PREUVE XL
[1510 ?], 30 septembre, Bonne-sur-Menoge. — Lettre de Mercurin de Gattinara à Louis Barangier concernant l’administration de la justice en Faucigny.
fAulogr. Arch. Nord, B 18977, n° 37867).
Monseigneur le maistre, je me recomande a vostre bone grace.
Je suys apres a exploiter ma chargie au mieulx qui me sera possible, et desja n'hay tant faict que c’est grand honeur et renomée a Madame et espere que le tout retornera au grand prouffit d'elle et de ses subjectz. Je luy hay escript comant je havoy interdict l'office au chastelleyn de la Boneville, frere de Savoye, et depuys hay faict le semblable au chastelleyn de Samoen, ce que n'’ha pas esté agreable a Mathieu. Et vous prometz que j'hay bien esté marry que le sort soit tumbé sur ceulx que je eusse voulsu plus supporter et que je tenoye plus mes amys, mays pour le debvoir de ma chargie, j'hay esté contrainct de aynsi fere, car je les hay trové les plus entachiés de la bande, et doubte devant que je parte de ceste ville qu'il fauldra fere de mesme a cesty de Bone et a celluy du Chastellet Clavelly, car desja en hay quelque bon comencemant. Du chastellein de Montjoye, havoir vehu le lettres de Madame aveque celles de Monseigneur, je me perforçay a bones parolles persuader a La Frace de se vouloir desister dudict office, mesmemant pour non desplaire a Monseigneur, et aussy pour non doner occascion de moy enquerir plus comant ledict de La Frace s’estoit pourté par avant audict office, luy remonstrant que je havoie desja quelques informacions du maulvays traictemant qu'il havoit faict ; toutesfoys il ne fust possible le contenter qu'il se voulsisse desister dudict office, a cause de quoy je luy dis que je ne permetroye poinct qu'il prinset la possession dudict office, et luy deffendi de non la prendre jusques a ce que aultremant seroit ordoné par Madame. Toutesfoys, incontinant que je fu party, il alla prendre la possession, nonobstant la deffense, disant que je n'havoye poinct auctorité ny commission de ce fere, a cause de quoy, ce matin, hay faict un mandemant pour luy deffendre soubz la poyne de cent marcz d'argent et de la indignacion de Madame, qu'il ne se meslet poinct dudict office jusques a ce que aultrement par Madame luy sera pourveu, deffendant aussy au subjectz de non luy obeir, et hay laissé celluy de Montfort comant commis et delegué sede vaccante, comant j'hay faict des aultres que j’hay deposé, car de toutz ceulx que j'hay demys, je n’hay poinct voulsu fere une scule constitution de chastelleyn, ayns hay pris le rolle de toutz ceuly qui demandent office pour
l’appourter a Madame, afin que elle mesme, havoir ouy mon raport, luy mette en toutz les offices tielz que bon luy semblera. Il est vray qu'il y ha pluseurs concurrans en l'office de La Boneville entre lesquelz il y ha deuz gentilzhommes pour lesquelz Madame haura grande requeste, l’un du cousté de Monseigneur de Sainct Joyre, l’aultre du cousté de Monseigneur de Lucingie, mays celhon que je suys informé, nully de ce deux ne scroit agreable ny proffitable aux subjectz, toutesfoys 11z s'en viendront toutz deux aveque moy. Or est il vray que Monseigneur de Sainct Joyre, devant qu'il fusset requis par son nepveu, m'a dict havoir par avant escript en la faveur de un aultre gentilhomme appellé de Castronovo, qui est chastelleyn du chasteau de Faucigni, qui vouldroit laisser ladicte chatellanie et prendre celle de la Boneville ; et pour ce que je l’hay trové plus homme de bien et n’hay trové nulle plainte de luy je luy hay conforté de s'en venir avec la lettre de monseigneur de Saint Joyre devant que je arrive la, et me semble que Madame fera bien de luy fere sa constitucionz sans actendre aultres requestes; et quant les aultres requerantz seront venuz, elle se pourra excuser que desja a la requeste de monseigneur de Sainct Joyre 1l havoit pourveu a l’aultre, car aultremant, s’il luy mettoyt l’un des deux aultres, esset error pejor priore. Au regard de Monseigneur de Sainct Joyre, combien que l’aultre pour cui il escripra soyt son nepveu, il m’a dict que quelque requeste qu'il fera pour sondict nepveu que je ne laisse poinct de dire a Madame qu'elle choisisse le plus souffisant. Et pourtant, Monseigneur le Maistre, vous en pourrés advertir Madame et Monseigneur le conte et Monseigneur le governeur afin que la chiosse soit faicte quant les requestes des aultres viendront pour l’honeur et prouffit de Madame et de ses subjectz et contentement de toutz les aultres requerantz.
Monseigneur le Maistre, je espere que vendredy par tout le jour haurons despeché le demourant de nostre chargie pour nous rendre a Bourg dimenche au soir ou lundy au disner. Et a tant vous [dis] a Dieu, Monseigneur le Maistre, auquel je prie vous doner ce que desirés et aussy a ma feme des festes et a ma belle comerre esquelles s'il vous plait moy recomanderés, et apresterés le petit enfant pour acomplir le comparagie.
Escript en Bone bien maulvayse, ce dernier jour de septembre.
Le tout vostre frere, Signé : MERCURIN de GATTINARA.
{Sur le dos} : À Monseigneur Maistre Loys Barangier, mon bon frère.