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CHAPITRE Il

La Princesse de Castille

Marguerite rentrait dans les Pays-Bas au moment où Maximilien, plus libre de ses mouvements depuis la mort de son père, l'empereur Frédéric III (19 août 1493), pouvait développer ses ambitions dynastiques. L'équipée de Charles VIII sur Naples (1494) avait suscité, chez le Roi des Romains et chez le souverain d'Aragon, de communes appréhensions pour leurs rêves italiens. Aussi la main de Maximilien se retrouve-t-elle dans la politique matrimoniale qui allait de nouveau peser sur le destinées de sa fille. |

Une première négociation avait mis au nombre des prétendants le duc de Calabre (‘). Un second projet, qui fut réalisé le 5 novembre 1495, devait unir Marguerite d'Autriche avec don Juan, prince de Castille, et Philippe le Beau avec l’infante Jeanne ; esquissé dès le mois de janvier 1495, alors que les Français chevauchaient encore en Italie, ce double mariage était la conséquence de la Ligue de Venise (?).

L'union des Maisons de Bourgogne et de Castille constituait un acte si nettement anti-français qu'un conseiller de Charles VIII songea à quelque opération maritime pour empêcher les conjoints de se réunir. Toutefois, Jeanne d'Aragon put, sans autre difficulté, se rendre par mer dans les Pays-Bas et épouser l'archiduc à Anvers, le 21 octobre 1496. La flotte qui avait si heureusement transporté l’infante

devait, au retour, emmener Marguerite vers la terre d'Espagne.

(:) Dépêche de François della Casa, datée de Lyon, ‘7 mai 1494. DesJarpins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane (Paris, 1859, coll. Doc. inédits hist. France), t. 1, page 295. Le duc de Calabre appartenait à la branche aragonaise des rois de Naples.

(*) 1495, 20 janvier n. st. : Contrat de mariage entre Marguerite d'Autriche et don Juan (Arch. Nord, B 432, n° 17826). Mariage par procuration à Malines et fêtes à cette occasion le 5 nov. 1495 (Jb:id., B 2165, fol. 241 et B 2151, fol. 276). Voir aussi la lettre de François de Rojas, ambassadeur des Rois Catholiques, sur la dot de Marguerite, avec une quittance de cette dernière, 18 nov. 1495 (Original scellé, Paris, Bibl. nationale, Mélanges Colbert 402, pièce 752) et la ratification du mariage par Jean, prince des Asturies, 1496, 3 janvier (Orig. scellé, Ibid., Mélanges Colbert, pièces 753). Cf. Bibl. Besançon, ms. 1151, fol. 97 et Chifflet ms. 76, fol. 3. Voir à la Bibliothèque de l'Institut, Godefroy 302, fol. 46, la renonciation faite par Marguerite le 22 mars 1495 n. st. à la succession de Marie de Bourgogne. Voir aussi « Matrimonialle Alianche entre messeigneurs les tresillustres enfans d'Austrice et les tresresplendissans enfans d'Espaigne.... 1496 » dans Les faicts et dicts de J. MouinerT (Paris, 1531). fol. 121 et des poésies flamandes publiées par WiLLEMs dans Belgisch Museum, t. 1x (1845), p. 141 sq.

On ne sait pour ainsi dire rien sur le séjour de l’archiduchesse dans les Pays-Bas ({) entre son retour de France et son départ pour l'Espagne (juin 1493janvier 1497). Marguerite était à Anvers le 18 août 1494, lors de la réception fastueuse de sa belle-mère, Blanche-Marie Sforza, la nouvelle épouse de Maximilien (?), puis à Namur en juillet 1495, au moment de la Joyeuse Entrée de Philippe le Beau (°), jusqu'au mois de novembre 1495 (*). À cette époque, sa principale dame d’honneur, Jeanne, dame de Comines et d’Halluin ($), et son maître d'hôtel, l’écuyer Jacques Carondelet (f), appartenaient à de vieilles familles des Pays-Bas.

