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CHAPITRE III

Le Mariage savoyard

Après l’éphémère royauté de France, après la douloureuse aventure castillane, Marguerite d'Autriche, sœur du souverain des Pays-Bas, Philippe le Beau, et fille de Maximilien, roi des Romains, allait être, une troisième fois, entre leurs mains puissantes, l'enjeu de la politique.

La princesse n'avait pas encore quitté les provinces espagnoles que déjà le monde des cours agitait la question d'un nouveau mariage. Sans doute on parlait de Louis XII, dès juillet 1498 (!), puis au printemps suivant du duc de Milan (?), mais sans insistance. Au mois de janvier 1500, le roi d'Écosse se mettait sur les rangs (°), renonçant volontiers à une alliance avantageuse (*). Ensuite, la même année, au mois de juin, l'union de Marguerite avec le prince de Galles paraissait une conséquence naturelle de l’entente commerciale anglo-flamande (%). Maximilien avait encore d’autres idées, songeant par exemple au roi de Hongrie (f) : tous ces projets s'évanouirent devant une autre combinaison.

Depuis la mort du dernier infant, ce don Juan dont Marguerite avait prématurément porté le deuil, Philippe le Beau voyait son horizon s'élargir. Au delà des brumes du Nord, le soleil de Castille allait se lever sur les nouveaux états de l’archiduc. Celle que l'Histoire appellera Jeanne la Folle, devenant l’unique héritière des Rois Catholiques (1497), avait ouvert au dynaste bourguignon, son mari, l'accès d’un trône royal. Le voyage des Pyrénées était nécessaire pour arracher aux doigts crochus de Ferdinand d'Aragon cette lointaine couronne, mais un départ n'était

(1) 1498, 18 juillet. Dépêche de l'ambassadeur d'Espagne à Londres dans BERGENROTH, Calendar, 1, page 161. Louis XIT venait de divorcer avec Jeanne de France.

(2) En avril 1499, le cardinal Ascanio Sforza disait que l’on connaissait à Rome le projet de mariage de Marguerite d'Autriche avec le duc de Milan, négocié par Maximilien, aspirant à la couronne de roi de Lombardie ; cette tractation aurait été rompue par Maximilien le 42 juin 1499. ULMANN. Kaïser Maximilian, 1. 1, p. 753. note 1.

($) 1900, 11 janvier, Londres : Puebla, ambassadeur d'Espagne, à Ferdinand le Catholique dans BERGENROTH, Calendar of letters... Henry VII, t. 1 (Londres, 1862), n° 249.

(#) 1500, 4 avril, Londres: Pedro de Ayala à Ferdinand le Catholique, dans BERGENROTH, lc. t. 1, n° 260 ; 1500, 16 juin, Calais : Puebla à Ferdinand le Catholique, dans BERGENROTH, t. 1, page 268, d'après des documents des Archives de Simancas.

(5) 1500, 29 juin, Londres : Fuensalida, commandeur de Haro, à Ferdinand le Catholique, dans BERGENROTH, [. c., t. 1, n° 282, d'après un document des Archives de Simancas.

($) 1500, février, d'après SanuTO, Diarii, t. 11, (Venise, 1880; Regin Deputazione di storia patria) col. 132. La collection des Diarié compte 58 vol. publiés de 1879 à 1903, intéressant les années 1496 à 1533. M. le comte de Blacas a bien voulu faciliter le présent travail en mettant cette précieuse source à notre disposition.

possible qu'après une paix assurée entre France et Pays-Bas. L'archiduc, en négociant le mariage de sa sœur Marguerite, devait, par un choix avisé, se concilier et Louis XII et Maximilien : un prince jeune, bien fait, déjà agréable à l’un et à l’autre de ces monarques, paraissait remplir toutes les conditions.

La Maison de Savoie, depuis près de cinquante ans, subissait une influence nettement française, surtout depuis l'union de Charlotte de Savoie avec Louis XI, alors dauphin (1457). Des mariages, des charges militaires avaient fortifié cette emprise. Yolande de France dominait le duc Amédée IX, son faible mari. Un cadet savoyard, le besogneux Philippe de Bresse, portera le diadème ducal après avoir guerroyé sous la bannière des Fleurs de lys et marié à un Valois sa fille, Louise de Savoie, la future mère de François I". Au moment où la main de Marguerite était si disputée, Philibert, le duc de Savoie alors régnant, était lié à Louis XII par une pension (*) et par un projet de mariage (?); en caracolant à Milan, lors de l'entrée triomphale des Français, le beau duc avait attesté l'existence des liens qui l'enchaïnaient (°).

Le duché de Savoie, à cheval sur des frontières, présentait, par sa situation stratégique, une importance particulière au moment des guerres d'Italie. Maximilien, qui avait convolé en secondes noces avec une Sforza, douairière de Savoie, avait toujours l'esprit tendu vers la Vénétie et la Lombardie. Prévoyant le choc futur des armées rivales, le Roi des Romains devait chercher le moyen de gagner à la politique autrichienne celui qui pouvait barrer la route aux armées de France. Le duc de Savoie, gardien des Alpes, apparaissait à l'heure opportune.

