage. Le Gouverneur de Bresse relevait directement de la douairière. Les services judiciaires et administratifs étaient assurés par le Conseil de Bresse et la Chambre des comptes de Bourg, dont les membres devaient être nommés par Marguerite, ainsi que d'autres officiers domaniaux et fiscaux. Mais le duc, par son Conseil résidant, connaissait à Chambéry en dernier ressort des causes jugées à Bourg, et gardait ainsi la souveraineté en matière de justice. La Chambre des comptes de Savoie, d'autre part, exerçait un droit de regard sur les affaires domaniales et intervenait dans l'installation de certains officiers. Toutefois la veuve de Philibert conservait les trois joyaux de Savoie en attendant le remboursement des deux annuités de sa dot et celui de la créance Noël (*); elle était

(1) Charles IIT désigna pour le représenter Amé, baron de Viry, Amblard Govet, docteur en droit, abbé de Fillv et official de Genève, Hugues de La Baume, s° de « Tiret » et le maître des requêtes Jean Dufour, secrétaire ducal. Cette procuration, insérée dans le traité du 5 mai 1505 (Nord, B 437, n° 17959) donne les titres suivants au duc de Savoie, comme affirmation de ses droits de souveraineté sur quelques-uns des domaines revendiqués par sa belle-sœur, fille du roi des Romains : € Sacri Romani Imperii princeps vicariusque perpetuus, marchio in Ytalia, princeps Pedemoncium, comes Gebennesii, Rotundimontis et de Villariis, baro Vuaudi..… Breissie dominus ». | |

(3) Original, Arch. Nord, B 437, n° 17959:

(3) Ces deux premières annuités avaient été payées le 22 mai 1503 et le 18 mars 1504 (Arch. Nord, B 435, n° 17921 et 17924). La dernière annuité, s'élevant comme les précédentes à 20.000 livres, fut payée à Marguerite le 3 août 1511 (1bid., B 2221, n° 76133). Le traité de Strasbourg avait aussi prévu la possibilité d’un nouveau mariage de la douairière. Dans ce cas, elle eût conservé sa pension de 12.000 écus mais perdu ses droits sur le domaine utile du douaire, à l'exception toutefois de la ville de Bourg qui lui serait restée sa vie durant, pour lui permettre d'édifier l'église projetée à la mémoire de Marguerite de Bourbon et de Philibert le Beau.

satisfaite (‘) et, dans sa joie, elle renonçait à divers avantages que lui avait accordés le défunt duc (?).

Le Traité de Strasbourg fut ratifié le 5 août 1505 par Charles ITT, sous cette réserve que le Pays de Vaud ne pourrait, en aucun cas, être détaché des États de Savoie, ni être l’objet de stipulations contraires au traité passé avec les Ligues en 1477 par la duchesse Yolande (*), clause ratifiée le 14 août suivant par Marguerite (*). L’archiduchesse annonçait en France la fin de son conflit avec le duc; l'avenir lui réservait des désillusions (5).

La bonne entente ne pouvait durer, car il y avait trop de points de contact entre les deux adversaires. Au début, grâce à la présence de la douairière, les incidents furent rares, mais un fait considérable allait les multiplier. Marguerite, nommée Régente des Pays-Bas, devait quitter définitivement les États ducaux. Dès la fin d'octobre 1506, elle était en route pour suivre sa nouvelle destinée (*). Les gens de Savoie la traitèrent désormais en étrangère, persuadés qu'elle ne prendrait plus tant à cœur des intérêts lointains ; ils s’efforcèrent, dès lors, de lui enlever quelques lambeaux de son domaine et beaucoup de son autorité.

La réclamation concernant la châtellenie de Surpierre, située dans le Pays de Vaud, et que le duc de Savoie prétendait distraire du douaire, fut le premier indice grave d’une lutte persistante. Le seigneur de Menthon fut prié d'intervenir, dès le mois de décembre 1507. « Madame a ung merveilleux regret des novitéz que Monseigneur luy fait journellement, comme l’on luy a rapporté, et ne sçay qui l’a conseillé de ce faire, car madicte dame estoit en une tres bonne voulenté envers luy, et croy que, s’il l’eust entretenu, il en eust bien fait son honneur et son prouffit, par quoy me semble ferez bien en avertir mondict seigneur, car il ne peult riens perdre d'entretenir l'amytié avec elle, et me doubte, s'il fait aultrement, que madicte dame n'y remedie, car elle est dame d'ung grand cueur comme sçavez, et n'en dit pas sa pensée a nous aultres qui sumez du pays, may je m'apercoy bien qu’elle a cecy fort

(1) Marguerite à Piozasco et à Barangier [août 1505] (Arch. Nord, L. M., n° 38790), au sujet de la bonne réception qui lui est faite à son retour en Bresse par les gentilshommes de Savoie.

(2) L'archiduchesse renonça aux 40.000 florins qu'elle réclamait pour l'entretien de son Hôtel ainsi qu'au comté de Sommariva (Piémont, province de Cuneo), et aux châtellenies de Verrue (province de Turin), d'Apremont (Savoie, arrt de Chambéry, canton de Montmélian) et de Thonon (Haute-Savoie).

(3) Lettres patentes datées d'Annecy (Orig. signé, Arch. Nord, B 437, n° 17%51; copie, tbid., B 438, n° 17996 et Arch. de Lausanne, layette 385, n° 15). Voir aussi VERDEIL, Histoire du canton de Vaud, tome 1 (Lausanne, 1851).

(8) Lettres patentes datées de Pont-d'Ain, 14 août 1505, dans Quinsonas, Matériaux, tome I, page 161. La douairière prend les titres suivants: « Margarita de Austria et Burgondia, ducissa Sabaudie, comitissa de Villariis patriarumque Breyssie, de Gordanis et Foucigniaci, etc. ».

(5) Instructions de Marguerite au seigneur de Verboz, 19 octobre [1505] (Minute, Arch. Nord, B 369, n° 24013). T1 devra féliciter [Claude de Brosse, douairière de Savoie] que le duc avait « laissée de Par deça pour governer ses pays et subgectz... L'avertira comme avons envoyé puis nagueres devers les roy et roynne de France Halluin, nostre panetier,.…. dire. la bonne amour et amytié qui est entre monseigneur mon bon frere [le duc de Savoie] et nous... » Voir la réponse de Claude de Brosse non datée (Jbid., n° 24124).

(6) Le 29 octobre 1506, 12 postes de chevaux sont envovées à Rossillon (Ain) pour avertir le duc de Savoie, qui se dirigeait sur Bourg, que Marguerite l'attendait à Rossillon (Arch. Côted'Or, B 9492). Le surlendemain, 31 octobre, l'archiduchesse était déjà à Orgelet (Jura) (Arch. Turin. Lettere principi Savoia, mazzo 2).

a cueur et tache secretement d'y remedier, je ne scay en quelle sorte, et a elle mesme de sa main depesché ung poste au Roy son pere pour ceste seule cause »(!). Et c'est sans doute à ce même seigneur de Menthon que Marguerite fit ses doléances, rappelant qu'il était très au fait des difficultés puisque c'était lui qui avait apporté à l'archiduchesse au Pont d’Aïn, en août 1505, la ratification du Traité de Strasbourg. « Au surplus, écrivait-elle vers le mois de janvier 1508, nous connoissons bien que n'estez a l’entour de mondict soigneur et frere... ; il n’est ja bien consellé de nous ainsi traictier, et quiconque le conseille de ainsi fairo n'ayme son bien ny son honneur et perdra beaucop plus par ce moyen que ne sçaura gaigner d’aillieurs, et povéz bien savoir que ne sumez de condition pour souffrir telles choses qui sont grandement a nostre deshonneur et dommaige.. Si mondict seigneur et frere penso par ses rudez traictemens avoir de nous service et venir a ses fins, il s’en met grandement hors de la voye, car, jaçoit que soyons femme, si avons nous le cueur d’aultre nature, et ne saurions bien faire a ceulx qui nous greveront..…..» (?). Puis, passant à l'exécution, l’archiduchesse, en ce même mois de janvier 1508, donnait des lettres de créance au seigneur de Saint-Jeoire et à Louis Barangier pour faire toutes protestations nécessaires auprès du duc de Savoie (*) et s’efforcer de « savoir de luy, une fois pour toutes, comment il c’est deliberé nous traictier, afin quo, selon ce, nous puissions regler et conduyre, car de nous fere consumer le nostre journellement en poursuytes qu'il nous convient fere devers luy, n’en sumez plus deliberée et ce nous est honte et deshonneur » (*). Barangier, alors à Bourg, n’accepta qu’à son corps défendant et fit ses préparatifs pour Chambéry sans grandes illusions. « N°y seray pas voulentiers veu, écrivait-il à la Régente, pour austant que ne >) sçay complaire ou taire de respondre ou il touche vostre bien et honneur » ().

Tandis que l’archiduchesse protestait ainsi auprès du duc de Savoie, elle agissait fortement du côté impérial. Gattinara, son juriste préféré, alors auprès de Maximilien, venait de rédiger un mémoire à l’adressoe de CharlesIIl quand il apprit, par des lettres de la Régente du 7 et du 9 janvier, les nouvelles plaintes qu'elle formulait. Au lieu d'expédier lo courrier, le Président de Bresse montra au Roi des Romains, le 16 janvier 1508, les autographes de sa fille, qui sollicitait l’envoi d’un héraut d'armes et apportait une telle passion dans la défense de son droit qu'elle en était presque aveuglée ; elle songeait à faire intervenir les Suisses dans le cas où l’on aurait épuisé tous les moyens d’intimidation. « Si cecy ne peult prouffiter, écrivait-elle à

(1) [Gui de La Baume, comte de Montrevel], au seigneur de Menthon [déc. 1507] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25173).

(2) Marguerite au s° de Menthon [janvier 1508] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 46216).

(3) Marguerite à Charles III, janvier 1508, n. st., Malines (Nord, L. M., n° 29756). Voir aussi autre lettre de l'archiduchesse, non datée, sur la mission du seigneur de Saint-Jeoire, grand maître de l'hôtel, et de Louis Barangier (1bid., n° 25136).

(#) Marguerite [à Barangier], [janvier 1508, n. st.]. (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25071).

(5) Barangier à Marguerite [25 janvier 1508, n. st.], Bourg (lbid., n° 36950). Déjà le 29 déc. [1507], Barangier se plaignait du mauvais accueil qui lui était fait par le duc de Savoie et ses gens. « Et vous supplie... que n'ayÿe plus telles commissions, car je ne puis endurer ce que l'on me dit, et par ce ne suis agreable » (1bid., L. M., n° 36949). Claude de Sale, lieutenant de Bresse, fut adjoint à Barangier dans sa mission. Voir Instructions de Marguerite au seigneur de Saint-Jeoire et à Claude de Sale, lieutenant de Bresse, corrigées de la main de Gattinara [janvier 1508, n. st.] (Nord, L. M., n° 38959).

son conseiller, conviendra dressier aucun moyen de pratiquer Messeigneurs les Suyches en general pour, apres qu’ilz auront entendu nostre droit par le Traictié, qu'ilz envoyent leurs deputez devers mondict seigneur et bon frere luy remonstrer nostre affere de bonne sorte (1) ».

Les Cantons suisses, autrefois noyés dans le territoire impérial, avaient conquis définitivement leur autonomie depuis que leurs bandes, sur les champs de bataille de Morat et de Granson, avaient fait sombrer la fortune du Téméraire. Louis XI et ses successeurs avaient employé leurs soldats gigantesques et terribles. L'Empereur devait se les attacher par l”’ « Union héréditaire » (1511). L'argent exerçait son action démoralisatrice. Dans chaque canton, les meneurs, vendus au plus offrant, ne se contentaient pas de belles paroles : c’étaient « gens de Saint Thomas qui ne croient que s’ils ont en la main ». La faiblesse du duc savoyard offrait aux convoitises de ces avides voisins une proie facile. Recourir à leur intervention pour apaiser une querelle de famille, c'était exposer les intérêts savoyards et ceux du douaire aux pires dangers. |

Gattinara était trop sage pour tomber dans une pareille faute. Il préféra calmer l'irritation de l’archiduchesse, en retenant toutefois son idée du héraut d'armes. Il usa de ce moyen comminatoire pour signifier la réponse de Maximilien, dans laquelle il y avait de |’ « aigre et du doux ». Ce prince déclarait expressément que l'on ne pouvait concevoir des atteintes au droit de la douairière, s'appuyant sur un traité que lui, le Roi des Romains, par sa présence, avait rendu si solennel. Il rappelait que Marguerite n'avait quitté la Savoie que pour se consacrer au bien de l’Empire et terminait par une mise en demeure de loyale exécution : « Vous requerons, signifiaitil au duc, ceste foy pour toutes y voulons pourveoir par façons que n'en haions plus de plainte et y mettre tiel ordre que, d’ycy en avant, les gens de vostre dict Conseil n’haient cause de riens attempter contre la forme dudict apoinctement, et que, par le porteur de cestes, nostre herault, nous faictes ample responce de toutes les chosses dessusdictes, tiellement que puissions cognoistre par effect vous havoir faictes les reparacions necessaires (?) ».

Charles ITT fit la sourde oreille; Gattinara, piqué, rédigea des mémoires plus agressifs, sans se soucier, bien qu'il fût vassal piémontais, du courroux de son suzerain. « Quant il m'en sçauroit mal gré, déclarait-il, il ne m'en chault, puysque je ne fays que mon debvoir, et aynsi comme aynsi, je suys en sa male grace » (°). Il minuta donc une note vigoureuse contre l'incorporation de Surpierre au domaine ducal. Il protesta avec véhémence contre les fausses nouvelles que l’on se plaisait à faire courir quand on accusait le Roi des Romains de vouloir donner le Pays de

(*) Marguerite à [Gattinara] (Minute de la main de Marnix, non datée, Arch. Nord, L. M., n° 44166). Cette pièce dont la fin manque a servi à un scribe de l'entourage de l'archiduchesse lequel laisse échapper, dans des essais de plume, ce cri du cœur:

Endurer fault qui veult durer, Endurer fault pour mieux avoir.

(2) Maximilien à Charles IT] [fin janvier 1508] (Minute de la main de Gattinara, Nord, L. M., n° 29702). Cf. une lettre de Gattinara à Marguerite, datée de « Bolzan, 21 janvier 1508 » style de Rome, publiée dans KooPERBERG, Margaretha van Oostenrijh, p. 424.

(3) Gattinara à Marguerite, 3 mars [1508, n. st.], dans KooPERBERG, 0. c., p. 443.

Vaud aux Allemands, le Chablais et le Val d'Aoste aux Valaisans (‘). Le conflit s’envenimait, les adversaires se raidissaient dans leur attitude intransigeante quand de graves évènements extérieurs provoquèrent une réconciliation momentanée. Les Suisses, en effet, allaient mettre le duc de Savoie dans une situation difficile. Il eût été singulièrement maladroit, pour un prince si pauvre de moyens, de se brouiller à ce moment avec l’Empire et avec la fille du Roi des Romains. Marguerite, d’ailleurs, devenait une puissance à ménager depuis qu'elle avait affirmé sa maîtrise en négociant le Traité de Cambrai (10 décembre 1508), provoquant ainsi un rapprochement franco-autrichien dont la Savoie espérait profiter (?).

Le célèbre Claude de Seyssel, alors ambassadeur du Roi Très Chrétien, mais savoyard de cœur et de naissance, comprenait bien la nécessité d'apaiser la Régente. « Et si par le passé, lui écrivait-il, y a eu quelque petit different, l’attriburés au temps et a la joenesse, et aurés tousjours, par la vertu et haultesse de vostre cueur, l'amour et l'affection que avés eu par le passé a la Maison et au païs ou vous avés esté tant aimée, honorée et estimée, et serés tousjours tant que ceulx qui vous y ont cogneue seront en vie » (#). Gattinara, d'autre part, était non moins pressant parce que Charles III, pour terminer les litiges, promettait d'abandonner la fameuse souveraineté de Bresse (*), et c'était vraiment ce quil fallait obtenir ; Gorrevod aussi le reconnaissait: « Se je estoys sage ou bon clerc, avait-il dit à Barangier, je eusse voluntiers pris peine a bien couché se traictié a celle fin que, pour l’advenir, les robes longues de Par dessa n’y mestent point de difficulté, comment y font jornelement au Traitié de Strasbourg... ; si nous povons avoir ceste souveraineté nous serons du tout hors de questions » (*). Charles III espérait ainsi, sous les auspices de la Régente,

(1) On avait déjà fait courir, l'année précédente, des bruits de ce genre contre l’archiduchesse. « …. Et quant aux devises qu’avez eues avec monseigneur mon bon frere touchant le rapport qu'il vous a deu dire luy avoir esté fait que ayons intencion aliener ses places aux Alemans et gens estrangiers si elles fussent parvenues en noz mains, ne nous Savons assez esmerveillié qui luv peult avoir fait tel rapport d'austant que jamais n'en eusmes voulenté ny pensée .…. p (Marguerite [au seigneur de Menthon, mai 1507]. Minute, Arch. Nord, L. M., 24539). Barangier eut deux entretiens en octobre [1507] avec Charles III à ce sujet (Barangier à Marguerite, 20 oct. [1507], Bourg. Nord, L. M., n° 36947). Le seigneur de Salenove, en janvier 1508, n. st., était revenu de la cour impériale avec la conviction que Maximilien se prêtait à ces aliénations. (Gattinara à Marguerite, 4 février 1508, Trente, dans KOOPERBERG, [. c., p. 430).

(2) En mai 1509, Charles III avait donné mission à Gattinara, Amé de Viry et Benoît Tortellet pour solliciter de l'empereur son admission au traité de Cambrai. LE GLay, Gattinara, dans Mérn. Soc. sc. Lille, 1847, p. 189; Le GLay, Négnciations, t. 1, p. 240, note 1 et Arch. Nord, B 371, n° 18029).

(3) Claude de Seyssel à Marguerite, 22 mai [1509], Brescia (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 39027). Ce personnage était alors en Lombardie comme ambassadeur de Louis XII et était en relation avec le comte de Genève et divers gentilshommes savoyards, notamment le s' de Bussy, le s' de Valpergue et le sire de Monjovent.

($) Gattinara à Marguerite, 22 mai [1509] (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 39027).

(5) Laurent de Gorrevod à Barangier [juin 1509] (Orig. signé. Nord, L. M., n° 25623). Gorrevod fut aussi chargé de voir sur place s1 l'on pouvait résoudre pratiquement la question de la souveraineté : « Sur cest affere, a fait ledict Tourtellet une ouverture de lui mesmes telle qu'il luy semble que, sans actendre la conqueste du royaulme de Chippres, mondict seigneur et bon frere, en luy quittant ce qu’il me doit et luy rendant ses baghes, il me baïillast le souveraineté et tout tel droit a vye durant qu'il peult avoir es pays de mondict douayre, laquelle ouverture de prime face nous a semblée bonne et meilleure que d'actendre ladicte conqueste pour vivre et demeurer en paix en noz pays et y estre dame et maistresse.….. ». Marguerite à Laurent de Gorrevod [août 1509] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25840).

saisir enfin la royale couronne de Chypre que les Confédérés de Cambrai avaient l'intention d'enlever aux Vénitiens (!).

Marguerite voyait déjà le moment où elle pourrait « demeurer en paix en ses pays et y estre dame et maistresse » (?). Gattinara la secondait dans ses efforts, mais les promesses du duc s'évanouirent comme son rêve royal. Tout fut bientôt à recommencer, et, d'année en année, les incidents se renouvelèrent, provoquant à Malines les plus véhémentes protestations (f) : tantôt c'était Surpierre dont les gens de Savoie refusaient toujours la restitution (*), tantôt c'était un conflit pour une nomination (*), tantôt encore quelque nouveauté, comme à Annecy, quand on restaura l'apanage de Genevois en faveur de Philippe, frère cadet de Charles IIT. Hugues Marmier, seigneur de Gâtey (f), vint expressément protester au nom de l’archiduchesse contre la restauration d’un corps judiciaire (7) qui prétendait connaitre en appel des procès du Faucigny (*). Philippe, qui avait l'esprit avisé, se souciait peu d'entrer en lutte avec sa redoutable belle-sœur ; il lui proposa un échange territorial afin de

(1) Marguerite à Laurent de Gorrevod [août 1509] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25840).

(2) Marguerite à Gattinara [juin 1509] (Nord, L.M., n° 26183. Cf. L.M., n° 25736). Par commission du mois de [mai] 1509, Gattinara avait été chargé de négocier l'admission du duc de Savoie dans le traité de Cambrai, ce prince ayant promis, s'il recouvrait la couronne de Chypre, d'abandonner à l'archiduchesse « la souveraineté es pays, terres et seigneuries que tenons en Savoye pour douaire » (Arch. Nord, B 371, n° 18029).

(3) Marguerite à Charles III, avril 1510, Bruges (Minute, Nord, L.M., n° 26442 ; copie, 1bid., n° 26444). L'archiduchesse protestera encore [en 1511] contre les difficultés opposées par les officiers ducaux pour la communication des documents domaniaux conservés à Chambérv, disant aux gens de la Chambre des comptes de Savoie « que mondict seigneur et frere ny vous ne desirez avoir grande amytié avec nous, que nous retourne a grant regret et desplaisir…. » (Minute, Nord, L. M., n° 27237).

(4) Réclamation de Marguerite avec réponses du duc, 14 juin 1512 (Copie contemp., Nord, L.M., n° 30423 ; cf. n° 35058).

(5) Marguerite avait désigné, en 1512, pour l'office de baïlli de Vaud, le seigneur de Viry, tandis que le duc avait nommé le s'° du Bois (Arch. Nord, L.M., n° 31605, 31666, 36936, 37939).

(6) Lettres de créance d'Hugues Marmier, 18 juillet 1518 (Nord, L.M., n° 32551).

(7) Philippe de Savoie, fils de Philippe de Bresse et de Claude de Brosse, avait été d'abord destiné à l'église, ayant été nommé à 7 ans évêque de Genève. Il renonça à la prêtrise et fut pourvu, le 14 août 1514, d'un apanage comprenant le comté de Genevois, le pays de Faucigny et le comté de Beaufort (DuBoIN, Raccolta delle leggi, t. xx1v, p. 206; GuiCHENON, Hist. Mais. Savoie, éd. Turin, t. rv, part. 2, p. 616). Il fut, à plusieurs reprises, notamment en 1515 et 1519, lieutenant-général en Savoie (Arch. Turin, Protocole Cour 136, fol. 97 ; 138, fol. 36, 130 v. et 197). Son mariage avec Charlotte d'Orléans, le 17 sept. 1528 (GuICHENON, Hist, gén. Maison Savoie, t. IV, 2° partie, p. 622 et PERINI, Albero genealogico dei duchi di Savoia-Nemours, Foligno 1908) et la donation du duché de Nemours (ANSELME, Hist. généal., t. 11, p. 503), vacant depuis la mort de Philiberte de Savoie et détenu depuis par Louise de Savoie qui y renonça en faveur du comte de Genevois, attachèrent définitivement Philippe à la cause française, jusqu'à sa mort survenue le 25 nov. 1533. Cf. BRUCHET, Etude biographique sur Jacques de Savoie, duc de Genevois-Nemours (Annecy, 1898), page 1.

(8) Déjà en 1515, Gattinara avait attiré l'attention de la douairière sur la nécessité de s'opposer aux empiètements de juridiction que pourrait tenter le Conseil de Genevois. Voir aussi les remontrances faites au duc de Savoie par Hugues Marmier avec Iles réponses du duc et le mandement du 25 août 1518 (Orig., Arch. Nord, B 441, n° 18112). Le Conseil de Genevois, siégeant à Annecy, était ainsi composé, à la date du 9 septembre 1524, d’après le récépissé des instructions ducales consécutives aux remontrances exposées par le seigneur de Ray et Nicolas Perrenot, au nom de la douairière : « Per Consilium, presentibus Augustino de Pontevitreo, presidente Gebennesii, Claudio David, judici majore, Jacobo Cirisie, advocato fiscali, Bartholomeo Hugonis, requestarum magistro. (Signé) DEAGIo » (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 34429).

garder pour lui seul le Faucigny, sauf compensation en Bugey. Marguerite refusa, ne voulant point, par une dérogation au Traité de Strasbourg, rompre le faisceau des droits du douaire ({).

La persistance de tous ces conflits créait à la longue un fâcheux état d'esprit : il y avait des « Margaritains » et des Savoyards, et, d’un côté comme de l’autre, de l’intransigeance. On s’invectivait volontiers comme à Mijoux, lors d'une conférence tenue pour la délimitation du Pays de Vaud avec la Comté. Les gens du duc, « fort injuriés et outragés » (?), pour se venger, faisaient traîner les choses en longueur, s’abstenant de paraître quand l’autre partie se rendait à la convocation, même quand c'était un gros personnage qui se dérangeait comme le grand archidiacre de Besançon, Ferry Carondelet, qui avait dépensé près de 2.000 francs pour faire le voyage « le plus honnestement accompagné et accoustré » qu’il lui avait été possible (f).

Les missions envoyées par l’archiduchesse, bien qu’elles fussent peu efficaces, ne furent pas toutefois complètement abandonnées, car elles constituaient un moyen juridique d'affirmer les droits du douaire. En 1524, deux membres du Conseil privé, Nicolas Perrenot et Claude, seigneur de Ray, allèrent en Savoie pour réitérer de nécessaires protestations. Le premier était le célèbre juriste comtois qui devait devenir, cinq ans plus tard, premier ministre de Charles-Quint. Il prit à cœur sa mission : « Je vous promes sur ma foy, Madame, écrivait son compagnon de route à Marguerite, que ledict seigneur Perrenot vous a bien servie, tant par son bon sens que par sa delytance » (*). Après les griefs habituels sur les conflits de juridiction, Perrenot traita une matière plus nouvelle, celle des bénéfices du douaire, dont l'archiduchesse pouvait disposer par indult pontifical. Il proposa l'alternative de façon à ce qu’un bénéfice sur deux fût conféré à la douairière (*). Les relations avec Charles III, alors à Turin, étaient à ce moment empreintes d’aménité. Marguerite, à l'en croire, était « non seulement sa bonne sœur, ains comme sa bonne mere », et le prince était heureux de penser qu'elle serait marraine lors des prochaines couches de la duchesse. Les ambassadeurs allèrent voir près d'Annecy l’un des enfants ducaux, alors entre les mains d'une gouvernante, la dame de la Val d'Isère. Perrenot ne manqua point de se rendre au Palais de l'Ile, sombre et maussade sur les eaux limpides, tourné comme une proue de navire vers la lumière du lac. C'était le siège du Conseil de Genevois, rendant la justice au nom de Philippe de Savoie, au

(1) Proposition d'échange intéressant des terres en Bugey contre celles de la douairière en Faucigny faite par Philippe, comte de Genevois, dans une lettre à Marguerite datée de Chambéry, 10 sept. [1514] (Orig. signé. Nord, L.M., n° 36845). Refus de Marguerite, ne voulant rien changer au traité de Strasbourg, d'après une lettre [d'octobre 1514], publiée dans CnAGNy, Gorrevod, p. 301 (Nord, L. M., n° 31670).

