PREUVE LXXXVII
[1524], 18 septembre. — Lettre de Nicolas Perrenot à Marguerite d'Autriche au sujet d’une mission en Savoie.
(Aulographe. Arch. Nord, B 18900, n° 34450].
Madame, si tres humblement que fere puis a vostre bonne grace me recommande.
Madame, selon que vous escripviz a mon partement pour le vouaige de Savoye, si tost que monseigneur de Ray fut hors de dangier de sa blessure, bien qui ne fut guery, nous mismes en chemin pour aller devers monseigneur le duc de Savoye, lequel nous a convenu aller trouver a Thurin, et sumes seullement retournéz puis trois jours, et avons besongnmié sur la charge qui vous a pleu nous donner comme, si vous plait, Madame, pourréz fere vooir et entendre par la coppie des responces de mondict seigneur es remonstrances a luy faictes et articles en concouz a sa requisicion et mandemens par luy expediéz, iceulx articles dresséz selon noz instructions et les advertissements heuz de la part de messeigneurs du Conseil et des Comptes de Bourg, officiers de Foucigny et voz pensionnaires d’Annessy.
Madame, il y a heu plusieurs difficultéz qui seroient troup prolixes d’escripre avant que d'obtenir Jesdictes responses et encoires si expresses et declairées comme elles sont, le tout entierement a vostre prouffit et intencion, fors que quant a l'achat de Prangin et touchant les graces pour les causes contenues en la responce de mondict seigneur, lequel apres plusieurs remonstrances a diversses instances faictes nous dit qui vous en cscriproit encoires, et quant auréz entendu ses excuses en ce et elles ne vous aggreont, il en fera comme vous plaira. Et nous fit plusieurs secremens que, d'oires en avant, y fera observer entierement ses responses et tout le traictié d’entre vous, Madame, et luy, et l'ordonan tres acortcs a son chancellier que aussi le nous promit, et en escripvit au Conseil dudict Annessy. Si fit monsecigneur le conte de Genevoys bien expressement, lequel fut present quant dismes nostre charge et a la pluspart de noz poursuytes, et bailloit entendre et crois vrayement qu'il avoit gros regret es empeschemens mis cy devant es pays de vostre douhaire.
Madame, en repassant audict Annessy, avons presenté au Conseil d’illec lesdictes lettres et notiffié nostre besongnié avec les mandemens que le concernent, que a respondu d'y obeyr entierement, et avons bien sceu par aucuns bons personnaiges audict lieu que le presidant craindoit d’en estre en indignacion de mesdicts seigneurs, mesmement de mondict seigneur le conte, a raison desdicts empeschemens fais par luy que, sans luy en fere apparoir, y vouloit la pluspart nyer. Aussi avons du tout adverty les officiers dudict Foucigny qui nous ont dit que, moyennant le mandement de pouvoir contraindre comm'il est obtenu, n’y aura difficulté au recouvrement de voz deniers. Semblablement avons declaré nostre besongnié aux admodiateurs du pays de Vaulx et leur avons baillié les deux mandemens qui les concernent, prenant recepisse d’eulx. Si feray je [avec] lesdicts seigneurs du Conseil et des Comptes de Chambery et leur envoirray coppie desdicts articles et responces et les autres mandemens et depesches.
Madame, pendant qu'estions audict Thurin, envoy{[a]smes devers monseigneur le vis roy, lequel pour autres afferes y vint et parla de nostre charge a mondict seigneur de Savoye et se ouffrit fort vous fere service, et croions que sa presence ne nuysit a nostre depesche, combien que la pluspart fut desja lors accourdé. Mais la difficulté estoit a l'avoir par escript, jaçoit [que] mondict seigneur le duc s'i soit tousjours demonstré avoir bonne affection observer le traictier, que toutefois son Conseil vouloit en plusieurs poincts entendre en autre sens qui n’empourte. Et nous a dit assz de fois qui vous tenoit non seullement comme sa bonne sueur ains comme sa bonne mere, et que y vous veult complaire de tout ce que concerne ledict traictier et tous ses biens et son pouhoir.
Madame, aussi avons nous visité madame la duchesse de vostre part, qui nous a chargié vous en fere mercye et dire que n’y a personne en ce monde que plus desire vous fere pleisir et service et se tiengnent mondict seigneur ct elle de plus fort obligéz a vous, Madame, qu’ayéz desiré savoir de leur prosperité et de monseigneur le prince leur filz, et nous baïillairent lettres a madame La Vaul d'Isiere, sa gouvernante, pour le nous montrer, et le sumes esté visité audict Annessy, et est tout gaillard selon son aage.
Madame, en prenant congié de mondict seigneur il nous baillit une lectre de credance a vous, Madame, avec ung memoire signée de sa main contenant de vous advertir qu’il a espoir que madicte damo la duchesse soit ensainte, et vous requerit de sa part que vous plaise luy fere cest honneur que de fere tenir en vostre nom l'enffant que Dieu luy donra et qui le reputera a l’ung des plus grans biens que luy sçauriez fere, et autres articles contenuz oudict memoire que vous envoye avec ceste. Et quant a ce que concerne le bailly de Vaulx, les loz de Prangin et Gonoillies,
nous voulions excuser d'accepter vous en parler, mais y nous en a fort pressé et dit que ce que vous escript, non obstant l’avoir par vous entendu, il en fera selon que vous plaira... De Besançon ce dix huitiesme de septembre.
Vostre tres humble et obeissant subgect et serviteur, Signé : N. PERRENOT.