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CHAPITRE I

La Reine de France

Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien (*), entre dans l'Histoire à deux ans. Après la mort de Marie de Bourgogne, l’héritière que Louis XI avait convoitée pour son fils, le vieux roi, n’ayant pu s'emparer de la mère, se fit livrer la fille, apportant au dauphin, dans un berceau, les comtés d’Artois et de Bourgogne. L'enfant, envoyée en Touraine, séparée des siens, devenue étrangère à son père, grandira sur les bords nonchalants de la Loire. Puis, brutalement, à onze ans, la petite reine apprendra la vanité d’un serment royal. Charles VIII, qui l'avait épousée à la face du royaume, violera sa parole en s’unissant à Anne de Bretagne. Affront inoubliable : l’ancienne dauphine, devenue la Régente des Pays-Bas et l'iniiatrice de Charles-Quint, évoquera, toute sa vie, « la grande et invétérée inimitié des Français » (À).

L'archiduchesse, celle que certains historiens appellent aussi Marguerite de

(1) Il est utile de résumer les lignes essentielles de l’ascendance de Marguerite d'Autriche : CHARLES LE TÉMÉRAIRE + le 5 janvier 1477. Marié en secondes noces à Isabelle de Bourbon + 1465.

MARIE DE BOURGOGNE + 27 mars 1482. Mariée en août 1477 à Maximilien d'Autriche. |

PHILIPPE LE BEAU MARGUERITE D'AUTRICHE né le 22 juillet 1478. Emancipé en 1494 née le 10 janvier 1480. Roi de Castille en juin 150. Mariée le 22 juin 1483 au dauphin Mort le 25 sept. 1506. pui le 20 janvier 1495 à don Juan de Castille, Marié en 1495 à Jeanne la Folle, mort le 4 octobre 1497, tille de Ferdinand d'Aragon et d'Iaubelle et le 26 septembre 15H à Philibert le Beau, la Catholique. duc de Navuje, mort le 10 sept. 150. CHARLES-QUINT

né le 7 mars 19500.

(2) Marguerite se servait de ces expressions dans la lettre qu'elle écrivit à son père pour s'opposer, vainement d'ailleurs, aux négociations de paix entre la France, les Pays-Bas et l'Aragon, après la mort d'Anne de Bretagne (9 janvier 1514) : « Pour Dieu, Monseigneur, ne vous laissés abuser. Entre le Roy Catolique et France, il y a de grandes montaignes, et entre France et Angleterre est la mer. Mais entre ses pays et France, n'y a point de separacion, et vous sçavés la grande et inveterée ynimitée que les François portent a ceste Maison. » (Archives Nord, B 18863, n° 31220, copie contemporaine de la main de Jean de Marnix, d'après l'autographe); Le GLay, Correspondance de Maximilien et de Marguerite... (Paris, 139), tome u, page 226; Le GLay, Mégoctations diplomatiques entre la France et l'Autriche. . (Paris, 1845), tome 1, page 570. De son côté, l'empereur, non moins hostile à la France, écrivait à sa fille le 18 janvier 1516: « Lesdicts François ne... procedent autrement que d'abusions, dissimulacions et fictions ainsi qu'ilz ont jusques oires et passé cent ans assez fait et d'ici a C ans en derriere encoires feront...» (Original, Archives Nord, B 18874, n° 32202. LE GLAy, Corr. Maæimilien, tome 11, page 339, n° 634, a publié cette lettre à la date du 18 janvier 1517 n. st., date rectifiée avec raison au 18 janvier 1516, par V. von KRaëUs, Zfinerariun Maxinulians I, 1508-1518, mit einleitenden Bemerkungen ueber das Kanzleiwesen Maxinilians I, dans Archiv fuer nesterr. Geschichte, tome Lxxxvir, année 1S99, page 272).

Bourgogne, naquit à Bruxelles le 10 janvier 1480, vers onze heures du matin (!). Son historiographe nous assure qu’elle vint au monde resplendissante de santé, comme une « belle fille, au grand resjouyssement de tous les nobles et subgectz esperant quelque bon renfort d’aliance pour la Maison » (?). Elle fut baptisée à Sainte-Gudule et son nom lui fut donné par sa grand'mère par alliance, Marguerite d'York, qui la tint sur les fonts (*). Ses premières années se passèrent dans les Pays-Bas à côté du comte de Charolais, le futur Philippe le Beau (t), à proximité de sa mère, cette Marie de Bourgogne immortalisée par le pinceau de Memling, sous les traits inoubliables de sainte Catherine, à l'Hôpital Saint-Jean de Bruges (f).

La mort de Marie de Bourgogne (27 mars 1482) allait être exploitée par les adversaires de sa Maison. Le peuple de Gand, craignant le joug d'un dynaste étranger, se dressa menaçant contre Maximilien. Sous la poussée des corporations, le futur César, devenu indésirable depuis son veuvage, dut subir la honte du traité d'Arras (23 décembre 1482). Pour essayer de rompre le faisceau bourguignon, les Gantois, gagnés par Louis XI qui avait su pratiquer ces rudes hommes ç enclins a noise et division », se firent livrer Marguerite dans les bras de sa nourrice (*). Maximilien, alors fort jeune, privé du concours des anciens conseillers du Téméraire, tous morts ou achetés, d’ailleurs « mal pourveu de gens de grant sens », était incapable de se dégager, à vingt-trois ans, du réseau d’intrigues qui l’enserrait; il devait nécessairement succomber (’) et fut obligé d'abandonner deux comtés de

(1) « A Lion Cousin et Jenninot Desmarez, en consideracion de ce que, a toute extreme dilligence et a tue-cheval, ilz lui apporterent les joyeuses nouvelles de la rativité de mademoisella sa fille, dont madicte dame la duchesse, sa compaigne, se accoucha le XI* jour de janvier oudit an LXXIX en la ville de Brouxelles ». Compte de Louis Quarré, receveur général des finances du 1° janvier 1480 n. st. au 31 déc. 1480 (Archives Nord, B 2121, fol. 371). Ce texte nous paraît moins sûr que celui des chroniqueurs contemporains, O. de La Marche et Lemaire de Belges et de H. C. Agrippa (10 janvier 140 n. st., « hora horvologii ante meridiano I »).

(2) LEMAIRE, Chronique annale dans ses Œuvres, édition STECHER, tome 1v, page AU2.

(3) MouiNET, Chronique, édition de la Collection des Chroniques publiée par Bvucuon, tome xLiv, page 223. Marguerite d'York avait épousé Charles le Téméraire en 1468, trois ans après la mort d'Isabelle de Bourbon, seconde femme de ce prince et mère de Marie de Bourgogne.

(+) Marguerite vécut vraisemblablement dans l'hôtel de Marie de Bourgogne. Une quittance du 30 septembre 1481 constate le paiement, par le maître de la Chambre aux deniers de la duthesse, de souliers de drap à double semelle pour Marguerite et celui de dépenses intéressant le comte de Charolais et mademoiselle de Gueldre (Arch. Nord, B 2126, n° GK830 ; cf. B 212, n° 68630).

(5) Osw. RüBBRECuT, L'origine du type familial de la maïson de Habsbou:g (Bruxelles, 1910), fig. 32 et 42 d'après le tableau conservé à l'Hôpital St-Jean de Bruges.

(6) Traité d'Arras dans J. DUMONT, Corps universel diplomntique, t. 11, partie 11, p. 100. Le texte phototypique de ce traité, d'après l'une des douze éditions contemporaines, celle de Paris, 1483, a été édité dans E. Picor et H. STEIN, Recueil de pièces historiques ünprimées sous le règne de Louis XI, reproduites en fac-sinilé, avec des commentaires historiques et bibliographiques (Paris, 1925, 2 vol. in-4, publiés par la Société des Bibliophiles français), tome des fac-similés, p. 25 à 229.

