‹ Marguerite d'Autriche, duchesse de SavoieChapitre 44 sur 125 · PREUVE XXIX · texte numérisé non relu

PREUVE XXIX

(15091, 22 mai, Travagliato. — Lettre de Mercurin de Gattinara à Marguerite d'Autriche concernant les difficultés du douaire de Savoie.

{Autographe. Arch. Nord, B 18849, n° 29847].

Ma tres redoubtée dame, tant et si tres humblement que fere puys a vostre bone grace me recomande.

Madame, je vous hay escript dernieremant que vous advertiroye bien au long de la despechie de monseigneur de Savoye, de laquelle vous eussie adverty incontinant que arrivasmes en ceste court que fu le XVIII de ce moys, mays le roy, pour nous traictier plus honestemant, nous ha faict logier ordinairemant dedans les villes, et incontinant les portes estoient serrées que nul povoit entrer ny sortir jusques au delogiemant du camp, a fin que nous n’eussions la presse des gens d'armes. Et cela ha esté cause que je n'hay eu le povoir de vous escripre jusques a present. Et pour ce maintenant pour vous advertir a plem de nostredict despechié, vous envoye cy enclous le double de ce que mondict seigneur ha deliberé fere et qu'il baïlliera par instructions a monseigneur de Salenove qui s'en viendra premieremant devers l'empereur et apres devers vous, lequel double mondict seigneur m’ha envoyé. Mays pour mieulx asseurer vostre cas, me semble que sans attendre la venue dudict seigneur de Salenove me debvés incontinent envoyer la responce pour obtenir les lettres necessaires de mondict seigneur de bone heure devant que la chosse soit faicte, car apres, luy pourroit havoir de la difficulté.

(1) Thomas Isaac, roi d'armes de la Toison d'Or, avait été chargé de négocier auprès du roi d'Angleterre au nom de Maximilien un prêt gagé sur la c riche Fleur de lys » (Nord, B 2212, n° 75516). Cf. Le GLay, Corr. Mazim., 1, p. 241.

Et premieremant, pour vous advertir de mon opinion sur chascun article, me semble que touchant la souveraineté qu'il accourde en cas de la joyssance du royaulme de Chypres, combien qu'il y haït plusieurs condicions, neantmeyns elles sont de petit effect, car en tant que touchie les hommagies et fidelités, elles ne apertiengnent poinct a l’usufructuaire, combien qu'il me semble que vous debvéz restraindre ceste reservacion aux homagies nobles tant seulemant. Et en tant que touchie les subsides en cas de mariagie, ce ne peult estre que par une foys pour le mariagie de madamoiselle sa seur. Et au regard des cryés une foys l’année, ce n’est chosse que vous puisset prejudicier, le couchant ainsy qu’il demande. Et au pays de Vaud, la cause de la reservacion est assés raisonable et luy hauroit bien petit proffit en celle souveraincté. Et ne treuve pas si petite chosse de ce qu'il vous accourda, car vous oustcrés tout les differentz qui ont esté de za en arriere entre vous deux a cause d’icelle souveraineté, et n’y haura nul subject qui puist plaidier dehors de vostre jurisdicion ny tirer les causes a Chambery ny a aultre Conseil de Monseigneur, et ne pourra mondict seigneur doncer aulcunes graces, ayns sera a vous a fere, et cesseront toutes aultres difficultés. Et pour ce, me semble que touchant ceste souveraineté, vous debvéz contenter en la maniere dessusdicte et la accepter par vous lettres de ceste sorte.

Au regard de l’inteligence qu’il desire havoir aveque vous, me semble luy debvès respondre que vous voulés havoir aveque luy toute tielle intencion que bone seur et bon frere doibvent havoir ensemble. Et au regard de baillier les scelles s’il vous envoyet le sien, vous luy baillierés le vostre en forme semblable.

Touchant Villars et Gourdans, me semble debvéz insister a la responce aultrefoys faicte d'havoir recompense cquivalente en terres et scigneuries et non aultremant, sans accepter aultre assignacion. Et que plus debvés declairer que, icelles terres et seigneuries qu'il vous bailliera en recompense, vous les puissiés tenir es mesmes condicions et preheminences que vous tiendrés le pays de Bresse et aultres terres de vostre douhaire, tant en la soveraineté qu'il vous accourdet a present que aultrement.

De la restitucion des bagues, me semble debvéz respondre que vous, estre preaflaJblemant satisfaicte de l'argent de Noël, en vous bailliant marchians souffisantz respondans de poyer la somme de XL* francz en deux ans, luy rendrés icelles bagues celon le traictié, combien que vous aymeriez beaucoup mieulx l'argent contanl.

Et au regard de la contrelettre de declaracion que mondict seigneur demande, me semble que en vous baillant sa lettre de la souveraineté en bonne forme, luy debvés aussy baillier icelle contrelettre tout ainsy qu'il la demande, luy adjoustant que ce soil sans en riens prejudicier au demourant du contenu au traictié de vostre apoinctement de Strasbourg.

