PREUVE LXXXVI
(1524, 15 avril] (). — Requête adressée à Marguerite d'Autriche par Vincent Perraud, d'Annecy, sollicitant un sauf-conduit et un secours pour des pèlerinages.
{Original. Arch. Nord, B 19093, n° 42299).
A Madame, Remontre tres humblement vostre tres humble serviteur maistre Vincent Perraud,
de Annessi en Savoye, coment, depuis le septiesme jour du mois de juillet derrenier
(1) Cf. 42300. Minute de sauf-conduit du 15 avril 1524.
passé, 1l s’est disposé et mis en train pour faire et accomplir certains peregrinaiges que son grand pere avoit voué a Sainct Jaques en Compostelle et de la en Jherusalem, pour lesquelz voiaiges fere et parfaire il a esté enhorté sy qu’il ne le oseroit laisser. Et soy estant ainsi mis et disposé pour acquiter lesdicts veuz, il fust adverty des sainctes reliques qui estoient en ses pays d’en bas si comme a Treves ou est la robbe de Nostre Benoist Saulveur Jhesu Christ, a Coloingne ou reposent les corps sainctz des Trois Roys, en la ville d'Anvers ou est la precieuse Circuncision Nostre Seigneur et en la ville de Bruges le Sainct Sang Nostre Seigneur qui feust recueillé de son precieux corps quant il fust mis juz de la croix, et ainsi lui vint en couraige de visiter icelles belles reliques avant que de faire les autres voiaiges, ce que il a fait excepté celle de Bruges laquelle il est deliberé de fere sy tost qu'il pourra et de la tirer oultre pour parfere les autres, pour lesquelles choses plus facillement povoir faire, il a obtenu lettres de recommendations de son prince naturel monseigneur le duc de Savoye, affin que l’on le voulut laisser passer et repasser sauvement comme appert par icelles. Ores est que ledict suppliant s’est tenu en ceste ville d'Anvers depuis la Toussains jusques a maintenant ou il a vescu des biens faictz que aucuns chanoines et autres gens de bien lui ont fait et n’est osé partir hors icelle ville, comme encores il n'oseroit pour parfere lesdicts voiaiges pour cause des guerres, et doubtant estre travaillé et herselé sur les chemins et par les passaiges a cause qu'il ne scet le langaige, se ce n’estoit qu'il eust de vous, tres redoubtée dame, lettres de passaige addressant a tous etc., pour lesquelles il vous supplie tres humblement les lui vouloir accorder in forma affin qu'il puist aler passer et rapasser seurement et sauvement sans moleste en corps et en biens; ct pour ce que en venant par decha tout son vaillant dont il entendoit fere lesdicts voiaiges lui a esté prins et osté par les chemins si qu'il n'a plus de quoy, il vous supplie que pour la Passion Nostre Seigneur, il vous plaise lui donner vostre aulmosne. Et ce feisant, ledict povre suppliant priera Dieu devotement pour le salut et prosperité de l’Impériale Majesté et de vous. Et ferez bien.