(2) Conférence de Mijoux (Ain, commune de Gex), 9 octobre 1518, à laquelle participa Hugues Marmier (Arch. Nord, B 438 ; Cf. B 378, n° 16995 ; L. M., n°° 26332 et 38147).

(3) Ferry Carondelet, abbé de Montbenoît, à Marguerite, 6 nov. 1521 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 33960 ; Cf. n° 33976, 33977, 34101, 34151, 34194).

(#) Claude de Ray à Marguerite, 17 oct. [1524], (autogr. signé. Nord, L.M., n° 34469). Voir sur cette mission les instructions de juillet 1524 (Arch. Nord, B 441, n° 18146).

(5) Marguerite insistait sur l'utilité d'assurer la distribution de ces bénéfices alternativement à des familiers de la douairière et à ceux du duc, pour éviter de les laisser « es mains d’estrangiers ». Voir ses instructions de juillet 1524 (Minute, Arch. Nord, B 441, n° 18146).

détriment des droits de la douairière (‘). Perrenot prit la peine d'exposer de nombreuses récriminations, puis alla en Faucigny et dans le Pays de Vaud tenir un langage non moins ferme. Sa randonnée avait duré quarante jours (?). Mais, quand les gens de l’archiduchesse furent bien partis, les Annéciens, avec leur bon sens narquois, continuèrent à regarder du côté de Chambéry tandis que les deux Bourguignons rejoignaient leurs pénates; le futur Granvelle lui-même n'avait pu vaincre l’entêtement savoyard.

Trois ans plus tard, nouvelle mission. On choisit « deux bons personnages, l’ung de robe courte et l’austre de robe longue », Jean Faulquier, seigneur de Commenailles, et Claude de Boisset, abbé de Faverney, grand archidiacre de Besançon ; c’étaient encore deux comtois. (*). Leurs instructions du 5 novembre 1527 montrent bien la constante opposition des magistrats ducaux, toujours sourds aux plaintes de l’archiduchesse. Les doléances sont nombreuses et le détail en est significatif : protestations contre le Conseil résidant de Chambéry, délivrant des lettres de sauvegarde même dans les affaires expressément réservées à la douairière ; abus de pouvoir de ces magistrats expédiant des provisions pour les bénéfices situés dans le douaire ; entraves apportées dans la levée des droits de lods ; intervention injustifiée du duc dans le choix du procureur général de Vaud et dans celui du gruyer de Bresse; pression exercée par le prince sur les conseillers de Bourg, pour la désignation de certains officiers ; recette illégale de compositions judiciaires ; emploi indécent du prieuré de Brou pour le logement de gens de guerre. Vaines doléances : la douairière devait mourir sans avoir pu triompher.

Pendant toute la vie de Marguerite, Charles IIT persista de son côté dans la revendication des belles pièces du Trésor de Savoie, cette croix, cette escarboucle et ce « monde d’or » que l’archiduchesse détenait en nantissement des sommes dues sur l'hoirie de Philibert (*). Dès le début de son règne, le prince avait eu la hantise de ces joyaux (°).

(3) « …. Combien que par ledict Traité soit prohibé instituer nouveaulx juge d'appel, touteffoys, despuis que mondict seigneur [le duc de Savoie] a infeudé monseigneur le comte son frere de la comté de Genevois, mondict seigneur le comte a dressé nouveau Conseil en ce lieu d'Annessy qu'il veult congnoistre des appellations émises du juge de madicte dame en Foucigny, avecques ce, congnoit des premières instances et despeche les provisions à ce nécessaires, que plus est empeche les officiers de madicte dame faire poursuyte en ladicte premiere instance contre plusieurs delinquantz et malfaiteurs, qu'est directement contre ledict Traité... ». Remontrances faites au duc de Savoie au nom de Marguerite par Hugues Marmier (Orig., Arch. Nord, B 441, u° 18112, avec les réponses du duc).

(2) Nicolas Perrenot à Marguerite, Besançon, 18 sept. [1524] (Autogr., Arch. Nord, L.M., n° 34450). Remontrances des ambassadeurs avec les réponses ducales du 3 sept. 1524 (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 34429). Sur la mission de Perrenot et de GC. de Ray, cf. Arch. Nord, B 2308, fol. 61 ; L. M., n° 34306, 34409, 34410, 34415 à 34421, 31519.

(3) Arch. Nord, B 75, n° 18156.

(8) Le traité du douaire (5 mai 1505) décrivait ainsi les joyaux retenus en nantissement par Marguerite : « Videlicet magnam crucem auream, gemmis et margaritis fulcitam, mundum aureum Cum suis pertinentiis eidem annexis et carboculum ». On trouvera une description plus complète de la croix dans la quittance délivrée le 25 mai 1506 par Charles III, lors de sa réception. Les deux auttes joyaux sont décrits dans le mandement de Charles-Quint prescrivant, le 2 juin 1537, leur restitution à Béatrice de Portugal, duchesse de Savoie (Orig., Arch. Nord, B 2399, n° 84222), voir Preuves, n° xcvurr.

(5) Arch. de Turin, Protocole Cour 137, fol. 41 et 33.

Il put, en 1506, récupérer la croix, alléguant qu’il fallait, pour lutter contre les Valaisans, emprunter sur le précieux gage (*) que Gattinara lui-même alla porter, pour permettre au prince de « s’en aider à ses affaires ». Mais, quand Charles II fut mis en demeure de rembourser l’archiduchesse, on parla bien de lui laisser, en compensation, le revenu des châtellenies de Thonon et de Clermont, mais il y eut quelque obstacle, et il semble que la promesse ducale ne fut point tenue (?). Forte de cette expérience, Marguerite ne lâcha plus la proie pour l'ombre, gardant escarboucle et « monde d’or ». Une nouvelle tentative échoua en 1519 parce que la Régente n'acceptait, pour être remboursée, que la garantie des grosses banques qu’elle connaissait à Anvers, celles des Fugger, des Velzer et des Hochstetter (5). Une autre occasion parut favorable. Le mariage de Charles III avec Béatrice de Portugal avait été négocié par la Régente. On attendait la jeune duchesse pour le 20 mai 1521. Il importait de lui montrer, dès son arrivée, les chefs-d’œuvre dont il plairait sans doute à Marguerite de se dessaisir, puisqu'on lui donnait des sûretés sur des banques ou sur un domaine de Bugey (*). La douairière resta insensible et, . si plus tard, en 1523 et en 1524, elle acceptait en principe la négociation, ce fut en exigeant le concours financier des puissants établissements des Pays-Bas (°), ne voulant, à aucun prix, entendre parler « d’aucuns italyens ne français » (‘). Le duc revenait à la charge, mettait en avant l’honnêteté de certains banquiers de Bourg, citant même l’un d'eux, Grillet, apparenté à feu Barangier, le secrétaire de confiance de la douairière. Marguerite, toujours défiante, ne voulait pas d'autre caution que celle de la « Grande Compagnie d'Allemagne », celle des Fugger, qui avait fait l'élection impériale (7). On ne pouvait s'entendre. L'archiduchesse garda donc dans

(4) Arch. de Turin, Protocole Vulliet, 137, fol. 50.

(2) Le duc de Savoie avait assigné, vers le mois de juin 1506, à Marguerite un revenu de 1.500 florins sur les châtellenies de Thonon et Clermont (Haute-Savoie) en compensation des joyaux réclamés (Protocole Vulliet, 137, fol. 31), mais, devant les atermoiements du duc, Marguerite renonça à cette transaction et le déclara à Claude de Balaison, chargé de la négociation, en novembre 1506. (Marguerite à Charles III, 2 janvier [1507, Ensisheim], dans CHaGNy, Gorrevod, à la date erronée du 2 janvier 1508). Il fut aussi question de vendre à réméré Clermont et Thonon d'après une procuration donnée par le duc à Laurent de Gorrevod et Claude de Montjovent (Turin, Arch. Cour, Protocole Vulliet, 137, fol. 36 et Arch. Nord, L. M., n° 36947).

(3) Instruction de Marguerite à Lambert, maître de la Chambre des Comptes de Savoie [31 août 1519] (Arch. de Cour, à Turin, Protocole 137, fol. 107); instructions de la même à l'écuyer Chales, 15 mai 1520, Gand (Jbid., Lettere principi Savoia, mazzo 2).

(*) Instructions à Montjovent, 20 mars 1521 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 33978). Le duc réc'amait non plus seulement le monde et l’'escarboucle — que Marguerite s'offrait à renvoyer — mais encore ç le seingt (ceinture) et le pendant qui est aux deux lettres X et M, avecques ung aultre pendant », ce à quoi l'archiduchesse répondait en disant qu'elle n’avait pas « d'autres bagues qui ne soyent miennes et que je ne vueille garder » (Marg. à Laurent de Gorrevod, Arch. Nord, L. M., n° 3743).

(5) Instruction de Marguerite au s' de Châteaufort, 25 février 1523, n. st. (Orig., Arch. Cour à Turin, Lett. pr. Sav., maz. 2). Dans cette pièce, elle désignait comme banquiers ayant son agrément Jean Marcellis, Jean de Mil, Cornelis van Bonberghen, Fernand Bervouick, Diego de Haro ou Erasme Schetz, tous tenant comptoirs à Anvers.

(6) Instr. de Marguerite à un personnage non désigné, 8 mars 1524, Malines, style Rome (Turin, Arch. de Cour, Lett. pr. Savoia, mazzo 2). Les banquiers désignés par Marguerite étaient Fugger, Welsher, Hochstetter et Pierre Lopez.

(7) Proposition faite lors de la mission confiée à Pierre de Marnix. Réponse de Marguerite au s' de Feilliens, 25 janvier 1527, n. st. (Ibid., Let. pr. Sav., mazzo 2).

ses collections les belles pièces du Trésor de Savoie. Ce ne fut qu’en 1537 que son héritier Charles-Quint, dans un mouvement de générosité, les restitua à Béatrice de Portugal ({).

Une affaire étroitement liée à la défense du douaire, celle du comté de Villars, si violemment réclamé par le Grand Bâtard de Savoie, présente un intérèlt particulier, moins par les complications extéricures qu’elle aurait pu soulever que par l'attitude de l’archiduchesse, dont le caractère viril sut, en cette circonstance, résister inlassablement à de puissants adversaires.

Lors de la disgrâce de René de Savoie, Marguerite s'était fait donner le comté de Villars et la seigneurie de Gourdans (16 juillet 1502) (*?). Le Grand Bâtard, réfugié en France, n’accepta jamais sa dépossession (*). La mort de Philibert le Beau lui parut un moment bien choisi pour rétablir ses droits, sous les auspices de Louis XII et de Louise de Savoie. Mais la douairière s’insurgea, fit intervenir Maximilien, et le successeur de Philibert reçut l’ordre de ne pas recevoir à sa cour le « Bâtard de Bresse » (*). René et Marguerite demeuraient irréconciliables.

En janvier 1506, le Grand Bâtard, de séjour alors à Lyon, pensa reprendre par les armes son comté. Il était bon capitaine et le danger parut assez sérieux pour que la douairière crut devoir avertir le duc. Mais il ne semble point que ce projet belliqueux ait été mis à exécution (‘). Les embarras diplomatiques étaient plus redoutables, car ils s’'appuyaient sur un arbitrage prononcé par Louise de Savoie et le cardinal d’Amboise le 23 juin 1506 : le duc de Savoie allait être tenu de servir une pension au Grand Bâtard tant que ce dernier serait spolié (‘). Louise, en cette affaire, pensait moins à René, dont elle était la sœur, qu'à ses intérêts personnels, et, sans se soucier des difficultés au milieu desquelles se débattait lamentablement le pauvre Charles IT, qui était aussi l'un de ses frères, elle se montra venimeuse, forte de l’appui des gens de France qui la soutenaient. Dans ses revendications sur l'hoirie maternelle, elle ne craignit point de faire intervenir les Suisses, mais en mêlant adroitement sa querelle à celle de René, très en faveur auprès des Ligues. L'ambassadeur français Rigault d'Oreille (7) fut chargé de requérir le concours de

(1) Mandement de Charles:-Quint, 2 juin 1537 (Orig., Arch. Nord, B 2399, n° 81222).

(2) Patentes du 16 juillet 1502 (Orig., Paris, Bibl. nat., Mél. Colbert, 403, pièce 758). Dès le 5 août 1502, Marguerite nomme Mercurin de Gattinara juge de Villars et, le 27 septembre de la même année, institue receveur de cette châtellenie Pierre Châtelain (Arch. Côte-d'Or, B 10347). Elle prit dès 1502 le titre de comtesse de Villars.

(3) Le comté de Villars et la sie de Gourdans avaient été donnés au Grand Bätard par Philibert le Beau par patentes du 19 nov. 1497 (LATEYSSONNIÈRE, kRerherches, t. v, p. 78; cf. p. 81). La légitimation de ce personnarse était du 1°° sept. 1500. (Guichenon, Hist. de Bresse, p. 161).

(4) Maximilien à Charles III, 23 déc. 1505. Voir aux preuves, n° xiv (Turin, Arch. Cour, Lettere principi forestieri, mazzo 1).

($) Instruction de Marguerite à Philibert [janvier 1506, n. st.] (Nord, L. M., n° 33770). Dans ce texte, Marguerite, qui n'était pas encore la Régente, emploie des termes d'une déférence remarquable : « Sans l’ayde et assistance d'icellui mondit seigneur [le duc]... a quy la chose touche, elle ne voudroit garder lesdictes terres et Seigneuries... et priera mondict seigneur faire briefve responce a ma dicte dame, car elle delibere en tous «es affaires selon icelle se conduyre » ({bid.).

(6) GuicuenonN, Hist. ds Bresse, 2° partie, p. 131 ; cf. Panissk-Passis, 0. c., p. 13.

(7) Rorr, Hist. de la représentation diplomatique de la France dans les cantons suisses (Paris, 1200), t. 1, passim. Ce personnage négociera avec les cantons de Berne, Fribourg et Soleure, notamment de déc. 1505 à août 1506. Voir aussi la déclaration de Louise de Savoie, du 24 avril 1506, conservée aux Arch. de la Côte-d'Or et publiée par Duray, Revue Soc. litt. Ain, 1882, p. 187.

Berne et de Fribourg. « Le Roy est totallement de propos de non plus souffrir que Monseigneur le Bastard soit ainsi despoillé de ses biens, mais y veult remedier par sorte que l'on verra que la chose luy redonde a cueur ». Les Suisses ne demandaient pas mieux que de faire quelque profit particulier (‘)}, comblant d'éloges le Grand Bâtard (?). Marguerite restait irréductible et ne voulait rien rendre: « Je vous prie, écrivait-elle à Charles III, que ce ne soit jamais nouvelles, car je ne suis aucunement deliberée y condescendre ny prester l'orreille, et croy que vous ne me vouldriez faire tant de honte que de me oster ce que feu monseigneur et mary, cui Dieu absoille, m'a donné et accordé, et vous despuis confermé, attendu aussi que tout le revenu s'emploie a l’ediffice de Brouz, pour l’ame de mondict feu seigneur » (5). Rien ne fut alors décidé.

Deux ans après, lorsque Marguerite avait dû se rendre dans les Pays-Bas, le roi de France tenta de nouveau l'exécution de la sentence arbitrale de 1506 (*), mais toujours sans succès. René de Savoie était bien appelé dans les actes de sa Chancellerie, comte de Villars et seigneur de Gourdans, mais, de par la volonté de la douairière, ces titres n'étaient que des mots (*). L'avènement de François I°, qui devait faire au Grand Bâtard une situation brillante, et l'influence grandissante de Louise de Savoie donnaient à penser que, pour des raisons politiques, la douairière deviendrait plus conciliante. Gattinara, alors à la cour de France, partageait ce sentiment et s’efforçait de la convaincre : « Je vous ay desja advertye, lui écrivait-il le 21 février 1515, que l’on tachie de vous en getter le chat aux jambes, et que monseigneur de Savoye, vostre frere, se veult excuser sur vous, et que desja il ha icy envoyé la responce negative que luy avez dernierement faicte. Et pour mon advis Madame, je suys en opinion que ne debvez persister en ceste negative ny tirer la pique sur vous, ains la mettre sur aultruy, attendu que ledit Bastard est en gros credit, et coment vous ay desja escript, c’est l’'ung des deputés quy traictent avec nous, et fault que vous afferes passent par ces mains, et au moyen de Madame sa

(1) Petremand de Faucigny au gouverneur de Vaud, 31 déc. 1506 (Copie contemp., Arch. Nord, L. M., n° 24385).

(2) [Les cantons de Berne et de Fribourg au duc de Savoie], 11 mars [1506] (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 25640).

(5) Marguerite à Charles III, août 1508 (Minute, Nord, L. M., n° 29785).

(#) Projet d'arrangement entre Charles III et René de Savoie, 9 sept. 1508, Blois : En exécution de la sentence arbitrale prononcée par le cardinal d'Amboise et Louise de Savoie, le duc doit recevoir par procureur le serment d'hommage du Grand Bâtard pour Villars, Gourdans et Surpierre, terres qui devront être restituées dans un délai d'un an (PanissE-Passis, 0. c. p. 208, d’après Arch. de Turin, protocole Vulliet, t. 4). Le duc aurait désiré assurer l'exécution de cette sentence « cause d'un grand bien pour unir de plus en plus ces deux Maisons d'Autriche et de Savoie ». (Charles III à Marguerite [1515] (Orig. non daté, Arch. Nord, L. M., n° 36687) ; Cf. Cnacny, Gorrevod. p. 272, 235 et 303.

(5) René de Savoie, dans son testament du 4 juin 1511 (Panisse-Passis, o. c., p. 212), prend les titres de « comte de Villars, de Sommerive, s' d’Apremont et de St-Julien » et fait des legs pour le mariage de jeunes filles appartenant aux domaines savoyards qu’il revendiquait notamment dans le comté de Villars (Ain, Villars-les-Dombes, ch.-l. c°, art Trévoux), Loyes (Ain, ar! de Trévoux, c°* de Meximieux), Gourdans (c°° de St-Jean de Niost, ec“ de Meximieux), St-Juliensur-Reyssouze (Ain, c° de St-Trivier de Courtes), Apremont (Savoie, c° de Montmélian), La Bâthie-en-Albanais, Surpierre (Suisse, c° de Fribourg). Par codicille du 14 déc. 1521 (PanissE-Passis, p. 232), René, en cas de deshérence, désignait Louise de Savoie par substitution.

seur (Louise de Savoie), il vous peult ayder et nuyre » (‘) Marguerite resta inébranlable et Gattinara ne put qu’exécuter la consigne : « Je me doubte qu'il ne sera pas pris de bonne part, observait-il, et qu’il ne vous portera grand prouffit en voz autres afferes. Toutesfoys, fiat voluntas tua » (?). Ni ces instances ni celles de Louise de Savoie (*) ou d’un ami de René, Arthur Goufier de Boisy (*), ne purent vaincre l’entêtement de la douairière.

Quelques années plus tard, en 1519, dans une autre négociation engagée au nom du Bâtard par le seigneur de Bueil, le duc de Savoie se montrait encore favorable à une restitution, mais avec un certain tempérament puisqu'il réservait à Marguerite l'usufruit des domaines litigieux. Il reconnaissait les droits de René sur Villars, Gourdans, Sommerive, Apremont, Verrue, La Bâthie d'Albanais et Lucey. Le Grand Bâtard voulait plus encore, Virieu-le-Grand et Saint-Julien, sur lesquels il n'avait aucun titre, surtout Surpierre que Charles III n'avait jamais voulu abandonner, même à l’archiduchesse (f). L’exagération de pareilles prétentions empêcha leur succès. Marguerite d'Autriche resta effectivement comtesse de Villars. La mort de René (1525) vint terminer ce long conflit pendant lequel Marguerite fut, avec une belle fermeté, égale à elle-même.

La mère de François [* avait apporté, en prenant la défense du Grand Bâtard, une passion malveillante parce qu’elle rencontrait elle aussi des obstacles insurmontables en voulant faire triompher ses propres droits, d’ailleurs contestables. Marguerite, en la circonstance, se rapprocha du duc Charles III pour l'aider à triompher de ce nouvel adversaire.

Louise de Savoie était la sœur de Philibert le Beau et de Charles III, et la belle-sœur de l’archiduchesse. Elle estimait avoir êté frustrée lors de la succession de sa mère Marguerite de Bourbon et revendiquait non seulement une somme de 60.000 écus, mais encore le comté de Bâgé, le domaine de Bourg et la moitié des domaines de Philippe de Bresse. C'était vouloir la dépossession de la douairière. Le duc de Savoie, qui était aussi visé, ne manqua point d'oublier ses griefs pour implorer le secours de la Cour de Malines. Marguerite fit établir par des juristes l’inanité de ces prétentions, en s'appuyant sur les quittances précédemment délivrées par la demanderesse. Elle ne manqua point de faire ressortir que sa belle-sœur choisissait

(1) René de Savoie fut nommé gouverneur de Provence par François Ie' et chargé de négocier le traité du 8 sept. 1515 avec les Suisses. Dans ce document il] prend le titre de « René, bastard de Savoye, comte de Villars. grand seneschal, gouverneur et lieutenant general... en Provence ». Journal de J. Barrillon, édit. VaissiÈère, t. 1, p. 9, 87. Voir aussi la lettre de Gattinara à Marguerite, 21 février 1515, Paris, dans Le GLay, Nég. dipl., t. 11, p. 74.

(2) Gattinara à Marguerite, 8 mars 1515, Paris. Le GLay, Nég., t. 11, p. 77.

(8) Louise de Savoie à Marguerite, 28 avril [1515], Melun. Ibid. n, p. 83.

(8) Boisy à Marguerite, 10 janvier [1518, n. st.], Amboise (Autographe, Arch. Nord, L. M., n° 32376 ; sur la restitution chronologique, cf. L. M., n° 42518). Dans cette lettre Roisy, faisant allusion à la devise de l'archiduchesse, dit qu’il n° « oublye que Fortnne infortune fort ungne ». Voir aussi LE GLAY, Négoc., tome 11, page 51. |

(5) Panisse-Passis, 0. c., page 229. Sommariva (Piémont, prov. de Cuneo), Verrue (Piémont, prov. de Turin), Lucev (Savoie, canton d'Yenne).

Bien que l'on ait affirmé que Marguerite ait consenti à être dépossédée de Villars (Ain) et de Gourdans (Ain), en janvier 1520 (CHAGNY, Gorrevod, page OC), l'archiduchesse a conservé le titre de comtesse de Villars bien après (Mandement de Marguerite, 28 avril 1523, Arch. Nord, B 2312, n° 81524).

un moment de crise extérieure — on était en 1511, à l'époque du nouveau faux Dufour — pour susciter des complications. En fait, Louise de Savoie ne put rien mordre et cet insuccès fut l’œuvre de l’archiduchesse ({).

Dans une autre affaire qui pouvait entraîner aussi une fâcheuse intervention, la Régente des Pays-Bas témoigna encore à la Cour de Savoie une particulière bienveillance. La petite-fille du duc Louis, Françoise de Savoie, fille de Jacques de Savoie, comte de Romont, mariée à l’un des plus puissants seigneurs des Pays-Bas, - ce comte de Nassau qui abreuvait si copieusement ses invités (?)}, avait des droits à exercer sur la succession paternelle. L'influence de Nassau était grande, et il songeait lui aussi, dès 1508, à faire appel aux Bernois pour soutenir ses droits et provoquer un démembrement du Pays de Vaud (#)}. Marguerite s’interposa, servit d’arbitre (*) et soutint, avec le plus grand succès, la cause savoyarde. Nassau réclamait cent mille florins, ou le comté de Romont et la baronnie de Vaud. Charles III alléguait, d’une part, que la dot des filles de Savoie n'avait jamais atteint ce chiffre et qu'elle ne pouvait s'élever qu’à 50.000 florins, d'autre part, que les deux domaines visés, après l'invasion suisse, n'avaient été réincorporés à la Couronne que par voie d'achat, sous le règne de Yolande. Marguerite, à titre transactionnel, le 12 août 1511, proposa le paiement d'une indemnité de 30.000 florins, en dix termes annuels (5). Nassau accepta (f)}. Peu après, sa femme mourut en septembre 1511 et ses obsèques furent célébrées à Bréda (”). Longtemps après,

(4) Mémoire non daté rédigé vers le 16 août 1511 (attribué à tort au 6 janvier 1471 par l'Inv. somm. des Archives du Nord, tome 1, première partie, B 750). Deux lettres, relatives au conflit soulevé par Louise de Savoie, doivent être restituées à 1511 bien que publiées dans CHAGNY, Gorrevod, pages 307 et 342, l'une à la date de 1514, l'autre à celle de 1517. Gf. CHAGNY, 0. c., pages 103 et 109 et aux Arch. Nord, L. M., n° 28163.

(3) Le mari de Françoise de Savoie avait, dans son palais de Bruxelles, d'après un témoin oculaire qui écrivait en 1517, « une grande chambre renfermant un lit géant, large de 34 palmes et long de 26. Le comte de Nassau l'a fait faire pour ses convives. Ce prince donne de fréquentes orgies et son plaisir est de faire boire ses invités jusqu'à ce qu'ils ne tiennent plus debout; quand ils tombent, on les emporte et on les couche sur ce lit ». A. de BEATis, Voyage du cardinal d'Aragon. Paris, 1913, p. 105.

Sur le mariage de Françoise de Savoie avec Henri, fils aîné d'Englebert de Nassau, célébré à Ainay (Rhône, cr° de Lyon) en présence de Louis XII, voir GacnarD, Voyages des souverains des Pays-Bas, t. 1, p. 292. Sur la réception de Françoise de Savoie dans les Pays-Bas, voir tbid., t. 1, p. 338.

