PREUVE LIII
[1511], 6 avril, La Palisse. — Lettre d'André de Burgo sur les négociations du duc de Savoie avec les Ligues Suisses et sur la politique générale.
{Original. Arch. Nord, B 18852, n° 30052).
Madame, avant que d’espedier ceste poste, j'ay voulu ce matin parler premierement au roy, lequel j’ay trouvé tout esmeu pour deux nouvelles qui m'a dit estre survenue ceste nuyt passée, l’une que le pape est aliené toutellement de la paix et que tout ce qu’il fait ne sont que pratiques et tromperies, mais que il fault actendre la responce qu'’aura heue monseigneur de Gurce de l’embassadeur d'Espaigne qu'estoit alé devers le pape, et que le plus grant bien que peulent avoir l'empereur et le roy est d’estre resoluz ou a paix ou a guerre, et que le pape a ceste heure plus que jamais se perforce avec toute sa puissance avec gens de cheval et de pied pour remectre le siege a La Bastide, ou derrenierement il fut rompu, et semblablement asseger Ferrare, et que le roy de son cousté y fera tout ce qu’il pourra a l'encontre, et que si l'empereur vostre pere vouloit fere le semblable, les choses iroient bien, et de rechief je luy escrips afin qu'il se hatte.
L'autre nouvelle est que les Suisses, es pratiques d’appoinctement que se faisoient entre le duc de Savoye et eulx, et ne veullent que l’empereur, les electeurs ne autres en soient mediateurs, mais veullent estre entierement satisfaictz de leur juste querrelle, et desja s'apprestent ung grant nombre ensamble pour entrer au pays dudict duc, lequel a, comme desesperé, envoyé ung sien ambassadeur a diligence devers le roy le supplier qu'il le veulle ayder de genset d'argent. Le roy a respondu qu'il fera ce qu'il pourra, touteffois qu'il est bien chargé de son entreprinse qu'il a dela les montz, et m'a dit escripre a l'empereur fere le semblable, et aussi a monseigneur de Gurce que, avec les ambassadeurs d'Espaigne estant riere le pape, ilz vuillent tenir main devers Sa Sainteté qu'il face cesser ceste entreprinse des Suisses, car, de vouloir tenir ces pratiques et mectre broulliz de toutz coustéz, seroit chose bien contraire. Je luy ay escript comme il m'a ordonné. Ledict ambassadeur
demandoit ayde de gens ot d'argent, mais le roy dit qu'il ne sauroit faire les deux, mais qu'il souffisoit que il luy donnit gens et que les autres semblablement l'aydent et luy qu’il se ayde de soy mesmes. Et a ceste heure, envoye audict seigneur duc messire Claude d’Ais, evesque de Mersaille, son subgect, et seroit l'on d'advis que icellui scigneur duc fit tout ce que possible luy seroit pour s’appoincter avec lesdicts Suisses avec moyen d'argent, et semble qu’il ne sauroit faire appoinctement d'argent qu'il fut malvais, car l’on a craincte que premierement que ledict duc peut estre bien secouru, lesdicts Suisses luy feront beaucop de maulx et pourroit tumber la chose a aucune malvaise fin que l’on ne cuide. Touteffois, en cas que l’appoinctement ne se peut fere par moyen d'argent et que ce movement des Suisses procedat aussi du cousté du pape comme l'on croit, j'ay remonstrer au roy que le cas luy touche beaucop et m'a respondu qu'il le congnoit bien et qu'il ne luy fauldra de son cousté. J'advertis de ces choses bien et au long l'empereur. Plaise a Dieu qu'il se puisse donner bon remede en temps, car nous en avons mestier non maindre que ledict duc de Savoye. Si autre survient, je vous en advertiray. À tant, ma tres redoubtée dame, je prie Nostre Seigneur vous donner tres longue et bonne vie.
A La Palice, ce matin VI° jour d'avril.
Vostre tres humble et tres obeissant serviteur, Signé : ANDREA DA BORGo.
Je ne suis point desesperé de la paix, mais le pape et le roy d’Arragon la veullent fere a leur plaisir et perde qu'il vouldra, et ne se pourra fere autrement.
{Au dos/: À Madame.
(Cachet au lion grimpant).