‹ Marguerite d'Autriche, duchesse de SavoieChapitre 23 sur 125 · PREUVE [V · texte numérisé non relu

PREUVE [V

[1492]. — Complainte de Marguerite d'Autriche sur la rupture de son mariage avec Charles VIIL ()

{Bruxelles, Bibliothèque royale, manuscrit 10926. Feuillet de papier, caractères gothiques, sur juslificalion à deux colonnes. En têle du reclo, vignetle rectanyulaire sur bois représentant Marguerile, placée près d'une porle surmontée

(t) La copie donne deux restitutions du millésime ; l’une donne l’année 1488, mais elle a été raturée et remplacée par 1486. La date de lieu, Melun, permet d'affirmer que la pièce est postérieure au 6 décembre 1491, date du mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII. Ce n'est en effet qu'après cette date que Marguerite n'habita plus la Touraine, mais l'Ile-de-France. On sait qu'elle ne rentra dans les Pays-Bas que le 12 juin 1493. Nous remercions notre confrère M. Gebelin d'avoir bien voulu faire la transcription de ce document.

(2) Cette complainte est postérieure à la date de la rupture du mariage de Marguerite (6 décembre 1411) et antérieure au retour de Marguerite dans les Pays-Bas (12 juin 1493). On sait que Frédéric JII, l'empereur mentionné dans l'une des strophes, mourut le 19 août 1493. La ponctuation du texte original et toute sa graphie ont été respectées, à cause de l'intérêt typographique qui s'attache à cette plaquette rarissime, probablement incomplète de la fin.

de son blason, agenouillée aux pieds du Roi des Romains Maximilien el de l'archiduc Philippe le Beau entourés de qualorie personnages don! plusieurs sont chevaliers de la Toison d'or].

{Première colonne)

{Seconde colonne)

LA COMPLAINTE DE DAME MARGUERITE DAUSTRICE FILLE DE MAXIMILIAN ROY DES ROMAINS.

Quant une fleur : yssant daitre dhônneur est entre : en vergier dun seigneur

noble puissant : g riche gouverneur

Et quelle croist en toute souffisance

en force. en bruit. en beaulte en verdeur en fruit : en grace : en louenge. en grädeur en purite. en substance : en odeur

Cest mal de lui oster force & puissance pour moy chascun en a eu cognoissance

Moy marguerite: de toutes fleurs le chois ay este myse ou grand vergier franchois pour demourer. croistre : € hanter ainchois que feusse grande : empres la fleur de lis La ay receu tous biens € tous esbanois

la ay veu ioustes dansses € tournois.

Et maintenant ie vois. € sy cognois

que ces grandz biens me sont prins € fallis pas nen doivent les miens estre iolis

Je y ay este noblement arousec

plus dé dix ans : de tresnoble rosec cuidant estre Royne : et espousee

au Roy Charle : & corone portee

Mais bien parchoy que me suis abusee par quoy doy estre : en mon cuer doloree car de par lui: ay este refusee

et sy ma fait hors. du vergiér oster

pour une aultré en nom lieu bouter

Cest espace. Royne ay este nômee

mais maintenant suis la rênommee

O Roy Charles. peu de toy amee

puis { pour une aultre. mavez volu chägee mais non obslant pas nen suy diffamee amoindrie foulee ne blamee

se en ton pays. je ne suis confermee

dame & Royne : cause ay de moy planter en aultre vergier: pour moy de toy vêger

O Empereur de rome redoubte

mon grand pere : de vertu illustre

qui cha ius porte: & as tousjours porte le monde. aussi lespee de iustice

Je te prie: que tu prende pyte

(Verso première colonne)

de Marguerite : a qui on a oste

plaisir. solas. puissance € maieste

sans regarder a quelque preiudice

cest peu pryse ton noble hostel Daustrice

Mon noble Pere aussi roy des Romains tousiours auguste entre les corps humaiïs.

Je te requier & prie à iointes mains

pour acquerir de Jhesu le merite

que tu veulles tant prier tes germains

et tes subgectz quen brief sans nulz demais I1z tirent hors de ces las inhumains

ta petite fillette Marguerite :

qui de solas € ioye on desherite.