Le passage de Marguerite à travers la France, à son retour d’Espagne, avait rendu manifeste, dès le début de l’année 1500, une nouvelle orientation politique. Le traité de Lyon (10 août 1501), en stipulant l'union du fils de Philippe le Beau avec

(1) L. G. Pécissier, Louis X1I et Ludovic Sforza (Paris, 1896), t. 1, p. 178. Cf. PÉLISSIER, Le traité d'alliance de Louis XII et de Philibert de Savoie en 1499 (Montpellier, 1893) ; Dumonr, Corps diplomat., t. 1, 2° partie, p. 408 ; Quinsonas, Matériaux, t. 1, p.5 et 16.

(3) 1497, 2 décembre : Lettre de Bertuzi Valier, ambassadeur vénitien en Savoie. « Come el ducha Philiberto era venuto di qua da’ monti e entrato in Torino con cavalli 2000 a pigliar la possession dil ducato di qua da' monti. Et era venuto di qua etiam perché pareva el re di Franza volesse maritarlo in una fia dil ducha di Borbon, suo cognato, licet fusse maridato in una sua cusina, fo fiola del ducha vechio ». SanuTOo. Diarti, t. 1, col. 831. Philibert était en effet marié depuis le 12 mai 1496 à Yolande-Louise de Savoie, fille du duc Charles I et de Blanche de Montferrat. Le mariage n'était pas consommé, la princesse ayant à ce moment moins de dix ans, et devant mourir en septembre 1499 avant l'âge nubile. Après son décès, Louis XII persistait dans son intention de marier Philibert: « El re di Franza vol menar el ducho di Savoia con lui in Franza e maritarlo, e havia posto soi per governodi quel stado. » SANUTO, Diarti, novembre 1499, t. ai, col. 53.

(3) Louis

Duc de Savoie de 1451 à 1465.

| AMÉDÉE IX, CHARLOTTE DE SAVOIE PuiLiPPE DE BRESSE

duc de 1465 à 1472. épouse en 1457 duc de 1496 à 1497. Marié en 1452 le tutur Louis XI. Marié en premières noces

à Yolande de France. à Marguerite de Bourbon. sœur de Louis XI. |

PRILIBERT LE CHASSEUR, PHILIBERT LE BEAU LoutsE DE SAVOIE duc de 1472 à 1482. duc de Savoie de 1497 à 1504. épouse en 1488 pour de Bianche-Marie Sforza Marié en 1501 Charles de Valois, laquelle se remarie en 149% à Marguerite d'Autriche. comte d'Angoulême,

à Maximilien, rei des Romains. père de François ler.

Le Ÿ Ras

la fille de Louis XII, scellait une réconciliation nécessaire. Le mariage savoyard (26 septembre 1501) parait inspiré par les mêmes préoccupations.

Philibert le Beau, duc de Savoie, né à Pont d’Ain le 10 avril 1480 (!), avait ce qu'on appelle un physique avantageux (*). Haut de stature, il paraissait plus que son âge (*)}. La force de son tempérament l'entraînait dans un perpétuel mouvement (f). Grand jouteur, aimant le jeu, la danse et la bonne chère, ardent à la chasse (°), prompt aux distraétions nouvelles (f), le prince, tout en surface, laissait volontiers à d'autres le fardeau de l’État (”).

Marguerite d'Autriche apparaissait alors dans le rayonnement de sa beauté

(1) La date exacte de la naissance de Philibert est donnée par GuICHENON (Hist. Mais. Savote, t. u, p.123): « Philibert vint au monde au château du Pont d'Ain en Bresse le lundi 10 d'avril 1480, une heure après minuit ». M. CHaAGny (Bourg au temps de la domination savoisienne, dans Revue Snc. sc. natur. Ain, 1906, p. 26, note 3) adopte la date de 1482, d'après GUICHENON, Hist. de Bresse, t. 1, p. 93. En se référant à ce dernier ouvrage, on s'aperçoit que Guichenon parle de la naissance d'un fils de Philippe de Bresse et de Marguerite de Bourbon à Bourg, non en 1482 mais en 1478, fils dont le nom n'est pas donné et qui peut être non Philibert le Beau mais son frère aîné, mort en bas âge. Il est certain, d'après les vérifications que M. Morel, archiviste de l'Ain, a bien voulu faire à notre intention dans les registres de délibérations de la ville Bourg, que Philippe de Bresse eut un fils non dénommé dont il est question dans une délibération du 29 mars 1478 et dont le baptême devait avoir lieu le lundi, 6 avril 1478, à trois heures de l'après-midi (délibération du 5 avril 1478). M. de LATEYSsonNNIÈRE (Recherches hist. sur le département de l'Ain, t. v, Bourg, 1843), donne la date du 10 avril 1482 (p. 52), d'après l'Hist. de Bresse de GUICHENON, p. 93, qu'il n'a pas su interpréter, et plus loin la date du 10 août 1482 (t. v, p. 178).

(2) Mouiner (Choniques, éd. Bucnon dans Coll. chroniques, t. xzvn, p. 237) dit que Philibert le Beau « l’un des beaux princes de la chrestienneté, fut en sa josnesse nourry en France a l'hostel du roy Charles, huictiesme de ce nom, lequel il suivit jusques a Naples ». Mercurin de Gattinara, qui avait été en Savoie au service du mari de Marguerite, trouve que son ancien maître, pour la beauté physique, supportait la comparaison avec François I°' : « Le roy est aussy beau prince que l’on sachie pour le jour d'huy, et non gueyres moyns que feu Monseigneur de Savoye, dont Dieu ayt l'ame, et lui ressemble fort ». Gattinara à Marguerite, 4 février 1515 n. at., dans Le GLay, Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche, t. (Paris, 1845), p. 47.