Une suite importante fut désignée pour accompagner Marguerite en Espagne. Philippe, fils du marquis de Bade (7), Jean de Bourbon, seigneur de Rochefort, l’auteur de la précieuse relation du voyage (*), Diego de Guevara, diplomate tout désigné par sa connaissance de l’espagnol (*), Barangier, le fidèle secrétaire qui, pendant plus de vingt ans, suivra l’archiduchesse dans ses pérégrinations en Castille, en Savoie et dans les Pays-Bas (1°), Guillaume (!) et Gilles Le Veau de Bousanton (°?), qui déjà treize années auparavant avaient partagé l'aventure de France, l’écuyer Pierre Carenson (‘), d'autres encore, escortés par un tambourin et des joueurs de

(1) La comptabilité de Jacques Wetart, qui était, au moins depuis avril 1496, maître de Ja Chambre aux deniers de Marguerite, et celle d'Aubert Thibault, qui s'occupa aussi de l'Hôtel de l'archiduchesse, n'ont pas été conservées, pas plus que les comptes des divers voyages en France, en Espagne et en Savoie. Un récolement du xvu* siècle (Arch. Nord, B 149, fol. 26 v. et 32 v.) prouve qu'à cette époque, on conservait encore, dans le fonds de la Chambre des comptes de Lille : 1° le compte, par Jacques Wetart, de la dépense ordinaire de l'Hôtel de Marguerite d'Autriche, pour une période de 8 mois et 26 jours, terminée le 26 janvier 1497 n. st. ; 2° quatre comptes d'Aubert Thibault de la dépense ordinaire de la princesse de Castille du 27 nov. 1496 au 12 avril 1499 après Pâques ; 3° un compte de Jean de Souvans du voyage de retour de Marguerite, princesse de Castille, depuis l'Espagne jusque dans les pays « de par deça », pour une période de 3 mois et 7 jours, finie le 5 mars 1500 n.st. Ces documents ont vraisemblablement été détruits lors du bombardement de Lille en 1792. Quelques pièces comptables des Archives (B 2153, n° 70666 ; B 2160, n° 71130 ; B 2166 n° 71.650, par exemple), ne sont que des épaves de la comptabilité disparue de la princesse de Castille.

(2) Mouiner, Chronique, éd. BUCHoON, t. xLvu, p. 8.

(5) LEMAIRE, Chronique, dans Œuvres, éd. STECHER, t. 1V, p. 470.

(#) Notamment le 4 nov. 1495 à Namur, LEMARE, #btd., t. iv, p. 410 ; cf. Arch. Nord, B 2181, fol. 153.

(5) Jeanne de Comines, dame d'Halluin, réclame à diverses reprises le remboursement des avances faites pour le service de Marguerite, du 22 Juillet au 23 décembre 1495, à une époque où elle était sa dame d'honneur (Arch. Nord, B 2178, n° 72311 et B 2175, n° 72490). Voir surtout un rôle des menues dépenses faites par Marguerite d'Autriche à son retour de France (Arch. Nord, n° 20152). Voir Preuves, n° v.

(6) Quittances de Jacques Carondelet, écuyer, maître d'hôtel de Marguerite, du 27 janvier 1495 n. st. (Arch. Nord, B 2150, n° 50504) et du 24 mars 1496 n. st. (1brd., B 2158, n° 71.068).

(7) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70914).

(8) Quittance de 400 1. sur la Recette générale des finances par Jean de Bourbon, s° de Rochefort, pour ses préparatifs de départ et l'achat d'étoffes de soie pour s'habille: « plus honnestement », 23 nov. 1496 (Jbid., B 2157, n° 70916). Voir son récit de voyage, publié par BRASsART, dans Bull. Com. roy. hist. Belg., 4° série, t. x1 (1883) p. 389.

(#) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70901).

(19) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2156, n° 70831).

(11) Quittance du 23 nov. 1496 (Ibrd., B 2157, n° 370957). D'après un mandement du 241 déc. 1495, Guillaume de Bousanton était premier écuyer de Marguerite à cette date (lbrd., B 2153, n° 70624).

(12) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70954).

(13) Quittance du 23 nov. 1496 (Arch. Nord, B 2157, n° 70931). Ce personnage accompagnera plus tard Marguerite au Quesnoy, puis en Savoie.

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