PREUVE LXII
[1512], 27 mai, Tours. — Lettre de Michel Colombe à Marguerite d'Autriche sur les « patrons » des sépultures de Brou (!).
Original. Arch. Nor:l, B 18966, n° 37472).
Madame, tant et si tres humblement que fere puis a vostre bonne grace me recommantle.
Madame, j'é receu voz lettres par vostre varlet de chambre Pierrechon et ay veu le contenu d'icelles dont de tout mon cueur vous remercye.
(t) Bien que l'auteur se soit fait une règle de n'imprimer que des documents inédits, op a cru devoir faire exception pour ce texte important, déjà inséré dans CociN et BRUCHET, Une lettre inédite de Michel Crclombe... (Paris, 1914), p. #8. Cette notice est assez peu répandue et :l nous a paru qu'il était juste de rendre cet hommage au maître français.
Madame, long temps a que j'é achevé ce que ledict Pierrechon vous porte, que Jehan de Paris gardoit et a coustré comme verrez. Je suis apres pour fournir les dix Vertuz qui seront a l’entour que piessa eusse fait, mais j'é esté mallade et suis encore avec vieillesse qui me tient compaignye, par quoy n'é achevé; mais je metré poyne de ce fere en bref avec autres besongnes quo j'ay, a laquelle je mectz ordre pour le mectre a fin, et lors scray quitte, combien que tousjours en vient d’autres ; mais quant a vostre besongne, suis deliberé besongner bien bref.
Madame, comme je vous ay dit, je suis viel et malade. Or je n’é femme ne n’euz jamais. Je n’ay foy ou fiance que on mon nepveu; c’est le baston de ma vieillesse ; 1l me garde et guyde en tous mes afferes, et se il me laissoit a ceste heure, je seroys perdu jucques a ce j'auré mis fin a tout.
Madame, vous demandez quant j» pourray envoyer mondict neveu et mes gens. Certes, je n’auray achevé qu'il ne soit la Toussains tout ce que j'ay a present. Or l’iver sera incontinent, que l’on doit laisser passer pour le prouffit de la besongne, et mesmes quant c'est en albastre, par quoy ne pourriez estre bien servie qu'il ne fust en mars qui vient pour le myeulx. Toutesfoiz, vous me manderez vostre plaisir pour icelluy acomplir de tout mon povoir.
Madame, j'é marchandé avec ledict Jehan de Paris de fere toute l’ymagerio qu'il fault en ladicte sepulture, dont je feray lesdictes Vertuz en ma maison et la rendray toute polie et bien achevée pour VIII escus soleil moyennant qu'il sera tousjours a mon ayde car a sa requeste jé marchandé a luy et, sans luy, ne me firay en homme ; il est pres de Bourg, ou sera mon nepveu et deux ouvrifers] avecques luy, lequel nepveu veult que l’on communique avec luy, ou aut{rement] ne sauroye fere l’œuvre ne ne vouldroye avoir a autre affere que a luy, [et ainsi] avec son ayde, je desir de vous servir en sorte que serez contente de noufs et n’aurois] jamais antrepris l'œuvre se il ne m'en eust requis et fort pr{essé, aussi] m'a il promis ne me abandonner point en cest affaire... ne feray de ma vye. Il a esté tousjours en toutes mes bonnes œuvres], a celle de la Royne et d’autres, et pour ce que j'ay ayde de luy a present, s[i convient] qu’il aide a mon nepveu et mes gens puisque n’y puis estre combien. sont bien achevéz, mais encor quant se vient a besongner au gr..., a grant art et je ne sé en sc royaulme qui entende et saiche m{ieux besongner que] mondict nepveu en qui j’é toute ma fiance et a mon compcre Jehan.
Madame, j'é esté payé et contenté de tous mes patrons par Jehan Le Maire [dont] vous remercye, mais je vous asseure que pour l’amour de vostre grande bonté... j'é entrepris vous servir aussi bien que jamais je fis prince ne princesse, [pour quoi] donnerez lieu a ma bonne voulenté affin de achever ce que Jehan [de Paris a preparé et me tiens] a present pour estre adelivré de vous servir tout a mon aise. [et faire ce] que myeulx [porray].
Madame, je pry au Benoist filz de Dieu qu’il vous doint bonne vie et longue.
À Tours, ce XX VII° de may.
De vostre tres humble et tres obeissant serviteur, Signé: MICHEL COULOMEE (!).
() La signature Micuez CouLomBE est tout à fait différente de celle du contrat du 3 décembre 1511. Il est possible que l'artiste ait, comme on en a de multiples exemples pour d'autres personnages contemporains, une signature officielle avec paraphe et une signature ordinaire plus simple. 11 est possible aussi que le maître ait laissé à l’un de ses neveux le soin de transcrire et de signer cette lettre.