‹ Marguerite d'Autriche, duchesse de SavoieChapitre 42 sur 125 · PREUVE XXV · texte numérisé non relu

PREUVE XXV

[1508], 12 juin, Genève. — Lettre de [Louis de Balliant, s' de Verboz] à Marguerite d'Autriche au sujet du conflit entre le duc de Savoie et les Suisses.

{Original. Arch. Nord, B 18947, n° 36937 ; cf. 86939, instruct. de Marguerite au s' de Verboz/.

Ma tres redoubtée dame.

Madame, en ensuyvant vos bons comandemens, j'ay esté a Bernez et a Fribourg et la je trovay messeigneurs les ambesseurs du pape et du roy de France, lesquieulx atendoient et desiroient fort la venue des ambesseurs de l’empereur vostre pere pour le prouffit de monseigneur de Savoye, les quieulx n’y ont point esté jusqu’ycy, vous asseurant que ce ne fust la gran sollicitacion de dis ambesseurs pour .... n'eussent abandonner le païs de Vuaud et surtout ceulx de Fribourg et la aussy estoient messeigneurs les ambesseurs de Savoie qui deja avoient la demorés trois semennes et rien n’avoient fet ny commancer comme le premier jour, car jusque le, voulloient prover la donnacion faulsse pour dux tesmoyns qui sont mis, et le premier c’est feu monseigneur de Losanne de Monferrand (!) et provet l’on pour dux actes receu des noteres qu'il estoit a Lagnoz en sa maison le jour que l'acte de la donnacion est stüipullé a Chambery, l'aultre est le general Ruffin de Muris, car ce jour. il fit son testament a Thurin et estoit en gran dangier de mort et a l'on la portéz ledict testament, mes tout n’est rien, et veant cella, les ambesseurs leur firent requeste que voulsissent estre a la cognissance de l’empereur comme soverain seigneur de monseigneur de Savoie et de leurs /sic/, don n’en vollirent rien fere, puis leur fust presanté a la cognissance des ellecteurs, ancor mayns, puis du saint siege apostolicque, puis de leurs cantons et alliées et james ne l'ont voullu fere : ce non le pais ou l'argent, du tout voyla leur responce seulle en leur patoys.

Le jour que j'aryvay la, m'en allay trover monscigneur l’avoy{e|r de Bernez et me remyt au matin a leur Conseil et que m’envoyroit querre, et le fist et leur presantay vous lettres aux dux avoyrs et y estoit celluy de Fribourg, et leur dis ma creance et encontynant m'en dirent que je m’en allasse en mon logis, moy disant que vous lettres aroyent bon, car en ce jour l’on ancomanseroit a ovryr queque bon party a prendre de l'argent quelque somme car eulx voulloient demander tout jour le tout; les ambesscurs du pape et de France furent aviséz que mieulx valloit que eulx commanssassent à presanter, et tout ainssy que je sortes du Conseil, eulx me remenarent dedans comme vostre ambasseur et apres plusieurs grandes demonstracions que leur firent, non obstant toute faulceté et que en rien leur estoit deu et oultre tout droit et bonne equité, presentarent de la part de monseigneur C mille florins, et adonc ces bons villains, sans fere ny dire aultre, remyrent apres dyné, vous asseurant que l’ambesseur du pape leur dit milles oultrages leur remonstrant le tort qui fasoient a mondict seigneur, mes james ne respondirent mot a propos.

Lendemain, m'envoyarent querre et me proposarent comme eulx ne vous escriproient poin et que je vous [escrivlisse comme il vous portent gran amour et que vous tiengnent tou[jours] leur bonne alliée et leur bonne voesine en tant que

(*) Benoît de Montferrand, évêque de Lausanne en 1476, mort le 8 mai 1491.

tenés le pais de Vuaud pour vostre douayre, et que ce jour devant, il avoient monstrer aux ambesseurs de Savoie que vostre requeste avoit porter gran prouffit a monseigneur de Savoie et auxi que en bfrJjief il vous manderont ung homme de bien pour queque affere que eulx ont en Bourgogne, car il vous tiegnent une sage famme et dame plus que il n’y a eu cent ans a en vostre lignage, et voyla les belles parolles formées que m’on dit, et prie a Dieu que mauldit soit la rasse.