(3) Instructions de Charles III à Montjovent [déc. 1508] (Arch. Nord, B 437, n° 17977).

(4) Charles II à Marguerite, 12 fév. [1511], Chambéry, dans CuaGny, Gorrevod, p. 100 d'après Nord, L. M., n° 36677. — Marguerite à Charles III, 13 mars 1511, Malines (Turin, Lett. pr. Savoia, mazzo 2). — Comte de Nassau à Marguerite, 4 juin 1511, dans VAN DEN BERGH, 0. c., [, page 25. |

(S) Arbitrage passé à Bois-le-Duc, le 13 août 1511, en présence de Chales et de Philippe d'Estavayer, représentants de Charles III, et de Laurent du Blioul, représentant du comte de Nassau (Nord, L. M., n° 28049. Voir la lettre de Marguerite du 13 août 1511 (Nord, B 439, n° 18056, cf. Turin, Arch. Cour, Protocole Cour, 166, fol. 8).

($) Acceptation donnée à Bruxelles, le 18 août 1511 par le comte de Nassau (Nord, B 439, n° 48054). Ratification par Charles III, le 26 avril 1512, après intervention d'Alexandre de Salenove (Turin, Protocole Cour, 166 fol. 8).

(7) Henri de Nassau à Marguerite, 29 sept. 1511, Bruxelles, en réponse aux condoléances que l'archiduchesse lui avait envoyées le 24 de ce mois. VAN DEN BERG, Corr. Marguerite d'Autriche, t. 1, p. 341.

en 1525, le besogneux Charles III n'était pas encore parvenu à payer les annuités promises (‘).

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans de plus amples détails pour prouver que Marguerite d'Autriche, perpétuellement déçue dans les affaires de son douaire, resta néanmoins toujours inébranlable dans la défense de son droit.

Le douaire savoyard, que gouvernait de loin le Conseil de Marguerite, était géré sur place par le Conseil de Bresse, par la Chambre des comptes de Bourg et par de nombreux officiers.

Tant que l’archiduchesse resta dans les états ducaux, Gorrevod, Gattinara, Barangier et Marnix, par leur présence et par leurs charges, exercèrent une action personnelle. Mais, quand Marguerite entraînera ses fidèles conseillers dans les Pays- Bas, tout en leur conservant les fonctions qu'ils remplissaient à Bourg, elle annihilera en fait leur influence locale. Gorrevod résidera vingt ans loin de la Bresse dont il avait le gouvernement, et le président Gattinara, retenu aussi à la cour des archiducs, malgré toute sa valeur et toute son énergie, ne pourra assurer la marche de la justice. L'absence des grands maîtres engendrera une désorganisation que devait encore aggraver la rivalité des pouvoirs entre l’archiduchesse d'Autriche et le duc de Savoie.

Quelques années avant que Marguerite parût, la ville de Bourg, avec son Conseil de Bresse et sa Chambre des comptes, avait fait figure de petite capitale (°). L’archiduchesse tenait beaucoup à maintenir ce rang au chef-lieu de son douaire. Elle obtint, par le Traité de Strasbourg, la restauration de ces deux corps, et poursuivra peu après l'érection de la ville en cité épiscopale.

Le Conseil de Bresse paraissait appelé à être, à pied d'œuvre, le plus ferme soutien du douaire. Mais, tandis qu’à Malines tous les efforts convergeaient pour défendre l'intérêt de la souveraine, à Bourg la mésintelligence des conseillers ne pouvait que susciter le désordre. Des circonstances défavorables furent plus fortes que les plus sages prévisions.

Depuis l’année 1507, date de l'installation de la Régente dans les Pays-Bas (27 mars), il n’y avait en réalité ni président, ni gouverneur de Bresse. Ces personnages figuraient sans doute sur le budget de la douairière et faisaient même sur place quelques apparitions, mais rares, fugitives, inopérantes. Un Vice-président était censé représenter les pouvoirs de Gattinara, de même que le Vice-bailli croyait

(1) Charles IIT à Marguerite, 27 février [1512], Genève, pour s'excuser de ne pouvoir effectuer le paiement promis à Nassau pour le mois d'août, les exigences suisses l'ayant obligé « d'emprompter argent de tous coustez » (Nord, L. M., 36683, cf. n° 36701). Le 28 août 1525, Mercurin de Gattinara et Laurent de Gorrevod rendaient un nouvel arbitrage sur les légitimes revendications du comte de Nassau (Turin, Arch. Cour, Matrimonii, mazzo 17, n° 2).

(2) Philippe de Bresse, en rentrant en possession du comté de Bresse, rétablit, en juin 1466, le Conseil de Bresse et la Chambre des comptes de Bourg. Son apanage comprenait la plupart des châtellenies bressanes devant constituer le douaire de Marguerite (LATFYSSONNIÈRE, Recherches département At tome v, p.95, 13). On conserve, aux Archives de cour à Turin (Materie politiche, Negoziazioni con Vienna, mazzo 1), de nombreuxes lettres de Philippe de Bresse adressées au Conseil de Bresse, à la Chambre des comptes de Bourg et à Pierre Badel, procureur de Bresse. Les Archives de l’Ain et celles de la Côte d'Or renferment aussi des renseignements utiles.

exercer les attributions de Gorrevod, mais aucun de ces suppléants n’avait d'autorité personnelle ; on ne se souciait de rien et le courrier était distribué par des gens non qualifiés (*). Le prétoire de Bourg devenait essentiellement bressan ; dans ce tribunal minuscule, chacun commandait, personne n'obéissait. M. le Vice-bailli, M. le Viceprésident, M. le Lieutenant de Bresse se disputaient la première place. Tous ces chats fourrés se connaissaient de trop longue date pour céder le pas et les esprits s'échauffaient pour des vétilles. Les magistrats de Bourg, bornant leur horizon aux murs de la cité, auraient pu être des sages, si l'absence de direction ne les avait rendus désagréables, cassants, autoritaires ; et cependant en leur for intérieur, dans leur plantureux pays, ils étaient bons vivants, hospitaliers, se délectant à la pensée d'une belle fondue au fromage ou d’un verre de vin bourru (?), plus soucieux de leurs vendanges que de l’archiduchesse (*). Exceptionnellement, on trouvera des zélés, tels le procureur Laurent de Gattinara ou l'avocat fiscal Puget (*) qui prendront vraiment à cœur leur devoir. Mais le premier était un étranger, frère du chef du Conseil privé, et le second un personnage essentiellement remuant. Et puis, il fallait aussi tenir compte des influences féminines: « Madame la Presidente », « Madame la Maistresse » reccvaient volontiers à Bourg (f) tandis que leurs maris étaient retenus à Malines ; le président Gattinara et le maître des requêtes Barangier, après avoir reçu des nouvelles de leur maisonnée, revoyaient, par un détail typique, tels qu'ils les avaient connus, gens et choses pour ainsi dire sans changement, dans l’immobilité de la petite ville.

Les gens du Palais avaient été émus, au moment du départ de la douairière, par des mutations dans le personnel. En l’absence des Grands maîtres, il y eut dans le camp des robins des « picques quy estoient bien deshonnestes...». Le lieutenant de Bresse, Claude de Sale, qui avait espéré de l'avancement, se désintéressa des affaires, trouvant quelque prétexte pour se faire suppléer. Sans doute le magistrat déçu avertira le Gouverneur de Bresse des atteintes portées contre l'autorité de Marguerite, mais avec les réticences d’un homme qui ne veut pas se compromettre, sans détails précis, se refusant à entrer dans le vif, réservant à Barangier, dont l'arrivée était prochaine, le soin de « veoir qui parlera plus hardiement au vray et à decouvert » ; il faisait d’ailleurs entendre que la véritable cause de ces noises était le départ du

(3) Gaspard Guiot à Jean de Marnix, 28 juillet, Bourg. « Quand on mande le pacquet, on le devroit adresser à mons. le vy-president qui est chief du Conseil, quart en verité ceux qu'on advertit de recoyvré le pacquet ouvrent toutes les lettres et puis donnent celle qui vuillient » (Orig., sans millésime, Arch. Nord, L. M., n° 38027).

(2) Combet à Barangier, 21 nov., Bourg (Orig. sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 37488). (5) Laurent de Gorrevod à Barangier, 22 septembre [1509], dans CHacny, Gorrerod, p. 72.

(*) Noël Puget était déjà avocat fiscal de Bresse en 1509. Baux, Hist. de Brou, 2° édition, p. 377. Cf. CaAGNy, Gorrevod, page 31, note 1. Dans une lettre adressée à Barangier, de Bourg, le 31 juillet, sans millésime, Noël lui dit : « Je suys devenu françoys et n'a tenuz que a moy que je n'aye heu avancement leans, mais je n'abandonnerés jamais madicte dame tant qui luy plera ce servir de moy » (Arch. Nord, L. M., n° 33854).

(5) Le célèbre Jean Perréal fit, en 1511, « de crayons que n'est que demi-couleurs, le visage de Madame la Maitresse » (Paris, Bibl. nat., nouv. acq. 1412, dans Bancez, Jeun Perréal, p. 206). La femme de Barangier s'appelait Claude Grillet et vivait à Bourg avec son fils (Arch. Nord, L. M., n° 26601 et 26625).

Gouverneur et du Président (1). L'avocat fiscal Puget témoignait plus de franchise : « Et vous promes, Madame, écrivait-il à Marguerite, qu'y seroyt bien necessere que vous heussiés quelcung ycy pour advisé en vous afferes et mesmement au faict de la justice, que je scey avés a cueur sur toutes les aultres chouses, car, jusques a ceste heure, j'ay faict de mon cousté le myeulx que j'ai peuz. Mais je n’y voys plus remede que les chousses ce puysse conduyre que vostre auctorité ne soyt grandement lesié, sinon qu'il y ait ycy quelcung de vostre part, car vous avés icy des lieutenans qui ont, par leur deffaulte, layssé en beaulcoup de passages vostre auctorité » (?). Claude Combet, qui succédait à Sale comme lieutenant de Bresse, était un magistrat capable mais âpre au gain, quémandeur et un peu fat, disant sans ombre de modestie : « Je guyde ceste charrete de justice a mon endroict de la melieure diligence qu'a moy est possible en la crainte de Dieu et de vous, en a checung rendant justice de sorte que seulx qui ayment justice se contentent » (*). Il donnait, comme preuve de son zèle, l’abandon de sa profession d'avocat : « Si je crenoye a fere justice, déjà je ne seroye pas a vostre servise, ayns de ceulx que je crendoye, etsans avarice, car ma practique m’estoye plus revenable de la moytié que l'office, et sans faveur, quar nul ne sçaroye soi venté a la verité que je l’aye pourté en justice ne par estre de lignage, ne par estre grand maistre, ne par aultre occasion de faveur, et sans [hJayne et vengeance de nul »(). Le désintéressé Combet avait en réalité réussi à se faire payer six fois la valeur d'une suppléance (f) et, s’il se contentait des gages de la lieutenance, c'était en homme duement averti qu'il serait remplacé à moindres frais (*). Comme tous les hommes en place, le personnage ne manquait point d'ennemis. On ne négligeait point de faire observer à son endroit qu'il était « homme particulier et affectionné, tousjours d'ung costé ou d'autre », et qu’il prétendait n’agir qu’à sa tête « comme il a accoustumé », même dans les affaires où l'intervention du procureur était de droit strict. Quand Charles III vint tenir ses assises à Bourg, on vit défiler pendant deux jours nombre de « gens de bien » venant se plaindre de l'omnipotent magistrat qui crut habile, en présence du souverain, d'afficher son loyalisme savoyard. « Il vint dyre a mondict seigneur [de Savoie]

(t) Claude de Sale à Laurent de Gorrevod, 22 sept. [1508], dans Cnacny, Gorrevod, p. 28 (d'après Nord, L.M., n° 37576). Claude de Sale (Claudius de Aula), après avoir pris du service en France auprès de Louis XII et de la comtesse d'Angoulême, revint à Bourg auprès de Marguerite (Nord, L.M., n° 37697). Ce personnage exerça les fonctions de lieutenant de Bresse à partir de 1505 et mourut entre le 30 juin 1509 et le 148 avril 1510 (Arch. Nord, B 203, fol. 32). Sa femme, Marguerite Deverez, fut chargée de garder les bagages de l'archiduchesse, déposés, de novembre 1506 à mars 1507, au couvent de Saint-François, à Bourg (Arch. Nord, L.M., n°: 37697, 37698).

(2) Noël Puget à Marguerite, 27 septembre [1508), dans CHaGny, Gorrevod, p. 30.

(3) Combet à Marguerite, 22 août, Bourg (Orig., sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 37485).

(4) Combet à Marguerite, 28 juillet 1511 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 27699).

(5) Combet, quand il était suppléant de Claude de Sale, lieutenant de Bresse, se serait fait payer 1.300 florins pour un service représentant 200 florins (Marguerite Deverez à Marguerite d'Autriche, 20 déc. [1510], Orig., Nord, L. M., n° 33697). Combet fut syndic de Bourg en 1504 (Rev. Soc. litt. Ain, 1888, page 154), lieutenant de Bresse de 1508 à 1514, puis conseiller du Conseil de Bresse et de nouveau lieutenant de Bresse le 18 juillet 1517. Il vivait encore le 18 juin 1518 (Arch. Nord, B 2278, fol. 32).

(6) Marguerite à [Louis de Balliant, décembre 1508], dans CHaAGnyx, Gorrevod, page 42 (d'après Arch. Nord, L.M., n° 44174). L'éditeur a fait une erreur en croyant que cette lettre était adressée à Jean Lemaire.

publicquement, luy cuidant complaire et en ma presence, Madame, qu'il n’estoyt point margaritain, dont mondit seigneur luy feist une honteusse responce, et depuis, ne le voulsist veoyrneouyr; et dit publicquement qu'il est lieutenant demondictseigneur » ({). Le lieutenant de Bresse disait tout haut ce que d’autres pensaient tout bas; de cœur, ils étaient presque tous avec Charles III. Quand on sollicita l’avis du Conseil sur le différend de la châtellenie de Surpierre, ce domaine du pays de Vaud si souvent revendiqué par la douairière, le procureur estima que l’on devait communiquer la lettre du duc à Marguerite, mais, sauf lui et l'avocat fiscal, « Messeigneurs du Conseil furent trestous de contrayre oppinion, comme ceulx qui craignent desplaire a mondict seigneur et qui doubtent encouryr sa male grace, et tout pour vous dyre veryté, comme gens de court qui vont à Plaisance et laissent Veronne (À) ».

Ce fâcheux état d'esprit paraîtrait inexplicable si l'on ne connaissait certaines stipulations du Traité de Strasbourg. La Régente était douairière en Savoie, mais non souveraine. Ses droits étaient limités en matière domaniale et plus encore dans les choses judiciaires. Sans doute certains revenus, provenant de l'exercice de la juridiction au premier et au second degré, lui étaient reconnus, par exemple, le produit des amendes et celui des compositions judiciaires, l’échute des mainmortables (*), la succession des hérétiques. Mais l'archiduchesse ne pouvait faire aucune innovation, ni créer des judicatures d'appel, ni établir de nouveaux impôts. Le duc, au contraire, de par le même traité, affirmait son autorité éminente en recevant les hommages de la noblesse, délivrant les lettres de grâce, connaissant des crimes de lèse-majesté ou de faux-monnayage, jugeant en appel les causes de Bresse ; Charles III, en somme, exerçait des droits pour ainsi dire régaliens. Le faible devenait un fort, parce qu’il restait dans le domaine juridique, soutenu par la phalange des légistes du Conseil de Chambéry. Aussi le Traité de Strasbourg, déjà riche en possibilités de conflits, deviendra-t-il, entre les mains des magistrats savoyards, avec la complicité des officiers bressans, une source de différends perpétuels.

Les querelles intestines des juges de Bourg devaient avoir des conséquences néfastes pour la répression des délits. « Ung tas de gens du pays de Bresse et d'environ, gentilhommes et autres tres mal condicionnéz.…., ne cessent journellement de se assembler, envahir, piglier et desrober gens deça et della.…., tellement qu'il y a, a ceste heure, personne qui ose vuydier sa maison... »(*). Un procureur énergique, Mamert de Costis, fit des exécutions exemplaires : « À Bagié (Bâgé), a esté pendu le Rosty, à Chastillion (Chatillon-lez-Dombes) décapité celluy qui se faisoit nomer le Petit Savoye, et au mylieu de vostre cité de Bourg mys en quartier le nommé Golevant,

(*) Laurent de Gattinara à Barang'er, 14 novembre [1510] (Autogr., Arch. Nord, L.M.,

(2) Laurent de Gattinara à Barangier, 7 février [1511] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 26988).

(3) La condition juridique des personnes astreintes à la mainmorte soulevait de multiples réclamations. Les gens du fisc ne pouvaient que défendre les intérêts de la couronne en écartant ces doléances, faisant remarquer qu’à Bourg même, malgré les privilèges accordés aux étrangers après une année de résidence, le droit de mainmorte subsistait au profit du prince, comme aussi l'échute des bâtards, même de noble extraction.

(*) Marguerite au [procureur de Bresse, vers 1510] (Minute, Arch. Nord, L.M., n° 27208). « Nous esbayssions que vous et autres noz officiers de Bresse n'y remediéz autrement, et mesmement vous a cuy il est plus loysible fere telles poursuytes que a gens de longe robbe » (Ibidem).

qu'estoit chef de bende, les aultres fustigués et bampnys a tant que je laysse vostre pays de Bresse purgé de telz meschens, et vosire peuple consolé... » (‘). Mais il y avait encore d’autres malandrins : « Quant aux desordres, bapteries, larrecins, insolences et aultres excez qu'ont esté faictz icy de nuyt (à Bourg) par le passé, déclare le Conseil de Bresse, l'on y a procedé par justice. les ungs ont esté bampnys, les aultres s’en sont fouyr, et les aultres, allegans tiltre de clericature, remis par devant l'official de la court ecclesiastique.… »(?). Et les malheureux habitants avaicut à se défendre aussi des gens de guerre (5).

A la cour de Malines, on ne restait point indifférent aux avis prodigués à l’archiduchesse. Le Conseil privé, pour essayer de remettre en place choses et gens, délégua à diverses reprises quelques-uns de ses membres pour restaurer l'autorité défaillante.

Quand on apprenait, en Bresse, la prochaine arrivée d’un grand maître des Pays- Bas, tout paraissait s’assoupir. Gorrevod était annoncé en 1508 ; mais ce personnage, empêché par une mission diplomatique en Angleterre, fut suppléé par un maître des requêtes de la douairière, le savoyard Louis de Balliant, seigneur de Verboz, qui chemina à travers les pentes rocailleuses du Bugey pour se rendre à Bourg. I] fit aux magistrats les « exhortations necessaires», parlant de déplacer l’exigeant Combet, mettant le lieutenant Claude de Sale dans l'obligation de servir ou de quitter la douairière sans « tousjours avoir deux partis en mains » (*). Le Président Gattinara vint aussi à son tour morigéner ses anciens collaborateurs, mais en courant (). Enfin Gorrevod parut en personne. Il venait se remarier en Bresse et profita du voyage pour essayer une petite mercuriale : « Et ay raliés tous vous gens de Concel ansamble, écrivait-il à Marguerite de Bourg le 6 mai 1509 avec son orthographe de grand seigneur, lequeux ont deleset toutes leur parcialitéz et m'ont tous promis de bien exercé leurs ofices en fesan bonne justice et vous leaumant servir, et je leur ai promis que sy il li en ast point qui ne s’acquite comme y doit et que soit tenuz de faire, que je les changeray et en metray des aultres.… » (*). Et de fait, pendant quelques mois, la « charrette de la justice » parut sortir de l'ornière.

(1) [Mamert] de Costis à Marguerite, 6 août [1516], Bourg (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 37500).

(2) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 2 septembre 1527, Bourg (Arch. Nord, L. M., n° 44269).

(3) Laurent de Gorrevod réussit à empêcher le passage d'une bande de gens d'armes par la Bresse (Voir sa lettre du 16 juillet 1509, Arch. Nord, L.M., n° 25794). Mandement de Marguerite portant don de 200 florins au seigneur de Mont Désert, capitaine et châtelain de Bâgé, pour « peines par luy prinses afin d'arreter l'entrée d'aucuns gens d'armes en nostre pays de Bresse » (21 sept. 1513, Nord, B 2230, fol. 20). Voir aussi la lettre du Conseil de Bresse à Marguerite, du 30 sept. [1523], Bourg, relative aux dévastations des gens de guerre (Nord, L.M., n° 3432).

(&) Marguerite [à Louis de Balliant, décembre 1508], dans CnaGnv, Gorrevcd. page 41.

(5) M. de Gattinara à Marguerite, 24 avril 1509, dans LE GLay, Négociations, tome 1, p. 248.

(6) Laurent de Gorrevod à Marguerite, 6 mai [1509], Bourg, dans CHAGNy, Gorrevod, p. 56. Le mariage de ce personnage avec Claude de Rivoire, sa seconde femme, a été l'objet d'un contrat passé à Montluel, le 30 juin 14509. Pendant l’année 1510, le Conseil de Bresse était ainsi composé : Vice-Baïllr, le seigneur de La Perose, avec 300 florins de gages annuels; Lieutenant de Bresse, Claude Combet, 300 fl. ; Vice-Président, Thomas Bergier, 200 fi. ; Avocat fiscal, Noël Puget, 200 f. ; Procureur fiscal de Bresse, [Louis Favre ?], 100 fl. La pièce de comptabilité qui nous donne ces noms fait aussi connaître la composition de la Chambre des comptes dont les membres étaient appelés aussi à délibérer au Conseil : Maîtres des cymptes, Louis Barangier, 200 fl. (résidant à Malines) ; Étienne Chivilliard, 300 f.; Bon Badel, 200 A. ; Clavatre des comptes, Jean de Marnix, 100 fl. (résidant à Malines); Receveur des comptes,

Puis, après le départ des grands maîtres, les robins bressans reprenaient leurs querelles. Le Conseil de Bourg restait un foyer d'anarchie et personne ne se rencontrait pour faire « charrier droit ces folz clercs » (‘). Et l'on comprend le cri d'alarme de Jean de Marnix, alors de passage : « Touchant les affaires de Madame de par deça, je vous asseure qu'ilz sont en maulvais trayn et tres mal gouvernéz, mais je ne seroie riens faire sans esclandre. Tous les pays sont sans justice et s'entretue l'ung l’aultre cruelement. Les droiz de Madame sont tres mal gardéz et n’y a nul qui y pourvoie, ains gist le tout en dissimulacion. {nlelligenti pauca » (?).

Le désordre fut poussé à un tel point que la douairière jugea nécessaire de recourir à des mesures d'extrême rigueur. Le duc fut averti qu'elle avait fait appel à des magistrats étrangers aux querelles locales, à deux membres expérimentés du Parlement de Dôle, leur donnant pleins pouvoirs pour diriger une instruction. Il fallait établir les « exactions, concussions et prevarications » des officiers du Conseil, la « foule et opression » des sujets de l’archiduchesse, la « diminucion de son auctorité et justice » (*). Le texte de l'enquête dressée par Adrien de Salives et Louis de Marenches ne nous est pas connu, mais il est certain que trois fonctionnaires furent frappés: par patentes du 18 juillet 1517, la douairière destituait Mamert de Costis, lieutenant de Bresse, Noël Puget, avocat fiscal, juge du comté de Villars, et Louis Favre, procureur, remplacés le premier par Claude Combet, le second par Claude Guyod et le dernier par Jean Buatier (*). Le maître des comptes Bon Badel, le trésorier du douaire Louis Vionet et le contrôleur des travaux de Brou Pierre Le Guat, visés par l'assignation, ne furent pas autrement inquiétés (5).

L'un des magistrats révoqués, Noël Puget, se défendit vigoureusement, ne craignant point de faire intervenir dans son affaire des juges étrangers, faisant lancer un monitoire contre ceux qui l'avaient chargé dans l'instruction, accusant tout particulièrement le vice-président Bergier, le maïtre Badel et le trésorier Vionet, suspectant l'impartialité du Conseil privé, parlant même des intelligences et des parentés que ses accusateurs auraient eues dans le monde de la Cour (f). En recourant à la procédure canonique, Puget faisait évoquer sa cause devant une juridiction ecclésiastique, celle d'Avignon, tout en promettant de se soumettre à la justice de la douairière si l'on voulait bien lui communiquer, suivant le droit fixé par les Statuts de Savoie, le double de l'enquête dirigée contre lui. Le demandeur

Gaspard Guyot, 100 fl. ; Trésorier du douaire, Louis Vionet, 500 fl. Il est à remarquer que sur cet état ne figurent ni Gattinara qui était président de Bresse, ni Gorrevod qui, en raison de ses fonctions de gouverneur, détenait l'office de baïilli. Tous deux résidaient à Malines (Rôle dressé pour l'exercice 1°" janvier-31 décembre 1510 par Vionet (Arch. Nord, B 753, n° 16601).

(1) Louis de Balliant à Laurent de Gorrevod, 23 février [1511] (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 36940).

(2) [J. de Marnix] à Barangier, 27 février [1513], Moûtiers (Orig., Arch. Nord, n° 28680).

(5) Instructions de Marguerite au seigneur de Bellegarde, envoyé en mission en Savoie, 18 septembre 1516 (Turin, Arch. Cour, Protocole 137, folio 91 verso).

(*) Lettres patentes de Marguerite, 18 juillet 1517, Middelbourg (Minute, Arch. Nord, B 755,

(5) Adrien de Salives et Louis de Marenches à Marguerite, 29 janvier 1518, n. st., Bourg (Orig., Arch. Nord, B 755, n° 16833).

(6) Noël Puget à Marguerite, 7 juillet [1518], Bourg (Autogr., Arch. Nord, L. M., n° 38843).

n'était point d'ailleurs sans amis. Le comte de Genevois (*) et Louis de Gorrevod, évêque de Maurienne, intervinrent en sa faveur. L'archiduchesse confia même à ce dernier le soin de prendre des renseignements supplémentaires, ne voulant point « fere chose scandaleuse ny contre justice ou a la charge de sa conscience » (?). Les témoignages recueillis furent favorables au plaignant (*). Mamert de Costis, autre victime, fut aussi chaleureusement défendu par le même prélat ; l’inculpé aurait été suspendu alors qu’il était absent, occupé aux missions dont la douairière l'avait chargé à Rome pour les affaires de l'évêché de Bourg et la promotion de l'évêque de Maurienne au Sacré Collège; il fut réintégré par patentes du 14 mars 1519 (!).

