PREUVE VII
[Vers 15001. — Lettre de la bienheureuse Louise de Savoie au duc de Savoie (‘.
{Autographe, papier 305 millim. X 220 largeur, écriture cursive assez serrée. Arch. Nord, B 18943, n° 36830).
Monseigneur, je me recommande tres humblement a vostre bonne grace.
J'ay receue la lestre qui vous a pleu me recrire par messire Hugue Panssart, chapellain de cesto ville, contenant en ycelle commant a ma requeste luy avies donné cent florins pour fere son voyage de Jherusalem, laquelle chose, Monseigneur, feust ainssy. Mais au regart du beau pere de nostre couvant qui vous a faist la requeste qui vous pleust de donner ycelle somme a nostre couvant et commander a ycelluy la nous ballier, je vous asseure, Monseigneur, que jamais cella ne feust de nostre sceu ny consentement, ne n’y avoist perssonne ne moy ny austre qui sceust nouvelle de cessy, car jamais, pour quelconque nessecité que eussions, ne vouldrions demander ny advoir chose qui peust competer a austruy ne porter donmage à nul. Toutesfoix, Monseigneur, au regard du beau pere qui vous a faist cette requeste, je l'ay toutjours congneu advoir grande amour et affection a nous et fort grant zelle au proffist de nostre couvant, et a pris de grant paines maintesfoiex pour nous, pour quoy, Monseigneur, voyant que ledit chappellain dessux nommé ne faisoist son voyage ne, celon que 1y samblast, avoist voullenté de le faire, cuidant que par cella voulsissiés oster la diste aulmonne et la donner en austre lieu, s’avisa de luy mesmes vous fere la requeste qui fist cuidant fere ung grant proffit, pour quoy, Monseigneur, je vous suplie tres humblement qui vous plaise, consideré les choses dessulx distes, n'avoir cessy a deplaisir mais prendre le tout en la sinplece en quoy a esté faist, et en tant que touche le don que par vos lestres me mestés nous en avoir faist et que dispose de cessy a ma voullenté, me recommandant ledist messire Hugues, Monseigneur, en cessy et toutes austre choses, ma voullenté est la vostre, car de mon costé je n'antans riens avoir en cessy Car jamais, commant dessulx est dist, ne vouldrions accepter ung tel don, lequel Monseigneur, vous remestons et quitons tout en tieulle maniere que sy jamais n’an feust esté parlé, mais au regart de la bonne amour et affection qui vous plaist advoir a moy et a tout nostre couvant, cella acceptons nous de bon cuer en vous remerciant tant et sy tres humblement que fere le povons. Et aussy, Monseigneur, la tant belle et grande aulmonne qui vous a pleu nous fere dernierement, laqueulle avons receue entieremant par les mains de Monseigneur le (ms des) General et nous en tenons tant tenue et obligée a vous que seuremant, Monseigneur, ne le vous seroye desclairer, car vous nous avés survenu en tres grande nessecité et sy grande que ce ne feust vostre bonne aide, ne scay commant eussions peu passer ceste presante année, et ma bonne mere l’abbesse et toutes mes bonnes meres et seurs n'an sont pas ingrate car pour vostre bonne prosperité ont faist et feront maintes belles prieres commant ay bien intencion, sy
(*) La lettre sans millésime, par la provenance (Papiers de la Chancellerie de Margurzrite) parait être de la période du règne de Philibert le Beau (duc en 1417) avant son mariage avec Marguerite (1501). Elle est nécessairement antérieure à la mort de Louise de Savoie survenue à Orbe (Suisse, canton de Vaud) le 24 juillet 1503. Ce document n'a pas été connu par les biographes de la bienheureuse.
plaist a Dieu, vous recrire plus au lonc le plus tost qui me sera possible et vous envoyer les devocions qui vous a pleu me mander, commant celle, Monseigneur, que de toute ma puissance, celon le lieu ou je suis, vouldroye obeyr a tout ce qui vous plaist me commander, et suis bien joyeuse de vostre bonne devocion, en priant au Benoist Filz de Dieu qui ly plaise la vous augmenter de bien en myeulx et vous donner bonne vie et longue, pour lesqueulles choses se font continuellemant priere en vostre couvant, en ce recommandant tres humbleman a vostre bonne grace mon bon pere confesseur, ma bonne mere l'abbesse et toutes mes bonnes sœurs. Escript en vostre couvant d’Orbe, de la main de
Vostre tres humble et tres obeissante orateresse, (signé) Seur LoysE DE SAVOYE.
Sur Le dos : Jhesus Maria.
A mon tres redoubté seigneur.