PREUVE XLV
[1511], 7 février, Pont de Vaux. — Lettre du procureur de Bresse [Laurent de Gattinara] à Barangier, greffier [du Parlement de Dôle|, concernant les magistrats du Conseil de Bresse.
{Original. Arch. Nord, B 18834, n° 26988].
Mon tres honnoré scigneur.…, apres vostre departement, vint a Bourg le beau frere de monseigneur de (Gource, monseigneur l'ambassadeur qui s’en alast devers le roy d'Aragon avec mon frere pour l’empercur, et me dist que mon dict frere estoit saing et en bon point, Dieu mercy, combien qu'il aye esté ung peu malade de son catarre, et me dist que mondict frere ne pourroit partyr devers ledict roy deans Pasques jusques a ce qu'il aye responce et aultre mandement de l’empereur, combien qu'il ne m'aye ryens escripl.
Au surplus, je vous advertis que Roollet est de retour de devers nostre tres redoubté seigneur [le duc de Savoie], lequel a appourté quelque responce asses crues laquelle fust lehue et publyée en Conseil, et furent demandées les oppinions de chascun selon la coustume et l’on commença a moy comme le plus fol, et combien que je fusse d'avys que l'on envoyast le double de ladicte responce a nostre tres redoubtée dame et l’advertyr des aultres responces que nostredict tres redoubté seigneur avoit desja fait sur les articles a luy presentés par moy touchant Surpierre, car la responce derniere est toute a l'opposite de l’autre, touteffoys messeigneurs dudict Conseil furent trestous de contrayre oppinion comme ceulx qui craignent desplaire a mondict scigneur et qui doubtent encouryr sa male grace, et tout pour vous dyre veryté, comme gens de court qui vont a Plaisance et laissent Veronne, sans nully excepter fors que monscigneur l’advocat lequel a la fin fust de mon oppinion; mais a la fin nous ne fusmes pas creuz et pour ce, pour moy acquiter tousjours a la raison et tenyr le serement que j'ay a madicte dame, volentyers vous en ay voulsu advertyr comme celluy en qui est toute ma fyance et le singulier de mes amys de par della. Et s’il vous semble de en advertyr madicte dame pour ma descharge, me ferés ung singulier plaisir, sy non en ferés vostre bon advys car je me submectz de tout a vostre correction et vous promectz, ma foy, que j'ayme mieulx estre loyal pouvrre et coquin /si/ et en debat de tout ledict Conseil que estre desloyal a madicte dame, car j'ay fait le serement en ses propres mains, lequel j'ay tenu et tyendray quant je deveroye perdre corps et byens. Je en heusse a elle mesme, mais je me doubtoye de mal faire. Touteffoys si vostre bon plaisir est en cecy, et en toutes aultres choses, me ferés mes excuses, et s’il vous plait me mander ou commander quelque chose, l’accompliray de tout mon pouvoir.
En oultre, je croys que estes assés advertys que monseigneur est contrain fayre la guerre aux Allemans, lesquelx demandent la plus part de son pays pour les faulces donacion receucs par le traitre de Furno, et demain, l’on fera les monstres a Bourg, et desja tous les gentilhommes sont mandés de la part de mondict seigneur.
Madame la presidante et madame la maitresse, vostre femme, font bonne chiere avec le petit Anthoine et ne dessirent que d’avoir de voz nouvelles. (!).
Vostre humble serviteur, le procureur de Bresse.
(1) « Madame la Presidante » est vraisemblablement la femme de Gattinara, président du Conseil de Bresse (Andrietta degli Avogadri). « Madame la maîtresse » désigne Claude Grillet, femme de Louis Barangier, maître des requêtes de l'Hôtel de l'archiduchesse. Cf. Arch. Nord, L. M., n° 37980.