La rigoureuse enquête des parlementaires bourguignons mit une sourdine aux « piques, inimicitiés et parcialitéz » qui séparaient les membres du Conseil de Bresse. L'autorité du Vice-président fut proclamée; il eut mission de présider le Conseil, malgré les prétentions du Lieutenant de Bresse et du Vice-bailli. La douairière décida expressément que le Vice-président, « en l'absence de nosdicts Gouverneur ou President, soit Chief et preside lesdicts Visbailli, Lieutenant et nosdicts autres officiers dudict pays, et, selon l'opportunité des affere, qu'il manie eulx et les autres gens de nostre Conseil en la Chambre... a peyne d'estre suspenduz de leurs offices par ledict Vis-president.. » (°).

On prit aussi des mesures pour donner plus de tenue aux séances du tribunal. Quand une affaire était mise en délibération, les magistrats ne se contentaient point d'opiner du bonnet: c'était proprement la cour du roi Pétaud. Le substitut refusait d'obéir à son procureur, lui disant catégoriquement qu'il était aussi « grand maistre » que lui et qu'il ne pouvait rien lui commander « en l'office de procuracion » (°). L’archiduchesse intervint impérieusement dans ces chicanes : « Que nul n'aye a parler audict Conseil tant que l'autre parlera a cuy sera son rang de parler et que nostredict Vis-président demandera les oppignions ; item, que ne soient dites aucunes parolles injurieuses de l'ung a l’aultre » (”).

La seule décision qui pouvait pacifier les esprits fut enfin prise. Le président de Bresse, Mercurin de Gattinara, ne résidant plus à Bourg depuis son départ pour les Pays-Bas, c'est-à-dire depuis douze ans, allait être nommé aux fonctions éminentes de Grand chancelier de Charles-Quint. Avant de se rendre en Espagne, il conseilla à l'archiduchesse de lui donner comme successeur le fidèle Thomas Bergier, qui, depuis dix ans, dans une situation équivoque, avait assuré en Bresse la direction de la

(*) Philippe de Savoie à Marguerite, 7 février [1519], Chambéry (Arch. Nord, L.M., n° 36846).

(2) Marguerite à Louis de Gorrevod, 5 mai 1519, dans CHAGNY, Gorrevod, page 415.

(8) Louis de Gorrevod à Marguerite, 13 octobre [1519], dans CHaGny, Gorrevod, page 421.

(#) Louis de Gorrevod à Marguerite, 29 janvier [1519], Genève (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 37955). Mamert de Costis, docteur en droit, nommé lieutenant de Bresse vers le 21 mars [1514] (Arch. Nord, L. M., n° 37498), destitué le 18 septembre 1517, fut réintégré en mars 1519 (Ibid., n°° 37501 et 31539; cf. B 2252, fol. 54 v.). Il fut remplacé comme lieutenant de Bresse le 18 février 1527 n. st. par Benoît Favre, docteur en droit (Jbid., n° 39718).

(6) Combet à Marguerite, 18 février (Orig., sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 44291). Ce personnage promet de laisser la première place au vice-président.

(6) Procureur de Bresse à Barangier, 1° août, Bourg (Orig., sans millésime, Arch. Nord, L.M., n° 44301).

(7) Marguerite aux officiers de Bresse, [18 juillet 1517] (Minute, Arch. Nord, B 755, n° 168382).

justice. La nomination de ce magistrat à la présidence, le 30 juin 1519 (*), semble avoir mis fin aux querelles.

Le Conseil de Bresse avait tout le caractère d'un tribunal, constituant essentiellement une juridiction d'appel au second degré, mais non souveraine. Des attributions politiques et administratives lui furent sans doute réservées, au moment de l'érection de l'apanage de Philippe sans Terre et lors du Traité de Strasbourg. Mais, pas plus dans cette nouvelle compétence que dans la judiciaire, le Conseil n'était souverain. Il ressortissait, d'une part, du Conseil privé de l’archiduchesse pour l'administration, d'autre part, pour la justice, du Conseil résidant de Chambéry, juge en dernier ressort.

Le Conseil de Bresse (Consilium Burgi residens) qui tenait séance à Bourg dans l'Hôtel de Gorrevod (?), avait un sceau aux armes de la douairière, à l’écu parti de Savoie et de Bourgogne (*). Sa fonction primordiale était d'exercer la justice en appel des sentences rendues en première instance par les châtelains. Au mois de novembre de chaque année, en se conformant aux sages prescriptions des Stalula Sabaudie, dont Charles III devait faire une révision (*), le Lieutenant se rendait sur place, châtellenie par châtellenie, afin de tenir ses assises (Ÿ), prononçant les amendes nécessaires pour entretenir les sujets dans une crainte salutaire, non sans soulever parfois les récriminations du peuple qui se faisait entendre, par la voix du Tiers, aux

(1) Commission délivrée par Marguerite à Thomas Bergier, docteur en droit, vice-président, pour occuper la présidence du Conseil de Bresse, 30 juin 1519, Bruxelles (Nord, L. M., n° 39360). Avant que Gattinara ne fut président, cet office était détenu par Jean Clopet, marié à Sandre Félix, belle-mère de Louis Barangier. Th. Bergier est déjà vice-président le 12 nov. 1509 (Baux, Hist. Brou, 2° éd., p. 377, Il fut syndic de Bourg en 1518 (Revue Soc. litt. Ain, 1888, p. 154).

(2?) Défense faite par le Conseil de Bresse, le 7 juillet 1512 d'exporter les blés avec ce protocole : « Consilium illustrissime domine nostre domine Margarite, Austrie et Burgundie ducisse, vidue Sabaudie, comitisse Burgondie, Quadrilegii (= Charolais), de Villars et Baugiaci, Vuaudique et Foucigniaci ac patriarum Breyssie etc. domine, Burgi residens..…….: Per Consilium, presentibus dominis Thoma Bergerii, vice-presidenti, C. Combeti, locumtenente Noe Pugeti, advocato fiscali et Bono Badelli, ex magistris computorum » (Arch. Nord, B 754, n° 16644). Le Conseil siégeait, en 1523, dans la maison de Laurent de Gorrevod (Arch. Nord, L. M., n° 44263).

(3) En 1505, le Conseil privé de Marguerite chargea Barangier de faire exécuter un sceau pour le Conseil de Bresse et les pays du douaire : « Touchant les seaux dont l'on doit seeler au Conseilz de madicte dame et es pays de Bresse et Foucigny et Villars, Madame ordonne qu'ils soient faitz quatre seaulx armoyés des armes de madicte dame et sera mys en escript a l’entour ainsi que se advisera. Messire Loys [Barangier] en a la charge » (Minute, Arch. Nord, L.M., n° 44187). On conserve un exemplaire Au cachet du Conseil de Bresse sur papier (Nord, L. M., n° 44312, pièce non datée) à l'écu parti de Savoie et de Bourgogne, avec la légende S [igillum], D [omine] Margarite d [ucisse] S [a] b [audie]. Voir aussi Arch. Nord, L. M., n° 44261, pièce du 14 janvier 1917.

(+) Mamert de Costis à Marguerite, 26 oct. [1513], Chambéry : « Estant yci devers mon tres redoubté seigneur, lequel par avant m'avoit mandé aux exeques de feu madame Glaude, sa mere... 1] m'a fait donner le double des statuz par 1y faitz nouvellement pour la refformation generale de sa justice et m'a donné charge yÿceulx vous envoyer et lesquelz vous envoye pour veoir si en nen est contraire a voz traictéz, que pas n'entend mondict seigneur, comme il m'a dist. S'il est vostre bon plaisir, yYceulx feré observer en voz pais de par dessa.. » (Arch. Nord, L. M., orig., n° 30963). Les statuts de Savoie furent publiés le 10 octobre 1513. DuBoix, Raccolta delle leggt. t. ur, p. 1627.

($) Instructions de Marguerite adressées au Conseil de Bresse et à la Chambre des comptes de Chambéry, 22 juin 1524 (Arch. Nord, B 755, n° 17140).

États généraux de Savoie (‘). Il fallait empécher les empiètements sur la juridiction de la douairière, menacée non seulement par les justices seigneuriales (?)}, mais encore par l'Ordinaire, depuis l'érection du diocèse éphémère de Bourg (). Combet nous a laissé un souvenir de ses impressions sur les justiciables, au cours de l’une de ses tournées : « Touchant les assisez, tout demeure ou sens et a la discrecion du juge et n’est pas l’assise pour cmolument avoyr, si non en consequence, mes principalement pour mectre et entretenir es paysans en la crainte et amceur de Dieu et de vous et de la justice et de vous officicrs et de vivre entre eux en pays, en ameur et en charité et bonne pacience l'ung de l'aultre. Et seulx qu'il ainsy ne se veullent depourter, est bien rayson qu’il soyent jugiéz a quelque emande pour estre chastié, et ousy est bien raisonable que seulx qu'il viennent demandé mercir de cest a quoy il sont condempné que leur humilité soye acceptée et l’'emande soyt abessée ou sens du juge qui ne sçaroiet mal fere si son entention est bonne, quar Dieu encline le bon juge a fere tout raysonablement et par bonne discretion. Or est il a noter que les bonnes gens, a de foy, ne sçavent si on esté comdempnéz jusque le chastellein leur demandent, alors ils venent estre mercié ou interjectent appellation. Certes, il est miculx de les mercié, que leur laissé fere dispense en proces par pluseurs raisons » (f).

Le Conseil de Bresse avait aussi des attributions administratives qu'il remplissait le plus souvent avec le concours des Maïtres des comptes. Il donnait par exemple son avis sur l'utilité de pourvoir la châtellenie de Miribel plutôt par voie de nomination que par adjudication, dans l'intérêt des habitants, car « bien peu souvent advient que admodiation leur soit soulagement et proffit ». Le Conseil s’occupait aussi de l'entretien des bâtiments, signalant le mauvais état de la grande tour du château de Pont-d'Ain (5) ou surveillant les travaux de l’église de Brou (‘). Il connaissait encore des matières bénéficiales, en raison de l'indult accordé par le Saint-Siège pour la collation des bénéfices du douaire (?). Il pouvait collaborer à des œuvres économiques intéressantes telles que l’assèchement des marais. Une tentative de ce genre fut en effet commencée du temps de la douairière, dans la petite localité des Échets, près de Trévoux. Sur place, le châtelain de Miribel prenait à ce travail le plus vif intérêt : « Sy vous vollés bouter la chose en avent que Madame fist vuydé le lac d'Esches en deux ans, on y feroit le plus fort et Madame aura legerement le consentement du roy [de France], et james en Bresse ne fut sy grant richesse ce cela se faisoit, car tout le monde prieroit (ms. prysoit) pour la prosperité de Madame et de tous ceulx la

er

(!) Doléances du Tiers état des châtellenies de Saint-Sorlin et de Lagnieu à la session des États généraux tenus à Moûtiers, le 15 septembre 1522. LATEYSSONNIÈRE, Recherches département Aun, tome v, page 106.

2) Philippe de Lannoy à Marguerite [vers 1530] (Autogr., Arch. Nord, L. M., n° 38229).

(3) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 30 septembre [1523], Bourg (Orig. signé Guar, Arch. Nord, L. M., n° 34327).

(8) Claude Combet à Marguerite, 28 juillet 1511 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 27699). (5) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 14 octobre 1523 (Qrig., Arch. Nord, L. M., n° 443214). ($) Cocuin et BRUCHET, Lettre inédite de Mirhel Colombe, page 50, note 1.

(7) Le Conseil de Bresse et la Chambre des comptes de Bourg à Marguerite, 1° août 1517. (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 44323).

qui le feront faire » (‘). Il fallait, en effet, le consentement de Louis XII, parce que le canal d'évacuation amenait les eaux de la Saône sur terre française près du château de Roche-Taillée. Les travaux auxquels s’intéressa la douairière seront terminés après sa mort.

En somme l’archiduchesse, malgré son éloignement, n'était pas indifférente à la prospérité du pays, ayant déjà donné à ses sujets, lorsqu'elle séjournait en Bresse, de nombreuses preuves de sollicitude. À Bourg, par une ordonnance du 4 juin 1506, Marguerite avait réglementé la police des marchés, des cabarets et des boulangeries, et empêché la sortie des denrées et leur accaparement. Le tarif des aubergistes était fixé à 7 sous de Savoie par jour, par homme et cheval, soit trois sous pour le dîner et quatre pour le souper. Les boulangeries devaient être inspectées deux fois par semaine, et, en cas de tricherie sur le poids, on confisquait le pain. De sages mesures d'hygiène étaient prescrites pour enrayer les épidémies. L'ordonnance du 4 juin 1506 portait « que ung chascun de ladite ville de Bourg doige, une fois la semaine, faire mectre devant leurs maisons et estables toutes ordures, femiers et immundices, et faire nectier les conduicts et retraictz estantz contre et derriere les maisons afin que inconvenient et peste ne puisse sourdre ..…. et ce, sur peine de LX solz…. (?) ». Les habitants se souvenaient, non sans terreur, de la fameuse mortalité de 1504 (*) qui fut invoquée par les syndics pour essayer d'échapper à l'impôt, rappelant que les habitants de Bourg avaient été « contraints de laisser leurs propres maisons et s’enfouyr aux champs ». Leur délégué Louis Favre tenta vainement d'apitoyer la douairière qui se trouvait alors en Alsace, à Ensisheim, au mois de janvier 1507 (!). En 1523, la maladie se déclara encore à Bourg dès le mois de mars. Dans la maison de Laurent de Gorrevod, servant de lieu de réunion au Conseil de Bresse, un maître queux fut atteint par la contagion. Les magistrats quittèrent la ville, allant s'établir sur une hauteur à Ceyzériat pour ne revenir que le 2 septembre (f). Un capitaine fut chargé par la municipalité de secourir les pestiférés et de les « pourveoir des vivres, y mectre bonne ordonnance, garder que lesditz infectz et pestiffereux ne se meslassent avecques les seins, aussy conduyre ceux que prennent

(!) Divers documents sur l’assèchement des Echets (Ain, art de Trévoux, c° de Trannoye) concernant la période de 1513 à 1529 sont conservés aux Archives du Nord, L. M., n° 30887, 71961, 39834, 46207 ; aux Archives de la Côte-d'Or, B 7828 ; aux Arch. de Cour, à Turin, Lettere principi Savoia, mazzo 2 ; aux Archives Camérales de Turin, Comptes du trésorier général de Savoie 190 fol. 191 verso, 191 fol. 111 verso, 192 fol. 75 verso. Cf. Duray, Le lac ou marais des Echets dans Rev. Soc. litt. Ain, 1879, page 291.

(2) Ordonnance de police du 4 juin 1506 (Arch. Nord, B 663, n° 16576).

(3) Délibération de la ville de Bourg, 19 juin 1506, citée dans Bull. Soc. sc. nat. Ain, 1905, page 105, note 3. L'épidémie avait un caractère endémique et l'année suivante, on signale son apparition dans la région de Pont-d'Ain : « ….Prie a Nostre Seigneur, Madame, que... vous doint bon vouloyr de venir voyr le Benoist Sainct Suayre auquel vous av recommandé, et qu'il luy plaist vous garder et tous ceulx de vostre Mavson d'empvdemie par ce que l'ung me dvsoye qu'il en avoit bien pres de Pont d'Avns..… Vostre humble mere, GLAUDE » (Claude de Brosse à Marguerite [fin octobre 1505], orig., Arch. Nord, L. M., n° 24124). |

(4) Mandement de Marguerite, 12 janvier 1507, n.st., Ensisheim, avec la requête du Conseil de Bourg. (Copie, Arch. Nord, L. M., n° 44423).

(5) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 22 septembre [1523] (Arch. Nord, L. M., n° 14263 ; cf. 44264, 44273).

mal, les fere confesser, fayre fere les loges (dans les) champs, fere inhumer et enscpvelir les mors () ».

Dans l'administration du douaire, le Conseil de Bresse élait secondé par la Chambre des comptes de Bourg. Mais il ne faudrait point croire que cette institution eût le caractère d’un corps indépendant.

La Chambre des comptes de Bourg, bien qu’expressément ainsi dénommée dans le Traité du douaire, ne fut, du temps de la douairière, qu’une section du Conseil de Bresse. Sans doute, les suscriptions de ses lettres ou les signatures portent : la Chambre des comples de Bourg, les Auditeurs des comples, mais cette Chambre n'avait qu'un Premier maître, garde du sceau, ayant la signature ainsi que le receveur des comptes, tous deux placés sous les ordres du Vice-président de Bresse. Ce dernier était, en l'absence du Gouverneur et du Président de Bresse, le chef non seulement du Conseil, mais aussi des autres officiers du douaire, notamment des maîtres des comptes (?). Ces derniers assistaient d’ailleurs aux séances du Conseil (*), prêtaient serment lors de leur installation entre les mains du Vice-président de ce même Conseil (*). Le trésorier du douaire, Louis Vionet, dévoué à Marguerite, était aussi appelé, par les devoirs de sa charge, à donner son concours.

Malgré les termes très nets du Traité du douaire, autorisant la création d’une Chambre des comptes à Bourg, le duc de Savoie, dont l'agrément était nécessaire pour la communication de certains titres et comptes, prouva sa mauvaise volonté par des atermoiements. Margucrite tint bon et lui déclara tout net que les comptes de l’année 1505, c’est-à-dire ceux du premier exercice courant depuis son traité, seraient vérifiés non par la Chambre des comptes de Chambéry mais par celle de Bourg. Elle aurait désiré, mais sans succès, avoir pour son organisation le concours d'un homme d'expérience, Humbert Boissier, qui était maître de la Chambre des comptes de Chambéry (°). Trois charges de maîtres ou « banches » furent instituées et occupées, semble-t-il, vers la fin de l’année 1505 (f) par Bon Badel, Louis Barangier (7) et Etienne Chivilliard (f). Une quatrième « banche », créée au

(1) Requête anonyme adressée à Marguerite (Orig. incomplet, Arch. Nord, L. M., n° 411214).

(2) Marguerite au Conseil et à la Chambre des comptes de Bourg [18 sept. 1517] (Minute, Arch. Nord, B 755, n° 168382).

(3) Ordonnance du Conseil de Bresse, 7 juillet 1512 (Arch. Nord, B 754, n° 16644).

(4) Commission de maître de la Chambre des comptes de Bourg pour André Grillet, en remplacement de feu Louis Barangier, dont il avait fait l'intérim, avec prestation de serment devant le Conseil, 7 mars 1522, n. st. (Arch. Nord, L. M., 39841). Commission de premier maître et auditeur de la Chambre des comptes pour Pierre Buatier (procureur de Bresse depuis le 18 septembre 1517), en remplacement de feu Bon Badel avec obligation de prêter serment devant le président du Conseil de Bresse, 1523, 8 novembre (JZbid., L. M., n° 39313).

(5) Marguerite à Boissier, maître de la Chambre des Comptes de Chambéry, 28 novembre [1505], Pont-d'Ain (Minute, Arch. Nord, L. M., n°: 24021 et 24122).

(6) En 1510, le trésorier Vionet ne fait figurer, parmi le personnel de la Chambre des comptes pour leur pension annuelle que le maître Barangier (200 f.), le maître Chivilliard (200 fl.) et le maître Badel (200f1.). Sur cet état, le « secretaire Marnix pour ses gaiges de claverre des comptes » a 100 fi. et la même somme est allouée à Gaspard Guiot, receveur des comptes (Arch. Nord, B 753, n° 16601).

(*) Barangier resta titulaire de son office de maître de la Chambre des comptes de Bourg jusqu'en 1522, date de son décès (Arch. Nord, L. M., n° 39811).

(8) Chivilhard, qui fut svndic de Bourg en 1503, a été de 1507 à 1514 contrôleur des édifices de Bou. CocuiN et BRUCHET, Lettre inédite de Michel Colombe, p. 17, note 1 et p. 38, note 1.

profit de Catel, ne fut pas maintenue (‘). Ce personnel était complété par un « clavaire » ou archiviste, Jean de Marnix (*), et par un receveur des comptes, Gaspard Guiot (*). Toutefois, lors du départ de la douairière pour les Pays-Bas, Barangier et Marnix l'ayant accompagnée tout en gardant leurs charges, le personnel de la Chambre se trouvait réduit à Badel, Chivilliard et Guiot puisque Catel n'était pas installé. Chivilliard était occupé d'ailleurs par le contrôle de l'église de Brou, aussi toutes les affaires retombaient sur le premier maître Badel et sur le receveur Guiot; ces deux collaborateurs, attachés chaque jour à la même œuvre, faisaient, à l'instar des Magistrats du Conseil, fort mauvais ménage.

Les Maîtres des comptes de Bourg paraissent avoir subi l'ambiance paresseuse de la grasse petite ville où les gens, sous un climat mou, appesantis par la bonne chère, remettaient volontiers au lendemain la besogne la plus pressante. Quand les châtelains arrivaient au jour fixé pour l'examen de leur gestion, rien n'était prêt et l'on était obligé de courir de maison en maison pour trouver les pièces comptables. On conçoit les injonctions de la douairière, si laborieuso dans sa ruche de Malines : « Vous advertissons tres ardemment, mandait-elle à ses négligents officiers, donner ordre que l'on face [que] tous les dicts comptes en nostre dicte Chambre des comptes se dressent de si bonne heure que au jour assigné soient prestz a mectre sur le bureau en procedant a les examiner si diligentement que aultre plaintif ne nous en vienne... » (*). |

Badel était un fonctionnaire diligent et dévoué. Ses concitoyens de Bourg l'avaient élevé à la première charge municipale. De 1506 à 1523, ce bon magistrat fut l'âme de la Chambre des comptes, remplissant avec exactitude ses fonctions et s’attirant parfois, par sa minutie, les colères des gens qui passaient à son bureau. Les invectives d'un secrétaire ducal à l’égard du maître des comptes, qu’il traite de « mal baptisé » (5), doivent être retenus comme un éloge. Batlel avait toutefois le caractère difficile et le paisible Chivilliard lui-même s’en plaignait un jour qu’il était invité à siéger au Conseil de Bresse el à s'asseoir « aupres monseigneur le Maistre Badel. Mais james ne se voulsist retourné devers moy. Il ne peut laisser son ire. Je ne vouldroye tenir de sa complexion » (°).

(*) Louis Vionet à J. de Marnix, 22 mars 1510 « more nostro », Bourg. Il exprime le désir de cumuler l'office de receveur des comptes de la Chambre avec celui de trésorier du douaire qu'il occupe (Autogr., Arch. Nord, L. M., n° 27136 ; cf. n° 27146).

(2) Jean de Marnix émargeait encore en 1510 comme clavaire de la Chambre des Comptes de Bourg. Depuis la mort de Philippe de Bresse, les comptes de cette juridiction étaient dans cette ville « en le crotte d'icelle Chambre », dont la clef était entre les mains d'un maître de la Chambre des comptes de Chambéry, Boissier (Turin, Arch. Cour, Lettere prince. Savoia, mazzo 2; et Arch. Nord, B 752, n° 24467). D'autres documents avaient été transférés à Chambéry, et quand Gaspard Guiot, lors de la réinstallation de la Chambre de Bourg, alla les chercher, il dut subir « de grand parolles. » (Guiot à Marguerite, 5 octobre [1505], Arch. Nord, L. M., n° 38022).

(3) Sur Gaspard Guiot, voir Arch. Nord, L. M., n°: 38022 à 38028.

(5) Mandement de Marguerite à la Chambre des Comptes de Bourg (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 44125). Ce texte sans date a été rédigé à l'époque où un certain Claude Bochu était procureur fiscal de Faucignv.

(5) Badel fut vraisemblablement attaché à la Chambre dès 1506, certainement en 1509» mourut premier maître de cette juridiction en 1523 (Arch. Nord, L. M., n° 39343). II était très

considéré et avait été syndic de Bourg en 1500. (6) Chivilliard à Barangier, 1°" août [1511] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 37108).

Au point de vue territorial, la Chambre des comptes de Bresse devait étendre sa compétence, restreinte d’ailleurs par la souveraineté ducale, sur tout le douaire de Savoie, c'est-à-dire sur la Bresse, sur une grande partie du Faucigny et sur quelques localités du Pays de Vaud. Sur les 33.212 florins formant les revenus du douaire en 1509, charges non déduites, la Bresse représentait 21.153 florins (en y comprenant les 5.000 florins du comté de Villars), le Faucigny 7.256 florins et le Pays de Vaud 4.803 florins (‘). La perception des sommes était faile par des agents locaux, les châtelains, souvent animés d’un très mauvais esprit.

En Savoie, la châtellenie était la base de l’organisation administrative. Dans l'étendue de cette circonscription, le châtelain exerçait les attributions judiciaires, domaniales et fiscales. Ces officiers étaient obligatoirement soumis au contrôle de la Chambre des comptes de Bourg et devaient, chaque année, présenter leur gestion.

La Bresse était aussi divisée en châtellenies. Celles qui constituaient le douaire de Marguerite avaient pour chefs-lieux Bâgé-le-Châtel, Bourg, Châtillon-sur-Chalaronne (ou Châtillon-lez-Dombes), Jasseron et Ceyzériat, Pont-de-Vaux, Pont-de-Veyle, Pérouges, Pont d’Ain, Montluel, Saint-Trivier-de-Courtes et Treffort, sans compter le comté de Villars sur le plateau de la Dombe, à sept lieues de Bourg (?).

Un avis anonyme, donné à la douairière en 1506, fait connaître quelques-unes des mesures propres à assurer une surveillance exacte de la gestion des officiers locaux. En matière de recettes, il importait de supprimer les petites châtellenies de façon à avoir moins de receveurs et à les mieux rétribuer. Les comptes devaient être annuels et courir à partir du 1° octobre, rédigés suivant un modèle uniforme ct présentés à la vérification chaque année. Les adjudications domaniales auraient lieu à Bourg, de préférence au mois de septembre. Les déclarations de certaines recettes casuelles telles que les droits de confiscation, d'amende et de mainmorte, ne pourraient parvenir que par le canal des officiers de justice, qui remettraient la pièce originale à la Chambre, les receveurs n'ayant qu’une copie. On devait s'attacher à recouvrer les aliénations non justifiées. On centraliserait dans un grenier, à Bourg, les redevances en nature. Il convenait d'éviter le gaspillage des dépenses, surtout en matière de dons et d’assignations. Les actes de donation, s'ils dépassaient la somme de 20 livres tournois, seraient écrits sur parchemin et porteraient non seulement sa signature et celle du secrétaire, mais mentionneraient les membres du Conseil présents lors de la décision. Les dons inférieurs n'étaient valables qu'avec la signature de Marguerite et le visa du secrétaire, mais ils pouvaient être seulement sur papier et ne pas mentionner les noms des conseillers. Aucune assignation ne devait être faite directement sur les recettes particulières ou sur les châtellenies. La manière d'avoir une vérification sûre et rapide était d'envoyer ces assignalions au Trésorier (*).