Louis XF, par le traité d'Arras, rompait les articles de la trève de Picquigny (29 août 1435) qui avaient Stipulé l'union du dauphin Charles avec l’une des filles d'Edouard IV, roi d'Angleterre. Ce dernier, qui avait « tant de desir de ce mariage », lança une protestation imprimée à Londres en 1483 sous le titre de The promisse of matrimontie, dont le seul exemplaire connu a été publié par Picor et STrIN, 0.c., p. 233 sq.

(7) Pn. DE CoMmYyNEs, Mémoires, édit. DuronT, tome 11 (Paris, 1843; Soc. hist. France), page 235 sq. Cf. édition J. CALMETTE (Paris 1925), t. n, p. 300.

langue française en mariant sa fille au dauphin. Il aurait pu perdre davantage tant était grande déjà la rivalité des provinces wallonnes et des pays flamingants (‘).

Le traité d'Arras avait stipulé que la fille de Marie de Bourgogne serait remise, tel un gage, aux délégués royaux. L’extrême jeunesse de « Madame la Dauphine » avait fait ajourner son départ, à cause des rigueurs de l'hiver. Maximilien, par peur des Gantois, dut enfin s'exécuter. Marguerite, escortée par Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein et une nombreuse suite (?), quitta Gand le 24 avril 1483, passa par Harlebeke et Courtrai pour arriver à Lille, le samedi 26 avril. Son entrée fut maguifique. « Madite dame la Dauphine... etoit aornée et acoustrée de satin noir broché de fils d’or de grande estime, avironnée de grosses perles et autres especes de pierre de tres grande valeur, et sur le chef un beguignet de linge blanc et par dessus une tocque de velours noir ». Deux chevaux traïnaient la « litière » dans laquelle Marguerite «estoit scant au giron de sa nourisse », encadrée par quatre chevaliers marchant à pied, précédée par le Magistrat, les gentilshommes et les bourgeois de la ville. « Apres elle, suivoient dix chariotz branlans, tous doréz de fin or et armoriéz des armes de Bourgogne, lesquelz estoient couvertz de vermeil drap d'or, et en iceulx estoient les dames et damoiselles de la maison d'’icelle dame la dauphine, en magnifique estats de grande pompe ». Le cortège, à travers les rues illuminées par des «flambeaux ardans », se dirigea vers le < logis de Rihout, qui est le palais du prince d'icelle ville » (*), en passant par la « Porte de Courtray », la « Place Saint-Martin », le « Coing des Patiniers », le « Coing de la Grande Chaucée faisant l'entrée de la Basse Rue», le « Marché » et la « Fontaine au change ». Le long du trajet, les corporations jouaient en plein vent des mystères: dans la rue de la Grande Chaussée, les « Chaussctiers firent l'Histoire de la Nativité de Nostre Sauveur et de la Royne Esthere, ct ensuivant, firent les espousailles du Dauphin et de ladite Marguerite », et plus loin, sur le Marché, aujourd'hui Grande-Place, les Armuriers représentèrent « l'Histoire du mariage du Dauphin et de ladite Marguerite, par la vertu duquel Labeur et Guerre se accordèrent » (*).

Marguerite et sa suite séjournèrent à Lille, pour permettre à l'ambassade française, venant de Touraine, d'atteindre en Artois la ville d'Hesdin, désignée pour

(1) Voici le précieux témoignage de Comines: « Il (Louis XI) avoit plusieurs fois voulu le mariaige, et ne vouloit que la comté d'Arthois ou celle de Bourgongne, l'une des deux; et messeigneurs de Gand (ainsi les appeloit-il) les luy feirent baïller toutes deux, et celles de Masconnois, de Charolois et d’Auxerrois ; et s'ilz luy eussent peu faire bailler celle de Henault et de Namur, et tous les subjectz de ceste Maison qui sont de la langue françoise, 1lz l'eussent voulentiers faict pour affoiblir leur dict seigneur ». PH. DE COMMYNES, édit. DUPONT, tome «1, page 239. J. CALMFTTE dans son édition, t. 11, p. 302, substitue la leçon « Auxonnoys » à celle d'Auxerrois.

(2) Voir dans BRÉSIN, Chroniques de Flandre et d'Artnis, édition MANNIER (Paris, 1880), page 25, la liste des principaux membres de l'escorte flamande de Marguerite. Voir aussi une attestation délivrée le 16 novembre 1433 par Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein, au sujet des vacations de Louis de Praet, Daniel de Herzeele et Arent van Scorisse, chevaliers, conseillers et chambellans de l'archiduc, et Liévin de Massemen, watergrave de Flandre, pour avoir escorté la dauphine de Gand à Hesdin du 24 avril au 24 mai 1483 (Original, Archives Nord, B 2131, n° 69181).

(3) Le Palais Rihour édifié à partir de 1453 par Philippe le Bon est aujourd'hui détruit, sauf le bâtiment dit « Conclave ». Max Brucner, Notice sur la construction du Palais Rihour à Lille (Lille, 1922, extrait du Bulletin Commission historique Nord, tome xxxi).

(à) Voir la pittoresque description de ces fêtes dans BRÉSIN, 0. c., p. 27 à 29.

la cérémonie de la « delivrance ». La dauphine quitta Lille dans la matinée du 11 mai 1483, déjeuna à Fournes au château de Rosembois et coucha à Béthune, reçue processionnellement par le Magistrat et par le chapitre Saint-Barthélemy. Le lendemain, elle dîna à Houdain et passa la nuit à Saint-Pol-sur-Ternoise, au « logis du Cygne », et le surlendemain, 13 mai, arriva à Hesdin (‘) pour recevoir les hommages de la délégation française (?), dont le chef était Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu. Deux jours après, ce personnage et sa femme, la célèbre Anne de Beaujeu, remplissant la partie confidentielle de leur mission, se rendirent dans la chambre de la dauphine, déclarant à Madame de Ravenstein et à Madame de Gruuthuse, « qu'ilz avoient charge du roy de veoir l'enffant tout nud, lequel leur fust monstré a leur plaisir, dont fort se contentèrent et sy leur pleut grandement en toutes manieres » ().

Après cette suprême précaution, les gens de Louis XI s’emparèrent de leur proie. Le vendredi 16 mai 1483, la messe ouïe, les personnages des deux cours, réunis dans la grande salle du château d’Hesdin, entendirent la lecture du traité d'Arras faite par le chancelier de Brabant. L'abbé de Saint-Bertin, Jean de Lannoy, chancelier de la Toison d'Or, revêtu de ses ornements pontificaux, reçut solennellement les engagements pris par les représentants des deux souverains : « Ce fait, ladite dame la dauphine fut livrée en la main de monseigneur de Beaujeu qui tost apres la replaça entre les mains de sa nourrice » (*). Plusieurs prélats, de nombreux gentilshommes et des délégués des bonnes villes, représentant les Etats d'Artois, donnaient par leur présence une sorte d’investiture nationale à la nouvelle souveraine, celle que le protocole du 16 mai 1483 dénommait « Comtesse d’Artois, de Bourgogne palatin, d’Auxerrois, de Maconnois, dame de Salins, de Bar-sur-Seme et de Noyers » (5).

La dauphine, arrivant sur terre française, trouva de nouveaux visages, car son escorte flamande avait dû rebrousser chemin. On lui laissa toutefois sa nourrice ().