Moy estre dehors'de leur Conseil, me dirent que je ne partis point de ce jour. mon respect an leur lengage et j'ay sceu depuis que ce [etoit] pour ce traitre de Furno, car le lendemain, a Fribourg, encontynant que je fus en mon logis, ung sien serviteur me vint dire qui volloit parller a moy, don je luy dis que je ne parlleres poin a luy, et encontynant me fist venir ung sauptier de la ville a tout son baton et me dit que je vous disisse de la part de leur bourgeys de Furno que vous le poiés IT" florins que le devés et se ne le fesiés que s’en plaindroit a messeigneurs de Berne ct de Frybour. Je luy respondis que je ne m’an venes poin vers vous ancor de six mois et que je savoye bien que ne le devyés rien, et se il vous volloit rien demander que vint en Flandres le vous demander, et touchan ce que disoit que s’en plaindroit a messeigneurs, que je tences messcigneurs de Bernaz et de Fribourg si gens de bien que il ne croyrient pas si legierement ung si lache homme que celluy la, car rien ne luy devés; et encontynant je depechay ung de mes gens que je fis torner a Berne et rescripvis cella a monseigneur de Losanne et a monseigneur de Saint Joere que ce recommandoient tres humblement a vostre bonne grace et ancor n’en ay eu nulles novelles, car je les lessay le /sx/. Pour conclurre, don la somme est à IIT° mille florins de Savoie et C mille d’ecus secres (??) et le premier terme est a Noë, mais il ne griefvet poin au païs de poier cella pour avoir eviter ung gran dangier ou ce traitre avoit mis monseigneur et le païs et vostre païs de Vuaud. Il ne leur chault en quoy l'on le taillie fors qui soient dehors de ce dangier, et eulx propre le m’on dit.

Madame, cella estre fet, je m'en revyns vers monseigneur, lequel c’est tien obligé a vous de ce que vous a pleu mander vers ces deux villes et vous en marcie bien fort et vous rescript comme verrez, et si m'a dit que il a donné charge a mestre Loys que ce vous vollés Surpierre que vous lera et encor le fera mestre dedans vostre douaire. Je luy dis de moy mesmes cella qui vous pleust moy commander, don il c'en excusat Je plus fort du monde, et si m'a dit que en rien du monde pour la fin fere ne vous volloit desplaire et que je mandasse a vostre Conseil de Bourg pour ce que je l'en fis quelque plainte contre eulx, m’avertyrent que il venissent et moy avec eulx et que il l'ordenoroyt que tout fut mis en si bon ordre que jamey cella ne rompit, don je l’ay mandé au tresaurier Vionet et a monseigneur le mestre Badel.

De novelles, madame, de par decza, ces Franczois dient que l'empereur c'en est fouy vers vous pour prandre vous bagues et que son armée est rompue et que messire Jehan Jaques (*) et les Venecians ont pris trois bonnes villes [a] l’empereur et ont tué tout, mes que le roy a fet retyré messire Jehan Jaques, disant que il ne veult point la guerre a l'empereur.

Madame, je vous asseure que ceulx de les Ligues ne sont pas pour l’empereur vostre pere et ne [sont pour lui] que trois petits cantons et les aultres sont franczois [au] vray. Je fis demander pour le vous rescripre par monseigneur de Losanne aux ambasseurs de France se il estoit novelles de l’apointement, don eulx le dirent que

(1) Jean-Jacques Trivulce, au service de Charles VIII, de Louis XII et de François I°' pendant les guerres d'Italie.

ouy, mes que ce demenet par ung trop petit personnage et auxi que le roy d'Espagne ne le pressoit pas fort, pour quoy il n’y esperoient nul bon expedient, et aultre n’a de par cza, et quan aultre sorviendra chose digne le vous rescripre, tot jour par Lion le vous feray a savoir.