(1) Estimation faite en 1509 du revenu du douaire (Minute, Arch. Nord, B 753, n° 16601).

(2) Bâgé-le-Châtel, Ceyzériat, Pont-de-Vaux, Pont-de-Veyle, Pont-d'Ain, Saint-Trivier-de- Courtes et Tretfort sont des chefs-lieux de canton de l'Ain, arrondissement de Bourg ; Jasseron est une commune du canton de Ceyzériat dans le même arrondissement; Chätillon-sur- Chalaronne, Montluel et Villars-les-Dombes sont des chefs-lieux de l'arrondissement de Trévoux dans le même département : Pérouges est de l'arrondissement de Trévoux, canton de Meximieux.

(3) Mémoire [de 1506], publié dans QuiNsonas, Matériaux, tome 1, page 169 d’après Arch. Nord, B 437, n° 17973.

Pour éviter des fraudes trop souvent remarquées dans les recettes des comptables, des instructions données au Conseil de Bresse et à la Chambre des comptes de Bourg, le 22 Juin 1524, remédièrent à cette défectuosité (‘). On dut enlever aux commissaires d'extentes la perception des droits de mutation appelés « lods » pour attribuer à la Chambre des comptes et aux châtelains cette recette, à condition d'en dresser registre. Il fut interdit aux châtelains de transiger sur les « compositions » d’une valeur supérieure à 60 sous. Pour assurer un meilleur rendement au produit des ventes judiciaires, il fut décidé que les gentilshommes en Bresse et en Faucigny ne seraicnt pas admis à la subhastation des biens mainmortables parce que, « pour la crainte d’eulx, les autres de commun estat ne les osent monter ». Le contrôle des transactions en matière de compositions judiciaires devait être tenu par les châtelains et transmis à la Chambre, un mois après la tenue des assises, « affin que aucuns ne puissent raisonnablement alleguer avoir esté gravéz ». On envisageait même la restauration de l'office de « clavaire et exacteur des peines » pour faciliter la vérification de cette fiscalité judiciaire (?). Les comptables retardataires étaient menacés de révocation et ordre était donné à la Chambre de délivrer en Bresse et en Faucigny de nouvelles commissions d'office aux châtelains, en exigeant d'eux une caution.

Il fut extrêmement difficile d’astreindre les comptables bressans à venir à Bourg pour faire procéder à l’audition de leurs comptes. Les châtelains du Faucigny et du pays de Vaud furent encore plus récalcitrants.

Les défaillants avaient parfois quelque bonne raison, comme en juin 1508, lors du conflit avec les Ligues, quand ils alléguaient « l'émotion que ceulx de Berne et Fribourg ont fait » (*); mais, en réalité, bien qu’assermentés près la Chambre des comptes de Bourg (*), s'ils s’abstenaient de se rendre auprès des officiers de la douairière en prétextant la supériorité des maîtres des comptes de CHARDENT, c’élait pour échapper à toute surveillance.

Les châtelains du douaire étaient encore plus indisciplinés que les conseillers de Bresse. Maïîtres dans leur petite circonscription, rarement contrôlés, ces agents de l'autorité étaientsouventde véritablesdespotes, durs et parfois sauvages. Non seulement ils manquaient d'instruction pour remplir leur charge, étant « gens ignares et mal entendus pour y servir », mais encore ils étaient prisonniers de leur entourage, avides et malhonnèêtes. On pouvait ériger en principe l'affirmation d'un bon serviteur qui vivait dans le pays : « James ne permetés fere châtellen au lieu d'ou il est; ne metés poin gentilhomme châtellen, car il pillient a double et ne poient poin » (5). A proximité de Bourg, là où la surveillance était pourtant facile, Antoine Bérard, châtelain de Bâgé-le-Châtel, était un autocrate, taxant les taillables astreints à la corvée

(1) Instructions du 22 juin 1524 (Arch. Nord, B 765, n° 17140).

(2) Commission de « clavaire et exacteur des peines » au pays de Bresse pour de Costa, 27 février 1517, st. rom. (Arch. Nord, B 2252, fol. 12 verso).

(8) Badel à Marguerite, 21 juin (15081, Bourg (Arch. Nord, L.M., n° 36913; cf. L. M. n° 44281 et 46247).

(4) Commission délivrée le 10 déc. 1511 par Marguerite à Ayÿmon-Gaspard de La Ravoire pour l'office de chätelain de Charousse et Passy, en remplacement de feu Aymon de La Ravoire, s' de « Cursinges », chevalier, avec obligation de prète" serment à la Ch. des comptes de Bourg (Orig., Nord, B 2220, n° 76129).

(5) Louis de Balliant au comte de Montrevel et à Laurent de Gorrevod, 23 février [1511]. (Onig., Arch. Nord, L. M., n° 36440).

arbitrairement, 8 sous, 9 sous et même 12 sous par tête, suivant son humeur, étouffant les contraventions de voirie quand le délinquant s’avisait de lui offrir quelque « ponson » de vin, relâchant les prisonniers contre belles espèces sonnantes (‘). Celui de Bonneville, un certain Châteauneuf (de Castro novo), était de l'espèce sanguinaire, faisant mourir ses prisonniers sous le bâton, si bien que l’un d’eux s’écriait dans sa goôle : « Maudite soit l’eure que jameys nasqui » (?). C'était d’ailleurs dans cette région perdue que les châtelains exerçaient le pouvoir le plus tyrannique, tandis que les malandrins s’en donnaient à cœur joie « tant tuer gens que desrouber » (°). Loin des grands chemins, sur le rocher et dans la neige, les châtelains du Faucigny vivaient en plein moyen âge, dominant par la terreur, âpres et rudes comme leurs montagnes. Les gens du bassin de l’Arve étaient sujets du duché de Savoie, sans doute, mais de fraîche date, et quand le Comte Vert annexa à sa couronne cette baronnie qui formait enclave dans son patrimoine (1354), les Faucignerans, précédemment hommes du Dauphin de Viennois, résistèrent pendant une année à l'installation du nouveau maître. L'anarchie de la Savoie, durant la seconde moitié du XV° siècle, pendant les règnes malheureux des successeurs d’Amédée VIII, paralysa tout effort de centralisation. Il fallait singulièrement s'abuser à Malines pour croire que les officiers locaux, déjà sourds aux injonctions venues de Chambéry, consentiraient à reconnaître l'autorité d'une princesse toujours absente. Marguerite d'Autriche, devenue de par son douaire dame de Faucigny, possédait en droit, à titre viager, le domaine utile dans dix châtellenies de ce pays. Bonneville, sur l’Arve, au pied du Môle, avait la prétention d'une petite capitale, avec ses praticiens retors qui discutaient, la tête échauffée par le vin d’Ayse. En aval, à gauche, le Châtelet de Credo, avec sa tour, et le donjon de Faucigny, à droite, flanquaient les deux rives, laissant apercevoir au loin les lignes apaisées du Jura. Bonne, sur la Menoge aux truites savoureuses, était aussi dans la partie basse, à proximité de Genève, mais à l'écart. Plus haut, dans un défilé, Châtillon-sur-Cluses, siège favori des anciens barons, surveillait comme une sentinelle avancée la vallée du Giffre, dont Samoens était l’un des gros bourgs, et après, dans le silence de l’Alpe grandiose, quelques moines gardant le tombeau du bienheureux Ponce de Faucigny. En amont de Bonneville, sur la rive droite de l’Arve, Charousse (aujourd'hui Passy), avec les fleurs de ses vergers, apparaissait encore comme un rayon de soleil, mais au delà, c’étaient les « Monts Maudits », la région des glaces éternelles, le Mont Blanc alors

(1) Enquête sur la gestion d'Antoine Bérard, ancien châtelain de Bâgé (Sans date, Arch. Nord, L. M., n° 44346).

(2) Amé Gringallet à Marguerite, 19 septembre [1508], Chambéry (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 37990). « Vostre chatellain de Castro novo, que a esté chatellein de la Bonneville, est ver [a Chambery] en arest a la justice du procureur fiscal et est chergé que y a mis en prison ung homme pour debte lequel se offerissoit de payer ce pour quoy y estoit prisonnier. Ledit chatellein ly balliaz de ung baton aut travers de l'orellie jusques a infusion de sang, puys ly dit quelque parolle a l'ourelle, et ledit prisonnyer dit: « Mauditte soit l'eure que je jameys nasqui ». et le myt en prison : dedens troys heures y se treuva mort en la prison et estranglé de ung svent (ceinture) duquel y faysoit courroye et a genoux, et se dit... que ledit chatellain l'a tué ». Dans cette même lettre, le châtelain est aussi accusé de malversations : « Ce dyt que y a acheté ung pré de ung qui estoit pris pour heresie [Tc florins qui en vault VIC et lÿ et le inquisiteurs le ont compousé et banny, einsi vous droys sunt perduz... ».

(3) Claude de Balaison à Marguerite, 25 février, Genève (Orig. sans millésime, Arch. Nord, L. M., n° 26934).

inviolé. En face de Charousse, sur le torrentueux Bonnant, Montjoie (aujourd’hui St-Gervais), pays de ces albergements qui perpétuaient l’antique propriété collective, gardait l'accès de la Haute Tarentaise. Là, comme à Flumet, de l’autre côté de la montagne, c'était la vie pastorale, avec des chalets jalonnant les replis gazonnés, et le nombreux bétail aux sonores clarines. Et, par des chemins mal entretenus, à travers des ponts de bois et des éboulis, bêtes, gens et gras fromages s'écoulaient sur Sallanches, bonne ville marchande, aux franchises séculaires, à la bifurcation des grandes routes de France, de Suisse et d'Italie ({).

Il y avait bien en Faucigny un bailli, un juge-mage, un procureur formant une judicature connaissant en appel des sentences portées par les châtelains. Ils devaient aussi les contrôler. Mais, et la chose se savait, le bailli était désarmé. Claude de Balaison, qui remplissait cet office avec le désir de bien faire, se plaignit de son impuissance, regrettant que sa commission ne portât pas, comme celle de son prédécesseur de Viry, obligation pour tous les officiers de justice du ressort de lui obéir sans restriction (?). Ses collaborateurs étaient des hommes instruits, mais peu payés et l’un d'eux, le juge-mage Claude de Pougnier, était obligé de solliciter un secours, car il n’avait que 200 florins de gages bien qu’il fût docteur en droit ().

La fausse situation créée dans le douaire de Marguerite par le Traité de Strasbourg était malheureusement exploitée par la plupart des subalternes.

Les châtelains abusaient des conflits qui s’élevaient entre le Conseil de Bresse et le Conseil résidant de Chambéry pour se soustraire à toute juridiction. Ils savaient que, même pour des emplois infimes, ceux de « commissaires d’extentes », sous prétexte de sauvegarder les droits de la couronne, le duc de Savoie s’était réservé le droit de mettre en possession (instilulio) ces praticiens chargés du renouvellement des terriers, la douairière n’ayant que le choix du titulaire (nominalio) (*). Les châtelains n'ignoraient pas non plus que, dans les cas importants, l’intervention ducale était toujours prête à s'exercer, soit pour homologuer des franchises municipales (*), soit pour presser la bonne exécution de la justice, même auprès

(1) Bonneville, Sallanches et Samoens sont des chefs-lieux de canton de l'arrondissement de Bonneville, département de la Haute-Savoie. Châtelet-de-Credo (commune de Cornier, canton de La Roche), Charousse (commune de Passy, canton de Saint-Gervais), Châtillon-sur-Cluses (canton de Cluses), Faucigny (canton de Bonneville) et Montjoie (commune de Saint-Gervais) appartiennent aussi à l'arrondissement de Bonneville. Bonne est du canton d'Annemasse, arrondissement de StJulien. Une seule localité, celle de Flumet (canton d'Ugines, arr: Albertville) est du département de la Savoie.

(2) C. de Balaiïson à Marguerite (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 26934).

(3) Archives Nord, L. M., n° 38836 et 40300. Requête de C. de Pougnier qui obtint 200 florins sur l’'échute du doyen de Sallanches (lequel « c'est puis aucun temps en ça pendu et estranglé », Arch. Nord, B 2230, fol. 48 v.). Claude de Pougnier, lieutenant de Genevois, avait été nommé juge de Faucigny par commission délivrée en février 1513, n. st., par Marguerite (Jbid., L. M., n° 40304). IL fut remplacé le 24 août 1517 par Claude Müilliet. (Jbid., B 2252, fol. 36 ; cf. L. M., n° 36847 et 40177. Voir aussi une lettre de la douairière adressée en août 1517 au comte de Genevois, Arch. Turin, princ. di Savoia, mazzo 2).

(t) Commission de commissaire d'extentes du mandement de Bonne délivrée le 8 décembre 1515 (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 40182).

(S) Le recueil des franchises de Bourg est homologué le 24 mai 1522, non par la douairière, mais par le duc de Savoie. BrossarD, Cartulaire de Bourg (1882), page 553.

des propres mandataires de l’archiduchesse (‘), soit même pour évoquer des affaires d'intérêt, quand elles étaient de conséquence, malgré la compétence des gens de la douairière (?). Aussi ces châtelains turbulents, avides et malhonnêtes, pour faire leur cour au duc, allaient-ils lui demander comme une nouvelle investiture (?).

L'un d'eux, celui de Montjoie, osa résister à Gattinara, dépêché dans ces montagnes pour mettre à la raison tous ces entêtés. Il s'appelait Georges de La Frasse, appartenant à une famille connue et redoutée. Il avait déjà eu des démèêlés avec la justice, et il prétendait ne tenir son autorité que des gens de Chambéry, sans se soucier de ceux de l’archiduchesse. Gattinara se heurtait à une forte têle. « Jo lui dis, déclare-t-il, que je ne permetroye poinct qu'il prinst la possession dudict office, et luy deffendi de non la prendre jusques a ce que aultrement seroit ordonné par Madame. Toutesfois, incontinant que je fu party, il alla prendre la possession, nonobstant la deffense, disant que je n’havoye poinct auctorité ny commission de ce fere, a cause de quoy ce matin hay faict un mandement pour luy deffendre, soubz la poyne de cent marcz d’argent et de la indignacion de Madame, qu'il ne se meslet poinct dudict office jusques a ce que aultrement par Madame luy sera pourveu, deffendant aussy au subjectz de non luy obeir » (*).

Il semble bien que La Frasse, malgré son altercation, ait pu se maintenir à Montjoie. Il songeait même à occuper une châtellenie plus lucrative, celle de Sallanches, promettant une bonne somme d'argent au titulaire, un certain Botollier, qui était encore plus retors, car il négocia avec quatre autres candidats, comme si la place était au plus offrant (5).

Les châtelains faisaient sans doute leurs affaires, mais sûrement pas celles du pays, et l'on venait à leurs audiences solidement armé. A Sallanches, du temps du fameux Botollier, « se n’eust esté chastellain..…. ne se fussent point faictes tant de follies en Foucigny que ce sont faictes et font tous les jours, au grand detriment de l'autorité et juridicion de ma tres redoubtée Dame, car il n’est nulle question de fere justice audict lieu de Salanche, et ne vollés vous plus souffrir que les paysans vienne en le banche de Madame avecques arbalestes bandées et n’en faire nulle diligence de justice et beaucops d'aultres afferes exhorbitans... » (f). Cette désorganisation engendrait une véritable détresse publique et une crise de vie chère ; les impôts ne rentraient pas et il fallait en faire de nouveaux. « Fauldra que

(1) Mandement de Charles III adressé à Thomas Bergier, président du Conseil de Bresse, à Benoit Favre, lieutenant ee Bresse et à Simon Palluat [avocat des pauvres], commissaires pour la prompte exécution de la justice (Turin, Arch. de Cour, Protocole Vulliet, 137, folio 88).

(2) Hugues Marmier à Marguerite, 26 mars 1524, n.st.: Le Conseil de Chambéry s'efforce d'évoquer à sa barre l'affaire de la succession de Pierre Cartelier, s'élevant à 20.000 écus, qui est de la compétence du Conseil de Bresse (Arch. Nord, L. M., n° 34370).

(3) Barangier à Marguerite, 25 janvier [1508], Bourg (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36950).

(4) Gattinara à Barangier, 30 septembre [1510 ?], Bonne (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 37867).

(5) Feste à Jean de Marnix, 20 septembre 1511 (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 28138).

(6) Feste, qui donne ces renseignements (Arch. Nord, L.M., n° 28138), était bien informé. H était originaire de Sallanches et avait précédemment sollicité le poste de chätelain de cette ville (Jbid., n° 2836). Il était en termes d'amitié avec Georges de Marnix, le clavaire de Chambéry, oncle de Jean de Marnix, le secrétaire de Marguerite. Les armoiries de la famille de Marnix se trouvent sculptées sur le bénitier de l'église de Cluses (Haute-Savoie), charmant ouvrage de la fin du XV° siècle.

l'église et la noblesse, avec le popullaire estre tailliée et ancor ne sera ce pas asses. Je vous asseure que les vyvres ne sont pas a bon marché, mes est une pitié pour les povres gens et meurent de fain » (‘).

Le Conseil de Bresse avait essayé d'amener les châtelains du Faucigny à sa barre, voulant donner une apparence d'ordre à l’administration de cette province. Peine perdue. Barangier, venu à Bourg pour examiner les mesures à prendre, clamait son impuissance : « Quant aux officiers (du douaire), est impossible y mectre ordre. pour autant qu'il n’y a celluy qu’il ne veulle obeyr a la moindre lettre qui leur est presentée, et oultre,.… deux chastellains de Foucigny vont prendre confirmacion de leurs offices devers mondict seigneur [le duc] (?) ».

L’archiduchesse n'avait plus qu’un moyen à sa disposition, celui des missions extraordinaires confiées aux membres de son Conseil Privé. Les détails qui nous ont été conservés par Louis de Balliant, seigneur de Verboz, qui se rendit sur place vers 1510, ont une valeur historique et il ne semble pas que le narrateur ait poussé au noir le sombre tableau qu’il a esquissé. Ce délégué était bien choisi car il appartenait à une famille connue de Savoie, et l’on supportait moins malaisément son intervention que celle d'un étranger. Il eut d’ailleurs à sévir à maintes reprises. À Sallanches, il trouva le pays en « discorde grande » pour la querelle du châtelain avec un membre de la famille de La Frasse. Verboz fit emprisonner le plus violent, et s’efforça d'assoupir « vieilles haynes et discensions.… car tous les jours ce entrebastoient comme diables et tous estoient blessé et plusieurs tués et mors sur la place ». Le bonhomme partit convaincu qu'il avait réussi à pacifier les esprits, ne laissant « discorde ny haynne en tout ce quartier ». À Flumet, il fallut mettre en prison ceux qui n’avaient point payé le droit d’auciège sur les fromages et condamner les conseillers de la ville pour délits dans les bois domaniaux. À Montjoie dans la vallée ds Saint-Gervais, le châtelain [Georges] de La Frasse fut déféré à la Justice. À Passy, le châtelain trichait fort sur les recettes. À Samoens, « pour quatre sindiques, tout le mandement estoit en armes, a poin de soy batre et le chatelain tenoit une partie ». Verboz, en vingt-quatre heures, réconcilia les adversaires « et furent bons amis, et la partie qui avoit tort pour le mutynement et assemblé de gens qu'avoient fet et auxi le chatellein qui les suportoit, je les envoyay a Monseigneur le juge ». A Bonneville, le châtelain, frère de trésorier Vionet, était « asses aspre aux povres gens ». Au Châtelet de Credo, pas de critique à faire, et à Faucigny, des éloges : « Ont dit les bourgeois que il n’eurent james si homme de bien pour chatellein ». À Bonne, le châtelain fut déféré au juge, non sans cause, car il « a desir de se fere riche » (). Les sujets de la douairière, se voyant enfin défendus contre les officiers qui les pillaient et les maltraitaient, poussèrent un cri de reconnaissance, demandant à Marguerite de faire continuer ce service d'inspection. « Puys qu’il vous a pleu encommencer faire telle visitacion, que vostre bon plesir soit y perseverer

(4) (Louis de Balliant, seigneur de] Verboz à J. de Marnix, 12 juin [1511], Genève (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 25247).

@) Barangier à Marguerite, 25 janvier [1508] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 36950).

(G) Louis de Balliant à Montrevel et à Gorrevod, 23 février [4511], Verboz (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 36940 ; cf. 37992).

et nous ferés ung tres grant bien, car cela donra craynte a voz officiers grans et petiz de non faire injustice ne travailler et extorquer voz pouvres subgectz » (').

Gattinara fut aussi chargé de mission vers la même époque. C'était un grand justicier et il avait la main plutôt lourde. Il proposa la destitution de trois châtelains, ceux de Bonne, de Bonneville et de Samoens (?). Celui de Bonne ne se laissa pas abattre sans recourir au duc de Savoie (ÿ), mais vainement, car l'archiduchesse, duement renseignée, voulait absolument son départ et écrivait en ce sens au prince « … J'ay envoyé le President de mon Conseil poùr soy informer de la qualité de toutz les officiers [dudict Faucigny].. Pour ce que ledict President, ensuyvant sa chargie, ha trové par informacions pluseurs extorsions faictes par ledit Amé Cohendier, et que par son maulvays traictement estoient partis d'une seule parrochie dudict mandement de Bonne plus de vinct feuz qui s'en sont alléz ors du pays, et aussy que comunement les subjetz se mescontentoient de luy, ha esté ledict chastellain non pas depousé de l'office ayns suspendu tant seulement jusques a ce que son proces fusset acomply et vuydé, et la dicte suspension d'office ha esté aprovée par moy et mon Conseil... » (*). Un autre châtelain, celui de Faucigny, fut révoqué, malgré la requête de quelques-uns de ses administrés, faisant son éloge ; il s'appelait noble François Ogier, « lequel par l’espace de 6 ans a tenu et exercé ledict office sans grever ny presser nully, ains ses années prochainement passées qu'estoyent chieres les ait soulagé et entretenu, en tant que s’il heust esté rigoreux en recouvrant et exigant ce que luy estoit deheu a causse de sondict office de chastellanie que autrement, comme plusieurs ont fait, il en heust beaucop envoyé mendier et fussent constraintz d'abandonner voz pays » (°).

Une nouvelle mission, qui est antérieure à 1519, fut confiée par la douairière au Vice-président du Conseil de Bresse, Thomas Bergier, et à Bon Badel, maître dela Chambre des comptes de Bourg, chargés de se rendre en Faucigny pour «illec fere informacion d’ancuns mesuz que nos officiers d’illec ont commis et commettent chascun jour en l'exercice de leurs offices, et d’aucuns brigands, larrons et autres malfaicteurs estans en icellui pays ». Le juge de Faucigny était un bon magistrat qui seconda les efforts des deux délégués et promit de faire prompte justice des délits criminels. Le procureur fiscal fut destitué pour sa négligence. Un clavaire fut créé pour assurer un meilleur recouvrement des produits de justice. À Sallanches, le châtelain, homme de bien, mais trop âgé, « n'est pas bien pour courir apres les malfacteurs, aussi il est allié avec d'aucungs gentilzhommes du lieu », et c'était surtout dans cette châtellenie qu'il fallait une fermeté dans la répression, et quelqu'un d’étranger à la localité, « car c'est la ou il s’est fait plus de bruit ».

Parfois, des assises exceptionnelles étaient tenues dans le pays par les

(1) Les villes de Sallanches, Cluses et Bonneville à Marguerite, 1% avril [1511] (Orig., Arch. Nord, L. M., n° 40244).

@) Gattinara à Barangier, 30 septembre [1510 ?], Bonne (Arch. Nord, L. M., n° 37867).

(3) Charles III à Marguerite, 21 oct. [1510 ?] (Arch. Nord, L. M., n° 30759).

(t) Marguerite à Charles III, [nov. 1510] (Minute, de la main de Gattinara, Arch. Nord, L.M., n° 36785).

(6) Requête adressée à Marguerite par les habitants de la châtellenie de Faucigny (Orig. sans date, Arch. Nord, L.M., n° 40214). L'archiduchesse refusa de maintenir Ogier (1bid,, n° 40215).

personnages que la douairière déléguait en mission, l’un représentant la justice, : l'autre le domaine. « Nous avons sejourné aux principaulx lieux dudict pays de Faucigny tousjours deux jours, et par avant fait publier nostre venue, et s’il y avoit personne qui se voulsist pleindre tant des officiers qu'aultres, il se deusse trouver et comparoistre par devant nous pour leur faire bonne justice, et a ceulx qui sont venus plaintifz, avons fait par appoinctement et aultrement le mieulx qu’avons pou; le surplus avons recommandé a mondict seigneur le juge, lequel a prins la charge et d'y pourveoir de si bonne sorte que justice sera gardée. Et partout, tant aux officiers que aux syndiques, avons fait les remontrances de vostre part ainsi qu’avons congneu estre preparé et neccessaire » ({).

Le douaire de l’archiduchesse s'étendait non seulement en Bresse et en Faucigny, mais encore dans le Pays de Vaud, notamment dans les châtellenies de Cossonay, de Cudrefin, d’'Estavayer, de Les Clées, de Moudon, de Morges, de N yon, de Romont, de Rue, de Sainte-Croix, de Surpierre et d’Yverdon (?). Mais l'autorité de l’archiduchesse, dans cette région soumise aux influences suisses, était encore plus incertaine que dans le Faucigny. Cette situation anormale s’explique non seulement par l'éloignement de la Régente, mais aussi par la faiblesse et la mauvaise volonté des officiers locaux. Le Conseil et la Chambre des comptes de Bourg, déjà peu respectés en Bresse, manquaient complètement de prestige aux yeux des Vaudois. D'autre part, en raison des traités passés avec les Cantons suisses, notamment depuis celui du 18 août 1476, des prétextes pouvaient être invoqués par les gens du duc pour contester à Marguerite l'exercice de certains droits, principalement dans la châtellenie de Surpierre (?). Il fallait, en outre, éviter les difficultés avec Messieurs des Ligues qui avaient de nombreuses intelligences dans le pays (*). Il semble bien que, dans cette partie de son douaire, la Régente des Pays-Bas ait renoncé à défendre son droit aussi énergiquement qu'ailleurs.