() Rosembois (Nord, art de Lille, c°" de La Bassée, c'° de Fournes) ; Béthune (Pas-de-Calais, chef-lieu d'arrondissement) ; Houdain (art de Béthune, chef-lieu de canton); Saint-Pol-sur- Ternoise (Pas-de-Calais, chef-lieu d'arrondissement) ; Hesdin (Pas-de-Calais, arrondissement de Montreuil, chef-lieu de canton).

Louis XI, par lettres datées de Plessis-lez-Tours, 27 avril 1483, avait autorisé, pour la remise de la dauphine, le choix de la ville d'Hesdin au lieu de celle d'Arras (Arch. Nord, B 360, n° 17759). Sur la journée d'Hesdin, comparer le récit de BRÉSIN avec celui de MouinET, Chronique, édition Bucon, tome xLiv, page 378, et PH. DE Commynes, édition DUPONT, tome «1, page 240.

(?) Voir dans BRÉSIN, o. c., page 30, les détails très précis sur la réception de Marguerite à Hesdin, le 13 mai 1483.

(5) BRÉSIN, L. c., page 31.

(*) Jbidem, l. c., page 31.

(5) Le procès-verbal de la « delivrance » de Marguerite, daté du 16 mai 1483 (Original, signé et scellé par Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, Archives Nord B 360, n° 17735) mentionne Adolphe de Clèves, seigneur de Ravestein, les seigneurs d'Esquerdes, du Rœulx, de Créqui, d'Aubigny, de Dourier, de Ligne, de Montcaverel, de Tencques, de Beauffort, de Wier, parmi les gentilshommes présents à la cérémonie ainsi que les abbés de Saint-Bertin et d'Auchy, le prieur de Saint-Georges d'Hesdin « et plusieurs prelatz, nobles et gens de bonnes villes dudit pais et conté d'Arthoys estans et trouvéz en ceste ville [d'Hesdin], lesquels avons tenu... representer les trois Estaz dudit païs et conté d’Arthoys » voir Preuves, n°1. .

(6) OuiviEr DE LA MARCHE, éd. BEAUNE, tome nr, page 262. Jeanne Lejeune, qui était mariée à Gilles Le Veau de Bousanton, chevalier, avait été nourrice de Philippe le Beau, ainsi qu'il appert de nombreuses pièces de comptabilité. Mais, sauf dans O. bE LA MARCHE et dans BRÉSIN, nous n'avons pas trouvé qu'elle ait été nourrice de Marguerite. Sur les fonctions occupées par

Un seul bourguignon de quelque consistance pourrait être signalé, Jean d'Auffay, l’auteur du célèbre mémoire sur les droits de Marie de Bourgogne : mais c'était un transfuge qui allait se jeter dans le parti de France et sa présence fut momentanée (!). Le défiant Louis XI avait éliminé les gens des Pays-Bas, et plus tard, ses serviteurs exagèreront encore ces mesures de prudence en voulant éloigner de la jeune souveraine une cousine qui était tout son « passe-temps » (°).

L'arrivée de Marguerite en France prit un caractère triomphal. Le roi voulait, par des manifestations bruyantes, donner en quelque sorte une consécration populaire à la victoire diplomatique d’Arras. La dauphine, traversant Amiens (*), fit son entrée à Paris le 2 juin 1483, à cinq heures du soir, par la porte Saint-Denis, au milieu de grandes réjouissances (*). Elle parvint à Amboise, terme de son voyage, le 22 juin. C'était la résidence de la Cour. C’est là que se fit, le dimanche 22 juin 1483, la cérémonie des fiançailles, en présence des gens des bonnes villes spécialement convoqués pour la circonstance, représentant la Normandie, l'Auvergne, le Poitou, la Picardie, la Champagne, l’Artois et d’autres provinces encore (*). Le futur Charles VIII avait treize ans, dix ans de plus que la fille de Maximilien. Deux échevins d'Amiens nous ont laissé la relation de cette journée historique qui devait marquer dans leur existence. Le dauphin, habillé de satin cramoisi et monté sur une haquenée, partit du château d’Amboise pour aller se placer sur la route, au lieudit la Métairie de la Reine, avec le comte de Dunois, le seigneur de la Tremoille, Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie, Étienne de Vesc, bailli de Meaux, quelques autres gentilshommes et une trentaine d’archers. Dès que sa fiancée fut arrivée, Charles fit la « reverence aux dames » puis se rendit dans un logis près du pont d’Amboise, et là, « changea robe et vesty une longue robe de drap d’or » pour

Gilles de Bousanton comme maître d'hôtel de Marguerite, puis de Charles, son neveu, alors duc de Luxembourg, voir Arch. Nord, B 2182, n° 73061 ; B 2186, n° 73339. Il est vraisemblable que Charlotte et Philippe de Bousanton, qui figurent en 1484 dans la suite de Marguerite comme demoiselles d'honneur (Paris, Archives nationales KK 80), étaient les filles ou les nièces de la nourrice de la dauphine. |

(1) Le compte de Jacques de Le Verderue, « clerc commis a conduire la depense du voyage de Marguerite d'Autriche, dauphine de Viennois, comtesse d'Artois et de Bourgogne », a malheureusement disparu. Une attestation de ce personnage (1483, 12 août, Arch. Nord, B 2129, n° 69091), concerne les gages dus à Jean d'Auffay, maître des requêtes de Philippe le Beau, pour avoir accompagné la dauphine. Les biographes de Jean d'Auffay, notamment HENNEBERT (dans Biographie nationale... de Belgique, Bruxelles, 1866, t. 1, col. 543) ont ignoré la duplicité de ce personnage. Cf. GAcHET (dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 2° série, t. iv, Bruxelles, 1852, p. 295) et Picor et STEIN, Recueil de pièces historiques, p. 276.

(3) Voir aux preuves n° III la lettre de Marguerite à Anne de Beaujeu, du 17 mars [1486].

(3) L'ambassade française était déjà passée à l'aller par Amiens avant de se rendre à Hesdin. Voir la délibération du 16 avril 1483, prise par l'échevinage d'Amiens pour les cadeaux faits aux membres de cette délégation (DURAND, Inventaire sommaire. Archives communales d'Amiens, t. n (Amiens, 1894), page 239, article BB 14, fol. 90 verso ; cf. fol. 94).

(*) LEMAIRE, Chronique annale, dans STECHER, tome 1v, page 466 ; cf. MoLiNET, édition Bucaow, tome xLiv, page 378.

(5) Lettre de Louis XI aux bourgeois de Lyon, du 10 juin 1483, dans VAESEN, CHARAvAY et ManDRoT, Lettres de Louis XI (Paris, 11 vol. in 8, publiées par la Soc. de l'Hist. de France), t. x, page 120. Les villes qui s'étaient fait représenter à la cérémonie des fiançailles, sont celles de Clermont en Auvergne, Caen, Chartres, Rouen, Limoges, Angers, Amiens, Tours, Reims, Poitiers, Le Mans, Laon, Abbeville, Troyes, Arras, Thérouanne, Orléans, La Rochelle. Les délégués de Lyon, Bordeaux, Bourges, Auxerre et Paris, arrivèrent après. Voir la lettre des députés d'Amiens du 12 juillet 1483, publiée dans PH. DE COMMYNESs, édition DuPonr, t. ui, p. 351.

prendre part à la cérémonie des fiançailles sur un emplacement protégé par des barrières. « Et apres, arriva Madame la Delphine, laquelle fust deschendue de sa litiere et mise en ladicte plache ; et ce fait, furent incontinent fiancés par le protonotaire, neveu du Grant seneschal [de Normandie], qui demanda a mondict sieur le Delphin a hautte voix, tellement que chacun le povoit oyr de alentour, s'il voloit avoir Marguerite d'Autriche a mariage, lequel respondy que oy; et pareillement fust demandé a Madame la Delphine, qui en respondit autant. Et ce fait, leur touscha les mains ensemble et baisa mondict scigneur le Delphin par deux fois Madame la Delphine. ; et estoicnt les rues d’Amboise tendues de cordes et de draps dessus comme l'on fait a Amiens a la procession du Sacrement ». Le lendemain, le curé qui avait baptisé le dauphin célébra le mariage dans la chapelle du château. Les deux conjoints prêtèrent serment « comme l’on fait en mariage, c'est a savoir de non changer pour pire ne meilleur, et si lui a mis Mondict seigneur le Delphin les anneaux es doigts >». Madame de Segré, Anne de Beaujeu et la femme de l'Amiral de France assistaient Marguerite en cette cérémonie ({).