($) Des ambassadeurs vénitiens qui virent Philibert à son avènement, en novembre 1497, lui donnaient à ce moment 22 ans, c'est-à-dire 5 ans de plus que son âge (SAnuTO, Diart, t. 1 (1879), col. 818 et 822. Molinet, le jour des noces de Marguerite, le vieillira de deux ans (édition BucHoN, t. xLvi1, p. 167).

(t) « Ducha non sta volentieri molto tempo in uno loco fermo ». SAnUTO, Diarti, t. 1, col. 465, février 1499.

(5) LEMAIRE, dans sa Couronne margaritique (édit. STECHER, 1v, p. 49): « Or estoit ce tres puissant duc verd en aage, gaillard de corps et d'ardant courage, adonné totalement selon les saisons au voluptueux et juvenile exercice de la chasse. ; en ce travail delectable, passoit son temps le jeune prince avecque sa noblesse. »

(6) Le jugement de Cambiano est écrasant pour la mémoire de Philibert: « Hic popularissimus princeps extitit magnificentissimus : justitiæ autem moderamen senatoribus virisque juris consultissimis penitus relaxabat, modo venationi, nunc aleæ, interdum conviviis choreisque deditus ita ut inter sodales de jocosis rebus semper certaret, et citissime potitarum rerum satiem præ se ferebat ». CAMBIANO, dans Mon. hist. patriae (Turin), d'après une citation de Baux, Hist. église Brou, 2° éd. (1854), p. 31.

(7) Les ambassadeurs vénitiens, avant le mariage de Philibert, traitaient les affaires surtout avec le Grand Bâtard de Savoie : « Visitato il Gran Bastardo, el qual ha gran autorità... perchè il governo era rimasto in lui, perchè el ducha, è zorni 15, à andato a la caza, etiam quando è qui ». SANUTO, t. m1, Col. 198, décembre 1498. « El ducha di Savoya era a Zenoa (Gênes) in zostre e piaceri, come si atendea ». Ibid., t. 1, col. 802, juin 1499.

blonde (‘), plutôt grande et d’un port vraiment royal. Ses traits, sans être réguliers, étaient spirituels, le regard malicieux, la bouche un peu sensuelle; le menton trahissait un caractère quelque peu autoritaire (?). Le chanoine de Beatis, qui remarquait volontiers la lèvre tombante de Charles-Quint et la claudication de la reine de France, verra plus tard Marguerite, devenue régente des Pays-Bas. Son impression fut favorable : « elle n'est point laide, écrivit-il, son allure est vraiment impériale et son sourire plein de charme » (*). Marguerite avait alors l’embonpoint de l'âge mûr, mais, en arrivant en Savoie, dans l'éclat de son printemps, en attendant qu'elle pût exercer ses rares facultés de domination, elle était pleine d’enjouement, à la grande joie de l'un de ses familiers :

Bien me plaisoit te voir chanter et rire,

Danser, jouer, tant bien lire et escripre,

Peindre et pourtraire, accorder monocordes

Dont bien tu sçais faire bruire les cordes ().

Les négociations du mariage paraissent avoir êté menées par Gérard, fils de ce Thomas de Pleine qui fut chancelier des Pays-Bas. Un ambassadeur vénitien près la Cour de France, Benoît Trévisan, connaissait le projet déjà au mois d'octobre 1500 ($). On s’assura d’abord de l'adhésion de Louis XII (f), et l'on envoya en Savoie le jeune diplomate à diverses reprises, à partir du mois de novembre 1500, « pour certaines grandes matieres et affaires secretz » (*).

(‘) Jean Lemaire rappelle, à diverses reprises, la beauté de la chevelure de Marguerite : « Incontinent apres le trespas de son chef espous, elle fit couper ses beaux cheveux aureins ». Couronne margaritique, éd. STECHER, t. IV, p. 72.

En décembre 1856, lors de la reconnaissance de la sépulture de l'archiduchesse, à Brou, on constata la parfaite conservation de ses cheveux. M. de Quinsonas, qui assista à l’exhumaton, nous a laissé ce témoignage : « La dimension des ossements indique que, sans être grande, Marguerite, d'une taille au-dessus de la moyenne, dut être heureusement proportionnée... ; cheveux... d'un blond ardent sans être roux... Quoique la princesse soit morte à cinquante ans, il ne se trouvait aucune trace de cheveux gris... ». QUINSONAS, Matériaux pour servir à l'histoire de Marguerite d'Autriche, t. 1 (Paris, 1860), p. 38.

(2) Voir l'excellent portrait de Pierre van Coninxloo, exécuté vers 1506, à l'occasion du projet de mariage de Marguerite avec Henri VII, dont un exemplaire est conservé au musée de Bruxelles, un second dans la collection Carvalho et un autre au musée d'Anvers. WAUTERS, Marguerite... et le peintre Pierre van Coninæloo dans Bull. Musées royaux du Cinquantenaire à Bruxelles, 1914, p. 4 à 11, avec planches. Ce portrait est reproduit aussi par KOOPERBERG, Margaretha van Oostenryhk (1908), par RUBBRECHT, L'origine du type familial de la maison de Habsbourg (1910) etc.