Sans doute y avait-il à la tête du Pays de Vaud un gouverneur, Jean d’Estavayer, conseiller du duc de Savoie, très zélé pour défendre les intérêts de Marguerite, mais prêtant à rire et sans grande autorité (‘). En 1514, à la mort de ce serviteur, l’archiduchesse aurait voulu le remplacer par le baron de Viry, mais, quand ce dernier apprit que, de son côté, le duc de Savoie avait nommé à cet office Pierre de Beaufort, seigneur du Bois, il se récusa et, après deux ans de négociations, Beaufort,

(1) Bergier et Badel à Marguerite, 21 avril, Bourg (Orig., sans millésime, (Arch. Nord, L.M., n° 36915).

(2) Cossonay, Moudon, Morges, Nyon et Yverdon sont des chefs-lieux de cercle dans le canton de Vaud (Suisse); Cudrefin (cercle d'Avenches), Les Clées (cercle d'Orbe), Sainte-Croix (cercle de Grandson), sont aussi du canton de Vaud ; Estavayer (chef-lieu de cercle), Rue (cercle de Glane), Romont (cercle de Glane) et Surpierre (cercle de Broye) sont du canton de Fribourg.

(3) Philippe d'Estavayer à Marguerite, 2 novembre [1518], Estavayer. Ce personnage avait été nommé à la châtellenie de Surpierre par Marguerite, mais le duc se réservait la disposition de cet office si le titulaire refusait de le tenir directement de ce souverain (Arch. Nord, L.M., n° 37292 ; cf. n°: 25506 et 46266).

(4) Instructions de Marguerite à Louis Ocquin, en mission près du Conseil de Bresse, vers 1508 (Minute, Arch. Nord, L. M., n° 38725).

(5) Jean d'Estavayer était déjà gouverneur du pays de Vaud en 1504 (Turin, Arch. Cour., Compte trés. gén. Savoie 160, fol. 196, 241). Ce personnage eut de curieuses altercations avec Jean-Amédée Bonivard, abbé de Pignerol (Arch. Nord, L.M., 29333 et 29334). Cf. Le GLav, Gattinara, p. 255.

candidat du duc et des Etats du Pays de Vaud, fut maintenu : c'était avant tout le représentant de l'autonomie savoyarde (‘). A côté de lui, le procureur de Vaud était contraint de jouer un rôle plutôt effacé ().

Le Conseil de Bresse était complètement désemparé par la mauvaise volonté des officiers vaudois. Tantôt c'était le procureur de Vaud qui refusait de se faire installer par les gens de la douairière(*), tantôt c'étaient les comptables qui refusaient de verser (*). Celui de Cudrefin venait à Bourg, mais sans apporter un seul denier, étant très sûr de l'impunité, car « de deposer ledict chastellain est bien difficiles, parce qu'il dit tenir la dicte chastellenie de Monseigneur [le duc], et avec ce, que le premier qu'il entreprendra sur luy, il le fera tuer, et n'y a remede povoir riens tirer desdicts chastellains se mondict seigneur le gouverneur [de Vaud] ne se acquite autrement, car quant ledict tresourier les a faict arrester, il les a relaiché, et avec ce, c'est ingeré mettre chastellain.. » (*). En manière de conclusion, on disait à la douairière à l’occasion de l’audition des comptes du pays de Vaud : « Vous n'avez nul officiers qui ose fere chose qui puist congnoistre a mondict seigneur ny en justice ny autrement, dont voz afferes ne vont pas de mieulx » (°).

On essaya de prendre des mesures de rigueur en destituant ceux qui refusaient de « faire raison » et avaient usé « de gros langaiges envers noz officiers et commis » (”)}. On conseilla l'envoi de délégués de la douairière (#). Mais tous ces moyens ne pouvaient qu'être inefficaces. Dans le fait, Marguerite essayait de sauver les apparences en ne présentant, pour les charges de châtelains, que des officiers dont la nomination était agréable au duc (”). Pratiquement, la douairière put si peu compter sur le concours des châtelains que, pour percevoir ses revenus, elle fut réduite à les mettre en adjudication. Avec le consentement de Charles III et après

(t) Instructions de Marguerite au seigneur de Balaison, 18 juillet 4514, Turin. (Arch. Cour, Protocole Vulliet, 137, fol. 76). Sur la nomination de Beaufort à la charge de gouverneur de Vaud, voir aussi les lettres du baron de Viry (Arch. Nord, L.M., n°5 29113 et 39224), une déclaration de Charles IT (1bid., B 440, n° 16786, orig. scellé) et une recommandation des Etats de Vaud, {°° juin (Orig. scellé, non daté, Ibid., L.M., n° 46259).

(2) Antoine Bise (ms. Boree) était procureur de Vaud en 1512, n. st., d'après un acte ainsi daté : « Ex Rotundomonte, ac die 19 mensis februarii A. D. 1511 ab Annonciacione dominica sumpto » (Arch. Nord, L.M., n° 27367). En 1517, 28 mars, Michel Quisard occupait cette charge (1bid., L.M., n° 38869).

(3) Arch. Nord, B 752, n° 24412.

(#) Laurent de Gorrevod à J. de Marnix, 13 novembre [1507], Calais (Arch. Nord, L.M., n° 24857).

(5) Instructions de la Chambre des comptes de Bourg à d'Halluin, envoyé en mission près de Marguerite, vers 1506 (Arch. Nord, L.M., n° 44256).

(6) Lettre anonyme, non datée, adressée à Marguerite, se terminant ainsi : « Madame, si vous plaist, brulerez ce billet » (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 46268).

(7) Marguerite à Amé de Viry [1514] (Minute, Arch. Nord, L. M., n°: 42351, 42352 ; cf. 25080).

(8) Barangier à Marnix (Orig., non daté, Arch. Nord, L.M., n° 36977).

(8) Commission de châtelain de Morges délivrée par Marguerite à Pierre Pichot, [(20 août 1512] (Arch. Nord, L.M., n° 291433). Lettre de la douairière à Charles III, 26 juillet 1514, le priant d'enjoindre au seigneur de Mondragon de cesser son opposition à l'installation d'André Feste dans l'office de grand châtelain de Nyon, précédemment détenu par Mondragon « ou autrement je seray contraincte de luy donner à cognoistre par effect que ce n’est pas a moy qu'il doit fere telles novelletéz et qu'il m'appartient et non a autres de le instituer ou destituer » (Arch. Nord, L.M., n° 45251 ; cf. n°° 26822 et 37810).

délibération de la Chambre des comptes de Bourg, les attributions domaniales des châtelains vaudois furent supprimées. Par patentes de mai 1513, Antoine Voudan, parent de Jean de Marnix, fut nommé pour trois ans receveur général du Pays de Vaud, moyennant une annuité de 5.000 florins et l'obligation d'entretenir les bâtiments (*). C'était le système de l’amodiation, c’est-à-dire de la ferme, qui fut encore suivi en 1525, lors de la commission donnée aux seigneurs d'Irlens et de Cojonay (?). Mais l’action des amodiateurs était paralysée par les châtelains, qui avaient gardé la partie judiciaire de leur office, non sans regretter leurs anciennes attributions domaniales (*). Ils agissaient sournoisement pour empêcher le fonctionnement du nouveau régime (*).

Il y avait comme une conjuration dans le Pays de Vaud contre les gens de la douairière, et celle-ci n'était point sans envoyer des doléances au duc de Savoie, le priant d'avoir « meilleur regard » envers ses « amodiateurs et serviteurs ; autrement, déclare-t-elle, je ne trouveray en vostre subgection qui me vueille servir ne admodier le mien, et par ce, me contraindrez en chercher des autres dont peult estre vous ne moy ne nous louerons ja. Si vous prie une fois pour toutes me traicter d'autre sorte, et vous y aurez trop plus d'honneur et de prouffit que de ceste manière » (°). Le duc de Savoie, ne voulant pas se compromettre, déclara qu'il fallait « amodier » à une personne « agreable au pays, pour eviter les fascheries qui s’en pourroyent ensuyvre » ($).

En somme, dans le Pays de Vaud, Marguerite qui pouvait à peine obtenir le recouvrement de ses revenus, ne se trouvait pas armée pour exercer une influence réelle, malgré sa qualité de comtesse de Bourgogne, dont les frontières étaient limitrophes. En une circonstance, les Vaudois eurent l'occasion de s’apercevoir que la Régente des Pays-Bas pouvait utilement intervenir pour défendre leurs intérèts. Les habitants avaient besoin de sel pour eux et pour leur bétail. La Saunerie de Salins, déjà au siècle précédent, leur fournissait cette denrée et le marché vaudois représentait un chapitre de recettes importantes. Lors de l’organisation d'une nouvelle saunerie comtoise, celle de Poligny, quand les habitants de Morges furent autorisés à établir un chemin saunier passant près du prieuré de Mouthe, à sept lieues

(:) Les patentes délivrées à Voudan portent cette clause : « Nec debebit subditos nostros dicte patrie ullo modo indebite vexare aut quicquam indebite ab eis extorquere, sed quam decencius et favorabilius poterit 1llos jure consecuto perbenigne tractare » (Minute de la main de Marnix, Nord, L.M., 46270 ; cf. 46271, 46272).

(2) Marguerite destituaÿ le 3 février 1526 n. st., ces deux amodiateurs (Arch. Nord, L.M., n° A4268). .

(3) Le seigneur de Panterose, chäâtelain de Cudrefin, ayant apporté des entraves à l'exercice de l’amodiation accordée au seigneur de St-Martin et au seigneur d'Irlens, a été averti de <e restreindre à la partie judiciaire de ses attributions. Il lui sera alloué, en compensation, 20 écus d'augmentation pour ses gages (1528, 17 janvier n. st., L. M., n°‘ 40274, 46281).

(*) Étienne d'Espagne à Marguerite, 12 février, sans millésime. Cette demoiselle d'honneur de la douairière prend la défense des hommes de « Dignens », taillables de son mari, victime du châtelain de Morges « lequel chastellain, pour en estre payé, moleste lesdictes povres gens, lesquelz ne sçavent ou se recourir, sinon vers mondict mary et moy » (Orig., Arch. Nord, L.M., n° 33600).

(5) Marguerite à Charles III, 17 septembre, 1525, La Haye (Turin, Arch. Cour, Lettere prince. Savoia, mazzo 2).

(8) Arch. Nord, L.M., n° 36717.

de Tourmont, pour abréger le charroi (‘), les officiers de Salins s'émurent de la concurrence et, pour la supprimer, obturèrent le chemin de Mouthe. L'intervention répétée des États du Pays de Vaud à ce sujet ne paraît point avoir été bien efficace (?).

Dans le Pays de Vaud comme dans le Faucigny, des résistances insurmontables paralysèrent l'effort de centralisation tenté par l'archiduchesse. Charles IIT, hanté par ses juristes, ne voyait que la souveraineté de ses droits, ne pensait qu'à limiter ceux de son adversaire, incapable de comprendre ses lourdes fautes. En entravant l'œuvre de Marguerite, il perdait pour la Savoie le bénéfice d’une sage organisation, étudiée par des hommes comme Gattinara, si bienfaisante dans les pays où elle fut respectée, comme dans la Comté; il perdait aussi le pays, car la rivalité persistante des pouvoirs ne pouvait qu’engendrer l'anarchie. Si, en Bresse, il y eut du moins une sorte de façade gouvernementale, avec le Conseil et la Chambre des comptes de Bourg, il ne semble pas que l'effort de la Régente dés Pays-Bas ait exercé toutefois une influence durable (*) dans le domaine des institutions.

Sur un autre terrain, Marguerite manifestera encore les traits essentiels de sa personnalité, son esprit d'indépendance, une rare ténacité dans la réalisation de ses projets. Bourg, qui n’était même pas une paroisse au moment où elle lui donnait, par la reconstitution de la Chambre des comptes et du Conseil de Bresse, l'apparence d'une petite capitale, deviendra entre ses mains une cité, aura son évêque et même son cardinal. Puis, quand la Mort viendra arrêter la douairière dans son œuvre de domination, Bourg retombera dans son rang médiocre de châtellenie ducale, perdant ses Cours de justice et son évêque, gardant au cœur le regret de son éphémère fortune.

Le prétexte mis en avant pour l'érection d'un nouveau diocèse était plutôt futile. La Bresse, disait-on, était terre d'Empire et supportait avec peine son rattachement, au spirituel, à la métropole de Lyon, terre royale. On alléguait des conflits entre Bressans et Lyonnais, quand s’affrontaient les armécs de France et d'Autriche. En réalité, l’archiduchesse voulait être maîtresse chez elle, mêlant adroitement le nom de l'Empire à son dessein, et, pour mieux réussir, en diplomate avisée, elle intéressa à son projet le duc de Savoie, désireux de rompre les liens séculaires qui rattachaient à la France le bassin de Chambéry. L'affaire de Bourg, liée à l'érection d'un diocèse à Chambéry, à la transformation du siège de Turin en métropole, n'avait plus le caractère mesquin d'un caprice de douairière. C’était un épisode de la politique antifrançaise du Saint-Siège. Marguerite sut choisir son moment, quand le pape Léon X, par le mariage de son frère Julien de Medicis avec Philiberte de Savoie (février 1515), devint le beau-frère de Charles III. Le succès fut presque immédiat : trois mois après, Bourg et Chambéry devenaient des évêchés (1° juin 1515) (*).

(*) Mandement du 24 mars 1515 n. st. (Arch. Nord, L. M., n° 46284).

(2) Lettres non datées des États de Vaud (Arch. Nord, L.M., n° 46257, 46258; cf. 46267, 46269, 40288 et CnAcny, Gorrevod, pages 323, 336, 340). On trouve trace aussi (Arch. Nord, L.M., n° 37986) d'une autre intervention des États pour protester contre le privilège du for ecclésiastique de l'évêque de Lausanne.

(3) Il y eut cependant un accroissement important de population dans la ville de Bourg pendant l'époque de Marguerite d'Autriche.

(#) Voirla bulle d'érection, du 1°" juin 1515 dans GuicHENON, Hist. de Bresse, 4° partie, p.79. Sur la participation du duc dans les négociations, voir Invent. archives ville Bourg (1872). p. 40 et la lettre d'Amé Chamlite au trésorier de Bourg, 12 fév. [1515], publiée dans Bull. soc.

Louis de Gorrevod, déjà évêque de Maurienne, — qui recevra la pourpre le 16 mai 1530 sur lesinstances réitérées de Marguerite (*) —, et propre frère de Laurent de Gorrevod, gouverneur de Bressé, fut désigné pour diriger l'un des nouveaux diocèses. Le prélat fit son entrée dans sa cité de Bourg 16 30 août 1515 ; le 19 octobre, il tint un synode « qu'a esté chose fort louable et pleine de toute dévotion » (?), puis il écrivit à l'archiduchesse qu'il fallait parfaire l’œuvre en annexant à son diocèse la partie du comté de Bourgogne dépendant du diocèse de Lyon: le protonotaire de Cornon était chargé de négocier cette affaire (*). Mais la politique allait défaire ce que la politique avait édifié.

La création des nouveaux diocèses, notamment l'érection de celui de Bourg, avait soulevé les clameurs des Lyonnais, celles du duc de Bourbon, intéressé par ses domaines de Dombes, celles du roi de France (#). Or, François I*, le triomphateur de Marignan (septembre 1515), menait à bonne fin avec le Saint-Siège la négociation du Concordat (18 août 1516). La mort de Julien de Médicis (mars 1516) fut fatale aux intérêts savoyards. Son frère Léon X, l’inconstance même, cédant aux désirs du Roi Très Chrétien, supprima les diocèses mort-nés, par bulle du 22 septembre 1516 (°).

Marguerite attendit le moment propice pour prendre sa revanche. L'élection de Charles-Quint à l'Empire fut sa meilleure arme. Le siège de Bourg fut rétabli le 13 novembre 1521. (f) Tant que vivra la douairière, la petite ville bressane restera cité épiscopale. Ce sera là que l'évêque Louis de Gorrevod voudra recevoir le chapeau de cardinal en 1530 (”). Puis la mort fera son œuvre. Marguerite disparue, les adversaires de Bourg triompheront. L'archevèque de Lyon, sans attendre la suppression de la circonscription éphémère, voulut par la force rentrer en possession de son ancienne juridiction spirituelle. Le cardinal de Gorrevod, transformant en quartier général son abbaye d’Ambronay, lançait l'excommunication contre les

Gorani, 1905, p. 42. La question de l'évêché de Bourg, esquissée dans GuICHENON, Hist. de Bresse, 2° partie, p. 20, a été étudiée dans CHAGNY, L'évérhé de Bourg en Bresse (Bull. soc. Gorini, Bourg 1905) t. m1. p. 39 à 49, 131 à 1958; t. nr (1906), p. 48 à 66, 144 à 176; t. rv (1907). p. 62 à 84. Les Archives du Nord renferment quelques documents relatifs à cette affaire (B 20046 et B 19179, n°5 44407 à 44422).

(1) Voir la biographie de Louis de Gorrevod dans ANGLEY, Hisf. du discèse de Maurienne (Saint-Jean de Maurienne, 1846) p. 264 sq, et les nombreux documents publiés par M. l'abbé Chagny soit dans sa Correspondance de Laurent de Gorrevod, frère de l'évêque, soit dans son étude sur l'évêché de Bourg. (Bulletin Société Gorini 1906). Louis de Gorrevod était évêque de Maurienne depuis le 29 juillet 1499. [1 mourut en 1535.

(?) Le Conseil de Bresse à Marguerite, 21 oct. [1515], Bourg (Nord, L. M., 44271). Les statuts promulgués par Gorrevod auraient été imprimés d'après LATEYSSONNIERE, Rech., t. v, p. 99.

(3) Louis de Gorrevod à Marguerite, 21 oct. [1515], Bourg (Jbid. L. M., n° 37956).

(*) Sur les protestations du chapitre de Lyon, voir Baux, Louise de Snvoie et Claude de France à Lyon, dans Revue histoire de Lynn, tome 1 (1902), p. 458. Sur l'hostilité de la cour de France, voir la lettre de Louise de Savoie à Charles III, 3 août [1516], Rouen. Preuves, n° LXXIII. |

(5) Bulle du 10 des calendes d'octobre 1516 dans GUICHENON, Hist. de Bresse, 4° partie, page 81. Les habitants de Bourg s'efforcèrent d'entraver la mission des commissaires apostoliques, chargés d'assurer la suppression du diocèse. LATEYSONNIÈRE, Recherches historiques département Ain, t. v (1843), page 101.

(6) GuICHENON, Hist. de Bresse, 4° partie, p. 83.

(7) LATEYSSONNIÈRE, Recherches hist. département Ain, t. v, p. 124. Louis de Gorrevod fera encore une autre entrée solennelle à Bourg le 25 mai 1531. Jbid, v, p. 130.

dissidents (‘). La paix revint enfin quand Paul III, le 4 janvier 1535, supprima définitivement la création de l'archiduchesse (?).

Marguerite avait aussi obtenu, sur le terrain religicux, un autre privilège. Dans les pays de son douaire, en vertu d’un indult, l'archiduchesse était autorisée par le souverain pontife à nommer les titulaires de certains bénéfices ecclésiastiques. C'était encore un moyen de domination dont la douairière usa et abusa, car ces bénéfices pouvaient être concédés à des laïcs qui s’engageaient, tout en retenant unc partio des fruits, à faire remplir les obligations incombant aux titulaires. Pour ne pas épuiser cette réserve de faveurs, il fallait éliminer toute candidature étrangère, surtout celles de ces courtisans de Rome « au moyen de quoy les cglises et membres d’icelles venoient la pluspart en ruyne et desolation » ; 1l fallait aussi se concerter avec le duc de Savoie, qui bénéficiait du même privilège: « cecy redondera au bien et utilité de son pays » (*). La douairière proposa donc à son beau-frère la nomination alternative, ce qui permettrait au duc, une fois sur deux, de « pourveoir plusieurs de ses serviteurs quant l'oportunité se ly ordonnera et ne viendront lesdicts beneffices de ses pays es mains d'estrangiers » (*). Le duc donna son assentiment plus ou moins sincère (‘) mais, en diverses occasions, quand il y avait conflit entre candidats, le prince ne soutint pas toujours celui de l'archiduchesse, et parfois le « courtisan de Rome » triomphait (‘).

L'intervention du pouvoir séculier, dans la nomination aux bénéfices, maintint en somme les mêmes abus que ceux du régime pontifical des « graces expectatives ». La douairière promettait, sans se soucier des engagements dejà pris, et quand une vacance se présentait, les candidats affluaient, forts de sa promesse. Pour faire cesser des conflits scandaleux, l’archiduchesse dut, par patentes du 27 septembre 1524, annuler toutes ses promesses antérieures et décida qu'à l'avenir, tant dans son douaire de Savoie que dans le comté de Bourgogne, aucun bénéfice ne serait l’objet d’une provision avant d’être vacant (?).

Les familiers de l'archiduchesse se servaient de ce que l'on pourrait appeler la Feuille des bénéfices pour pousser leurs parents. Un étudiant de Turin, de condition modeste, mais frère d'un secrétaire devenu tout puissant à la Cour de Marguerite, sera pourvu de canonicats, de cures, de dignités d’un revenu modeste sans doute, mais dont le total finissait par devenir impressionnant et s’accroissait sans aucune discrétion, au point que les amis de Jean de Marnix, le protecteur du bénéficiaire, lui

(1) LATEYSSONNIÈRE, 0.c, t. v, p. 137.

(2) GuicuENoON, Hist. Bresse, 4° partie, p. 85. La bulle de Paul III est datée « pridie nonas januarii 1534 », le souverain pontife ayant été élu en octobre 1534, la bulle est nécessairement du mois de janvier suivant, c'est-à-dire du 4 janvier 1535.

(3) Marguerite à Charles IIT [avant août 1517]. Voir aux preuves n° Lxxvi.

(#) Instruction de Marguerite à Claude de Ray, juillet 1524. (L. M., 34416).

(5) Remontrances faites au duc de Savoie par le s' de Ray et Nicolas Perrenot, ambassadeurs de Marguerite, avec les réponses ducales, 5 septembre 1524 (Orig, Nord, L.M., n° 34429).

($) La commanderie de La Musse, la plus ancienne de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem en Bresse, étant devenue vacante en 1522 par la mort de Jean d'Iserand, fut attribuée, malgré l'archiduchesse, qui avait fait mettre sous séquestre les biens de cet établissement, au candidat du pape, Jean Loup, de Beauvoir en Bourbonnais, en exécution d’une bulle du 28 octobre 1523. Chavanes à Marguerite. 10 décembre [1523], Bourg (Arch. Nord, L.M., 37387; cf 37888, 40940 et 40941.

(7) Lettre du 27 septembre 1524. Preuves, n° Lxxxvi.

reprochaient de mettre toujours en avant son perpétuel candidat (*). Malgré l’opposition réitérée de certains chapitres, refusant de confier une prébende à un absentéiste (?), Pierre de Marnix, tout en restant dans la capitale du Piémont pour faire ses humanités et acquérir la pratique juridique dans l'étude du secrétaire ducal Vulliet(?), sollicitera et cumulera bénéfices sur bénéfices : prébende à la cathédrale d'Aoste (!) et au collège Saint-Nicolas d'Avignon (5), prévôté de St Maurice de Salins, chapellenie dans les Pays-Bas à Ninove (*), petit bénéfice à Faucogney en Franche-Comté (”), charge dans une abbaye dauphinoise (*), cure de Trévillers dans le comté de Bourgogne (°), deux

(1) « Mondict seigneur le maistre me fait avoir bonne entrée et me fait aucunes fois pourter signer les lettre À Madame [Marguerite d'Autriche]. Aussi fait Monseigneur le gouvernenr [de Bresse Laurent de Gorrevod] au levé et couché, duquel me treuve le plus souvent que je puis. Mondict seigneur le maistre [des requestes Louis Barangier] n'est pas esté fort content de ce que avez inscript mons. vostre frere au rolle le premier en tant de lieux, car il entendoit que son cousin deult estre le plns avant ». Guillaume Des Barres à Jean de Marnix, 10 mars 1541, n. st. (Arch. Nord, L.M., n° 27117, original).

(3) Mandement de Marguerite, daté du 23 déc. 1509, Bruxelles, invitant le chapitre St-Maurice de Salins à mettre Pierre de Marnix, clerc, étudiant en droit, du diocèse de Tarentaise, en possession de la prébende laissée vacante par la mort de Pierre de Bourbon, bénéfice que l’archiduchesse, comtesse de Bourgogne, lui a conféré (Minute, Nord L.M., n° 25975). Les chanoines firent une vive opposition, à trois reprises, [Claude de Boisset à J. de Marnix, 2 juillet [1510], Dôle, Nord, L.M., n° 26545) et une injonction de l’archiduchesse fut nécessaire pour la mise en possession (Nord, L. M., n° 27282, non daté). Le chapitre céda : « Mon frere ou moy yirons à Salins prendre possession de la prebende, car maistre Jean Lemaire m'a dit que ceulx de l’église de St Moris luy ont accorder vous (sic) recepvoir » (Guillaume de Boisset à J. de Marnix, Orig, 28 août [1510], (Dôle, Nord, L. M., n° 26678). Pierre de Marnix fut nommé prévôt de St-Maurice de Salins le 10 mai 1513 (CHasny, Gorrevod, page 4, note d'après Arch. Doubs B 1541).

(3) Pierre de Marnix à Jean de Marnix, 25 mars [1510] voir aux preuves. Cf. sur le secrétaire Vulliet, apparenté aux Marnix, Arch. Nord, L.M., 39234, 39235 et 38597.

(*) Lettres de « preces regales » datées de Kaufbeuern, adressées par Maximilien, roi des Romains, le {°° mai 1502 à l'évêque et au chapitre d'Aoste au profit de Pierre de Marnix pour la première prébende vacante (Or. parchemin., contresigné SERNTEIN, sceau incomplet, Arch. Nord, B 1535, n° 16541).

