PREUVE LV
[1511], 27 avril, Genève. — Instructions du duc de Savoie à l’écuyer Chales sur les négociations avec les Cantons suisses.
{Copie cont. Arch. Nord, B 18852, n° 30079].
Coppie.
Instructions et memoire a nostre escuier Challes de ce qu'il aura a dire a Madame ma seur de nostre part.
Premierement fera noz humbles recommandacions. Dira qu’avons receu la lettre qui luy a pleu nous escripre, veu aussi celle que luy a escript mon cousin monseigneur de Nassau, luy remercyant beaucop de fois le bon vouloir qu'elle a envers nous en cest affere et tous aultres, comme journellement et de plus en plus nous appercevons. Sy luy plaise y continuer et que de nostre cousté nous trouvera tousjours de mesmes envers elle en bon et humble vouloir, continuelment prest a luy fere tout plaisir et service a nous possible.
Et quant a l’affere dudict monseigneur de Nassau, dira que pour luy donner a congnoistre l'amour et toutelle (lire totale) fiance qu’avons en elle, aussi que ne voulons fourvoyer de raison, et qu’il ne tiendra a nous que la chose ne se vuyde amiablement, sumes content en remectre la congnoissance a madicte dame et en tenir, faire et complir tout ce que par elle en sera dit, congneu et ordonné, comme dernierement luy avons escript.
Si luy plaise donner ordre que ledict monseigneur de Nassau le soubmecte semblablement a son ordonnance et qui luy envoye sur ce puissance necessaire.
Et pour ce faire pourra madicte dame ma seur advertyr du tout ledict monseigneur de Nassau pour en entendre sa voulenté.
Et en cas qu’il s’y accorde, plaise a madicte dame prendre terme dans lequel puissions envoyer devers elle, luy de son cousté et nous de nostre, gens instruictz de noz droiz avecques puissance necessaire.
Plus, dira a madicte dame comme a la journée dernierement tenue a Zuch ou se trouvarent ses ambessedeurs avecques ceulx de l’empereur et du roy, quelque chose que tous ensemble sceussent faire, les gens des huits quentons qui estoient la assembléz ne voulsirent aouyr les lettres pour ce que l'on ne leur presentoit rien. Et furent en voulenté de faire marcher leurs gens pour commencer la guerre.
Touteffoys, pour la requeste et instance desdicts ambessedeurs, ilz arrestarent une journée entre eulx aux Heremitez pour conclurre ce qu'ilz vouldroient faire de la paix ou de la guerre et qu'il nous en advertiroyent.
Sur ce pendant, sont entrevenuz ceulx de Berne, Basle, Fribourg et Chauffusen, qui n’ont point part en ce affere, et, a leur pourchas et instance, a esté arresté audict lieu des Heremites qui se tiendroit une journée au mardi apres Quasimodo.
Et ont envoyés lesdictes quatre villes leurs ambessedeurs par devers nous pour nous faire entendre ce arrest et qu’ilz desirent la paix de sorte que, s’il nous plait, 11z s’employeront voulentiers de tout leur povoir pour appoincter ceste matere, mais qu'il est de besoing qu'envoyons noz gens a ladicte journée et qu’ilz ayent puissance de presenter quelque somme raisonnable, car lesdicts quentons en veullent avoir, encoires que chascun congnoisse la faulseté du meschant. Sur quoy leur avons remercyé leur bon vouloir et que sumes bien content qu'ilz s’en meslent pour y
mectre paix, tant y a que pour la faulse lettre, ne sumes desliberé de payer jamays une maille pour la consequence et les grans dangiers ou nous tomberions, comme leur avons fait remonstrer, pourquoy nous ont conseiller que ce que baïillerons soit pour entrer en quelque aliance avecques eulx.
Sur ce, nous avons despeché noz gens pour estre a ladicte journée ou se doyvent trouver lesdicts ambassadeurs de l’empereur et du roy, aussy avons escript a ceulx de madicte dame qu’ilz se vueillent trouver, et lors esperons qu’il s’y dressera quelque traicté d’appoinctement, duquel et des partys qui se mectront en avant en advertirons madicte dame, car a ce que povons presumer il y aura encores une journée.
Plus dira qu'il ne tiendra point a nous ne a quelque argent que se affere ne s’appoincte au moyen de ladicte alliance, et quant ilz en vouldroient avoir par aultre moyen ou nous gehenner a trop grosse somme qui nous fut insupportable, nous avons desliberé nous deffendre, par quoy les choses sont encoires incertaines et ne peult l'on savoir a quoy tomberont, sinon qu’il y a tousjours plus d’apparance de mal que de bien aux gens a qui nous avons affere.
Et a ceste cause, prions madicte dame qui luy plaise avoir souvenance, si l'affere venoit, nous donner ayde et de rechiefs en mander sa voulenté a monseigneur le mareschal de Bourgoigne pour tousjours tenir ses gens prestz, et que de tout ce que surviendra en advertirons continuelment madicte dame pour la toutelle et entiere fiance qu'avons a elle.
Communiquera le tout a monscigneur de Montrevel et au gouverneur de Bresse et fera plus ou moins, ainsi qu’il verra cstre expedient. Fait a Geneve XX VII° d'avril. Ainsi signé : CHARLES. Et du secretere : VuzcET. Et seelé en placcart.