Et en tant que touchie ce qu'il ha despechier devers l’empereur, pourrez respondre que vous y employerés de vostre povoir comme sa bonne seur.

Et pour ce, Madame, que mondiet seigneur dict havoir baillié povoir audict seigneur de Salenove de promettre et fere toutes lettres necessaires en ce que dessus, me semble, a fin qu'il n’y hait aulcun advantagie sur vous, me debvés aussy envoyer ung povoir pour conclure ce que dessus aveque ledict seigneur de Salenove, et prometrons l'ung a l'aultre de le fere ratüficr, et apres se delibvreront les ratificacions eu ung mesme temps ct cela sera plus expeditif et plus seur pour vous.

Mays, pour ma deschargie et a fin que je puisse monstrer vous lettres, me semble me debvés escripre une bonne lettre en la substance que dessus, sans monstrer que hayés eu aultre advertissement de moy fors que le double de la

despechie dudict seigneur de Salenove, respondant de vous mesmes a chascun article d’icelle despechie en la maniere desusdicte et envoyant ledict povoir pour conclure.

Madame, je demoureray ancores en ceste court aulcuns jours pour les bannys de Milan et pour conclure ce que j'hay en chargie aveque le marquis de Montferrat qui est icy et aveque le marquis de Mantue qui est malade. Et havoir icy achevé, m'en yrey devers le duc de Ferrare, et despuys, me rendray ou sera l’empereur. Et ce pendant, ledict scigneur de Salenove pourra estre en la court dudict seigneur empereur ou me pourrés dresser icelle responce et povoir, vous advertissant que touchant les aultres difficultés qu'estoicnt entre monseigneur et vous, j'hay esté assés bien despechié et n’y ha que deux poinctz qui sont demourés en sourveance pour les vuyder en terme droict par aulcuns deputés d’ung cousté et d'aultre dedans Noël prouchain, asçavoir de Surpierre et des poynes declairées es cas de poyne de sang, si elles se peussent abolir par la grace où non. Mays si nous gaignons Chypres, la soveraincté oustera tout ce debat, ce que j'espere sera bien Lost a l'ayde de Dieu.

Des novelles, pour ce que havés esté adverty par messire Andrea de Burgo bien au long de la horrible desconfiture des Veniciens, je ne vous en escripray plus avant fors que despuys la bataillie gagnée, lesdicts Veniciens havoie faict la revenue de leurs gens, ont trové par leurs rolles qui leur fault de leur nombre de X VIIE* a XX* hommes tant mortz que prins, et se treuve qu'il y en ha assés plus de mortz que l’hon ne disoit au comencemant, et cella ha donné tant de crainte aux encemis qu'il o’y ha plus nul qui ouse fere resistence. Et ha lc roy desja gagné tout le pays de Geradad et Bergamo aveque toutes les villes subjectes, et tout Le pays subject a la cité de Bressa. Et icelle cité ha envoyé devers le roy pour se rendre, et fera le roy son entrée a Bressa demain, et ha desja inteligence pour havoir l'obeissance de Cremona et Cistina, et dedans huyct jours, haura achevé tout ce que luy touchie par sa part, et vous asseure que si l’empereur dort a ceste heure, il ne se revellicra jamays, et s’il marchie diligentment, il haura tantost despechié son cas, haïiant si prouchaine la faveur des gens d'armes du roy. Mays a la verité, chascun est esbahy que despuys le III° jour de ce moys nous n'havons eu novelles quelconques de luy ny de son armée et ne povons entendre ou il est. Dieu le veullie inspirer a fere son bien et honeur.

Madame, vous me manderëés et comanderés vous bons plaisirs pour iceulx acomplir de tout mon povoir, aydant nostre seigneur qui, ma tres redoubtée dame, vous doint l’entier acomplissemant de vous desirs.

J'hay esté devers madame Blanche laquelle vous rescript ainsy que verrés. Monseigneur de Genefve est icy au camp et fu a la journée de la bataillie et s’est monstré ung rustre, et sont aveque luy monseigneur de Bussy, monscigneur de M..., mouseigncur de Montjovent, monseigneur de Vaulpergue et plusieurs aultres gentilzhommes jusques au nombre de XXIIII. Escript au camp a Travallia, a huit petites millies de Bressa, ce XXII° jour de may.

Vostre tres humble et tres obeissant subget et sorviteur, MERCURIN de GATTINARA.

Au dos : À madame, ma tres redoubtée dame.

{Sur le dos de cette lettre qui a servi pour une rubrique d'un classement fait par Jean de Marnir) : Lettres escriptes a madame par le president Gatinelle luy estant en ambassade de la part de l’empereur et de madame pres le roy de France es Ytales et en France depuis le mois de may XV°IX jusques en decembre ensuivant.

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