Madame, je obliois vous rescripre comme monseigneur le marechal, monseigneur de Bussy ce recomandent tres humblement a vostre bonne grace et dit que il l’a une fillie qui vous ressamble et la vous donne et dit Madame la Mareschalle et jure quan elle fust concepue qu'elle panssoit en vous... A Geneve le XIT° de juing.

Vostre tres humble et tres obeyssant subgit et serviteur, [Loys de BAJLLIA[NT].

PREuvE XXVI

1508, 27 juin, Bruxelles. — Requête adressée par Marguerite d'Autriche à Bernardin du Pré, ministre général de l’Ordre des Franciscains, au sujet de la canonisation de sainte Colette.

{Copie contemporaine. Arch. Nord, B 18848, n° 29780/.

(En marge: Suscriptio). Margareta, archiducissa Austrie, ducissa Burgundie, vidua Sabaudie, regens et gubernatrix ctc., reverendissimo in Christo pater religiose ac egregie vir, amice Carissime.

Scribimus impresenciarum Sanctissimo Domino nostro pape sacroque collegio cardinalium im commendationem canonizationis memorande et Deo dicate virginis, Colethe nomine, que in dies singulos quamplurimis miraculorum signis in nostro potissimum Gandensi oppido, ubi ejus requiescit corpus, etiam fulgere predicatur, sed quid plura. Nonne hec fuit virguncula que ut bene novistis, a puericia ad sixtum usque supra Scxagesimum sue etatis annum quo vitam cum morte commutavit, ita religiosissime Deum superosque coluit ut nedum his in partbus nostris verum et in tota Gallia et Italia cisalpina feminea divi Francisci ordinis claustra, jam non divi Francisci neque Bceate Clare sed potius Sancte Matris Colethe sororum cenobia vulgo nominentur, sic profecto suis convenerunt sepe nominata rebus, nam Coletha, quasi Deum superosque colens, jure interpretatur Theos enim grece Deus est latine. Itaque, reverendissime pater, amice charissime, cum nobis innotescat majores nostros Burgundie duces aliosque permultos et reges et principes ter olim ad Sixtum deinde bis ad bone memorie Alexandrum papam sextum de ea ro scripsisse tandemque ab ipso Alexandro suis petitionibus transportasse rem ipsam tribus roeverendissimis cardinalibus fuisse commissam qui propter litium et bellorum discrimina paulo post exorta suam hujusmodi commissionem executioni demandare nequeverunt, Paterniatem Vestram seriose rogamus ita huic negotio ejusque sollicitatori apud eosdem Sanctissimum Dominum Sacrumque Collegium assistere velit ut ipsi intuitu saltem et contemplatione hujus tam Sancte virginis Colcthe pro debito ejus vite et miraculorum examine commissionem ipsam renovari mandent ut ipsa virgo tandem canonïzetur et prout optime meretur cathalogo sanctarum rite ascribatur, in quo rem memoratu dignum, Deo et hominibus placentem et nobis gratissimam effecerit. Eadem

Vestra Paternitas Reverendissimaque semper ad vota felix valeat. Ex oppido Brucellensi, die vicesima septima junii anno 1508.

Sic signatum : MARGUERITE.

Subtus signatum : H. PaRIso.

Superscriptio : Reverendissimo in Christo patri religioso ac egregio viro magistro Bernardino, sacre theologie professori eximio necnon totius ordinis fratrum minorum generali ministro, amico nostro charissimo.

Modernus generalis minister ordinis minorum electus in capitulo generali anno 1513 vocatur magister Bernardinus de Prato, sacre thcologic professor.

Signate quinque httcre domine Margarete die veneris ante prandium per eam, altera post sacramentum (?) et sigillate post prandium per secretarium Pariso 23 junii ia vigilia Sancti Johannis Baptiste, sed secretarius posuit in litteris principatus 27 juin.

[En marge] : Composuit ac scripsit Germanus Pariso.

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