Les premières années de France s'écoulèrent en jours heureux. Marguerite vécut habituellement à Amboise, se déplaçant d’ailleurs volontiers. Elle était en janvier 1485 à Montrichard, bourg pittoresque des bords du Cher, quand les femmes du pays vinrent au premier de l'an « chanter devant elle a aguillenleu (?) », ou encore en Anjou, dans la splendide résidence du Verger, reconstruite par le maréchal de Gié pour abriter les tapisseries du roi René (*), là où vint la rejoindre un vieux serviteur du Téméraire, Yves de La Howarderie (!). Le train de maison de la fille de Maximilien était celui d’une reine; elle avait d’ailleurs ce titre depuis la mort de Louis XI (30 août 1483) et un sceau à ses armes (©): une vingtaine de dames et de demoiselles d’honneur, six maîtres d'hôtel, un grand écuyer, un maître de la Chambre aux deniers, un médecin, un chapelain, de nombreux subalternes formaient une suite importante sous l'autorité de Jacques d’Epinay, seigneur de Segré et d'Ussé, désigné dès 1483 pour remplir les fonctions de Grand maître d'hôtel de Marguerite (°).

Les détails de la comptabilité de la Chambre aux deniers permettent de s’imaginer la jeune souveraine, dans sa cinquième année, revêtue de sa robe écarlate, avec une

(!) Lettre d'A. Clabault, mayeur d'Amiens, et de J. Lenormant, échevin de cette ville, du 23 juin 1483, publiée dans Pn. DE CoMMYNEs, édition DuponT, tome 1x1, page 349, d'après le texte des Archives communales d'Amiens, coté BB 14, folio 98. Précédemment, H. DUSEvEL en avait fait une édition partielle dans Afém. Soc. antiq. France, 1835, nouv. série, t. I, p. 276.

(3) La forme « aguillenleu » est une corruption de « au guy l’an neuf », premier jour de l'an. Sur les déplacements de Marguerite à Montrichard, voir aux preuves, n° II le compte de Louis Ruze, maître de la Chambre aux denie:s de Marguerite, 1484-1485.

(5) Sur le château du Verger (Maine-et-Loire, art de Baugé, c°° de Seiches), reconstruit en 1482 par Pierre de Rohan, maréchal de Gié, aujourd’hui détruit, voir la description contemporaine faite en 1517 par DE BEATIS, Voyage du Cardinal d'Aragon (Paris, 1913), page 188. Cf. DE MauLDE, Procédures de Louis XII (Paris, 1885), pages xxx et 648.

(+) Voir aux preuves, n° Lxx11, la lettre d'Yves de La Howarderie à Marguerite, écrite vers 1516.

(5) « A Berthelot Clabault, orfevre, pour avoir fait en ce present mois [avril 1485] le sceau et contresceau aux armes de la dicte dame » [Marguerite] (Arch. nat. Paris, 3° compte de L. Ruze, KK 80, fol. 136). On ne connaît point d'empreinte du sceau de Marguerite, reine de France.

(6) En 1484, le personnel de l'Hôtel de la « roine » atteignait déjà 87 personnes. Voir les noms de ces personnages aux preuves, n° 1, dans le compte de L. Ruze, de 1484. Voir aussi le ms. pr. 7853, fol. 285, à la Bibliothèque nationale de Paris.

gorgerette de satin noir et un bonnet de velours de même couleur, la taille serrée par une ceinture ornée de ses initiales, en train de jouer avec un nain (‘), près du fameux perroquet de Marie de Bourgogne tant célébré dans les Épistres de l'Amant vert (?). Une femme de tête veillait sur son éducation, Anne de Beaujeu, celle qui s’affirma comme la digne fille de Louis XI pendant la minorité orageuse de Charles VIII. Elle réalisait déjà, à vingt-trois ans, ce précepte qu'elle fixera dans les Enseignements à sa fille: « Soiez toujours en port honorable, en maniere froide et assurée, humble regard, basse parole, constante et ferme, toujours en ung propos sans flechir » (?).

Encore que la dauphine fut bien jeune pour être soumise à une discipline aussi rigide, les soucis du pouvoir forçaient la fille de Louis XI à se faire suppléer. Nous avons découvert le nom de la remarquable éducatrice de Marguerite, et les témoignages de reconnaissance que devait recevoir plus tard cette personne de distinction prouvent qu'elle avait su conquérir le cœur de l'enfant. Jeanne de « Courraudon », dame de Segré, éleva la fille de Marie de Bourgogne « en toute bonté et vertu » (!). Elle était déjà aux côtés de Marguerite, lors de la cérémonie d'Hesdin, ayant pour la quasi-orpheline, pendant toute la durée du séjour en France, un sourire maternel. Son mari, Jacques d'Épinay, seigneur de Segré et d’Ussé, avait trente ans -au moment de l’arrivée de la dauphine. Appartenant à une vieille famille bretonne, ce personnage bien en cour était frère de l'archevêque de Bordeaux, un futur cardinal dont le crédit devait élever à l’épiscopat trois de ses cadets. Monsieur et Madame de Segré témoignèrent à la fille de Maximilien une affection qui parfois excita, dans une cour ombrageuse, des soupçons que Marguerite s’efforça de dissiper (5), gardant encore au cœur, vingt ans après avoir quitté les rives de la Loire, le souvenir

de son ancienne gouvernante (f).

La future régente des Pays-Bas a eu une enfance enjouée, et le roi Louis XII

(1) Voir aux preuves, n° II, le compte de 1484.

(2) LEMAIRE, Œuvres, édition STECHER, tome 11, page 3 sq.

(8) Citation extraite de : Les Enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne à sa fille Suzanne de Bourbon, édition Cnazaup (Moulins, 1878), page 129. Cet ouvrage fut rédigé en 1504.

(4) O. de La MaRCuE, Mémoires, édit. BEAUNE, tome nr (Paris, 1885 ; Soc. hist. France), page 262.

(5) ComMyNes, Mémnires, édit. DUPONT, t. 11, p. 214, note 1. MaAuLDE, Procédures politiques du règne de Louis XII (Paris, 185), p. 44 note 1, 110, 118. Madame de Segré habitait en 1504 le château de Moncontour et en 1514 environ, celui d'Ussé. La véritable forme de son nom de famille n'a pas pu être déterminée avec certitude : Madame de Scgré est appelée tantôt Jeanne de « Courraudon » tantôt de « Conseraudon ».