Et toy aussy mon frere souffisant Ppilippe Archiduc daustrice flourissant

en toutes honneurs et en beaulte croissant Ne metz ta seur petite en non chaloir

fais esclairir : on espee tranchant

fais esmouvoir. ton peple ravissant.

fais desploier. ton estandart puissant

fais a ce cop : ta jeunesse valoir

car selon droit : mon deul te doit doloir

De cuer contrit : je requier a dieu végeäce:

de cuer contrit je demande alligeance

de cuer contrit : je pleure ma nuysance pensent en moy. que mon corps deviendra on ma este : mon solas. ma plaisance

on ma donne : pour ioye desplaisance

De faire a dame ainsi est ce lusance :

nOn. jay espoir que le temps changera

Il na pas pleu. tout ce quil plouvera

O mes Flamens estes vous endormiz

vous estes ceulx : qui me y aves miz

en ce dangier. dont de peur je fremis craignant user en doleur mon eage.

tout les Franchoiïs vous tenez pour amis.

que vous devez tenir pour ennemis

car fausse vous ont. ce quilz vo’ ont promis touchant delui & moy le mariage

mene mavez en paynible voiage

Et vous qui estes de la noble maison

de Bourgoigne : or est il huy saison

de vous monstrer : en servant la toison preux et vaillans : sans faire nul haussage vous voiez que suys a demy en pryson mise par vous dont petit vous pryse on

se ne vengez la grande mesprison

mettez vous dücques en armes au passage pour moy ravoir. et on vous tendra sage

Considerez la honte € vitupere

que on a fait a moy: € a mon pere Aydez que le facteur le compere.

selon raison droit & sainte escripture pour elle aussy que deusse nomme” mere ne fault gouster. ceste sausse amere onques cha jus : en nulz livres dhomere home ne fist de telz fais la lecture

mal en viendra : selon foy & droiture

Oncques parler : de telz fais je ne ouys que dites vous les bons de mes pays Verso bien cause avez destre peu esiouys

seconde colonne) 4 pour ces tors fais a moy et mon pere sy petit nest : qui nen soit esbahiz qui telz fais brasse : il doit estre hays 0 tristesse : de toy trop je iouys oultre mô veul : mais sil plaist Dieu jespere. que ie reverray. ma lyesse prospere

O vous dames damoiselles & pucelles vous bourgeoises : gentiles damoiselles.

vous marchandes riches & toutes celles a marier : prenez cy exemplaire

mirez vous y. € lisez mes libelles nalliez pas vos faces qui sont belles

a homes nulz : qui vous soient rebelles come de moy est fait : dont me doit desplaire

mais : puis que a dieu plaist par raiso me doit plaire

Se je ne suis en France cronee

Et se du Roy je suis habandonnee

et se une aultre est en mon lieu ordinee, Il ment covient la pacience avoir

pas ne men chault: mais que soie menee en la maison. en la quelle suy nec

et souefment : de tous biens gouvernee pour mon tayon mon pere veoir

je ne demande en ce monde aultre avoir

Adieu plaisir : adieu esbatemens.

adieu deduis. adieu haus paremens.

adieu chansons : adieu bous instrumens.

adieu danses : adieu ioyeusctez

Jay tous anuys : jay tous encobremens jay toutes peines : jay doleurs € tourmens jay tous dangiers : & tout par vo’ flamens.

En cest estat mavez. mis et boute.

quant dieu plaira : de moy ara pite

De mon tort fait : larbre en doit sa verdeur perdre : a tousiours : et la fleur son odeur le fruyt son goust : le soleil son ardeur

loiseau son chant : la riviere son cours Tous Austriciens subgetz a Lempereur doivent entrer en vaillance en fureur en promettant de venger cest erreur sans des franchois. doubter le secours Car cest blame pour toutes nobles cours

Je ne scay mieulx que pacience avoir

et mettre en dieu le fait Marguerite

Cest cellui qui peut & scet tout cocevoir

et qui aulx bons donne sa glorie eslite [La fin manque/.

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