(8) « Non bructa, de una presentia grande et veramente de imperatrice, con certo sgrighecto quale tiene molta gratia ». Die Reise des Kardinals Luigi d'Aragona beschrieben von ANTONIO DE BEATIS, édition L. Pasror. Fribourg en Brisgau, 1905 (Erlatterungrn zu Janssens Geschichte des deutschen Volkhes, 1v Band, 1v Heft), page 113. Cf. traduction IHavarp DE La MONTAGNE (Paris, 1913), page 94. Beatis vit Marguerite à Middelbourg les 13 et 21 juillet 1517.

(8) J. LEMAIRE, Épistres de l'Amant verd, Œuvres, éd. STECHER, t. Il, P. 7.

(5) Lettre de B. Trevisan, 7 octobre 1500, dans SANUTO, Diarii, t. mt, col. 932, confirmée par une correspondance d'un ambassadeur de Rome, le 24 nov. 1500, 1b+d., t. nr, col. 1114 et par celle d'un ambassadeur du duc de Ferrare, 21 oct. 1500, dans PÉLISSIER, Louis XII et Ludovic Sforsa, t. 1, p. 421.

(6) Costabili au duc de Ferrare, 2 nov. 1500 : Louis XII approuve le mariage de Marguerite, à la condition que Philibert le Beau s'abstienne de toute hostilité en cas de guerre entre la France et l'Empire. PÉLissiER, Louis XIT et Ludnvic Sforza, t. 1, p. 422.

(7) Arch. du Nord, Compte du receveur général des finances, B 2173, fol. 161 v., 79 v., &5 v., 99.

Les correspondances relatives à cette négociation ont échappé jusqu'à présent à toutes les recherches. Un document ambigu, conservé à Lille, laisserait supposer que Marguerite aurait pu agir de sa propre volonté, hypothèse douteuse toutefois quand l'on songe à l'importance politique des mariages dans une maison souveraine. Il est certain cependant que Philippe le Beau demanda, le 19 juin 1501, à sa sœur, avant la signature du contrat, une déclaration portant qu'aucune pression n'avait été exercée sur elle. Soit prudence naturelle, soit ressentiment, craignant peut-être de laisser entre les mains de son frère une arme dont la portée lui échappait, la « princesse douagiere de Castille > refusa de souscrire une pareille attestation ({). L'origine même de ce papier, qui provient non de l'Audience des Pays-Bas, mais de la Chancellerie de Marguerite, et une annotation de son secrétaire, donnent vraisemblablement l'explication : le mariage savoyard aurait été une douce contrainte.

On fit toutefois le plus bel accueil aux personnages qne le duc de Savoie envoya dans les Pays-Bas sous la direction d'un puissant gentilhomme, rompu aux négociations, Amé, baron de Viry. L'ambassade fut reçue dans la seconde quinzaine du mois d'août au Quesnoy, à Valenciennes, à Mons, à Soignies el à Hal (?), et arriva à Bruxelles, où le contrat de mariage de l'archiduchesse et de Philibert fut signé le 26 septembre 1501, après avoir été discuté par des juristes savoyards comme Pierre de Bonvillars, président de Savoie, ou le « patrimonial » Provana (°).

(1) Nous, Marguerite d’Austriche, princesse douagiere de Castille... promettons en parole de princesse sur nostre honneur que jamais ne dyrons ne porons selon verité dire à qui que ce soit que mondit seigneur et frere nous est audict mariage autrement induit ne persuadé en auscune maniere. En temoin de ce, en avons ces presentes signé de nostre main le xIx° de juin l'an v° et ung ». Le GLay, Corr. Maximal., t. 11, p. 428, n. 1. Cette pièce est constituée par une minute, sur papier, cotée B 434, n° 23935, non signée, que le d' Le Glay présumait être un autographe de Philippe le Beau et qui serait plutôt de la main de l'audiencier Haneton. La curieuse mention suivante, placée au verso, de l'écriture du secrétaire Barangier, contemporaine puisque Marguerite ne porte pas encore son titre de duchesse, n'a pas été publiée par Le Glay : « Minute des lettres que Monseigneur desiroit avoir signées de Madame la princesse, sa sœur, laquelle les a reffusées ». L'hypothèse de la contrainte subie par Marguerite nous paraît aujourd'hui la plus vraisemblable. En 1506, il sera fait allusion au mariage <avoyard, quand Philippe le Beau et Maximilien songeaient à mettre Marguerite dans l'obligation de prendre un quatrième époux, Henri VII : « Madame Marguerite dissimule fort pour obtempérer aux roys susdits, disant que par trois fois ils ont contracté d'elle, dont elle s'en est mal trouvé s». Goperroy, Lettres de Louis XII, t. 1, p. 04.

() Arch. Nord, Compte du recev. gén. des finances, B 2173, fol. 127 v.