(6) [1514 ?]. 25 Janvier, Ussé: [Madame de Seg'é] à Marguerite:.... Je me tiens bien heureuse d'avoir servy sy grant princesse comme vous, qui n'oblyé point ses tres humbles servantes et de cognoistre que ma Maistresse a souvenance de moy... Depuys vostre partement de ce royaulme, n’ay eu plaisir ne joye jusques a maintenant du grant honneur qu'il vous a pleu me faire d'avoir receu lettres de vous.... de laquelle... vous remercye, et pareillement de celle qu'il vous a pleu escrire de vostre main au roy d'Angleterre pour le cousin de monsieur de Segré.... 11 vous plaira avoir souvenance dudict seigneur de Clermont, cousin de monsieur de Segré, qui est l'ung de noz meilleurs amyÿs et parens, car desja lui avez bien monstré que tousjours nous tenez de voz tres humbles serviteurs, qui est le plus grant honneur que puissions avoir... Requerant a Nostre Seigneur qu'il luy plaise me faire tant de grace de me povoir trouver encores en vostre presance d'avant que mourir... » (Orig. incomplet de la signature, Arch. Nord, B 18918 n° 35439).

I s'agit probablement d'un membre de la famille Clermont d'Annay.

aimait à lui rappeler les taquineries d'antan (‘). Elle fut élevée dans le culte des belles œuvres. Jean Perréal, l’un de ses maîtres, attaché à son hôtel, lui donna les premiers principes de cette formation artistique qui devait s'épanouir un jour dans la floraison de Brou. C'est ainsi que « Mademoiselle de Flandre s'exerça louablement en dessin et peinture, musique vocale et instrumentaire » (?), « bien et honorablement traitée » (*), vivant sous un ciel plus clément que celui qui l’avait vu naître, respirant le bonheur au milieu des hommages d’une cour raffinée. La Touraine, avec ses horizons calmes et mesurés, sera aussi une initiatrice et Marguerite conservera toute la vie, de son enfance passée dans le « Jardin de la France », une grâce harmonieuse.

Un événement imprévu allait transformer le destin de celle qui devait, après tant de vicissitudes, adopter la célèbre devise : Forlune inforlune fort une.

Louis XI, par tous les moyens — ruse, violence, politique matrimoniale — avait réalisé l’unité de son royaume en annexant le Roussillon et la Cerdagne, l'Artois et la Franche-Comté. Il détenait aussi le duché de Bourgogne ; toutefois, la Bretagne lui échappait. Sa fille, Anne de Beaujeu, allait couronner son œuvre.

Le dernier duc breton, François II, n'avait pas d'enfant mâle. Son trône, devenu vacant en 1488, était occupé par sa fille aînée, âgée de onze ans, Anne de Bretagne, en vertu du droit de successibilité propre à cette province. Sans doute, la riche héritière connaissait l'obligation du traité de Sablé, lui défendant tout mariage sans le consentement du roi, son suzerain ; mais, dans un souffle d’indépendance qui animait aussi de vieux conseillers, Anne allait faire cause commune avec l'Angleterre, l’Aragon et l'Autriche pour empêcher la réalisation d’une plus grande France (*). Henri VII craignait la perte de son influence sur les côtes armoricaines, Ferdinand le Catholique regrettait la Cerdagne et le Roussillon et Maximilien n’avait oublié ni les imtrigues françaises, fomentant la révolte de Bruges qui fit du futur César la risée de l’Europe, ni l'odieux traité d'Arras. Aussi voit-on, pendant plusieurs années, les trois monarques se coaliser pour enlever, par un mariage, la Bretagne à la couronne des Valois.

Dès 1487, il est question d’une union entre Anne de Bretagne et Maximilien (°). La négociation devient particulièrement active en mars 1490, sous la direction de Wolfgang de Polhaim, maréchal de la cour de l’archiduc. Les Etats de Bretagne

- se montrèrent favorables au projet et le mariage par procuration fut effectué le

(1) 15114, 14 janvier, n. st., Burgo, ambassadeur en France à Marguerite. Récit d'un entretien

, de Louis XIT, désirant revoir l'archiduchesse : « La, il vous reprocheroit et ramenteroit en avant tous les maquerellages que luy avez fait au temps passé et plusieurs autres choses..., mais ce fait, serez sa mignonne ». [J. GoperroY], Lettres du roy Louis XII (Bruxelles, 1712), t.1, p. 92.

(2) CHaravay, Revue documents historiques, t. 11, p. 109 et LEMAIRE, Couronne margaritique, citée par CHAGNy dans Bull. Soc. sc. nat. Ain, 1910, p. 42.

(3) O. de La MarcuE, Mémoires, éd. BEAUNE, t. ut (1885), p. 263. L'inventaire des joyaux et tapisseries rapportés par Marguerite, daté du 14 juin 1493, est publié par ZIMERMAN dans Jahrbuch Kunst. Sammlungen des all. Kaïserhauses, t. 1 (Vienne, 1883), p. xxvui.

(8) P. PéuicrEeR, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu (Chartres, 1882, thèse), p. 153; J. CALMETTE, La politique espagnole dans la crise de l'indépendance bretonne, 1488- 1492, dans Revue historique, tome cxvir, année 1914, p. 168 sq.

(5) PÉLIGIER, o. c. p. 139. Voir aussi la procuration donnée le 20 mars 1489 à Innsbruck par Maximilien pour traiter de son mariage (Paris, Bibliothèque de l'Institut, Collection Godefroy, ms. 302, fol. 44).

19 décembre de la même année (‘). Dès lors, pendant près de douze mois, les actes publics bretons seront rédigés au nom de « Maximilien et Anne, roi et reine des Romains, duc et duchesse de Bretagne » (?); l’encerclement de la France par la maison d'Autriche devenait de plus en plus redoutable.

Heureusement, Louis XI avait fait école. Sa fille Anne de Beaujeu, expérimentée et puissante, et quelques serviteurs éprouvés du défunt roi, s’identüfiant avec l'intérêt du royaume, guidèrent le nouveau souverain sur la voie du salut.

Déjà, en 1487, on opposait au prétendant autrichien Charles VIII lui-même. Sans douto, ce prince était déjà lié, et très solennellement, à Marguerite d'Autriche. Toutefois, l’union n’avait pas été consommée en raison de l'âge de l’archiduchesse. Celle-ci apprendra bientôt que tout le grand fracas de l'expédition bretonne était la perte assurée de sa couronne (*). Charles VIII, évincé par la coalition, devancé par les procureurs de Maximilien lors du mariage du 19 décembre 1490, allait défendre la cause de l'unité française par la force des armes.

Le moment de l'expédition était propice; ni Henri VII, ni Ferdinand le Catholique ne pouvaient intervenir militairement. Maximilien, de son côté, enserré dans d’inévitables difficultés, ne parvenait pas à se dégager et laissait Anne de Bretagne, qui portait le titre de reine des Romains, sans autres défenseurs que quelques mercenaires étrangers mal payés et mécontents. Nantes avait déjà capitulé et Charles VIII avançait avec 40.000 hommes et les 3.000 chevaux de son formidable train d'artillerie. L’héritière fut mise en demeure, par le traité do Rennes (15 novembre 1491), de choisir entre son duché et Maximilien (*); sans

() Wolfgang de Polhaim était accompagné de Jacques de Gondebaud et de Loupian. Philibert de Veyre, s' de La Mouche, reçut d'Anne de Bretagne une somme de 15.000 1. et une pension de 410.000 1. pour les services rendus en négociant le mariage avec Maximilien (PÈLIGIER, /. c., p. 174, note 3). Le contrat de mariage fut approuvé par les États de Bretagne le 16 déc. 1490 et le mariage par procuration fut célébré le 19 décembre s1ivant (Arch. d'Ille et Vilaine, 5 G 38 fol. 369 ; cf. P. de La BiQuE-ViILLENEUVE, Une date historique retrouvée, dans Mém. Soc. archéol. Ille et Vilaine, année 1862, p. 220). Le cérémonial du mariage eut lieu avec un rite rappelant celui de Marguerite d'Autriche avec le duc de Savoie. « La nouvelle épouse se mit au lit et le principal ambassadeur de Maximilien, tenant en main la procuration de son maître, mit une jambe nue dans la couche nuptiale ». (Art de vérifier les dates, t. xiu1 (1818), p. 243, d'après LEGENDRE, Hist. du cardinal d'Amboise, Amsterdam, 1726). Sur Wolfgang de Polhaim, envoyé en mission à Rennes, voir Arch. Nord. B 2139, n° 69737).

