PREUVE XXXI
[15091 5 juin, « Zeybercht ». — Lettre de Jean de Marnix à Marguerite d'Autriche au sujet des affaires des Pays-Bas et du comté de Bourgogne.
(Autogr. Arch. Nord, B 18830, n° 25743].
Ma tres redoubtée dame.
L'empereur vostre pere fait presentement depescher ce poste pour, suyvant ce que je vous ay escript, envoyer responce a messeigneurs les ambassadeurs sur le contenu de leurs lettres, par laquelle responce, Madame, il les avertit de beaucop de
(:) Mercurin de Gattinara, président du Parlement de Dôle au comté de Bourgogne.
choses conformez a ce que par mes dernicres lettres vous ay signiffié, tant touchant son allée que aussi sur le fait de la paix et neutralité etc., et le tout bien entendu, trouverez ladicte response fort ambigue et n'y a remede de destourner Sa Majesté de celles ambiguyctés ; maiz, Madame, vous estez bonne et saige pour user des choses ainsi que verréz apartenir, ct si ne le faictes ainsi, j’ay grant doubte que les afferes ne se porteront guieres bien.
Madame, vous vorréz aussi son advis touchant le fait d'Angleterre, et de tout cella je me contente assez, excepté du dernier article contenu esdicte responce touchant ce que je vous ay dernierement avertye par ung billiet des offices et beneffices, et congnoissant assez comme la raison veult que ne le prendriéz de bonne part, ay remonstré a l’empereur cest affere le mieulx que possible m'a esté de moy mesmo en la maniere que s'ensuyt: « Sire, j'ay entendu par maistro Hans Renner aucunes choses que luy avyéz ordonné me communicquer touchant ma depesche, et mesmement ce quo luy avéz dit des offices et beneffices. Sire, je vouldroie bien supplier a Vostre Majesté que son plesir fut bien penser en cest affere et faire telle response a Madame vostre fille qu'elle s’en puisse bonnement contenter car, Sire, si Vostre Majesté luy oste maintenant ce povoir de conferer offices et beneffices la ou ça devant par vostre ordonnance elle en a usé, que dira le peuple sinon qu’elle vous aura desobe}, ce qu'elle ne pensa oncques. Sire, elle est vostre seule fille qui a si grande affection a vous bien servir, son honneur est le vostre et si elle n’a aucune auctorité, quelle extimacion fera l'on d'elle, etc. ».
Madame, sur cecy il pensa ung peu, mordant ses levres et soubit comme courroucié me respondit: « Dictez a ma fille qu’elle m'envoye ung chevalier de l'Ordre pour conferer avec moy, car c'est trop haulte maticre pour vous ». À quoi je respondys : « Sire, pardonnéz moy, s’il vous plait, ce que j'en faiz je le faiz comme serviteur de Vostre Majesté et de Madame vostre fille »; et depuis je n’ay parlé a Sa Majesté. Et pour dire vérité, Madame, je ne sçay dont cecy procede, car vous verréz au commencement desdictes responces comment il est deliberé vous donner tout ample povoir et gouverner tant en bas que en Bourgogne etc., et a la fin desdictes responces, il vous couppe lesdicts offices et beneffices avec une rethorique que je ne sçay entendre. Et puisque je voys ainsi les choses, je vouldroye n’estre jamais venu, car je courrouce Ja compaignie ; toutesfois il me semble, Madame, que messeigneurs les ambassadeurs luy doibvent faire sur cellui article une responce conforme au proupoz que j'ay eu avec Sa Majesté, autrement, Madame, et si ne faictes autrement que ne faictes, n'en sçauréz jamais venir a but, ainsi que je vous direy.
Madame, je ne puis avoir congié, et si ne fais rien icy, toutesfois je me mectrey en paine de deslogier en quelque bonne sorte, combien, Madame, que l’on diticy que m'avéz envoyé pour une deffaicte que seroit, si ainsi estoit, sans jamais l'avoir deservy, et en ce cas, j'aymeroie mieulx aller aïllicurs. Toutesfois, Madame, je ne le croy pas et ne layrey pour ce de m'en retourner devers vous.
Madame, il n’y a icy nulles nouvelles. L'empereur va chassant a l’entour de ceste villete attendant nouvelles de la treve, etc. et aussi la journée imperiale qui se tiendra a Spir que l'on dit. Monseigneur le cardinal n’est point encoires depesché et est a Couloigne avec monseigneur de Gurce (‘), et ne sçay s’il y aura quelque changement a sa charge. Escript a Zeybercht, ce V° de juing.
Vostre tres humble et tres obeissant subgect et serviteur JEHAN de MaARNix.
(t) Mathieu Lang, évèque de Gurk, en Carinthie, depuis le 6 oct. 1501, cardinal en 1511, puis archevêque de Saltzbourg, décédé le 30 mars 1540.