(3) Cette ambassade était composée d’Amé, baron de Viry, Honoré de Bueil, Pierre de Bonvillars, président de Savoie, Angelin Provana, président patrimonial et Claude de Balaison, s' d'Avanchy, tous désignés comme procureurs ducaux, accompagnés de Pierre de Montfalcon, Pierre Gruet, protonotaire apostolique, Alexandre de Salenove, Barthélemy Sollier, s' de Villeneuve, Philibert Rover, s' de « Pourin » et Chabert de Scalengues (Turin, Arch. Camérales, C. du trésorier général de Savoie 1500-1502, fol. 311, 699 v. et 700, d'après GaBoTro, Lo stato sabaudo da Amedro VIII ad Emanuele Filiberto (Turin, 1895), t. nt, p. 183). I] est à remarquer que d'autres personnages furent aussi désignés comme procureurs du duc, par patentes du 44 août 1501, bien que n'ayant probablement pas participé au voyage des Pays-Bas, ce sont : René, bâtard de Savoie, comte de Villars et lieutenant-général, Jean, s' de Chales et gouverneur de Bresse, Hugues de Luyrieux, s' de « Velerie », Antoine de Gingins, s' de Divonne, Laurent de Gorrevod, Romagnino de Romagno, Louis Oriol, maître d'hôtel, Augustin de Azelio, François Provana, Jean-Louis de Piozasco et Jean Noël, trésorier général de Savoie.

Toute la délégation ducale, ainsi que le haut clergé et les grands maïtres de la cour de l’archiduc, assistaient à la cérémonie (‘).

L'archiduc s'engageait à faire payer à sa sœur, outre les revenus de son douaire d'Espagne qui s’élevaient à 20.000 écus d'or, une dot de 200.000 livres de Flandre de 40 gros (soit 300.000 écus d'or), payable à Genève en dix annuités de 20.000 livres. Marguerite renonçait entièrement à la succession de sa mêre Marie de Bourgogne. De son côté, le duc de Savoie promettait à la future duchesse, en cas de veuvage, un douaire de 12.000 écus d’or, garanti sur les revenus du comté de Romont, sur ceux du Pays de Vaud et sur le Faucigny, au besoin sur d’autres terres. Elle pourrait même avoir la jouissance de ces domaines, sous réserve des droits de souveraineté appartenant à la couronne.

Pendant que les signatures s'échangeaient à Bruxelles, la chancellerie romaine s’occupait de l'expédition des bulles rendues nécessaires par la parenté des futurs époux (?). Quand les règlements d'intérêts parurent terminés et quand les bulles furent arrivées, Philibert le Beau, qui venait d’être reçu chevalier de la Toison d'Or, désigna, le 13 novembre 1501, René, bâtard de Savoie, pour faire le mariage par procuration (%), tandis qu'une autorisation canonique élait délivrée pour célébrer la cérémonie en temps prohibé (*). Mais, au moment où tout paraissait prêt, les gens de l’archiduc vinrent chicaner les ambassadeurs de Savoie sur une question d'argent. Un procès-verbal, dressé à Pontarlier le 1° décembre 1501, dans la chambre à coucher de Marguorite, étendit la garantie du douaire sur le comté de Bâgé et le pays de Bresse, après serment au nom du duc prêté par René de Savoie (°), son plénipotentiaire.

({) Parmi les personnages de la Cour des Pays-Bas qui assistèrent au contrat, citons François de Busleyden, archevêque de Besançon, Henri de Berghes, évêque de Cambrai, Antoine de Berghes, abbé de St-Bertin, l'évêque de Cordoue. La noblesse des Pays-Bas était représentée par le chancelier Thomas de Pleine, s' de Maigny et son fils Gérard de Pleine, Charles de Croy, prince de Chimay, Cornille de Berghes, s' de Zevenbergen, Pierre de Lannoy, st du Fresnoy, Philibert, s' de Veyre, Claude Bonard, grand écuyer, Simon de Chantrans.

Le texte original du contrat de mariage, du 26 sept. 1501, entre Marguerite et Phihbert (dans lequel se trouve ténorisée la procuration du 11 août 1501) est conservé aur Arch. Nord, B 434, n° 17892, ainsi qu'à Paris, Bibliothèque nationale, Mélanges Colbert 402, pièce 755 (orig. avec 4 sceaux) et à Turin, Arch. Cour, Protocole 137, fol. r, avec ratificauion du 3 déc. 1501 au fol. 9. Ce document a été publié dans DumonT, Corps diplomatique, t. iv, partie 1, p. 15; dans GUICHENON, Hist.. Maison Savoie, éd. de Lyon, preuves, p. 489 et éd. de Turin, t. 1v, {re partie, p. 480 ; dans MÜNcu, Margaretha von Œsterreich, p. 414, et dans Quixsonas, Matériaux, t. 111, p. 60 à 64. Les sceaux d'Aimon de Montfaucon et de Hugues de La Palud, authentiquant l'original des Arch. du Nord, sont décrits dans DEmay, Inv. sceaux Flandre, (Paris, 1873), n° 74 et 5898. Le contrat fut rédigé par l'audiencier Haneton et par le notaire Jean Dufour, qui devait plus tard acquérir une si triste réputation dans une affaire de faux.

(2) Bulle du 1°" octobre 1506, publiée dans QuiNsonas, Matériaux, t. 1, p. 41, d'après un document des Arch. du Nord, coté aujourd'hui B 434, n° 17903.

(4) Vidimus du 13 déc. 1501 passé sous le sceau du Conseil résident de Savoie, aux Arch. Nord, B 434%, n° 17901. Le collier de la Toison d'or fut porté au duc de Savoie par le héraut de l'ordre, Isaac, le 29 octobre 1501 (Arch. Nord, B 2173, fol. 166).

(#) Arch. Nord, B 434, n° 17902, document publié dans Quinsonas, Matériaux, t. I, p. 43.