(2) Dupuy, Réunion de la Bretagne à la France (1879, thèse), p. 142. On peut encore consulter, sur le mariage d'Anne de Bretagne avec Maximilien: Dumont, Corps diplomatique, t. nr, part. 2 (1726), p. 219 ; Moricz, Preuves pour servir à l'histoire de Bretagne, t. m, p. 661 ; GoperroY, Hist. de Charles VIII, pièces, p.604 ; MouineT, éd. BuCHoN, t. xzvi, p. 142 ; ULMANN, Kaiser Maximilian (1884), t. 1, p. 84 ; LEMOYNE de LA BORDERIE et POCQUET, Hist. de Bretagne, t. 1V (1906), p. 574.

(3) « Le lundy, premier jour de septembre [1488], fut rapporté... que le Roy leur avoit faict voir la Royne, laquelle avoit Li poulces de hauteur du sommet de sa teste jusques en terre, et que, allant en Bretaigne, il avoit esté voir la Royne, laquelle l’avoit moult honorablement salué, et apres l’avoit embrassé et baisé, en plorant ly avoit dit qu'on lui avoit dit qu'il s'en aloit en Bretaigne espouser une aultre femme ; a quoy le Roy 1y respondit que son perre luy avoit baillé pour femme, et qu'elle fut seure que tant qu'elle vyve, il n’en aura poinct d’aultre ; et sur ce, elle luy requist qu'il la menast doncques avec luy, dont il fut content, et depuis, par l'advis de son Conseil, quant il l’eust mené aux Montils-les-Tours, la y laissa, sans la mener plus avant ». Journal de Foulquart, procureur syndic de Reims, Bibl. nat. de Paris, fr. 8334, fol. 358, cité par PÉLICIER, o. c., p. 163, note 3.

(#) PÉLICIER, 0. c., p. 181.

grande hésitation, pour rester bretonne, elle devint reine de France (6 décembre 1491) (*); c'était la rupture du premier mariage de Marguerite d'Autriche.

La petite reine, qui était alors une enfant de onze ans, se plaignit de sa mésaventure à sa confidente, madame de Segré, « lui disant qu’elle estoit marrie et deplaisante de s'en retorner en Flandres et avoit regret au roy Charles... À quoy icelle dame de Segré lui avoit repondu : Madame, vous ne devez ennuyer ; vous esles fille d'un grant roy el seur d'un grant prince ; vous ne pouvez faillir d’estre une grant princesse ; puisque vous n'avez peu avoir le Roy, vous en aurez ung aultre» (?). Margucrite conserva néanmoins dans le cœur quelque amertume, trahissant parfois son dépit par des boutades spirituelles. L'un de ses serviteurs, le flamand Yves de La Howarderie, se plaisait à lui rappeler le piquant jeu de mots qu'elle fit un jour et qu'il entendit, sur la rupture du serment royal dans une année où les sarments de vigne n'avaient donné que du mauvais vin. Les gens de Melun venaient d'offrir à la fille de Maximilien, alors sur le chemin du retour, « des vins qui etoient verts et vous dites que ainsi etoit pour tant que les serments etoient faillis, laquelle reponse fut bien notée de ceux dudit Melun » (*). Il faut encore voir un écho de cette déception dans une jolie page d’un historien du X VF" siècle, nous laissant entendre, avec une sorte de calembour sur le prénom d'Anne de Bretagne, que Marguerite avait, en quelque façon, pressenti sa disgrâce. « Or, entendez le songe notable que fit Marguerite de Flandres, qui lors demeuroit au chasteau d'Amboise. Ceste jeuno princesse se promenant un matin au jardin, suivie de plusieurs gentilshommes et damoiselles qui la trouvaient plus mélancolique que d'ordinaire, quelqu'un des siens prit la hardiesse de luy demander dont pouvoit proceder ceste melancolie ; a quoi elle respondit avoir passé la nuict en grande inquietude d'esprit, d'autant qu'en dormant, il luy estoit advis qu’elle estoit dedans un grand parc, au milieu duquel y avoit une marguerile dont on lui avoit baïllé la garde; et comme elle estoit attentive a la garder, estoit arrivé un asne qui luy avoit donné mille traverses pour enlever ceste fleur, auquel elle avoit resisté de tout son possible. Toutesfois, il l'auroit enfin mangée, chose qui l’auroit tant esperdue que, s’esveillant en sursaut, elle se seroit trouvée si travaillée qu'encores luy pesoit ce songe sur le cœur » (#).

Il ne paraîtra pas surprenant si, du côté bourguignon, il y a eu toute une littérature sur l'aventure de France. L'une des œuvres les moins connues, émanant de ce groupe, occupe un feuillet rarissime dont un exemplaire en caractères gothiques, à deux colonnes, est conservé à la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles. Une vignette initiale représente Marguerite, près d’uno porte surmontée de son

(ft) Voir dans PÉRCIER, Lettres de Charles VIII, tome im (Paris, 1902), page 415, le mémoire justificatif que Charles VIIT adressa aux villes de France le jour de son mariage avec Anne de Bretagne, et faisant état des propos tenus par Maximilien, ayant affirmé qu'il n'avait pas consenti au mariage de Marguerite avec le dauphin, et que le roi de France retenait cette princesse « maugré soi et à force ». Voir dans Dumont, Corps diplomatique, tome nt, partie 2, page 106, la clause du traité d'Arras prévoyant le renvoi de Marguerite, en cas de rupture de son union avec Charles VIII.

(2) Déposition de Jacques d'Épinay, seigneur de Segré, du 22 novembre 1504, dans de Maure, Procédures politiques du règne de Louis XII (Paris, 1885), page 113.

(3) Les termes de cette citation, pour être intelligibles, ont été rajeunis. On trouvera le texte exact de cette lettre de Yves de La Howarderie, écrite vers 1516, aux preuves, n° Lxxv. Lemaire de Belges a aussi rapporté cette anecdote.

(t) Er. PasQuiER, Recherches de la France dans Œuvres, édition d'Amsterdam, 1723, t. 1, livre VI.

blason, agenouillée aux pieds de l’empereur Frédéric, son grand-père, de Maximilien et de Philippe le Beau. La pièce, intitulée : La complainte de dame Marguerite d'Austrice, fille de Maxrimilian, roy des Romains, déroule ses dix-sept strophes avec une platitude désespérante :

Moy Marguerite, de toutes fleurs le chois, Ay esté myse ou grand vergier franchois Pour demourer, croistre et hanter, ainchois Que feusse grande empres la fleur de lis.

La ay receu tous biens et tous esbanois,

La ay veu joustes, dansses et tournois,

Et maintenant je vois et sy cognois

Que ces grandz biens me sont prins et fallis. Pas n’en doivent les miens estre jolis (4).

