PREUVE XV
[Vers 1505]. — Lettre de Claude de Brosse, duchesse douairière de Savoie, à son fils Charles III.
{Original signé. Turin, Biblioteca civica, Autografi, paquet 50, dossier Claude de Bretagne/.
{Sur le dos/ À mon filz, mons' de Savoye.
Mon filz, je me recomande a vous tant de bon cueur que plus ne puis.
Mona filz, quant monseigneur de Bordeau m'apporta l'instruction de vostre part où il y avoit que me priez que en envoyasse mon maistre d'ostel du Frussac, je le fis et encoures dys audict seigneur de Bordeau que si les femmes que avoye de France estoient a vostre regrect, que le me fissiez sçavoir et que incontinent je lez en envoyeroye à Grenoble ou a Lyon jusques a ce que m'en allasse a Chasey ou ia me deliberoye, sy ne me reparies la grant honte que me faisiez, de mander querir mez parens pour m'en mener en quelque lieu que je puisse dire che moy, puisque estoye si malheureuse que durant vostre temps en Savoye avoye perdu ma liberté que m'y
laisoit avoir monseigneur le duc Philibert, dont Dieu ait l'ame, qu'’estoit que je me servoye de qui me plaisoit.
Mon filz, ne me cuydés point tenir en la subgection qu'on fait lez exclavez de Nyce qui n'ont liberté que ung jour de la sepmeyne par ce que leur maistre en ballie de l'argent, ce que n'avez jamais fait despuys qu'’estes duc pour moy, dont vous tiens bien pour excusé, veheu les afferez qu’avez heu mais non pas de la rudesse que m'avez faicte d'en avoir envoyé toutez mes femmes ainsy soudaynement, ou vous avez peu fcre panser a voz subgectz ou voysins que elles et moy avyons fait des chosez si mal faictez que ne povyés avoir la pacienco de les en envoyer a vostre honneur et au myen qu'estoit de la sorte que je vous avoye fait advertyr par vostre mareschal, mons' de Myolans, auquel donnactes charge de m'en fere la responce et m'escriptes que je le creusse de ce qu’il m'en escripvoit de vostre part. Ha, mon filz, si je me suis humilliée vers vous autant que heusse peu fere a feu monseigneur vostre pere ou au myen, que ne Nostre Seigneur perdointz, vous le debvyés aultrement recognoistre et m’esbay que vostre conscience ne vous en a remort, veheu ce que je vous en auvoye mandé par vostre dict mareschal qui vous dy que, si avyez regrect contre ledict de Frussac, que le luy disissiés et que 1l le me fy savoir secretement et que je l’en envoyeroye en mez terrez de par della et que nully ne sçauroit pour quoy ce seroit, jusques a ce que heusse parler a vous.
Mon filz, vous n’eussiez guiere trouver de mere que ne heussent voulu savoir que leurs serviteurs avoient fait avant que lez en envoyé de leur service, ce que aussy ne heusse je pas fait sellon conscience ny honneur, s’il n’est que je pensoye que il en avoit plus pres de vostre oureille que ne suys pour vous gaignier contre moy, comme ilz ont fait en vous hotant l'amour que debvyez avoir sur toutes lez creatures du monde a vostre mere, que m'avez bien monstré l'avoir desiré (ms esdirée) veheu que m'avez laissée sy long temps en si grand regrect, sans me donné point de consolacion. Et pansés vous le deul en quoy me mistes quant m'escriptes que vouldriez bien sçavoir pour quoy j'estoye marrye. Il ne le failloit demandé que a vous que m’en avyés donné l'occasion et non pas une foys mes deux, car appres que me fistes avoir ung piteux Noel, heu une terrible Chandeleuse. Dez Pasques, je les auroye telles qu'il playra a mon Createur, mais, mon filz, sy vous ne me remectés en ma liberté comme doibt estre une bonne proude femme vefve et vieille que je suys, je vous advise et vous promectz que je ne feray pas la Pantecoste en voz pays ny l’Accension avec, affin que vous ne cuydez pas que je m'en vucille allé sans vous en advertyr, je vous dys a Dieu de ceste heure, et sy feray je plus piteux (st) avant que soit troys moys sy ne me monstrer aultre amytié que n'aviez faicte despuis la Toussainctz en ça, que ne sera pas sans retour car j'aye esperance que quant serez marié, vous vous en viendrés de ça les montz ou tous deux vous verray, qui est la chose en ce monde que plus je desire. Et Dieu le scet, mon createur auquel je prie, mon filz, qui vous doint aussy bonne vie et longue que la vous desire celle qui est
Vostre bonne mere,
(signé) GLAUDE.