(5) La procuration habilitant René, bâtard de Savoie, pour cette dernière négociation est datée de Genève, 28 novembre 1501 et mentionne, parmi les membres du Conseil ducal, François de Luxembourg, vicomte de Martigues, Jean de Varax, évêque de Bellev, Jean Oriol, évêque de Nice, Jean de Chales, gouverneur de Bresse, A. de Gingins, s° de Divonne, Augustin de Azelio, François Provana, « deflendenti advocato », Amé de Chales, maître d'hôtel et le secrétaire

Le voyage de Marguerite allait être une manifestation des relations amicales qui unissaient à ce moment les Maisons de France, d'Autriche et de Savoie. On fit route par le Vermandois, la Champagne, la Bourgogne et la Franche-Comté. Les réceptions chaleureuses faites à la nouvelle duchesse avaient un caractère quasiofficiel.

Après la signature du contrat, Marguerite était restée encore un mois dans les Pays-Bas. Le 27 octobre, à Bruxelles, elle prit congé de Marguerite d'York, la veuve du Téméraire, et fut accompagnée par l’archiduc jusqu’à la petite ville de Hal. De nombreux bourguignons formèrent une brillante escorte aux côtés de la voyageuse, pour l'amener jusqu'en Savoie. Louis de Blois, seigneur de Trélon, Claude de Neufchâtel, seigneur du Fay, Antoine de Berghes, abbé de Saint-Bertin, Étienne de Chassey, Philibert de Veyre dit La Mouche, Philippe Loyte, seigneur d’Aresches, le prince d'Orange, le marquis de Rothelin, Gérard de Pleine et une nombreuse suite de dames avec Jacqueline de Gavre, dame d’Escornaix, pour ne parler que des noms qui figurent dans les comptes du receveur général de l’archiduc, en tout, avec les gens de service, une caravane de 250 chevaux (?). De son côté, le duc de Savoie faisait partir un groupe avec le comte de La Chambre, le comte de Chalant, le prieur de Nantua et le protonotaire de Savoie pour aller au devant de la nouvelle duchesse (%). Pour ménager les dames, on fit de petites étapes : « Madame Marguerite, notamment accompaignée, chemina petites journées, a cause des jours forts courts et des voyes et passaiges mal convenables aux gens du quartier de par dechà, tant pour les neiges et froidures comme pour les montaignes fort dangereuses et quasi inagressibles » (*).

Philibert Alardet (Arch. Nord, B 434, n° 17898, in fine). Le procès-verbal du 1° décembre 1501, concernant l'extension de la garantie du douaire, porte que René de Savoie prêta serment sur les Évangiles tenus par Philippe Teste, de Nantua, et par Barangier, secrétaire de Marguerite. Divers délégués de l'archiduc assistaient à cet acte ainsi que, au nom du duc de Savoie, l'évêque de Lausanne, le maréchal de Savoie, le président de Savoie, le président patrimonial Provana, Honoré de Bueil, Alexandre de Salenove, Jacques Vidompne et Louis de Viry, capitaine de la garde ducale.

(4) C'est ainsi que Louis XII écrivit aux habitants de Troyes, au mois d'octobre, pour les engager à faire bon accueil à Marguerite lors de son prochain passage dans cette ville. BouTIoT, Histoire de Troyes, t. it, p. 232. Le passage de l'archiduchesse eut lieu vers le 8 novembre et Molinet nous en a laissé la relation dans sa Chronique. Il est possible que Marguerite soit retournée à Troyes en 1505 lorsqu'elle revint de Strasbourg en Bresse en passant par Reims, où son séjour est certain (1505, 29 juin d'après la pièce 23998 du fonds des Lettres missives des Arch. du Nord). Mais nous avons la conviction qu'elle ne fit pas d’autres séjours en cette ville et que son voyage n'était pas motivé par le désir de recruter des ouvriers champenois pour les travaux de Brou, comme on l'a affirmé dans un ouvrage justement estimé (KoECHLiIN et MARQUET de VASSELOT, La Sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au AVie s., Paris, 1900, p. 54). En 1501 la question des tombeaux de Brou n'était pas encore posée, et, en 1505, d'après l'historique des travaux de l'église, il n'était pas encore possible de songer à l'œuvre de la statualre.

(@) Compte de Simon Longin, receveur général des finances de l'archiduc, 1° janvier 1501 n. st. - 31 décembre 1501 (Arch. Nord, B 2173, fol. 165, 165 v., 169, 195 v.). Cf. MoLiNET, Chroniques, édit. BucHon, t. xLvit (1828), p. 155.

(3) Turin, Arch. Cam., C. du trés. gén. de Savoie 1500-1502, fol. 322, 397 v. 398, 673 sq., d'après GaBorTro, Stato Sabaudo, t. ut, p. 184.

(8) Mourner, Chroniques édition Bucnon, t. xLvir (1828), p. 152 à 167 a laissé un récit très abondant de tous les détails du voyage et du mariage de Marguerite.