Un clerc facétieux, concis mais salé dans ses propos, sur un feuillet du Malheur de France, autre composition de la fin du XV®* siècle, ressassant les incidents du fameux mariage, a dégagé en un distique rabelaisien la conclusion de l'aventure :

Vive Bourgogne et Charollais Et bran de chien pour les François (?).

(1) Cette complainte est ornée d'une vignette sur bois (130 »/à larg. X 96 haut). Dans une salle carrelée, éclairée par une porte à degrés, surmontée des écus d'Autriche et de Bourgogne, Marguerite, placée à gauche, devant cette porte, les cheveux tombant sur le dos, coiffée d'un chaperon tombant, est agenouillée au pied de l'Empereur, debout, couronne impériale en tête, avec longs cheveux et barbe en pointe, richement vêtu d'une robe à ramage avec col d'hermine. A droite de l'Empereur un personnage à la couronne ducale. Groupe de 1% gentilshommes portant les cheveux longs, coiffés d'un chapeau plat. Le duc [Philippe le Beau] et deux autres personnages portent la Toison d'Or.

Cette complainte a été publiée par ALTMEYER, Marguerite d'Autriche, dans le tome xv de Ia Revue belge (Liége, 1240), pages 339 à 343, puis par WiLLEMS, Gedichten of Margaretha van Oostenryk en Philips den Schoonen, 1493-1497, dans Belgisch Museum voor den Nederduitsche Tael-en-Letterhunde, tome 1x (janvier 1845), pages 141 à 158, avec reproduction de la vignette d’après le seul exemplaire connu conservé à la Bibliothèque de Bruxelles, ms. 10926. Bien que ces éditions ne renferment que peu de fautes, il a paru utile, à cause de l'intérêt bibliographique de ce texte, d'en donner une reproduction plus typographique. Voir preuves n° Iv.

(2) Le poème du Malheur de France et le distique sont publiés dans La Dance aux aveugles et autres poésies du XV° siècle extruites de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne. Lille, A.-J. Panckoucke, 1748, pages 208 sq. On sait que depuis Philippe le Bon jusqu'à Philippe le Beau inclus, le fils aîné du duc de Bourgogne portait le titre de comte de Charolais. On a attribué à Marguerite elle-même l'origine de cette boutade. MICHELET, dans son Histoire de France au seisième siècle, Renaissance, 3° édition, Paris, 1861, page 426, a propagé le propos dans son portrait de l’archiduchesse : « Sa passion était aux affaires, à la grandeur de son neveu, à l'abaissement de la France, à qui elle ne pardonnait pas, qu'elle regrettait et haïssait. Cette haine cachée sous les sourires, on la voit bien dans ses dépêches. Elle éclate aigrement aux marges d'un de ses beaux manuscrits. La brutalité basse du mouvement et celle de la passion solitaire, plus violente dans ces grands acteurs, aux rares moments où ils sont sans témoins : B.... pour les Français ! ». Michelet ne cite pas sa source. Il connaissait le travail d'ALTMEYER Sur Marguerite d'Autriche (extrait de la Revue Belge, tome xv, Liége, 1840, page 91), affirmant que le fameux distique avait été écrit sur la première page d'un manuscrit « par une main royale » et donnant comme référence un article du baron de Reïffenberg. Ce dernier dit en effet (Introduction de l'Histoire des troubles des Pays-Bas, par VANDER VYNCKT, 2° édition, tome 1, Bruxelles 1836, page xxxr1) à propos de la rupture du mariage de

On pourrait croire qu'après sa disgrâce, l’archiduchesse allait être enfin libérée. Mais elle était le gage de deux bons comtés, bonnes choses à garder, au gré du vieux conseiller de Louis XI, le seigneur de Graville : «Si le roy mon maistre, disait-il, vouloit croire mon conseil, il ne.... rendrait jamais fille ne fillette, ville ne villette » (‘)}. Maximilien dut envoyer sans résultat mission sur mission pour obtenir le retour de sa fille (*), qui attendait les événements non plus sur les bords do la Loire mais à Meaux et à Melun (*), en compagnie de madame de Segré et d’un train de maison toujours royal. La France trouvait d’étonnantes combinaisons matrimoniales pour essayer de conserver les comtés de son ancienne reine (*). Marguerite allait devoir sa liberté à des circonstances purement politiques.

Charles VIII, ayant réalisé l’unité du royaume, fixa désormais ses yeux sur l'Italie. Pressé de faire valoir les droits que la Maison d'Anjou avait transmis aux Valois sur Naples, il ne pouvait prendre son élan sans avoir assuré la paix à la frontière. Du côté des Pays-Bas, le traité de Senlis (23 mai 1493) restituait à Maximilien l’Artois et le comté de Bourgogne et lui renvoyait enfin sa fille (). Marguerite, accompagnée d’une suite considérable de gens attachés à son service, escortée par un évêque, un prince de sang, des gentilshommes portant les plus grands noms de France, fut remise dans un petit village du Cambrésis, à Vendhuile, le

Charles VIII et de Marguerite, que « cet outrage semble avoir été vivement senti alors par Philippe le Beau et sa sœur, aussi voit-on sur la première page [d'un petit in-4° velin de 20 feuillets, orné de deux vignettes et contenant un recueil de vers] ces deux lignes écrites par une royale main:

Vivent Bourgogne et Charolois

Et b....n de chien pour les François ».

Ce manuscrit, s'il existe à la Bibliothèque de Bruxelles, n’a pas encore pu être identifié.

Tant que l'on n'aura point retrouvé ce recueil, on ne pourra faire la preuve que ce distique soit réellement d'une main royale, celle de Marguerite ou celle de son frère Philippe le Beau.

(4) « Entre bons Bourguignons, vous ne cessés jamais de nous estaler et menasser une fois des Anglois, aultre fois des Suisses et aultres nations. Si le roy mon maistre vouloit croire mon conseil, il ne vous rendroit jamais fille ne fillette, ville ne villette ». Propos attribués au sire de Graville par la Chronique manuscrite de Flandre citée dans PéLiciER, Essai... sur la dame de Beaujeu, page 185, note £.

(2) Mission confiée le 7 avril 1492 n. st. au comte de Nassau, à l'abbé de St-Bertin et autres personnages pour négocier le retour de Marguerite (Arch. Nord, B 2145, n° 70052). Autre mission confiée à Pierre Anchemant envoyé auprès du s' d'Esquerdes (Arch. Nord, B 2151, fol. 85 v.). Avant le retour de Marguerite, Maximilien entamait déjà des négociations matrimoniales, proposant sa fille à Frédéric, margrave de Brandebourg, par lettre du 28 mars 1492, RocuLen, Arch. fur oesterr. Geschichte, t. vi, p. 131, cité par ULMANN, Kaiser Maximilian (Stuttgart, 1884-1891, 2 vol. in-8°), t. 1, p. 139, n. 1. Voir aussi le discours adressé [en 1492] par maître Thiébaut à Charles VIII au nom de l’archiduc Philippe le Beau pour réclamer le renvoi de Marguerite et la restitution de sa dot (Bibl. de Bruxelles, n° 6181 du catalogue VAN DEN GHEYN (ancien 7376-7371); cf. sur cette ambassade MoLiNET, édition Bucnon, t. xzvr, p. 199).

(3) Voir les lettres de Yves de La Howarderie, aux preuves, n° Lxxv ainsi que la déposition du s' de Segré dans les Procédures polit. de Louis XII, publiées par de MauLpE (Paris 1885), p. 113.