(5) Résignation faite en 1505 par Duete, de Bourg en Bresse, étudiant en loi, au profit de noble Pierre de Marnix, adolescent, originaire de Moûtiers en Tarentaise, d'une prébende au collège St-Nicolas d'Avignon (Minute, Nord, B 1535, n° 16573).

(6) Lettre de Roland Le Fevre, trésorier général des finances de l'archiduc, à Jean de Marnix, datée de Malines, 14 nov. 1510, l'avertissant qu'une chapellenie est vacante à Ninove par le décès du titulaire et vaut 50 livres de 40 gros de Flandre et pourrait être donnée à Robert Robins à moins que Marnix ne la demande pour son frère (Orig. Arch. Nord, L.M., n° 26813).

(7) Lettre de Louis Barangier à Jean de Marnix, datée de Malines, 6 [mars 1511], «bien matin, à une heure apres minuyt », l’avertissant qu'il a obtenu de l'archiduchesse un bénéfice à Faucogney (Haute-Saône, arrt de Lure, chef-lieu de canton), pour le frere de Marnix, mais cette chapellenie « ne vault gueres ; sans moy, le doyen [de Poligny, Claude de Boisset] l’avoit pour son serviteur » [Orig., Nord, L.M., n° 36971).

(8) Lettre de Pierre de Vars, procureur général du comté de Bourgogne, adressée de Dôle le 11 mars 1511 n.st. à Antoine Glannet [receveur général du comté de Bourgogne] l’informant que l’abbé de St-Antoine (Isère, arrt et canton de St-Marcellin) lui avait demandé si Pierre de Marnix, au sujet duquel ce dignitaire ecclésiastique avait été consulté, était religieux et portait l'habit de son ordre. Il a répondu par la négative, assurant que l’impétrant était protonotaire, « bomme sçavent, estant encoires a present a Pavye aux estudes et dont ledict seigneur abbé et l'ordre pouroyent estre grandement servis » (Orig. signé, Nord, L.M., n° 27092).

(°) Lettre de Marguerite recommandant Pierre de Marnix, chanoine de Cambrai et de Besançon, pour la cure de Trévillers (Doubs, arrt de Montbéliard, canton de Maiche) 28 déc. 1513. (Nord, L.M., n° 40961).

nouveaux canonicats dans les Pays-Bas (‘), cure à Cudrefin, dans le pays de Vaud (°) et à Druillat (*) puis encore des prébendes à Besançon et à Cambrai (), sans compter de bonnes petites places administratives, la châtellenie de Villars, en Bresse (°) ou la ferme du sceau de Faucigny (*). Malgré toutes ses pieuses sinécures, le jeune Marnix évoluera vers le siècle, sous l'œil amusé de l’archiduchesse qui l’attachera à son Hôtel comme échanson (7), en attendant de le lancer dans la diplomatie, avec l'appui du cardinal d'York ().

Tous ces jeunes gens pauvres, qui cherchaient à faire leur chemin, devenaient d’excellents collaborateurs parce qu'ils étaient laborieux, instruits ; ils représentaient une sélection, car leurs protecteurs, des parents qui devaient tout à la douairière, ne se seraient pas embarrassés d'un incapable. Mais il y avait les cadets de grande famille, et là, les exigences étaient plus grandes, et le nom seul parfois tenait lieu de mérite. Pierre de La Baume sera le type représentatif des abus du régime. Il entrera dans les ordres avec l'ambition de la mitre et de la pourpre. Son père, le chevalier d'honneur de Marguerite, Gui de La Baume-Montrevel, lui avait fait suivre les cours de l'Université de Dôle et, par son crédit près de l’archiduchesse, lui fit donner les abbayes de Saint-Just à Suse, et de N.-D. à Pignerol, en Piémont, celle de Moûtiers-

(4) Promesse faite par Thomas Wolsey, grand aumônier d’ « Henri, roi de France et d'Angleterre », administrateur de l'évêché de Tournai, à Pierre de Marnix, clerc du diocèse de Tarentaise, étudiant en loi, familier de Marguerite d'Autriche, de la seconde prébende vacante dans le chapitre de Tournai ou de tout autre bénéfice de valeur équivalente dans le comté de Flandre (Minute non datée probablement de la fin de l’année 1514, Nord, L.M., n° 40960). Lettre de l'archiduc Charles à un chapitre des Pays-Bas non désigné, du 9 sept. 1515, le priant d'assurer à Pierre de Marnix la possession de la prébende vacante par la mort de maître Guillaume de Eldris, qui lui avait été conférée par le prévôt de cette collégiale « en la manière acoustumée et selon les concordatz d'Alemaigne » et contestée par un « romanisque.…. en vertu de certaine reserve que seroit directement contre le droit de la collacion de l'Ordinaire et desdits concordatz » (Copie cont., L.M.. n° 40959).

(3) Nomination faite, le 47 mars 1515 n. st., par Marguerite de Pierre de Marnix, professeur de droit, à la cure de Cudrefin en remplacement de Louis Ocquin. aumônier décédé de l'archiduchesse (Nord L.M., n° 40630), bénéfice qui lui était contesté par Thibaud Arsent (ibid. n° 40631).

(3) Lettre adressée par Noël Puget, [avocat au Conseil de Bresse] à Jean de Marnix, datée de Bourg sans indication d'année, l'informant qu'il s'est rendu à la cure de Druillat (Ain, canton Pont d'Ain) pour faire exécuter des lettres de «a primarie preces » délivrées au frère de Marnix, mais sans résultat, l'évêque de Maurienne [Louis de Gorrevod] s’y étant opposé, alléguant qu'il voulait ce benéfice pour un autre candidat (Orig. L.M., n° 38857).

(&) Pierre de Marnix était déjà chanoine de Cambrai et de Besançon en 1513: Il détint aussi d'autres benéfices, probablement celui de la Commanderie de l'hôpital de Ruffey (Jura, canton de Bletterans), alors qu'il était encore « escollier en loix en l'Université de Thurin » (Document non daté, L.M., n°: 40964, 40965) et d'autres dans les diocèses d'Aoste et de Tarentaise (Voir aux preuves la lettre de Pierre de Marnix du 16 oct. 1510).

(5) Lettre de Marguerite à G. des Barres, 5 fév. 1519. n. st., Malines (L.M., n°‘ 40130, 40131).

(6) Bail à ferme pour trois ans des émoluments du sceau de Faucigny en faveur de Charles Cerise, bailli de Faucigny, et de Pierre de Marnix, écuyer tranchant de Marguerite, 28 janvier 1925, style de Rome (Arch. Nord, L.M., n° 46233).

(7) Dons faits À Pierre de Marnix, écuyer échanson de Marguerite (1518, 3 juillet, B 2278, fol. 39 verso ; 1525, 26 janvier, B 2327, fol. 2 verso ; 1531, 21 mars, B 2368, n° 8323).

(8) Pierre de Marnix, à la requête du cardinal d'York, fut envoyé par Marguerite auprès de l'Empereur en Espagne (Arch. Nord, L.M. n° 40134, sans date).

Saint-Jean, en Bourgogne, celle de Saint-Rambert, en Bugey (‘). Devenu protonotaire apostolique, Pierre de La Baume parvint à garder, non sans peine, la très riche abbaye de Saint-Claude, sur le haut plateau du Jura (9 décembre 1510). Mais c'était un gros morceau, un revenu de 2.000 ducats, et l'un des parents du pape Jules II, François de La Rovere, évêque de Vicence, puis de Volterra, l'avait convoité arguant d’une réserve faite à son profit et prétendit évincer son concurrent, au besoin avec le concours des mercenaires des Ligues. Marguerite d'Autriche, particulièrement intéressée, parce que l’abbaye était une « piece » qui touchait son comté de Bourgogne, remua ciel et terre, écrivant aux ambassadeurs, sollicitant les cardinaux pour empêcher les manœuvres de l'italien contre son protégé : « Ce bon seigneur evesque de Vicence, dira-t-elle au comte de Carpi, représentant de l’empereur à Rome, se vente desja avoir les Suyches en sa manche pour le mectre en possession d'icelle abbaye, qui ne seroit pas petit esclandre car, en ce cas, suis certaine que tous mes subgetz se feroient plustot mectre en pieces que d'y souffrir ledict evesque, que pourroit causer ung terrible esclandre au Sainct Siege appostolique et a nous, comme asses l'avons escript a Nostre Sainct Pere le pape par expresses lettres de nostre main... » (?). Un peu d'argent vint calmer cette tempête. Il n’en coûta à Pierre de La Baume qu'une pension pour apaiser son adversaire (*). D'autres bénéfices importants furent encore conférés à Pierre de La Baume, l'abbaye de Rosières (*) et peut-être celle de Baume-les-Messieurs (f). Candidat malheureux à l’archevêché de Turin (), évêque de Genève (11 avril 1523), cardinal du titre des saints Jean et Paul (17 décembre 1539), archevêque de Besançon (29 décembre 1541) jusqu'au moment où il résignera cette charge (27 juin 1543) entre les mains d'un enfant, son neveu Claude de La Baume, qui attendra 27 ans avant d’être consacré (?), Pierre de La Baume,

(1) GuICHENON, Hist. de Bresse, partie Bresse, page 40. Dans une lettre non datée, adressée par Marguerite probablement à Philibert Naturel, ambassadeur de l'archiduc à Rome, Pierre de La Baume est recommandé au Pape pour l'abbaye de Saint-Rambert et le protonotaire de Cornon pour la commanderie de Saint-Antoine à Bourg, bénéfices vacants par la mort du protonotaire de Bannens (Nord, L. M., n° 24108).

(2) Marguerite au comte de Carpi [1515]. Arch. Nord, L. M., n° 40897, minute. Voir aussi la lettre de Jacques Annocque du 42 juillet [1515], aux preuves n° Lxix.

(3) Voir aux preuves la supplique de l’archiduc Charles à Léon X, du 30 mars 1515 et la lettre de Jacques Annocque à Marguerite du 12 juillet [1515]. Voir aussi aux Archives du Nord L. M., n°5 40859, 40865 à 40867, 40871, 40880, 40889, 40891. Un texte du 10 déc. 1510 prouve que Pierre de La Baume était déjà à cette époque abbé de St-Claude (L. M., n° 29972)

(*) Requête non datée adressée à Marguerite par Pierre de La Baume, protonotaire apostolique, abbé commandataire de St- Claude et de Rosières, au sujet du procès que lui a intenté devant le bailliage d'Aval et le Parlement de Dôle Jean de Maisières au sujet de l’abbaye de Rosières, au diocèse de Besançon (Nord, L. M., n° 40879).

(5) Lettre de Marguerite, de février 1513 n. st., pour faire obtenir la réserve de l'abbaye de Baume [(-les-Messieurs] à Pierre de La Baume, protonotaire apostolique, abbé de St-Claude, son conseiller (Nord, L. M., n° 28691). Voir aussi la lettre de l’archiduchesse au prieur de Baume lui rappelant, que le Pape l’a autorisée à présenter aux bénéfices situés dans ses états et que son choix s'est porté sur Pierre de La Baume pour l'abbave de Baume-les-Messieurs en cas de décès de l'abbé, gravement malade, 3 mars 1518 n. st., Malines (1bid., L. M., n° 40863 ; cf. n° 40882).

(6) Supplique de Marguerite au pape [Léon X], [de 1516], pour faire conférer l'archevêché de Turin à Pierre de La Baume « ob merita sua et suorum antiquumque et nobile genus a quo duxit originem mihi carissimus ». (Arch. Nord, L. M., n° 40864). On sait que ce siège fut donné le 11 mai 1517 à Claude de Seyssel, alors évêque de Marseille.

(7) Van Guux et C. EUBEL, Hierarchin catholica medit aevi (Munster 1910) tome 111 p. 149. François Bonvalot (et non Bonnalot) fut chargé de l'administration du diocèse pendant la minorité de l'archevêque.

accablé de dignités, évêque, archevêque et prince de l'Église, n'aura jamais que l'âme d'un courtisan : lâche devant le danger, l'évêque de Genève, quand les Calvinistes ébranleront son trône épiscopal, donnera à ses ouailles le honteux spectacle d’une fuite éperdue ().

L'archiduchesse, dans ses relations avec le clergé de son douaire, ne s’intéressa pas seulement aux hommes, mais aux œuvres, particulièrement sensible à celles des réguliers. Dans le choix de ses libéralités, elle paraît avoir subi longtemps l'ascendant d’un franciscain très énergique, le Père Boniface, appelé aussi Boniface de Sienne, appartenant à la noble famille des Ceva, très répandu dans les Pays-Bas, en France et à la Cour de Rome. Il savait mieux que personne entretenir l'amitié par de petits cadeaux, tantôt des « pelotons de filet » (?} ou des plumes à écrire (*), tantôt quelques-uns de ces beaux fruits dont la douairière était si friande : « Madame, lui mandait-il de Rouen, je vous envoye des poyres que l’ung m'a fait a croyre estre les meilleurs de France, que j'ay envoyé querre a Lovyers, en ce pays de Normendie » (*), et quand il n’avait rien à donner, le bon père cordelier offrait sa meilleure rhétorique : « La bonne et elegante responce que vous a pleu me faire, disait-il encore à sa protectrice, bien demonstret la Minerve que vous nourrist, et croyroye facilement que Nature se trompa a vostre engendrement, cuydant mectre l'esperit en un corps virile auquel myeulx convyendroyt que a femenyn. Et si vostre noble mayn avoyt aussi peynt le papier de ladicte responce que estrange /sic/, je les garderoye jusques au pourrir et feroye veoir a touz ceulx que porroyent entendre quelle odeur porte la Marguerite » (f) Boniface de Ceva, personnage connu dans son Ordre (f), était ministre de la Province de Flandre (”). Il prétendait asservir à son autorité certains couvents récalcitrants des Pays-Bas, dans un moment où une question de réforme statutaire était en instance en Cour de Rome. Les uns le traitaient de « Ministre de Sathan et ennemy de paix et union » (*). Les autres passaient aux actes. À Lille, les religieux le firent jeter en prison (*). Ailleurs,

(1) Pierre de La Baume mourut le 4 mai 1544. Sur ce personnage, cf. FLEURY, Hist de l'église de Genève, t. 1 (Genève 1880), p. 354 ; MuGnieR, Les évêques de Genève (Annecy 1888), p. 16; CASTAN, Mém. Soc. émul. Doubs. 6° série. t. vi (1891), p. 18. Sur la période si importante de l'histoire de Genève sous l'épiscopat de Pierre de La Baume, voir la correspondance de ce prélat dans GaLirrE, Matériaux pour l'histoire de Genève (Genève 1830), t. , p. 303 à 475.

(2?) Boniface à Marguerite, 6 février, Paris (Arch. Nord, L. M., n° 37210).

(3) « Madame, cognoissant que porryés avoir usé toutes voz plumes es lettres que avez escript pour moy, je vous en recompense de deux que vous prre employer quant temps sera ». Boniface à Marguerite, 7 décembre [1511?], Gand (Arch. Nord, L. M., n° 28336; cf. n°36249 et 36250).

(4) Boniface à Marguerite, 6 mars, Rouen (Arch. Nord, L. M., n° 30387).

(5) Boniface à Marguerite [22 juillet], Hesdin (Arch. Nord, L. M., n° 30431 autographe).

(6) Boniface de Ceva, mort le 12 avril 1517 est cité notamment dans FaBricits, Bibliotheca latina mediae et infimae latinitatis, tome 1 (Hambourg, 1734), page 711.

(7) Quand le frère de Boniface prêcha l'Avent en 41510 devant l'archiduc Charles et Marguerite d'Autriche, il est appelé « provincial de l'Ordre des Observants de Saint François nommés Collette » (Arch. Nord, B 2214, fol. 273).

(8) « Frere Jehan de Costa, commissaire romain indigne » à Jean Glapion, de l'ordre des frères mineurs de l'Observance, gardien du couvent de Bruges (Rome, couvent d'Ara Celi, 30 juin 1513, copie contemporaine).

(2) « Despuys que suys party de vous... j'ai refformé par introduction de soufisant nombre de freres vestuz et nourriz en observance les couvens de Lisle et de Tournay, non pas sans resistence, car l'Ennemy s'oppose a toutes bonnes œuvres... A Lisle, j'ay trouvé visage de boys,

à Mons, la rébellion des moines l'obligea à battre en retraite (!). Mais, au dire du père Boniface, « aulcunes foys, les princes font des miracles que Dicu ne faict poynt » (?). L'archiduchesse, dans ce conflit entre réguliers, soutint vigoureusement l'autorité menacée. Le P. Boniface, tant était grand son empire sur la Régente, allait jusqu'à lui suggérer de faire nommer à Bruges des magistrats gagnés à sa cause, afin que « le baston ne fust pas mis en la mayn de ceulx qui désirent d'en derocher mez quilles » (*). Aussi, par reconnaissance, s'occupait-il des affaires de la douairière, lui faisant obtenir des privilèges en Cour de Rome (*) ou, par une dérogation à la règle, obtenant qu'un cordelier de Bourg puisse faire ses études à Paris (‘). L'influence du P. Boniface, et après lui, celle du P. Jean Glapion, qui devint procureur de l'Ordre en Cour de Rome et confesseur de Charles-Quint (°), expliquent la participation constante de Marguerite aux bonnes œuvres des Franciscains : instruction à Louvain d'un moine de Chambéry (’), réfection du clocher des frères mineurs de Bourg, presque terminée en 1518 (*), reconstruction, dans la même ville, du portail de Sainte-Marie-l'Egyptienne, avec vitrail aux armes de la douairière et du défunt duc (°), générosités à de nombreux couvents de l’ordre

et apres que suys entré, l’on m'a faict prisonnyer dedens le couvent ; mais, en la fin, Messeigneurs de la Gouvernance se sont honestement excuséz ; et celuy que me tenoyt prisonnyer, nommé mons. de La Botteillerye n’y a pas eu grand honneur ». Boniface à Marguerite, 20 décembre, Lille (Arch. Nord, L. M., n° 37211, autographe avec cachet au dos à l'écu de la famille Ceva, fascé à quatre pièces).

(1) « Je vous avove rescript de Metz en Lorreyne, ou j'ay tenu mon chappittre, comment je m'en venoye reformer le couvent de ceste ville de Mons, pour tousjours faire le plus de bien que m'est possible en voz pays, et singulierement au plus pres des lyeux ou vous avez acoustumé de vous tenir. Mais j'ay trouvé premyerement de la resistence de part ceulx de la ville, laquelle facilement, apres avoir cogneu verité, a esté abatue. Et aujourd'uy que je cuydoye avoir tout faict, les apostaz qu'estoyent encores au couvent se sont rebellés contre moy, presens les eschevyns de la ville, et ont cuydé faire grand oultrage, n'eust esté la presence desdicts eschevyns, par quoy suys party hors du convent jusques a ce que, par moyen de voz bonnes lettres que cuydoye desja trouver ycy a ma venue, porray avoir moyen de faire obeir mezdicts freres rebelles... ». Boniface à Marguerite, 8 juin, Mons (Arch. Nord, L. M., n° 30420, autographe). Cf. sur le même couvent, L. M., n° 30410.

(2) Boniface à Marguerite, 26 juillet, Tournai (Arch. Nord, L. M., n° 37216, original).

(3) Boniface à Marguerite, sans date (Arch. Nord., L. M., n° 30509, autographe). Cf. n° 37209 et 37213.

(#) Boniface à Marguerite, 16 mai, Rome (Arch. Nord, L. M., n° 37215; cf. 37212). (5) Boniface à Marguerite, 16 octobre, Bruges (Arch. Nord, L. M., n° 37209).

(6) REUSENS, dans Biographie nationale Belgique, tome vu (1883), col. 805. Les Archives du Nord contiennent une dizaine de lettres de Jean Glapion à Marguerite fort intéressantes pour la querelle du couvent de Bruges avec le P. Boniface.

(7) Pierre Blanchet, franciscain à Chambéry, reçoit en 1532 un don pour ses dépenses de table à Louvain « ou ma feue dame l'a fait tenir a l'estude ». de QuiINSONAS, Matériaux, tome 1, p. 403.

(8) Sur la construction de ce clocher voir une lettre du Conseil de Bresse à Marguerite, datée de Bourg, 1° septembre [1513] (Arch. Nord, L. M., n° 44434, original), des mandements du 13 avril 1514 (Arch. Nord, B 2230, fol. 47) et du 10 avril 1518 n. st. (1bid., B 2278, fol. 15) et deux requêtes sans millésime (Jbid., L. M., n°° 44431 et 44433).

(3) Le prieur n'autorisa pas les gentilshommes bienfaiteurs de l'œuvre à placer leur blason, ne voulant pas « que les armes des subjectz soyent subtz celles de leurs souverain situéez ». Humbert Revel, gardien de Sainte Marie l'Egvptienne de Bourg, à Marguerite, 20 janvier [1520?] (Arch. Nord, L. M., n° 44430, autographe).

à Pont-de-Vaux (‘)}, Cluses (?) et Morges (*) notamment. Le tiers-ordre de Saint-François apparaît même dans deux curieuses suppliques d’un gentilhomme flamand, Yves de la Howarderie, ancien écuyer du Téméraire et de Philippe le Beau, vivant loin des bruits du siècle « dedans ung petit reclusage en la ville de Chambéry », ne sortant que deux fois par an, le jour du Saint Suaire et celui du « Précieux cor de Jhesus Crist », ne manquant point de rappeler, pour intéresser l'archiduchesse, des souvenirs de jeunesse, car il l’avait servie au château du Verger quand elle était encore l'éphémère reine de France (*). Le vieux reclus trouvait sans doute qu'il avait assez voyagé. Un annécien, un certain Vincent Pennaud, voulait au contraire voir du pays, parlant d’aller à Saint-Jacques de Compostelle, voire même à Jérusalem, ayant déjà vénéré à Trèves « la robbe de Nostre Benoist Saulveur Jhesu Christ » et à Cologne les « corps sainctz des Trois Roys ». Il échoua faute d'argent, à Anvers « ou est la precieuse Circumcision Nostre Seigneur »: ce sera naturellement à l'archiduchesse qu’il demandera un viatique (*). Un autre, le vice-bailli dé Bresse, Antoine de Chavanes, seigneur de Saint-Nizier, pensera aussi à la douairière quand il voudra reprendre son pèlerinage en Terre Sainte, interrompu par les guerres d'Italie (*).

Marguerite d'Autriche s’intéressa, avec non moins d’empressement, à l'œuvre des clarisses. Sainte Colette, leur réformatrice, avait inauguré en Savoie, au château de la Balme de Sillingy, en 1407, la réforme franciscaine (?) et l'avait ensuite propagée dans le comté de Bourgogne et dans les Pays-Bas. C’est à Gand que se trouvait sa sépulture. Les derniers Bourguignons avaient déjà fait de nombreuses instances pour obtenir la canonisation de la « petite ancelle de Nostre-Seigneur ».Maximilien, vers 1494, avait gagné à cette cause plusieurs cardinaux (*). Marguerite d'Autriche renouvela

(1) Mandements du 10 février 1513, n. st. (Arch. Nord, B 2222, fol. 146) et du 4 février 1519, style de Rome (Jbid., B. 2278, fol. 73 verso).

(2) Réfection du couvent de Cluses, détérioré par l'orage. Jean Part, gardien, à Marguerite (Arch. Nord, L. M., n° 46.254, original avec sceau du couvent représentant la Vierge à l'enfant).

(3) Don de 100 fl. aux Franciscains de Morges, pour achever leur église (Arch. Nord, L. M., n°5 46286 et 46287, vers 1515).

(#) Yves de La Howarderie à Marguerite [vers 1516]. Voir aux preuves, n° :Lxxv. Le « reclusage » d'Yves est vraisemblablement celui du Pont du Reclus, à côté de la chapelle Saint-Pierre, déjà mentionné en 1399. TRÉPIER, Rech. historiques sur le décanat de Saint-André, dans Mém. Acad. Savoie, 3° série, t. vr (Chambéry, 1879), page 237.

(5) Vincent Perraud à Marguerite [15 avril 1524]. Voir aux preuves n° Lxxxvi.

(6) A. de Chavanes à Marguerite, 20 décembre, Saint-Nizier, sans millésime (Arch. Nord, L. M., n° 37335).

(7) GoNTHIER, Suinte Colette et La Balme de Sillingy dans Revue Savoïisienne (Annecy), année 1894, page 99.

(8) Les Archives du Nord (L.M., n° 31596, cahier de 9 feuillets in 4°, d’une écriture du début du XVI: siècle) renferment la copie des requêtes adressées au Saint Siège par la chancellerie de Maximilien entre 1493 (date de la consécration du cardinal Jean de La Grolaie) et 1503 (date de la mort de Marguerite d'York) par le Magistrat de Gand, par l'évêque d'Amiens et rappelant la fondation des couvents de Corbie et de Poligny, et la sépulture de Colette à Gand, les miracles et l'extension de l'œuvre de la réformatrice en France, Flandre, Picardie, Bourgogne et Savoie. Les quinze requêtes ténorisées dans ce cahier sont adressées au pape, vraisemblablement Alexandre VI (1492-1503), au Sacré Collège, à [Georges de Costa], évêque d'Albano, cardinal de Lisbonne (1476-1508), à [Oliverio Carafa], évêque de Sabine, cardinal de Naples (1467-1511), à ([Ant. Pallavicini], cardinal de Sainte-Praxède (1489-1507), à Jean de La Grolaie, abbé de Saint-Denis, cardinal évêque de Sainte Sabine (1493-1449). On sait que la bulle de canonisatiou ne fut obtenue que le 24 mai 1807.

ces instances en 1508, faisant appel au général des Franciscains, Bernardin du Pré (*) et au cardinal Grimani (?), sans pouvoir remplir les vœux des clarisses de Grenoble (*) et de Chambéry, qui lui envoyaient, pour mettre dans ses heures, une « coronne de la glorieuse Virge Marie » et le « nom de Jhésus et de Maria » (*). Dans la petite ville vaudoise d’Orbe, où la tante de Philibert le Beau était morte en odeur de sainteté (5), à Genève, (f) à Bourg (’}, les clarisses avaicnt aussi recours à la bourse de la douairière.