A la fin du mois d'octobre, Marguerite entra sur les terres de France, à Guise, où le seigneur de Fontaines, au nom du roi, lui donna pouvoir d’cctroyer des lettres de rémission, en signe de souveraineté, sauf aux « brusleurs d'esglises, violeurs de femmes et agaitteurs de chemins ». On passa ensuite à Crécy-sur-Serre ({), où Marguerite soupa avec mesdames de Porcien et de Vendôme, cet l’on arriva le jour de la Toussaint à Liesse (?), localité célèbre par son pèlerinage, puis, par Berry-au- Bac (*), on atteignit Reims où une réception cordiale était préparée pour la duchesse : « Ceulx de la ville vindrent au devant d'elle, croix et collieges a processions ; les rues furent tendues de tapisseries, et lui furent presentées quatre kammes d'ipocras, ung cherf, ung sanglier, chevreaux, paons, faisans, perdrix, cournis et lapins». À Châlons-sur-Marne, le seigneur d'Orval, gouverneur de Champagne, vint au devant de Marguerite et lui fit offrir aussi de belles victuailles. On gagna, par Arcis-sur-Aube, la cité de Troyes, où la duchesse fut logée chez l'évêque qui lui abandonna, pour les gens de sa suite, la clef de son celier ; le doyen de St-Pierre lui fit une harangue en présence du prince d'Orange et du seigneur de Brienne. On atteignit Bar-sur-Seine le 11 novembre, puis, par Mussy-sur-Seine (!) et Châtillon-sur-Seine, on parvint à Dijon, au milieu des acclamations populaires. Le clergé et la noblesse, par cet hommage à la petite-fille du Téméraire, affirmaient leurs regrets de l’ancienne domination bourguignonne : «Jamais dame ne fut plus aimée ne plus regrettée ne plus volontiers vue qu’elle fut de ceux de Dijon », nous dit le chroniqueur Molinet, en nous laissant le détail des mystères et autres réjouissances de ces jours de fête. De nombreux gentilshommes de Franche-Comté et du Charolais étaient venus grossir le nombre des admirateurs de Marguerite, le seigneur d’Aumont, le fils du seigneur de Veyre, le seigneur d'Eternoz, le seigneur de Saint-Claude, le prieur de Vauls, le seigneur d'Ecrille et bien d’autres. Jacques Buffet — sans doute le futur vice-président du Parlement de Dôle — fit une belle harangue « devant Madame, luy baillant grans et haulx tiltles autorisans sa genealogie paternelle et maternelle » ; la duchésse fit répondre par Gérard de Pleine. Après cette inoubliable réception, le cortège se dirigea vers la Comté, passant par St-Jean-de-Losne (). René, bâtard de Savoie, avec sa suite de seize « archers de corde », vint à sa rencontre et l'accompagna à Dôle, où l’on entendit un beau discours du recteur de l’Université. Le jour de sainte Catherine (25 novembre), Marguerite s'arrêta au château de Vaudrey (*), berceau d’une lignée célèbre de loyaux serviteurs. À Salins, importante ville de la Comté, l'enthousiasme rappela celui de Dijon: c'était l’explosion du sentiment national, après la crainte de l'incorporation à la France ; c'était l'affirmation de l'indépendance chère au cœur des Comtois (”).

(1) Aisne, arr! Laon, ch.-l. canton.

(2) Aisne, arr! Laon, c°° de Sissonne.

(3) Aisne, arrt Laon, c°® de Neufchâtel.

(4) Aube, arrt et co de Bar-sur-Seine.

(S) Côte-d'Or, arrt Beaune, ch.l. c°».

(6) Jura, arr! Dôle, c°" de Montbarrey.

(7) « Vindrent au devant d'elle ceulx de la ville, hallebardiers, crenequiniers, armés d'escrevices et de la croix S. Andrieu; puis, apres la harenghe faicte, deschargerent leurs bastous, crians : Vive Bourgungne. A l'entrée de la ville, estoient sur ung hourd quatre belles

Le surlendemain, le mariage se fit par procuration. Ici, tout le texte du bon Molinet est à citer : « Le dimenche 28° de novembre, [à Salins], Madame espousa, comme il est de coustume entre les nobles, et fit le bastard [René] de Savoye le debvoir pour le duc, son frere ; et fut la chose faite simplement, en robbe de velours noir, fourrée d’aigneau noir, sans estre en dœæil ; et n’y furent que dames mariées et seigneurs gouverneurs, d’ung costé et d'autre. L’evesque de Lausanne les espousa ; et fut presenté a Madame, par le duc de Savoye, ung cœur de diamant, ung gros perle y pendant, fort riche et exquis. Madame fut accoustrée a l’apres-disner d'une robbe de drap d’or sur drap d'or, tout ou plat, faicte a la mode d’Espaigne, doublé de satin cramoisi, la robbe fendue, a bordure de perles, rubis, diamans et autres, et pour chaisnes avoit paternostres de gros perles de trois tours autour de son col; et lui fut donné, au partir de la chambre, de par le duc de Savoye, une chainture ou il y avoit 26 gros diamans, 3 bons rubis et force de perles. Le lict préparé, Madame se coucha apres les danses de la nuict et les banquets. Et comme il est de coustume aux princes d’espouser par procureur, le Bastard de Savoye se coucha aupres d'elle, une jambe mie boutée au lict, presens tous ceulx et celles qui avoient estô aux épousailles. Apres aulcunes devises gracieuses, le Bastard se leva, requerrant Madame d’un baiser qui luy fut accordé ; et cela faict, se mit a genoulx, disant qu'il se rendoit son humble serviteur. Madame le fit lever, et, en luy disant bonne nuict, luy donna une bonne baghe de diamant, et chacun se retira » (1).