(&) Le? avril 1492, Nicolas Michelozzi, ambassadeur florentin près du royaume de Naples, parle d'un projet formé par Maximilien et Charles VIII, voulant donner en mariage à don Juan, infant de Castille, Marguerite dont la dot serait constituée par la Cerdagne et le Roussillon, la France s’en dessaisissant à condition de garder l'Artois et le comté de Bourgogne, dot primitive de l’ancienne dauphine. DESsJARDiNS, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. 1 (Paris, 1859), p. 433.

(5) Texte publié dans Dumonr, Corps diplomatique, t. im, 2° partie, p. 303 (La Haye, 1726).

12 juin 1493, entre les mains des représentants de l'archiduc, l’évêque d'Eichstätt, le marquis de Bade, le comte de Nassau, le s' de Walhain, le grand bailli de Hainaut (‘). De larges cadeaux, distribués de la main même de Marguerite, témoignaient la joie du retour. Madame de Segré, son mari et « mademoiselle de Tarente », furent particulièrement favorisés (?). Mais, en arrivant à Valenciennes, au milieu d’une foule qui l’accueillait joyeuse au cri trop français de Noël, Noël, la petite fille du Téméraire eut un mot qui trahit son ressentiment de l'aventure de France : Ne criez pas Noël, mais bien Vive Bourgogne (?). Un chanoine de cette ville, le bon Molinet, devait, dans des vers désuets, s’efforcer de la réconforter :

Pour paix, on vous avoit plantée

Au fleurissant, souef verger de France,

Comme des fleurs royne plus exaltée.

Se pour aultre en estes dejectée,

Portez le doux, sans amere souffrance,

Qui souffre, il vainct. Vivez en esperance,

À vous ne loist, pour estre supplantée,

Plourer comme femme desconfortée (!).

(1) Le procès-verbal de la remise de Marguerite, daté de Vendhuile (Aisne), 12 juin 1493, conservé à la Bibliothèque de l'Institut, Collection Godefroy, vol. 482, fol. 109, a été publié dans DüuMONT, o. c., t. ni, 2° partie, p. 310. Le mayeur de Valenciennes, Robert Lanthier, était allé au devant de Marguerite, avec une escorte à cheval de gens de guerre, jusqu’à St-Quentin et devait ramener l'archiduchesse jusqu'à Malines. Mandement du 27 septembre 1493 (Arch. Nord, B 2147, n° 70109). Marguerite passa par Amiens à son retour. Le 4 avril 1493, Charles VIII écrivit aux habitants de bien recevoir sa « cousine Marguerite d'Autriche » et de la loger « au plus beau lieu que adviserez plus propice d'elle ». PÉLICIER, Lettres de Charles VIII, t. 1 (1902), p. 295.

(2) La liste des présents distribués par Marguerite, le 15 juin 1493, en la ville de Valenciennes aux personnes de sa suite a été publiée par Le GLAY dans Analectes historiques (Paris, 1838), p- 165, d'après des documents des Archives du Nord cotés aujourd’hui B 2147, n°s 70112 et 70098. La douairière de Bourgogne, Marguerite d’York, était à Valenciennes pour fêter le retour de celle qu'elle avait tenue sur les fonts baptismaux et assista à la petite fête. Les cadeaux et les dons en argent atteignirent le total de 9056 livres 2 sous, intéressant une suite de 120 personnes, tant « maistres d'ostel, gentilshommes panetiers, eschançons, varlets trenchans, escuiers d'escuirie, sommeliers de paneterie, cleres d'office, varlets de chambre, huissiers, fourriers, varletz de piet, escuyers chartiers, etc... que dames et demoiselles d'honneur et femmes de chambre ». Plusieurs cadeaux sont d'une rare munificence : « A Monsieur et Madame de Segret, deux grans bassins pesant xxi1 marcs, demie douzaine de tasses dorées, a tout le couvercle, pesans xxI1 marcs art, deux pots doréz pesans xIx marcs et uu dragoir pesans xv marcs, font LxxvI marcs 1CCC°, qui valent au pris de xv1 florins d'or le marc: xn° xxunt flor. d'or ; et deux verges a chacune une grosse pointe de dyamant, qui pareillement leur ont esté donnéz, vi° florins d'or. A Mademoiselle de Tarente, un brasselet, a tout une grosse pointe de dyamant, var florins d'or ». Cette demoiselle de Tarente paraît être Charlotte d'Aragon, fille de Frédéric d'Aragon et d'Anne de Savoie, qui deviendra comtesse de Laval par son mariage avec Gui XVI le 27 janvier 1501 n. st. Elle mourut le 6 octobre 1505. Art de vérifier les dates, t. xt (1818), p. 131.

(8) La réception enthousiaste de Marguerite à Valenciennes a été abondamment racontée par MoiNeT, Chroniques, éd. Bucaon, Coll. de chroniques, t. xLvi, p. 387. Voir aussi O. de LA MarcHE, Mém., édit. BEAUNE et D'ARBAUMONT, t. m1, p. 259. Une poésie de circonstance a été publiée par RossiGNoL dans Méin. Ac. Dijrn, 2° série, t. 1x, p. 120. Sur la signification française du cri a Noël», voir PAsQUIER. Recherches dans ses Œuvres, édit. d'Amsterdam, 1723, t. 1, col. 397.

(*) MouNeT, Le retour de Madame Marguerite, cité dans Baux, Hist. église Brou, 2° édition (1854), p. 79. Cf. MoiNeT, Faicts et dicts (Paris, 1531), fol. 75.

Molinet, dans ses petits couplets de littérature officielle, s'efforçait de gagner honnêtement son gage d'« indiciaire » bourguignon. Mais, à vrai dire, l’archiduchesse, au milieu des anciens serviteurs de la Maison, n’a pas dû tellement larmoyer comme femme déconfortée. Sa marraine, Marguerite d’York, l’accompagnait depuis Cambrai. A Valenciennes, la ville qui a si longtemps conservé la tradition des fêtes fastueuses, la Joyeuse Entrée eut lieu au début de la nuit, suivant un usage assez fréquent alors, car e triumphes qu’on fait aux princes se monstrent plus sumptueux de nuyt que de jour » (‘). Et quand arriva l’ancienne reine de France, les bourgeois en blanches robcs allèrent à cheval à sa rencontre (14 juin 1493) et les gens des Métiers jouérent dès pièces de circonstance. Au « Coin des Toiliers », le populaire se pressait pour entendre les lamentations d'Habacucq sur les misères des Justes et ses prophéties sur l'invasion du pays des Méchants : tout le monde comprenait fort bien l’allusion et songeait, au delà des Chaldéens bibliques, à l’infortune de la Fille de Maximilien (?).

(1) LEMAIRE, Chronique annale, éd. STECHER, t. IV, p. 496.

(3) « Vint icelle en Cambray... entre les vi heures du soir, ou avoit esté receu de la ducesse de Bourgoigne, et... au lendemain en Vallenciennes, ... environ les x heures du soir, les bourgeois en robbes blanches a cheval au devant, rues tendues depuis la Porte Cambrisienne jusques la Salle, le marchiet comme une rue plain de verdure. Mestiers firent histoires, une Porte lez le Beffroi, et une au Coin des Toilliers ; icelles histoires estoient le Sacre de l'Empereur, l'Histoire de sainte Margueritte, Pegasus volant, Daniel, Abacus, les X Vierges, puis ung jeu à la Salle que le pais retournoit a convalescence. Et presta la ville IIM livres pour soustenir les fraix du retour... » (Jean CocquEAu, 2° vol. des Mérn. de la ville de Vallenciennes, p. 405, cité par L. DEviLLERs, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 4° série, t. xvi, 1889, page 481).

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