PREUVE XVIII
1506, 31 décembre, Fribourg — Petremand de Faucigny au
gouverneur du pays de Vaud au sujet de l'intervention du roi de
France auprès des Conseils de Fribourg et de Berne pour faire réintégrer René, bâtard de Savoie, dans le comté de Villars.
{Cop. cont. Arch. Nord, B 18826, n° 24385/.
Monseigneur le gouverneur...
Aujourd'uy est comparu par devant messcigneurs en conseil monseigneur Daureul (*)}, ambassadeur royal, lequel, au nom du roy et de madame d’Angolesme, nous a exposé de la part de monseigneur le Bastard, monstrant grans lettres de
(!) Rigault d'Oreille (ou Rigaud d'Orelle), gentilhomme d'Auvergne, ancien chambellan de Louis XI, employé en diverses ambassades par Louis XIT et François 1‘, mort après 1533.
creance tant d’une part que d’aultre, fesant grand mencyon en leur substance. Et entre aultres, 1l l’a dit comment le roy, ensuyvant son dernyer despeche qu'il eust tant de Messeigneurs de Berne commo de ceste ville, ainssin comme a monseigneur le duc en avoit esté rescript, icelluy scigneur l’avoit renvoyer comme constoit pour encor une fois pricr et requerir messecigneurs des deux villes, comme allyéz de la maison de Savoye, qui leur pleust pourvoir en fasson que a monseigneur le bastard soyent remys ses biens, ainssin comme sa charge a plus grant parolles est estre par luy declayrée.
Monseigneur le gouverneur, sa charge, comme j’ay veu sa instruction seellée et seignée du roy, est toute aultre ct bien estrange a la charge de monseigneur de Pynerol (!) qui explicqua dernierement a messcigneurs, car le roy est totallement de propoz de non plus souffrir que monscigneur le Bastard soit ainssin despoiller de ses biens, mais y veult remedier par sorte que l’on verra que la chose luy redonde a cueur. Ledict seigneur Daureul a aussy, en declarant sa charge dernicrement, ouvert /sic/ comme le roy luy a donner charge non dire que ceste fois pour toutes les autres il desire avoir responce sy la matere pretendons apaiser, Nous les deux villes Berne ou Fribourg, ou non, car ce se n’estoit, il avoit charge d’aller par devant messeigneurs les Ligues tant generallement que particulierement, qui estoyent ses alliéz et confederéz, pour eulx communiquer le tort que l’on fesoit a monseigneur le Bastard de Savoye et y mectre ordre par leur advys, nous priant que ne le volissions avoir à regret, mais avant que ce se fit, il avoit charge de actendre nostre deliberacion tant d'envoyer a monseigneur le duc lettres ou ambassadeurs selon que bon nous sembleroit.
Monseigneur le gouverneur, je ne faiz point grand parolles de vous dyre comment lesdiz parolles, quant ainssin seroit qu'ilz devroient estre dites devant noz Ligues, pourroyent proffiter a monseigneur le duc, car vous le sçavez bien assavorer /sic/ et congnoiscés aussy bien quelle gens nous summes en nous Ligues. Je ne doubte point que ne soyés aussy adverty comment aulcunnes gens ne seroyent plus joyeulx que, par tiltres que fut, y puissent entrer en Savoye, que seroit bien tout plus au dompmaige que a grant proffit de la maison de Savoye, pour quoy, monseigneur le gouverneur, est bien de besoing que par bon advis on l’y advise…
Monseigneur le gouverneur, je vous en escrips au plus prouchain en haste a celle fin que sy bon vous sembloit que monseigneur de Pynerol retornat icy, puisqu'il est encor au pay, ou non, que se se fust. Et me sembleroit bien que tout au moings l’ung de vous fut icy pour veoir et ouyr, avoir conseil les ungs avecques les aultres tout selon l'exigence du cas, car Messeignours ne l’y ont encoyres point fait de responce jeusques a son retour de Berne. J’ay tousjours ouy que l'on doit batre le fer tandiz qu'il est chault ou recevoir les premyeres paches affin que les dernieres ne soyent plus griesves aulx premieres.
… À Fribourg, le jour Sainct Silvestre anno [XV}f sexto.
Ainssin signée : PETREMAN DE FOUSSIGNI.
La superscription : À monseigneur le gouverneur de Vuaud, mon bien bon amys.
(1) Jean-Amé de Bonivard, abbé de Pignerol, ancien prieur de Saint-Victor de Genève, mort vers le 9 déc. 1513 ; employé par le duc de Savoie dans les négociations avec les Ligues, en 1906 et avec le roi de France, en juillet 1512 (de Foras, Armorial de Savoie, t. 1, p. 248 ; Rorr, H'st. représentation diplomatique de la Franre près les Cantons suisses (1900), p. 529).