Le 1% décembre, on se remit en route, passant par Pontarlier pour se diriger sur le pays de Vaud. Le duchesse reçut, dans le prieuré de Romainmôtier, l’hospitalité du protonotaire de Savoie. Ce fut là qu’elle vit enfin son mari. Philibert le Beau, arrivé une heure après elle, « tout houssé, salua Madame et celles de sa compaignie, puis se retira en son logis. Et apres soupper, revint au quartier de Madame, ou danses furent faictes jusques a onze heures, que chacun se retira ; et on prepara la chappelle pour dire messes et parachever les espousailles. Madame se trouva illecq avecq les dames mariées et le duc de Savoye point ne s’y oublia, avecq ses gens privéz amys. Monseigneur l'evesque de Maurienne (Louis de Gorrevod) les espousa audit monastère. La messe dicte, ils se coucherent ensemble jusque a douze heures au jour. Le lendemain, l’on tint cour ouverte. Le jour se passa en danses et le protonotaire de Savoie, frere a monseigneur le bastard, deffraya par tous les logis hommes et chevaulx » (À).

La duchesse de Savoie s’achemina par Rolle vers Genève en s'arrêtant à Coppet, sur les bords du lac, dans l’un des châteaux du seigneur de Viry. Arrivée dans la cité épiscopale, pour permettre aux Genevois de terminer leurs préparatifs, elle

filles portans les armes de l’empereur, de monseigneur l'archiduc, de Savoye et de Salins. Madame fut logee sur la Saunerie, et illecq estoit ung arbre fort hault ou pendoient les armes de Monseigneur l'archiduc, et autour d'iceluy arbre, y avoit deux Mores et deux folz, bien accoustrez, chacun la tasse en main, et perçoient l'arbre dont sortoit ipocras d'ung lez et de l'aultre vin de Germole, d'un aultre vin rousset nommé vin d'Arbois qui presentoient a toutes gens, et y avoit gens armez qui le gardoient. Devant le logis de Madame, y avoit un hourd a trois estaiges ou estoient les sept vertus, les sept arts et les sept peschez mortelz, et Île lendemain, furent jouez aulcuns jeux exposés par maistre Arthelus, fort prisé et agreable a Madame ». MoLINET, o. c.

(1) Mouiner, L. c., t. v, p. 198.

(3) Jbid., I. c., p. 160.

logea quatre jours au prieuré de Saint-Victor, recevant les hommages de ses beaux-frères, Charles et Philippe de Savoie et ceux de Claude de Savoie, leur sœur (‘), accompagnée de la comtesse de Villars, femme du Grand Bâtard René.

La Joyeuse entrée se fit enfin à Genève le 8 décembre. Marguerite, montée sur une haquenée blanche, cheminait lentement le long des « hourds qui estoient aval les rues », acclamée par tout un peuple. Ce jour-là, au cours d’une joute, Philibert lo Beau parut à son avantage, « fort et puissant, car il estoit beau, grant personnage et josne » (?).

Après des fêtes éclatantes, qui marquèrent l'un des derniers grands jours de la domination savoyarde à (renève, les hôtes du duc se dispersèrent. Les dames qui avaient été attachées à l'Hôtel de l’ancienne Princesse de Castille prirent place avec Madame de Soteghem dans des « chariots branslans », ou montèrent à cheval pour se rendre dans les Pays-Bas, escortées par le seigneur du Fay et son train de trente chevaux, par l’abbé de Saint-Bertin et sa suite de quatorze cavaliers, par le seigneur de Veyre, par le seigneur de Trélon et autres personnages de la cour des

archiducs.

La fortune paraissait enfin sourire à l’ancienne dauphinc: Victrizx Forlunæ

fortissima Virtus (*). Les années heureuses allaient être brèves.

(1) Philiberte de Savoie était trop jeune pour prendre part à ces réjouissances.

(2) Le récit de Molinet, si pittoresque, paraît avoir été la source de Pontus Heuterus, qui a parlé aussi du mariage de Marguerite dans le 6° livre des Rerum austriacarum (p. 137 des Opera historica, édit. de Louvain, 1549), mais avec moins d'abondance.

(3) Médaille de 42. Avers: Buste de Marguerite, de profil, les cheveux tombants dont l'extrémité est ramenée sur la poitrine. Dans le champ, à dextre, croix de St-André brochant sur le briquet de Bourgogne, surmontée d'une couronne, à senestre une marguerite. Légende : « Margarita Cæsaris Maximiliani filia ». Le point est formé par un aigle impérial. Revers : La Vertu, svmbolisée par une femme vêtue, le coude appuyé sur une colonne à chapiteau, tient de la main droite une couronne. À ses pieds, un personnage tombe, incliné sur les genoux, tenant une couronne de chaque main. Dans le champ à senestre, motif architectural. Légende : « Victrix fortunæ fortissima virtus ». Les deux couronnes tenues par la Fortune renversée seraient celles de France et de Castille. Celle que tient la Vertu serait celle de Savoie (Bruxelles, cabinet des médailles). Cette médaille a été reproduite par Camille PIcQUuÉ, dans Revue numismatique belge, 3° série, tome Lx1 (1862), p. 345 et planche xvr, n° 1. Cf. Natalis RonnoT, Jacques Gauvain (Lyon, 1887), p. 45; F. MAzEROLLE, Les médailleurs français du XVe siècle au milieu du XVile siècle, tome 11 (Paris, 1902), n°° 46 à 48.

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