Un autre ordre, celui des Dominicains, possédant en Savoie de nombreuses maisons, entretenait aussi, avec la Régente, des relations affectueuses. L’un de ces religieux, Antoine Pennet, donne des détails curieux sur la construction et la règle du couvent Sainte-Croix à Annecy (). À Estavayer, les dominicaines, pour remercier leur confesseur qui avait donné au couvent « une pere d'orgues petites », prennent sa défense dans son conflit avec le prieur de Poligny (*). À Bourg, les dominicains remanient leur église et leur cloître (*°).

Dans ses rapports avec les Réguliers, Marguerite n'apparait pas seulement en bienfaitrice ; elle menace quand elle craint la contamination des religieux par l'esprit nouveau. Les propositions de Luther sur les indulgences, qui avaient déclenché la Réforme (1517), ses attaques contre les abus de la cour pontificale, l’exaltation de

(1) Marguerite à Bernardin Du Pré. 27 juin 1508. Voir aux preuves, n° xxvi.

(2) Marguerite au cardinal Grimani, 27 juin 1508 (Arch. Nord, L.M., n° 299379, minute).

(3) Madeleine de La Villette. abbesse des clarisses de Grenoble, à Marguerite, 26 juillet (Arch. Nord, L.M., n°35462, autographe sans millésime).

(+) Marguerite Carionne, abbesse des clarisses de Chambéry, à Marguerite, 28 juillet (Arch. Nord, L.M., n° 46231, original sans millésime).

(5) Louise de Savoie 4 Philibert le Beau, lettre datée d'Orbe sans indication chronologique [vers 1500]. Voir au preuves, n° vu. Voir aussi la lettre des clarisses d'Orbe à Marguerite, 14 février 1515, n. st. (Arch. Nord. L.M., n° 46239, original).

(6) Les clarisses de Genève à Marguerite, 16 septembre 1516 (Arch. nord, L.M., n° 46232 original).

(7) Dons faits de 1511 à 1524 aux clarisses de Bourg, qui habitaient le couvent dit de Saint Georges (Arch. Nord, B 2222, fol. 3 v. et 81 v.; B 2230. fol. 59; B 2308, fol, 52 et Lettres missives n°’ 40193, 44439 à 44445.

(8) Ce couvent était situé «en ung lieu fort plesant et spacieux, ayant la riviere corant dedans par conduyt et aupres la fonteyne vive, et de nulle part dehors pourra avoyr veue dedans. Il y a vergier et jardin asses spacieux. Et se font toutes les officines necesseres de pierre de roche, pour se que la perriere est aupres ». Les religieuses, toutes de noble extraction et rentées, étaient soumises à la clôture perpétuelle ; l'accès du couvent était défendu sauf aux princes de Savoie « avec troys hommes seulement, et de femmes selon qui leur plera avec eux ». Deux dortoirs pouvaient contenir quarante chambres. Les € beaux pères confesseurs » étaient placés «a en leur logis dehors, prés du monastère ». Les religieuses pouvaient faire gras trois fois par semaine, mais ne couchaient que € sur materas..….. et ne useront point de linge a leur cher, mez seulement de sarges ou de draps de laine ». Antoine Pennet à Marguerite, 4 février, Genève [vers 1504?] (Arch. Nord, L.M., n° 38763 orignal). Ce couvent, commencé en 1490, ne fut jamais occupé par les dominicaines, faute d'argent. [1 servit de refuge aux clarisses émigrées de Genève en 1536 et donna son nom à la rue Sainte Claire d'Annecy. MERCIER, Souvenirs historiques d'Annecy, pages 223.

Antoine Pennet était prieur des dominicains de Plainpalais à Genève en 1485 et 1438. Registres de l'ancien Conseil de Genève (publ. par la Suciété d'histoire et d'archéologie de Genère), tome 111 p. 399. tome 1v, page 160.

(9) Catherine d'Estavayer à Marguerite, 23 novembre, sans millésime (Arch. Nord, L.M., n° 46280, original). Estavayer, Suisse, canton de Vaud. Poligny, Jura, chef-lieu d'arrondissement.

(10) Arch. Nord, L.M., n° 44428. requête non datée, sur le temporel des dominicains de Bourg en 1514, cf. ibid, n°° 44425, 44427.

l'autorité des Conciles, avaient trouvé, même dans la paisible Bresse, des oreilles complaisantes. À Brou même, dans le sanctuaire édifié par l’archiduchesse et confié à la Congrégations des Augustins de Lombardie, on savait que, dans l'Ordre, il y avait des égarés allant par pays, notamment dans le comté de Bourgogne « prescher plusieurs choses qu'ils ne doivent, au grand esclandre et scandalle de nostre mere Saincte Eglise..….., et mesmes puis peu de temps... aucunes heresyes de Martin Leuther »(‘). À Annecy, un dominicain jugeait nécessaire, non sans cause, de tonner contre Erasme, Luther, l’humaniste Reuchlin et le théologien Lefèvre d’Etaples, les stigmatisant comme antechrists (?). Le duc de Savoie avait reçu une lettre de Luther l'engageant à faire prêcher la foi nouvelle dans ses états (*) et un réformateur engageait le prince-évêque de Lausanne à embrasser les idées nouvelles en se mariant, pour donner l'exemple à ses curés (!). Mais il y eut résistance officielle. Les États du Pays de Vaud condamnèrent la doctrine luthérienne () et l’archiduchesse, qui faisait brûler dans les Pays-Bas les moines suspects (f), eut recours à l'inquisition pour assainir les populations de son douaire. En Bresse, un vénitien, Baudouin de Saint-Barthélémy, commença par condamner au bûcher six femmes promettant de purger le pays de « ces gens» en l’espace de deux ans (”), et réclamant le tiers de la valeur des biens de ses victimes (*).

Toutefois, il ne semble point, du moins à l’époque de l’archiduchesse, que le protestantisme ait fait de nombreux prosélytes dans les états de son douaire ni dans

(1) Marguerite au prieur de Brou, 25 septembre, Bruxelles. sans millésime (Arch. Nord, L.M., n° 44481). Il y avait parfois, même dans l’ordre des augustins, des brebis galeuses. Un certain frère Jean Bellot, de Carignan, « vagabond, fugitif et manteur » se faisait passer pour moine et même prieur de Brou. €« Se je le pouvoye tenir, disait le supérieur de ce couvent, je le mectroye en lieu qu'il ne verroit le soleil de long temps » Raimond de Cesana à Marguerite, 25 octobre, Brou, sans millésime (Arch. Nord, B 19184, n° 44577, original). Cité par Durax, Dissertation sur de nouveax documents.... concernant Brou (Bourg. 1847), page 10.

(2) « Quidam magistri nostri cucullati Dominicæ factionis et, ut credo, fidei nostræ persecutores (volui dicere inquisitores), casu quodam cellam nostram paucis elapsis diebus intraverunt, qui inter loquendum inciderunt in memoriam eruditissimi illius nostri Erasmi, et, post multa de eodem atque Luthero sinistre delata tandem suum venenum ïibidem evomuerunt quatuor antichristos nunc esse in regno Christi doctores Erasmum scilicet, Lutherum, Joannem Reuchlin et Stapulensem deblaterantes. Vide, quæso, Sycophantes, bonarum literarum persecutores ». Un moine d'Annecy {Célestin-Claude Dieudonné ?] à H.C. Agrippa, Annecy 10 septembre 15241, dans HERMINJARD, Correspondance des réformateurs, tome 1 (Genève, 1878), page 72.

(5) Luther au duc de Savoie, 7 septembre 1523, Wittenberg, dans HERMINJARD, 0.c. t. 1, page 151. Charles III devait plus tard prendre des mesures très rigoureuses contre la Réforme. Voir ses lettres du 21 février 1528 dans DuBoin, Raccolta della leggi. tome xx, p. 1634.

(#) François Lambert à [Sébastien de Montfaucon], évêque de Lausanne, tbidem, t. 1. p. 328.

(5) Ordonnance du 23 mai 1525, Moudon, dans HERMINJARD 0.c. t. 1. page 354.

(6) A Anvers notamment en 1523. Journal d'un bourgeois de Paris, éd. LALANNE, page 185.

(7) Baudouin de Saint-Barthélemy à Antoine de Montcut, 21 décembre [1528], Bourg. Voir aux preuves, n° xCII.

(8) « L’inquisiteur de nostre Saincte Foy en nostre pays de Bresse nous fait advertir que, soit environ deux ans, il a esté commis en ladite charge d'inquisiteur, laquelle il a exercé au mieux qu'il a peu et tellement que, par son bon devoir, aucuns sont esté actains d'eresie et mis au dernier suplice et leurs biens confisquez a nostre prouffit, et que, combien que la tierce desdicts biens que proviennent desdictes confiscations luy doivent appartenir comme inquisiteur que dessus, touteffois il n'en a jamais riens peu avoir. » Injonction est faite à la Chambre de payer la part réclamée sur les biens des suppliciés. Marguerite [à la Chambre des comptes de Bourg, 8 janvier 1529 n.st.] (Arch. nord, L.M., n° 44258, minute).

les réguliers, ni dans les séculiers. La douairière, bien que moins souvent sollicitée par le clergé séculier, se montra non moins généreuse à son égard que pour les ordres mendiants. L'une des initiatives qui lui fit le plus grand honneur fut le don d’une magnifique châsse pour renfermer le précieux Saint Suaire du Christ, que depuis le milieu du xv° siècle possédait la Maison de Savoie (*). Les souverains emportaient volontiers la célèbre relique quand ils se déplaçaient, et bien qu'elle oût été confiée officiellement en 1502 à la Sainte Chapelle de Chambéry (?), on la transporta l’année suivante à Bourg pour la montrer à l'archiduc Philippe le Beau, venu en Bresse pour rendre visite à sa sœur Margucrite (*). La douairière Claude de Brosse la détint aussi quelque temps dans son château de Billiat, invitant l’archiduchesse à « venir voyr le benoist Sainct Suayre » pour la préserver de l'épidémie qui sévissait aux environs de Pont d’Ain (). Par dévotion, Marguerite, devenue Régente des Pays-Bas, fit exécuter par l’un des meilleurs orfèvres de sa cour, Liévin van Lathem (°), un très remarquable monument d'orfèvrerie que Laurent de Gorrevod reçut mission d'offrir au nom de l’archiduchesse le 10 août 1509, et qui provoqua l'admiration de tous les spectateurs. « J'ai apporté, dit-il dans une de ses lettres, la châsse du Saint Suyaire à Chambéry, laquelle a esté trouvée bien belle et fort riche... Et y a maintenant autant de presse ou plus pour veoir ladicte chasse que le Sainct Suayre » (°).

(1) Le Saint Suaire fut conservé dans la collégiale de Lirey (Aube) jusqu'en 1453, date de sa remise au duc de Savoie.

(3) La translation du Saint Suaire, détenu par les Cordeliers de Chambéry, eut lieu le 11 juin 4502 en la Sainte Chapelle de cette ville en présence de Philibert le Beau et de Marguerite d'Autriche. de Jussieu, La Sainte Chapelle de Chambéry (Chambéry, 1878), pages 56 et 219.

(8) Le Saint Suaire fut exposé à la vénération du peuple à Bourg le vendredi saint 14 avril 1503 par trois évêques, puis montré à l'archiduc en chapelle ducale. Un témoin oculaire, Antoine de Lalaing, le futur chevalier d'honneur de Marguerite, nous a laissé cette description: « On le voidt clerement ensanglanté du tres precieux sang de Jhesus, nostre redempteur, comme se la chose avoit esté faicte aujourd'hui. On y voidt l'imprimure de tout son tres sainct corps, teste, viaire, bouce, yeulx, nez, corps, mains, pieds et ses chincq playes, especialement celle du costé, longue environ d'un bon demi piedt, est fort ensanglentée et de l’autre part, comme il estoit couvert et redoublé dudict linchæl, on voidt le vestige et figure de son dos, teste chevelure, coronne et espaules. Et pour esprouver se c'est le mesme, on l'a boulit en huille, bouté en feu, lavé et buet par plusieurs fois, mais on n’a peut effachier ne oster ladicte imprimure et figure ». GacHarp, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas. t. 1. (Bruxelles, 1876), p. 285.

(#) Claude de Brosse à Marguerite, [octobre 1505] (Arch. Nord L.M., n° 24124).

(5) Sur Liévin van Lathem, voir WAUTERS, dans Biographie nationale de Belgique, t. xi (1890). col. 424, et divers inédits des Archives du Nord de 1501 à 1514 (B 203, fol. 42 v.; B 896 ; B 2256, n° 78078 B ; 3324 ; B 3463 ; B 3467 n° 121908"; B 3498 ; B 3503 ; B 3504). A Lierre (province d'Anvers, à 15 kil. de Malines), a proximité du pays natal des Van Lathem, on conserve, dans les archives du chapitre Saint Gommaire une copie du Saint Suaire sur taffetas. BurLeT, dans Savoie littéraire et scientifique, 5° année (1910), page 174. Serait-ce celui que Marguerite a fait exécuter par Bernard van Orley quand elle lui a commandé « une belle paincture faicte a remembrance du Saint Souaire sur taffetas blanc » ? (Pièce comptable non datée, Arch. roy. Bruxelles, Reg. 1797 de la Ch. des Comptes fol. 294, citée par ALTMEYER, dans Revue belge, t. xv (Liége 1840) p. 48.

(6) Laurent de Gorrevod à Barangier. 12 août [1509] (Arch. Nord, L.M., n° 25825, original). D'après Agrippa, Marguerite aurait dépensé 12000 [écus] d'or pour la châsse du Saint Suaire. « Cum esset a longo inter thesauros ducibus Sabaudiæ Sacrosanctum Salvatoris Nostri Sudarium, quod illi quocunque irent cæteras inter prophanas Sarcinas pro amuleto circumferebant id, ubi rescivit Margareta nostra, Princeps religione et pietate insignis, indignum scelus arbitrata tam Sacrantissimum thesaurum sic inter prophanorum manus inhonoratum versari, capsam auream valore plus duodecim millium aureorum donavit, in qua repositum custodiretur, marito persuasit,

Du vivant de la douairière, des visites royales, celles d'Anne de Bretagne (!) et de François I* qui fit son pèlerinage à pied depuis Lyon (?), celles de Princes de l'Eglise, le cardinal d'Aragon (), l'abbé de Clairvaux (t), attestaient la réputation de l’insigne relique (°).

quia una secum magnificentissimum sacellum in arce Camberacensi, constituto ibidem canonicorum collegio, maximis sumptibus extruxerunt : ubi deinceps omni reventia adservatum, stupendis claret prodigiis atque miraculis.…. H. C. AGripPA AB NETTESHUEYM, Oratio habita in funere Dive Margaretæ, dans Operum pars posterior (Lyon, « per Beringos fratres » s.d.) pages 1116 sq. Liévin Van Lathem reçut le 31 décembre 1508, des mains de Diégo Florès, garde des joyaux de l’archiduchesse, 33 marcs, 11 estrelins et 20 grains d'argent de « sandres fin pour convertir et employer a la chasse du Saint Suaire que je prins en charge de faire pour Madicte dame » (Arch. Nord, B 3382, n° 113855, original signé). Il est vraisemblable que l'œuvre de Van Lathem a disparu dans l'incendie qui faillit consumer la célèbre relique. Voir dans GUICHENON, Hist, généalsg. Maison Savoie, éd. Turin, t. rv. 2° partie, page 497, le procès verbal dressé le 19 avril 1534 par Louis de Gorrevod, cardinal de Maurienne, après le sinistre de la Sainte Chapelle (4 déc. 1532) qui nécessita le transfert de la relique dans la Tour du Trésor des chartes de Savoie, à Chambéry. Les clarisses de Chambéry durent réparer quelques parties du Saint Suaire après l'incendie. Leur relation a été publiée par Boucuace: Le Saint Suaire de Chambéry à Sainte Claire en ville, dans Congrés Sociétés savantes savoisiennes. Chambéry, août 1890, p. 261 sq. On sait que le Saint Suaire fut emporté à Verceil en 1536 quand le duc Charles III dut abandonner la Savoie envahie par François Ie puis transporté définitivement à Turin sous le règne d'Emmanuel-Philibert.

(1) « Je crois que mondit seigneur [le duc de Savoie] soit de retourt a Geneve de Chambery, ou 1l estoit aller trouver la Royne et monseigneur d'Angolesme qu'ils ont estéz audict Chambéry pour veoir le Sainct Suayre an nombre de bien deux milz chevaulx » Jean d'Estavayer à (Guillaume de Vergy], 9 juin [1511], Moudon (Arch. Nord, L.M.. n° 37750, original. Cf. la lettre d'André Burgo à Marguerite, 6 juin [1511], Grenoble, dans GopErRoy, Lettres de Louis XII (Bruxelles 1712), tome 11 page 265 (Arch. Nord, L.M., n° 30124, original).

(2) François I*' partit de Lyon le 28 mai 1516, pour arriver à Chambéry le 15 juin et vénérer la relique le lendemain 16 juin en présence de trois évêques Cf. Journal de Louise de Savoie dans PÉTITOT, Mémoires, tome xvi, page 399 ; Journal de J. Barrillon, édition VAIssiÈRE (Paris 1897, publ. Société hist. France) tome 1, p. 218 ; SANUTO, Diarii, tome xxn, col 287.

(#) Le cardinal d'Aragon put voir le 28 octobre 1518, à la Sainte Chapelle de Chambéry, le Saint Suaire, après avoir sollicité l'autorisation du duc de Savoie alors à Genève. Le prince confia sa clef à deux protonotaires avec mission de requérir les deux autres clefs détenues par les « officiers de la ville », c'est-à-dire le Conseil résidant et la Chambre des Comptes. « Le soir, à dix heures, nous vîmes donc le Suaire de lin dans lequel fut enveloppé Nostre Seigneur Jesus-Christ.. On ne le montre jamais que le Vendredi Saint et le 3 mai, jour où se célèbre la fete de l'invention de la Sainte Croix. On montre alors le Saint Suaire du haut des murs du château, ou du côté d’une prairie qui s'étend hors de la ville, afin qu'il soit facile aux pèlerins de le contempler. Et a cette époque, il vient un grand concours de gens des environs et de beaucoup plus loin pour le vénérer. On peut dire vraiment que c'est la relique la plus sainte et la plus admirable de la chrétienté.. Le dit Suaire de lin ou Saint Suaire est large de cinq palmes et demie environ, et comme longueur, il mesure un peu plus du double de la taille du Christ, car il était replié pour le couvrir devant et derrière. Les membres du très glorieux corps sont empreints et ombrès du précieux sang de Jesus-Christ. On voit apparaître très nettement les marques des coups, des cordes qui attachaient les mains, de la couronne autour du front, des clous aux mains et aux pieds, et principalement la blessure du côté. Quelques gouttes de sang répandues hors du cœur sacré de Nostre Seigneur sont si bien marquées que non seulement les chrétiens mais les Turcs eux-mêmes en sont remplis d'émotion et de respect. Ce linge précieux nous fut montré a nu, sans aucun voile, et bien étalé sur le grand autel où on l'avait placé. Le Cardinal baisa et mania le Saint Suaire. Il ne put se rendre compte de quelle matière il était fait; néanmoins il certifia qu'il ne lui paraissait ni de soie ni de lin. On prit souvent la mesure des divines empreintes, mais il parait que chaque fois on en trouva de differentes. On les voit aussi nettement de loin que de près... Ant. de BEATIS, Voyage du cardinal d'Aragon, 1517-1518, traduction Havarp DE LA MONTAGNE (Paris 1913), page 208.

(4) 30 avril 1521. BRUCHET, La Savoie d'après les anciens voyageurs (Annecy, 1908) page 52. Relation d'un voyage à Rome... par. dom Edme, 41° abbé de Clairvaux, édition Harman. Troyes, 1850.

(5) Parmi les autres textes contemporains, citons encore la date d'une lettre de Georges de

L'archiduchesse, après ce témoignage de munificence, n'oublia pas les chanoines gardiens du Saint Suaire. Elle offrit au chapitre des ornements sacrés, un « grand tableau de Nostre Dame painct de grand prix et merveilleuse beaulté » (‘) et un capital de 3.000 florins pour achat de rentes (*?). Lors de la création du diocèse de Chambéry, la collégiale de la Sainte Chapelle fut érigée en cathédrale (*). Puis Marguerite disparaïtra et le duc de Savoie, éperdu, fuira devant les armes triomphantes de François I*. Chambéry perdra alors son:titre de métropole pour ne le retrouver qu'à la fin du XVIII* siècle.

À Bourg même, dans la capitale de son douaire, Marguerite avait assisté aux premiers travaux de la reconstruction de la collégiale Notre-Dame. Jean de Loriol avait fait édifier le chevet lumineux avec ses hauts fenestrages. Les libéralités de l'archiduchesse fixent la date des stalles et celle du début de la nef (*). Les plans s’amplifièrent quand l'église devint paroissiale (1506), puis cathédrale (1515) ; plusieurs travées de la nef furent terminées sous la direction du maître maçon Guillaume Perrin, de Bourg. Mais les difficultés entre le chapitre et les syndics, assoupics tant que vivaient l'archiduchesse, entravèrent l'achèvement de l'œuvre

Marnix à Jean de Marnix « À Chambéry, ou je suys venu au Saint Souayre le xxvi* jour d'avril [1508] (Arch. Nord, L.M., n° 25191, original), et une lettre du Conseil et de la Chambre des Comptes de Chambéry sollicitant le duc, à l'occasion du prochain Vendredi Saint, de « vouloir envoyer la clef dudit Saint Suaire par quelque homme seur a nostre tres redoubtée dame aftin qu'il se puisse monstré ledict jour, et vous serès cause de consoller ceulx qu'il viendront »..…. Chambéry, 2 avril [entre 1503 et 1513] (Turin, Archives Camérales, Lettres originales de 1483 à 1575, vol. 1 fol. 46). On saït que l'authenticité du Saint Suaire a provoqué de nombreux travaux. Voir notamment, contre l'authenticité Ul. CHEvaLtER. Le Saint Suaire dr Lirey, Chambéry, Turin et les défenseurs de son authenticité. Paris, 1902, in-8° (d'après une étude de texte). Pour l'authenticité, VIGNoN, Le linceul du Christ. Etude scientifique. Paris, 1902, in-4° avec planches (d'après des documents photographiques ct des expériences scientifiques). Cf. A. EscaBacn, Le Saint Suaire... de Turin. Etude historique, critique et scientifique. Turin, 1913, x11 + 160 p. in-8°.

(4) Le Chapitre de la S'*-Chapelle à Marguerite, 15 janvier [1511]. Voir preuve n° xLiv.

(3) Mandement du 27 août 1511 avec ce dispositif: « En faveur... et consideracion de ce que de temps de feu... Philibert de Savoye, nostre seigneur et mary... Nous avons procuré et obtenu par effect le tres precieulx et devot reliquiaire du Saint Suaire, qu'il souloit fere porter continuellement avec sa chappelle domestique, estre mis et reposé a perpetuité en ladicte Saincte Chapelle, au moyen de quoy et pour le grant apport que deppuis est advenu de toutes pars de Chrestienté audict Saint reliquiaire, a cause des grans miracles que journellement, par la bonté et permission divine, se revellent et demonstrent... et pour ce aussi esmeue de devocion envers ledict Saint reliquiaire... » (Arch. Nord, B 1535, n° 16669, minute).

(3) Bulle d'érection de l’archevêché de Chambéry, 21 mai 1515, dans de Quinsonas, t. 11, p. 93.

(t) Don par Marguerite de 350 florins pour « erection et façon des sieges qui se doivent fere en ladicte eglise Notre-Dame, esquels sieges iceulx desservans soient tenuz fere mectre et apposer noz armes », 19 juillet 1511, Anvers (Arch. Nord, B 2222, fol. 35). Autre don par la douairière, le 10 juillet 1514, de 200 écus d'or au soleil « pour employer a fere la premiere volte d'icelle eglise Notre Dame, que lesdicts chappellains seront tenuz et ont promis de faire armoyer de nos armes » (Arch. Nord, B 2230, fol. 74 verso).

Le chevet de l'église fut construit sur l'ordre de Jean de Loriol et avant son décès (+ 1507). Les travaux furent menés activement jusqu'en 1545, comprenant le chœur et les travées de la nef sauf deux. Le portail, exécuté sur les dessins de maître Benoit, date des années 1530-1545. Le clocher ne fut édifié que de 1656 à 1665. Les stalles, exécutées grâce aux libéralités de Marguerite d'Autriche et de quelques autres donateurs, furent peut être exécutées par Pierre Berchod dit Terrasson de Bourg. V. Noner, L'église Notre-Dame de Bourg, dans Annales Soc. émulat. Ain, t. xLvir, 1915. p. 60 à ‘73. Cf. Baux, Nofice... sur l'église collégiale et paroissiale de N.-D. de Bourg (Bourg, 1849). Voir aussi une lettre inédite du Clergé de N.-D. à Marguerite, 16 juin [1511], Bourg (Arch. Nord, L. M., n° 44447, original).

pendant plus d'un siècle. Le monument dresse encore, en pleine ville marchande, ses lignes robustes, gardant son sourire et ses secrets pour quelques archéologues (). Les non initiés ne se doutent point que la main d'une femme, sous ces voûtes armoriées, installa un jour un trône épiscopal. Ils ignoreraient tout de l’œuvre savoyarde de la Régente des Pays-Bas si, dans la paix d'un lointain faubourg, à Brou, une église et des tombes ne perpétuaient le souvenir de sa fortune.

(4) L'église N.-D. de Bourg n'a plus les belles et hautes verrières qui décoraient l’abside édifiée avant 1507 par Jean de Loriol et représentaient les épisodes de la Vie de la Vierge. Mais, dans l’un des collatéraux, l'ancienne chapelle de la Confrérie des Cordonniers a conservé un remarquable vitrail occupant les trois baies de la fenêtre. Le maître verrier, qui semble appartenir à l'atelier de Brou, a retracé la légende des saints Crépin et Crépinien. La date de l'œuvre est incomplète, mais on sait par les textes, que la chapelle fut édifiée entre 1520 et 1524. Voir les reproductions des vitraux et fragments de vitraux de N.-D. de Bourg dans BÉGULE, Les Vitraux du Moyen âge et de la Renaissance dans la région lyonnaise (Paris, 1911), p. 159 à 164.

Les textes relatifs à l'histoire de la collégiale ont été recueillis dans J. BRossarD, Regeste de l'église Notre-Dame de Bourg. Bourg, 1897, 2 vol. in-8 (ext. Annales Soc. émulat. Ain, tomes xxIx et xxx).

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