PREUVE XLIX
1511, 18 mars, n.st., Colmar. — Lettre de Jean de Marnix à Marguerite d'Autriche concernant le mariage de Philiberte de Savoie.
fAutographe. Arch. Nord, B 18834, n° 27130. Les premiers paragraphes concernent les affaires de Gueldre, l'hôtel de l'archiduc Charles, celui des archiduchesses et les finances des Pays-Bas. Publication partielle dans Van DEN BERGH, Corr. de Marguerite, t. I, page 261}.
.…Touchant le fait de Monseigneur de Savoye dont j’ay par plusieurs fois parlé a Sa Majesté [Maximilien d'Autriche], elle a cejord’uy depesché deux ses ambassadeurs pour se trouver a la journée des Suyches et espere l'on qu'il s’en ensuyvra quelque bien. Monseigneur de Salenove est icy qui sollicite aussi lesdictes afferes.
Du mariage de mademoiselle de Savoye, Sadicte Majesté m'a dit qu'il ne mect aucune difficulté que soit avec monseigneur de Zachz, l’electeur ou le duc de Baviere, vostre cousin, qu’il ne conduise ledict mariage, et qu'il en sçaura la fin en brief temps. Et m'a dit que s’il estoit en voulenté de soy marier, qu'il la prendroit pour luy, touteffois, Madame, j'ay doubte, quoy qu'il die, qu'il ne le pourra conduyre car ledict duc de Zachz, apres vostre reffuz, n’a jamais voulu entendre a nul mariage.
Et quant a ce qu'il dit n’estre en voulenté de soy remarier, je me doubte que si est, car mesmes il m'a dit en vouloir avoir vostre advis, lequel il a assez peu veoir par vostre memoire que j'apportey a monseigneur de Berghes, lequel il a veu de mot a autre, maiz en ce cas, je croy qu'il tiendroit aillieurs que a mademoiselle de Savoye.
Ledict seigneur de Salenove m'a dit avoir charge de, par manicre de devise, dire a Sa Majesté que monseigneur de Savoye avoit entendu qu'Elle desiroit courir Sus son marché et m'a enquis si j'en sçavoie riens de vostre part, a quoy luy ay respondu que non et que je ne le sçauroie croyre.
Du mariage que mondict seigneur de Savoye desireroit avoir pour monseigneur de Genevois, dont il vous avoit pleu aussi mo donner charge, j'en ay parlé a Sa Majesté qui m'a respondu absolutement que l'en povéz bien mectre hors d'espoir veu que ce n'est pas party convenable.
Madamo, pour vous declairer l’intencion de Sadicte Majesté, Elle vist tousjours en l'espoir de la paix que vous ay escript et se fie enticrement aux François et deffic du roy d'Aragon, et ne luy peult l’on mectre hors la teste qu'on ne vueille faire le filz de l’arcevesque de Sarragoce roy de Naples. Ne sçay quelle fin il aura desdictes afferes.
Sa Majesté c’est partie d’icy a nuyt pour convoier le conte paladin Federic, le duc de Zachz, les marquis vieulx et jeusne de Baden et le duc de Meyclebort a Anghessey, et doit retourner demein pour continuellement besoigner sur nostre depesche et a espoir que deans samedy serons depechéz en tout.
Madame, Sadicte Majesté m'a fait bailler les lettres que le duc de Ferraro luy a escriptes de sa victoire, lesquelles vous envoye avec cestes, et sur ce, madicte dame, ferey fin. Escript a Collumbier, ce X VIII de mars XV° et dix.
Vostre tres humble et tres obeissant subgect et serviteur, Signé : MARNIx.